« Lignes directrices pratiques pour choisir entre un nettoyage-désinfection sec et humide », source article de Shahram Ajamian et d’Abigail Snyder paru dans Food safety Magazine.
À savoir
- Le nettoyage sec devrait généralement être la méthode par défaut dans les environnements de transformation alimentaire à faible humidité, le nettoyage humide étant réservé aux situations où il apporte un avantage significatif en matière de sécurité des aliments.
- Les décisions en matière de nettoyage-désinfection doivent tenir compte de l'efficacité du nettoyage, des caractéristiques des résidus, de la conception des équipements, du contrôle de l'humidité et de la capacité de l'installation à atteindre et à vérifier un séchage complet.
- Lorsque la nettoyage-désinfection par voie humide est nécessaire, les installations doivent minimiser la consommation d'eau, prévenir la migration de l'humidité, appliquer les traitements de nettoyage-désinfection appropriés et vérifier le séchage avant de reprendre la production.
Dans les établissements de production alimentaire à faible taux d'humidité, le choix entre nettoyage sec et nettoyage humide a des conséquences importantes en matière de sécurité alimentaire. Le nettoyage sec est privilégié ; cependant, de nombreux établissements de ce type ont encore recours ponctuellement au nettoyage-désinfection par voie humide pour des besoins spécifiques. Néanmoins, la décision de procéder à un nettoyage-désinfection par voie humide, même de façon intermittente, dans un environnement sec ne doit pas être prise à la légère et nécessite une évaluation du rapport bénéfice/risque microbien supplémentaire.
Dans cet article, le terme « nettoyage » désigne l’enlèvement des résidus de produits, des souillures, des allergènes et des micro-organismes présents sur les surfaces, tandis que le terme « désinfection » désigne l’application d’un traitement antimicrobien, généralement thermique ou chimique, afin de réduire les micro-organismes qui subsistent sur les surfaces après le nettoyage. Le « nettoyage sec » désigne l’enlèvement physique des résidus et des cellules microbiennes sans introduction intentionnelle d’eau ; la « désinfection sèche » peut comprendre un nettoyage à sec suivi d’une étape de désinfection non aqueuse ou à faible humidité ; et le « nettoyage-désinfection par voie humide » comprend le nettoyage, le rinçage et la désinfection à base d’eau.
L'eau peut être un outil de nettoyage efficace, mais son introduction dans un environnement de transformation à sec crée des conditions propices à la prolifération et à la propagation des agents pathogènes. À l'inverse, éviter l'eau en toutes circonstances peut limiter inutilement les options de nettoyage, alors qu'un nettoyage humide pourrait améliorer significativement l'efficacité du nettoyage.
Un principe pratique consiste donc à privilégier un « nettoyage sec par défaut et un nettoyage humide avec des exceptions ». Le nettoyage sec est généralement préférable dans les zones qui doivent rester sèches, le recours au nettoyage humide contrôlé étant envisagé lorsque le bénéfice attendu en matière de sécurité des aliments est supérieur au risque microbien lié à l'introduction d'eau. La question centrale n'est pas de savoir si le nettoyage sec ou humide est intrinsèquement meilleur, mais plutôt quelle méthode de nettoyage présente le risque global le plus faible pour la sécurité des aliments ?
Pourquoi les entreprise choisissent-elles le nettoyage sec ?
Évite d'introduire de l'eau susceptible de favoriser la prolifération microbienne.
Réduit le risque de transport de contaminants par l'eau vers des endroits difficiles à sécher.
Contribue au maintien des conditions de faible humidité qui limitent la croissance d'organismes tels que Salmonella.
Peut réduire les temps d'arrêt liés au lavage, rinçage, désinfection et séchage des équipements.
Réduit la consommation d'eau et la production d'eaux usées.
Particulièrement avantageux pour les équipements ou les environnements qui n'ont pas été conçus pour un nettoyage humide régulièrement.
En revanche, le nettoyage sec présente certaines limites :
Les méthodes sec peuvent être moins efficaces contre certains résidus plus difficiles à éliminer physiquement.
Le nettoyage sec n'a pas toujours été reconnu comme une méthode de changement d'allergènes et de séparation des lots. Les évaluations des risques liées aux changements d'allergènes secs peuvent prendre en compte l'allergène, la matrice du produit, la conception de l'équipement et les caractéristiques des résidus dans les données de validation. Le nettoyage humide ne doit pas être considéré comme nécessaire pour la maîtrise des allergènes, mais peut s'avérer requis lorsque les méthodes sèches ne permettent pas d'enlever suffisamment de résidus allergènes.
L’aspiration, le grattage, le brossage, l’essuyage, l’air comprimé ou d’autres techniques sèches peuvent redistribuer la contamination si elles ne sont pas maîtrisées.
Certains équipements peuvent être difficiles d'accès avec les outils de nettoyage sec.
Pourquoi les entreprises choisissent-elles le nettoyage humide ?
L'eau, les détergents, l'action mécanique et le rinçage permettent de mieux enlever certaines souillures que le nettoyage sec seul.
Les règles peuvent prévoir un nettoyage humide pour le changement d'allergènes, la séparation des lots, un cas de contamination d'un produit ou une constatation environnementale positive.
Permet l'application de différents désinfectants aqueux après le nettoyage, assurant une réduction microbienne modeste.
À l'inverse, le nettoyage à l'eau présente certaines limites :
L'hydratation des résidus de produits secs favorise la prolifération microbienne.
L'eau peut mobiliser les contaminants et les répandre dans toute l'installation.
L’eau stagnante ou l’humidité emprisonnée peuvent persister dans les recoins longtemps après que des surfaces visibles paraissent sèches.
Des équipements ou des installations mal conçus peuvent rendre le séchage complet difficile.
Les avantages des désinfectants aqueux à usage commercial ne compensent peut-être pas l'augmentation des risques.
Un cadre de décision fondé sur les risques
Figure 1. Exemple conceptuel de l'équation des risques liés au nettoyage-désinfection. La méthode de nettoyage-désinfection influe sur plusieurs facteurs de cette équation. L'objectif est d'identifier la méthode présentant le risque global le plus faible pour la sécurité des aliments. Dans cet exemple, l'avantage lié à l’efficacité de la méthode humide est contrebalancé par les agents pathogènes mobilisés par l'eau et la prolifération que favorise l'humidité résiduelle. ( Crédit image : Cornell Dry Sanitation Research Advisory Council ).
Tableau 1. Conditions favorisant le nettoyage-désinfection sec par rapport au nettoyage-désinfection humide contrôlé (Crédit : S. Ajamian et A. Snyder)
Considération |
A maintenir sec |
Envisager une humidité contrôlée |
Efficacité
du nettoyage-désinfection sec
|
Le
nettoyage à sec atteint systématiquement le niveau d'hygiène
requis.
|
Le
nettoyage à sec ne répond pas de manière fiable à l’objectif
requis
|
Avantages
du nettoyage-désinfection par voie humide
|
Le
nettoyage humide n'apporte que peu d'avantages supplémentaires
par rapport au nettoyage sec.
|
Le
nettoyage-désinfection par voie humide offre une amélioration
claire et mesurable
|
Nature
du résidu
|
Les
résidus peuvent être efficacement éliminés par action
physique
|
Les
résidus sont gras, collants ou difficiles à enlever à sec.
|
Les
résidus hydratés favorisent la croissance
|
Les
nutriments résiduels favorisent la croissance bactérienne avec
une humidité suffisante
|
Les
résidus ne favorisent pas facilement la croissance bactérienne
lorsqu'ils sont hydratés.
|
Confiance
dans le séchage
|
Le
séchage est lent ou difficile à vérifier
|
L'équipement
et l'environnement sèchent rapidement et peuvent être vérifiés
|
Contrôle
de l'humidité relative
|
Le
contrôle de l'humidité relative est faible ou variable ;
l'humidité persiste dans l'environnement.
|
L'humidité
relative et l'humidité ambiante sont bien contrôlées, ce qui
favorise un séchage rapide.
|
Type
de nettoyage-désinfection par voie humide
|
Le
nettoyage-désinfection en cas d'inondation introduit de grandes
quantités d'eau
|
L'eau
peut être appliquée de manière contrôlée et localisée.
|
État
hygiénique
|
L'équipement
comporte des recoins où l'eau peut s'accumuler, et
l'environnement ne draine pas bien.
|
L'équipement
et l'environnement s'écoulent facilement et conviennent au
nettoyage par voie humide.
|
Efficacité
du nettoyage-désinfection
|
Le
nettoyage-désinfection par voie humide engendre des temps
d'arrêt excessifs en raison du traitement des surfaces
environnementales et du séchage.
|
Le
nettoyage sec entraîne des temps d'arrêt excessifs dus à la
main-d'œuvre.
|
Type
de produit/procédé
|
Tous
les produits sont soit des produits prêts à consommer, soit des
produits non prêts à consommer.
|
Les
produits prêts à consommer et les produits non prêts à
consommer sont traités sur la même ligne de production.
|
Utilisation
d’un désinfectant
|
Le
désinfectant peut être appliqué localement, ou ne pas être
appliqué du tout.
|
Le
désinfectant doit être appliqué à grande échelle
|
Le nettoyage sec est-il efficace ?
La comparaison pertinente porte donc sur le bénéfice supplémentaire apporté par le nettoyage par voie humide. Ce dernier peut améliorer l'enlèvement des résidus adhérents ou des allergènes, faciliter l'accès à certaines surfaces et permettre l'application d'un désinfectant aqueux, mais son efficacité de nettoyage seule, au regard de ces objectifs, doit être prise en compte. Le bénéfice réel de la désinfection humide doit également être évalué avec la même rigueur. L'efficacité des désinfectants aqueux peut varier considérablement selon l'application, offrant une réduction bien inférieure à celle de 5 log souvent citée. Il est probable qu'une réduction de 5 log soit un critère inadéquat pour les désinfectants utilisés en milieu industriel (c'est-à-dire hors laboratoire), et ce critère ne devrait pas être plus contraignant pour les méthodes de désinfection à sec que pour les méthodes humides. Si le nettoyage sec atteint systématiquement le résultat escompté et que le nettoyage humide n'apporte qu'un bénéfice supplémentaire marginal, l'introduction d'eau pourrait accroître le risque global pour la sécurité des aliments sans pour autant améliorer proportionnellement cette sécurité.
Que se passe-t-il lorsque les résidus du produit sont mouillés ?
Il est important de noter que tous les résidus ne présentent pas le même risque une fois hydratés. Par exemple, contrairement au sel, les matières riches en nutriments comme le lait infantile peuvent favoriser la prolifération bactérienne lorsqu'elles sont hydratées. Plus le potentiel de prolifération microbienne d'un résidu hydraté est élevé, plus l'introduction d'eau dans ce milieu doit être justifiée.
L'équipement et l'environnement peuvent-ils être séchés rapidement et complètement ?
L'évaluation doit également prendre en compte la séparation efficace des zones sèches et des zones humides, la possibilité de démonter suffisamment les équipements pour faciliter le séchage, l'adéquation de la ventilation et la disponibilité d'air chaud ou déshumidifié, le cas échéant. Il est important de ne pas considérer les équipements et l'environnement comme secs après une période prédéterminée, car les conditions de séchage peuvent varier. Il convient donc de vérifier que l'eau a bien été éliminée avant la reprise de la production.
Dans quelle mesure l'installation contrôle-t-elle bien l'humidité relative ?
Le contrôle de l'humidité au niveau de l'installation doit être intégré aux décisions de nettoyage-désinfection, notamment parce que l'humidité relative peut varier dans le temps et selon l'emplacement au sein des zones de traitement et qu'elle n'est pas toujours surveillée dans de nombreuses installations. Le séchage doit être considéré comme une étape clé du nettoyage-désinfection, surveillée et vérifiée, plutôt que comme une période d'attente fixe.
Les établissements doivent tenir compte de leur capacité à éliminer l'humidité dégagée pendant et après le nettoyage à l'eau.
Le nettoyage humide est-il réalisé par méthode contrôlée ou par inondation ?
Chaque méthode de nettoyage est-elle longue et gourmande en ressources ?
Le nettoyage sec n'est pas toujours plus rapide. Un nettoyage sec manuel complexe peut prendre plus de temps qu'un lavage à l'eau relativement efficace. Inversement, la rapidité apparente du nettoyage à l'eau peut être trompeuse si le protocole de désinfection est suivi de plusieurs heures de séchage supplémentaires avant que l'équipement puisse être remis en production en toute sécurité. L'efficacité de la désinfection doit être évaluée tout au long du processus, depuis l'arrêt de la production jusqu'au redémarrage, en passant par le nettoyage, la vérification, le séchage.
Le produit est-il prêt à consommer ou non prêt à consommer ?
La présence d'une étape de létalité en aval ne saurait justifier l'introduction incontrôlée d'eau dans un environnement initialement sec. De plus, lorsque des aliments prêts à consommer et d'autres aliments non prêts à consommer sont manipulés sur le même équipement ou dans la même zone de traitement, l'efficacité du changement de procédure sanitaire entre les deux doit être prise en compte.
Si de l'eau est utilisée, la désinfection doit faire partie du procédé
Comme toujours, le choix d'un désinfectant doit tenir compte de l'organisme cible, de sa compatibilité avec les surfaces, de la concentration requise, du temps de contact, de la température, du mode d'application et de toute autre considération liée à l'application. Il est important de noter que la désinfection ne remplace pas un nettoyage adéquat et un séchage rapide. Même dans les environnements où la désinfection par voie humide est couramment utilisée, le contrôle de la quantité et de la circulation de l'eau peut améliorer la sécurité des aliments. Si la désinfection par voie humide est adoptée, une attention particulière doit être portée aux conséquences de cette désinfection. Par exemple, une désinfection par voie humide apparemment réussie, suivie d'une augmentation des paramètres environnementaux positifs quelques jours plus tard, peut indiquer que l'humidité a migré vers des zones difficiles à sécher .
Conclusion : Choisissez l’option présentant le moins de risques
En définitive, le nettoyage-désinfection par voie humide ne devrait être utilisé que lorsque le contrôle supplémentaire obtenu grâce à l'introduction d'eau est supérieur à l'augmentation du risque microbien que l'eau crée, et seulement lorsque l'entreprise peut vérifier un séchage efficace.

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