jeudi 23 juillet 2026

Listeria monocytogenes dans les denrées alimentaires prêtes à être consommées : suivez la cirulaire de l'AFSCA

Le blog vous avait déjà proposé Listeria monocytogenes pour les Nuls. Plus que 99 jours d'ici le 1er juillet 2026 et plus récemment, Depuis le 1er juillet 2026, qu’est-ce qui a changé dans la maîtrise de Listeria dans les aliments réfrigérés prêts à être consommés ?

Et voici que l’AFSCA de Belgique nous propose une circulaire Listeria monocytogenes dans les denrées alimentaires prêtes à être consommées du 22/07/2026 (nouvelle version). Il s’agit d’une version avec mise en évidence des modifications par rapport à la version précédente.

Merci à nos amis belges !

La présente circulaire a pour but d'informer les opérateurs de leurs obligations en ce qui concerne l'application du critère microbiologique pour Listeria monocytogenes, figurant dans le Règlement (CE) n° 2073/2005, ainsi que la durée de conservation, en ce qui concerne Listeria monocytogenes, des denrées alimentaires prêtes à être consommées autres que celles destinées aux nourrissons ou à des fins médicales spéciales.
La présente circulaire a également pour but d'informer les laboratoires exécutant des études de laboratoire pour L
isteria monocytogenes.

Plus de 1 000 foyers de cas de maladies infectieuses d’origine alimentaire enregistrés aux Pays-Bas en 2025

Source résumé en anglais du RIVM, L'Institut national de la santé publique et de l'environnement est une agence publique du Ministère de la Santé, du Bien-être et des Sports des Pays-Bas.

La consommation d'aliments contenant diverses bactéries, virus ou parasites peut rendre des personnes malades. Ces pathogènes peuvent également provoquer des maladies par d'autres voies. Ils peuvent, par exemple, se transmettre d'une personne à l'autre, souvent par contact avec des matières fécales, ou par l'intermédiaire d'animaux. Cela entraîne généralement des symptômes gastro-intestinaux tels que des vomissements, des douleurs abdominales ou des diarrhées (parfois sanglantes). Dans certains cas, les conséquences peuvent être plus graves, comme une hépatite, une septicémie ou une méningite.

Tout comme en 2023 et 2024, le nombre de personnes tombées malades à cause de Salmonella Enteritidis a été plus élevé en 2025 qu'au cours de la période 2015-2019.

La présence de ce type de bactérie chez les poules pondeuses aux Pays-Bas a également augmenté. Cela signifie que les mesures de contrôle n'ont pas encore eu l'effet escompté.

Par ailleurs, davantage de personnes ont été touchées par des bactéries telles que. E. coli producteurs de shigatoxines (STEC), par le virus de l'hépatite A et par norovirus. Ce phénomène ne présente pas de cause évidente.

Au total, on estime que près de 2 millions de personnes aux Pays-Bas ont été infectées par des pathogènes d'origine alimentaire en 2025.

La charge de morbidité est exprimée à l'aide d'une unité de mesure internationale : le DALY (année de vie corrigée de l'incapacité). La charge totale estimée pour 14 agents pathogènes d'origine alimentaire en 2025 s'élève à 12 000 DALY. Ce chiffre est identique à celui de 2024. La part de cette charge attribuable à une transmission par voie alimentaire est estimée à 4 700 DALY pour 2025, un niveau également comparable à celui de 2024.

Le coût total pour la santé lié à ces 14 agents pathogènes d'origine alimentaire, toutes voies de transmission confondues, est estimé à 581 millions d'euros pour 2025.

Ce montant est sensiblement le même qu'en 2024 (586 millions d'euros, soit une baisse de 0,9 %). Les coûts estimés des infections dues aux aliments contaminés en 2025 s'élèvent à 202 millions d'euros, un chiffre également comparable à celui de 2024 (199 millions d'euros, soit une hausse de 0,5 %).

Chaque année, l'Institut national de la santé publique et de l'environnement (RIVM) recense les cas d'infections d'origine alimentaire et entérique aux Pays-Bas et assure le suivi des épidémies ainsi que de la charge de morbidité, y compris les coûts associés. Le RIVM mène ces activités en collaboration avec des partenaires tels que l'Autorité néerlandaise de sécurité des aliments et des produits de consommation (NVWA) et Wageningen Food Safety Research (WFSR).

En 2025, les Pays-Bas ont enregistré plus de 1 000 foyers de cas (équivalent aux TIAC en France) de maladies d'origine alimentaire, un chiffre remarquable qui souligne la prévalence des infections alimentaires dans le pays. Au total, 1 178 foyers de cas ont été signalées, positionnant les Pays-Bas parmi les pays européens avec le plus grand nombre de foyers de cas en 2025. Les agents pathogènes les plus fréquemment identifiés étaient :

Salmonella avec 1 238 cas, norovirus avec 631 cas, et Listeria monocytogenes avec 38 cas.

Les aliments les plus souvent impliqués dans ces foyers comprennent : les œufs, les produits laitiers au lait cru et les graines germées.

Enfin, il est noté dans le rapport une sous-déclaration des foyers de cas de la part des centres municipaux de santé.

Commentaire

Encore un pays européen qui publie des données sur les maladies infectieuses d’origine alimentaire en 2025. Chez nous, pour les TIAC, nous en sommes à 2023, 2024, si on prend en compte le rapport 2024 de l’EFSA sur les zoonoses dans le cadre de l’initiative « Une seule santé » de l’Union européenne. Pour accéder à toutes les données des maladies infectieuses d’origine alimentaire en France, il faut rechercher les documents « éparpillés façon puzzle » ici et là.

Chose insensée chez nous, ici, on connaît le coût des maladies infectieuses d’origine alimentaire, il est vrai qu’en France, la santé n’a pas de prix ...

mercredi 22 juillet 2026

Inquiétude croissante de l’industrie alimentaire concernant les risques liés à la sécurité des aliments, selon un rapport

Le Global Food, Beverage and Agriculture Risk Report 2026 de Willis met en lumière plusieurs défis majeurs auxquels sont confrontés les secteurs de l'industrie agroalimentaire. Source communiqué de presse.

Les inquiétudes concernant la sécurité des aliments et la santé se sont fortement accrues : près de la moitié des entreprises (45 %) citent désormais ce facteur parmi leurs risques majeurs, contre 29 % en 2024, dans un contexte de préoccupations croissantes liées aux aliments ultra-transformés et à l'exposition accrue aux litiges.

La montée des tensions géopolitiques, les droits de douane, la hausse des coûts des intrants, l'intensification des cybermenaces, les pressions climatiques et les risques liés à la chaîne d'approvisionnement figurent également parmi les principales préoccupations qui, en 2026, exercent une pression croissante sur l'industrie agroalimentaire.

Principales conclusions

  • Les inquiétudes liées aux risques sanitaires s'intensifient : 45 % citent la sécurité des aliments et la santé comme un risque majeur, contre 29 % en 2024.
  • Les entreprises privilégient les produits offrant un bon rapport qualité-prix : 52 % considèrent les offres à bon rapport qualité-prix comme une opportunité clé, alors qu'elles doivent faire face à la hausse du coût de la vie et à l'augmentation des coûts des intrants.
  • Les conflits mettent en lumière les vulnérabilités de la chaîne d'approvisionnement : 44 % s'inquiètent des risques liés à la chaîne d'approvisionnement (contre 40 % en 2024), une préoccupation alimentée par l'instabilité géopolitique, les tensions commerciales et les risques de perturbation.
  • La confiance dans le management des risques diminue : 62 % estiment maîtriser plus ou moins bien leurs risques, contre 75 % en 2024 et 89 % en 2023, reflétant un environnement plus complexe et plus volatil.
  • Les risques environnementaux, sociaux et de gouvernance (ESG) restent une priorité malgré un certain recul : 84 % affirment que le management des risques ESG sera prioritaire au cours des deux prochaines années, alors que les producteurs commencent à ressentir les effets de la multiplication des sécheresses et des inondations, et que des problèmes tels que le stress hydrique et la dégradation des sols deviennent plus urgents.
  • Renforcement des processus de continuité d'activité : 83 % des entreprises déclarent disposer de plans formels de continuité d'activité (contre 78 %), témoignant d'une meilleure préparation face aux perturbations.

Pour une bonne nouvelle, c'est une bonne nouvelle. La loi d'urgence agricole adoptée !

Pour une bonne nouvelle, c'est une bonne nouvelle. La loi d'urgence agricole pour la protection et la souveraineté agricoles a été adoptée !

Mais il y a aussi une autre bonne nouvelle, la démission de Madame Barbut !

Je crois que le blog a été quelque peu prophétique sur ce coup-là en publiant, Les aventures de Madame Barbut ou un feu de paille avant l’été …

Une du Figaro du mercredi 23 juillet 2026

L'été commence sous de bons auspices pour nos agriculteurs mais il ne faut pas s'arrêter en chemin, il y a encore quelques normes, règles et agences à supprimer ...

MàJ du 23 juillet 2026. On lira l'éditorial de Vincent Trémolet de Viller dans Le Figaro du 22 juillet 2026 intitulé « Le fiasco des écolos », en voici un extrait, 

L'écologie politique aura été la première victime de ces semaines de sécheresse et de canicule. Pendant que des pompiers luttent au prix de leur vie contre les flammes, que les agriculteurs craignent pour leurs récoltes, leurs troupeaux, Monique Barbut, ministre de la Transition écologique, s'élève contre un vote de l'Assemblée comme s'il s'agissait d'un arbitrage du premier ministre. Fascinant pays où personne, au gouvernement, ne songerait à démissionner après la légalisation de l'euthanasie, mais où une ministre invoque son non possumus (« nous ne pouvons pas ») contre les pesticides. 

Une nouvelle étude suggère que les particules de plastique renforcent les biofilms de E. coli ; les chercheurs soulignent les implications pour la sécurité sanitaire de l'eau potable

« Une nouvelle étude suggère que les particules de plastique renforcent les biofilms de E. coli ; les chercheurs soulignent les implications pour la sécurité sanitaire de l'eau potable », source Food Safety Magazine.

Les microplastiques et les nanoplastiques pourraient aider les bactéries pathogènes à survivre aux efforts d'élimination, leur permettant ainsi de persister dans les systèmes d'eau potable, selon une nouvelle étude publiée dans Water Research.

Plus précisément, les chercheurs ont constaté que les nanoplastiques peuvent renforcer les biofilms bactériens qui se développent à l'intérieur des canalisations d'eau potable et autres infrastructures hydrauliques. Ces biofilms deviennent plus résistants à la désinfection au chlore, ce qui peut rendre l'éradication des bactéries pathogènes des systèmes de traitement et de distribution d'eau plus difficile.

Les microplastiques et les nanoplastiques constituent déjà une préoccupation croissante de santé publique en raison de l'exposition alimentaire via l'eau et les aliments, dont l'ampleur et les conséquences sanitaires restent encore mal connues. L’étude récente suggère que ces particules de plastique pourraient affecter indirectement la santé humaine en influençant le comportement de pathogènes comme Escherichia coli dans les systèmes aquatiques.

« Il est crucial de mieux comprendre les effets néfastes des nanoplastiques sur la santé humaine, mais aussi sur l'environnement, ce qui a une incidence indirecte sur la santé humaine », a déclaré Jingqiu Liao, co-auteur de l'étude. « Les nanoplastiques peuvent favoriser la survie des agents pathogènes résistants aux antimicrobiens, ce qui pourrait nuire à l'environnement et avoir des conséquences sur la santé publique. »

L'étude a été réalisée par des chercheurs de Virginia Tech, de l'Université Rice, de l'Académie chinoise des sciences, de l'Institut fédéral suisse des sciences et technologies aquatiques et de l'Université du Zhejiang

Les nanoplastiques renforcent les biofilms de E. coli et de Pseudomonas

Les biofilms sont des communautés de bactéries qui adhèrent aux surfaces et s'entourent d'une matrice protectrice appelée substances polymériques extracellulaires (extracellular polymeric substances pour EPS). Ces communautés microbiennes qui se développent dans les réseaux de distribution d'eau potable peuvent héberger des pathogènes opportunistes et rendre leur élimination plus difficile.

Pour comprendre l'influence des nanoplastiques sur la dynamique des biofilms, les chercheurs ont exposé des biofilms composés de deux espèces bactériennes, Escherichia coli et Pseudomonas aeruginosa, à des nanoplastiques de polystyrène chargés positivement et négativement, à des concentrations environnementales pertinentes allant de 100 à 1 000 nanogrammes par litre (ng/L). Les nanoplastiques chargés positivement ont produit les effets les plus marqués.

Les chercheurs ont constaté que les nanoplastiques pénétraient dans les cellules bactériennes et augmentaient le stress oxydatif, faisant augmenter les niveaux de dérivés réactifs de l'oxygène d'environ 2,2 fois. Ce stress activait les bactériophages dormants, des virus infectant les bactéries, provoquant une lyse partielle des cellules de E. coli et la libération de matériel intracellulaire dans le biofilm environnant.

Parallèlement, des analyses transcriptomiques et protéomiques ont montré que les nanoplastiques activaient les réponses au stress chez les bactéries, stimulaient la réplication des bactériophages et renforçaient le quorum sensing, un système de communication chimique utilisé par les bactéries pour coordonner leur comportement collectif. En communiquant entre elles, les bactéries sécrétaient de plus grandes quantités d'EPS, produisant ainsi des biofilms plus épais, plus denses et plus protecteurs.

Les chercheurs ont également observé l'activation des systèmes de défense antiviraux bactériens en réponse aux prophages, des bactériophages qui insèrent leur génome dans l'ADN de bactéries hôtes et détruisent les cellules bactériennes qu'ils infectent tout en produisant un grand nombre de nouvelles particules virales. Pour se défendre contre ces prophages, les bactéries utilisent le système CRISPR (Clustered Regularly Interspaced Short Palindromic Repeats), un ensemble de séquences d'ADN ou d'ARN.

Ensemble, ces processus ont augmenté la quantité d'ADN extracellulaire au sein du biofilm, amélioré sa résistance mécanique d'environ 1,5 fois et accru significativement sa résistance à la désinfection au chlore. L'analyse métagénomique des biofilms présents dans les pipelines a suggéré que ces interactions bactéries-phages favorisaient également le développement de communautés de biofilms multi-espèces plus résilientes.

Les auteurs ont conclu que des biofilms plus résistants et plus robustes aux désinfectants pourraient créer de nouveaux défis pour les systèmes de traitement et de distribution d'eau potable en rendant les biofilms plus difficiles à éradiquer des surfaces des infrastructures.

Des recherches futures sont nécessaires pour identifier les processus moléculaires qui régissent les réponses des biofilms complexes contenant plusieurs espèces microbiennes aux particules de plastique, ainsi que pour comprendre le rôle de la taille des particules (c.-à-d. microplastiques vs nanoplastiques) sur la dynamique bactéries-phages.

Ces conclusions s'appuient sur des preuves émergentes liant les plastiques aux risques microbiens.

Ces nouvelles découvertes viennent s'ajouter à un ensemble croissant de recherches suggérant que les microplastiques et les nanoplastiques peuvent modifier le comportement bactérien de manière à accroître la persistance microbienne, la résistance aux antimicrobiens (RAM) et la virulence.

Par exemple, une étude menée en 2025 par l'Université de Boston a révélé que les microplastiques augmentaient la résistance aux antimicrobiens et la formation de biofilms chez E. coli, ce qui soulève des inquiétudes quant au fait que la pollution plastique pourrait contribuer à la propagation de la résistance aux antimicrobiens parmi les agents pathogènes d'origine alimentaire.

Des chercheurs de l'Université de l'Illinois à Urbana-Champaign avaient rapporté des résultats similaires concernant les nanoplastiques. Cette étude avait révélé que les nanoplastiques chargés modifiaient la croissance, la viabilité, les réponses au stress physiologique, la virulence et la formation de biofilm de E. coli pathogène. Une autre étude avait également montré que les nanoplastiques augmentaient la virulence de Salmonella, favorisaient la formation de biofilm et exacerbaient la résistance aux antimicrobiens, les effets étant plus marqués à des concentrations plus élevées.

Prises ensemble, ces études suggèrent que les particules de plastique peuvent influencer les communautés microbiennes par de multiples voies biologiques, augmentant potentiellement la persistance des bactéries pathogènes dans les matrices alimentaires et les systèmes aquatiques.

mardi 21 juillet 2026

L’impossible équation du 100% bio

« L’impossible équation du 100% bio » est un article de Gil Rivière-Wekstein paru sur son site, agriculture et environnement, le 20 juillet 2026.

Le blog vous en propose quelques extraits de cet article très documenté et à lire en intégralité.

Reprise timide mais réelle, clame l’Agence Bio pour 2025. Un examen des données montre plutôt un modèle qui stagne, et qui ne pourra jamais remplacer l’agriculture conventionnelle.

Le 16 juin, Bruno Martel, le président de l’Agence Bio, a présenté le « livret annuel des chiffres du bio » pour l’année 2025, en se félicitant de la consolidation d’un marché de quelque 12,6 milliards d’euros. Selon lui, la reprise serait enfin là, timide mais réelle, avec une croissance de 3,6 % en valeur et de 2% en volume par rapport à 2024.

Et de déployer la communication habituelle de l’Agence en l’étayant d’une batterie de chiffres censés démontrer que les bonnes perspectives sont de retour, et que cette embellie, « confirmant l’attractivité du bio », est de nature à susciter un regain d’optimisme chez les producteurs et à encourager les conversions et installations. « La crise est derrière nous », a confirmé au Nouvel Obs Franck Poncet, directeur général de Biocoop, le leader des magasins spécialisés qui a enregistré en 2025 une année « record » en termes de chiffre d’affaires et une hausse de fréquentation de 6,5%.

(...)
L’Agence Bio a beau insister sur le fait que 59% des Français déclarent aujourd’hui manger bio au moins une fois par mois et 35 % au moins une fois par semaine – soit cinq points de plus qu’en 2024 – et assurer que « toutes les catégories de population sont concernées, sans considération d’âge ou de niveau de vie », les chiffres sont têtus : 94 % des denrées composant l’assiette des Français restent issues de l’agriculture conventionnelle. Quant à la restauration collective, qui devait atteindre 20 % de bio avec la loi EGalim, elle plafonne à 552 millions d’euros, c’est-à-dire 6% du total.
(…)
Le « 100% bio » – manière détournée d’imposer la sortie des pesticides – pose donc une équation que la géographie a déjà tranchée : la France ne possède pas, et ne possédera jamais, les terres que ce modèle réclamerait. S’il existe indubitablement un marché bio, qui représente 5 à 6% de la consommation alimentaire des Français, est-il pour autant souhaitable de l’étendre en y consacrant de l’argent public? La question reste ouverte…

Où il est à nouveau question des planches à découper

À paraître dans Journal of Food Protection, un article intitulé « Les planches à découper domestiques comme réservoirs de Listeria monocytogenes et de Escherichia coli virulentes et résistantes aux antimicrobiens ». La planche à découper que ce soit en bbois ou plastique dans cette étude apparaît bien chargée, me semble-t-il ?

Faits saillants

  • L. monocytogenes et E. coli ont été retrouvés sur des planches à découper domestiques au Brésil.
  • Des E. coli hébergeant des gènes de virulence et et des déterminants liés au biofilm.
  • Des souches multirésistantes de E. coli producteurs de bêta-lactamases à spectre étendu (BLSE) ont été détectées dans des planches domestiques.

  • Des sérotypes de L. monocytogenes cliniquement pertinents (1/2a, 1/2b, 4b) ont été identifiés.
  • Les désinfectants commerciaux ont considérablement réduit le nombre de bactéries viables de tous les isolats.

Résumé

Les planches à découper sont des surfaces en contact avec les aliments essentielles dans les cuisines domestiques et peuvent constituer des réservoirs pour les pathogènes d'origine alimentaire et les bactéries résistantes aux antimicrobiens.

Cette étude a examiné la présence de Listeria monocytogenes et de Escherichia coli sur des planches à découper en bois et en plastique collectées dans des foyers brésiliens, en s'intéressant aux gènes de virulence et de formation de biofilm, à la capacité d'adhérence et à la résistance aux antibiotiques et aux désinfectants.

Parmi les 100 planches à découper analysées (50 en bois et 50 en plastique), L. monocytogenes a été détecté sur trois planches (n = 16 isolats), dont une en bois (n = 5) et deux en plastique (n = 11). E. coli a été isolée sur cinq planches (n = 15 isolats) : trois en bois (n = 9) et deux en plastique (n = 6). Aucune planche à découper n'a été testée positive pour les deux micro-organismes simultanément. Au total, 8,0 % (8/100) des planches à découper étaient contaminées soit par L. monocytogenes, soit par E. coli. Les sérotypes de L. monocytogenes cliniquement pertinents (1/2a, 1/2b et 4b) ont été identifiés. Les deux espèces présentaient une forte prévalence de gènes associés à la virulence et à la formation de biofilm, bien que la plupart des isolats aient été classés comme faiblement adhérents in vitro. Les tests de sensibilité aux antibiotiques ont révélé une fréquence élevée de multirésistance, en particulier chez E. coli, avec 60 % des isolats identifiés comme producteurs de β-lactamases à spectre étendu. Plusieurs souches de Listeria monocytogenes ont également présenté une résistance à des antimicrobiens d'importance clinique. Tous les désinfectants testés se sont révélés efficaces dans les conditions expérimentales.

Ces résultats indiquent que les planches à découper domestiques peuvent héberger des bactéries combinant potentiel de virulence et résistance aux antimicrobiens, soulignant ainsi leur rôle dans la sécurité des aliments domestique et la dissémination de la résistance aux antimicrobiens.

Conclusion

Ces résultats désignent les surfaces domestiques en contact avec les aliments, et les planches à découper en particulier, comme des interfaces entre la chaîne alimentaire et l'exposition de la population à des bactéries pathogènes et résistantes aux antibiotiques. Des mesures pratiques, telles que la séparation adéquate entre les aliments crus et les aliments prêts à consommer, le remplacement régulier des surfaces usées et l'utilisation correcte de désinfectants, sont essentielles pour réduire les risques de contamination et devraient être encouragées par des stratégies de sensibilisation à la sécurité des aliments et à la résistance aux antibiotiques.

Quelques références historiques toujours d’actualité

- Bacterial Retention and Cleanability of Plastic and Wood Cutting Boards with Commercial Food Service Maintenance Practices, 1997 (pubmed.ncbi.nlm.nih.gov)
- Some laboratory experiments on various meat preparation surfaces with regard to surface contamination and cleaning, 1971 (academic.oup.com)
- Cutting Boards of Plastic and Wood Contaminated Experimentally with Bacteria, 1994 (sciencedirect.com)
- Decontamination of Plastic and Wooden Cutting Boards for Kitchen Use, 1994 (sciencedirect.com)

Le blog a publié de très nombreux articles que l’on peut retrouver ici.

Analyse prospective de l'EFSA sur les risques émergents 

Non ce n’est pas un exercice de Mme Irma et sa boule de cristal auquel se livre l’EFSA mais un exercice utile de prospective sur les risques émergents.

Rapport, 2025 EFSA Annual Report : Emerging Risks and Horizon Scanning Activities, 36 pages.

Un risque émergent est un risque résultant d’un danger nouvellement identifié auquel une exposition significative pourrait se produire, ou un risque résultant d’une exposition et/ou d’une sensibilité nouvelle ou accrue et inattendue à un danger déjà connu.

L’identification précoce et efficace des risques émergents constitue un élément clé en matière de sécurité alimentaire, afin de renforcer la préparation opérationnelle.

Cette identification permet aux gestionnaires du risque d’anticiper ces risques et d’adopter, en temps utile, des mesures de prévention et de contrôle efficaces pour protéger les consommateurs, les animaux, les plantes et l’environnement.

Cela contribue également à améliorer les capacités des évaluateurs de risques scientifiques tels que l’EFSA à faire face aux futurs défis, par exemple grâce à l’exploration de nouvelles sources de données, au développement de nouveaux outils et méthodes analytiques ou encore à l’élargissement des réseaux scientifiques.

Parmi les facteurs de risques émergents peuvent notamment figurent la mondialisation, le commerce international, l’urbanisation, la croissance démographique, le changement climatique, les avancées scientifiques, la raréfaction des ressources, les enjeux environnementaux et agricoles, la concentration de la chaîne d’approvisionnement, la volatilité des prix, l’évolution des régimes alimentaires et la résistance aux antimicrobiens.

Au total, 55 sujets ont été examinés ; parmi eux, 43 ont fait l'objet d'une analyse approfondie et 25 ont été caractérisés grâce à des processus d'évaluation structurés impliquant le réseau d'échange sur les risques émergents et le groupe de discussion des parties prenantes sur les risques émergents. Quatre sujets ont été identifiés comme des risques émergents, tandis que plusieurs autres nécessitaient des informations complémentaires, reflétant l'incertitude entourant les signaux précoces ainsi que la nécessité de poursuivre la surveillance et la recherche. Les contaminants et les dangers biologiques représentaient la majeure partie des préoccupations identifiées, confirmant les pressions persistantes dans ces domaines.

lundi 20 juillet 2026

Les dark Kitchens et la sécurité des aliments

« Les dark kitchens posent des défis croissants en matière de sécurité des aliments et de réglementation, selon une étude », source Sheffield Hallam University.

Les « dark kitchens », entreprises de restauration proposant uniquement la livraison via des plateformes en ligne, posent des problèmes d'hygiène, de gestion des allergènes et de réglementation, selon une nouvelle étude de l'université de Sheffield Hallam intitulée, « Defining, identifying and regulating dark kitchens in the North of England: perspectives from consumer, local authority and food business stakeholders ».

L’étude, financée par le National Institute for Health and Care Research (NIHR), montre que même si ces entreprises font désormais partie intégrante du paysage de la livraison de repas, il subsiste une confusion quant à la manière de les définir, de les identifier et de les réglementer de façon cohérente.

L'étude a examiné les points de vue des consommateurs, des agents des collectivités locales et des acteurs du secteur des dark kitchens dans le nord de l'Angleterre. Elle a révélé que la plupart des représentants des collectivités locales (72 %) connaissaient le concept de dark kitchens ; cependant, seulement 25 % des consommateurs en avaient entendu parler, et que de nombreuses équipes des collectivités locales utilisaient des définitions et des approches différentes, ce qui rendait difficile le suivi de ces entreprises et l'application efficace de la réglementation.

Interrogé sur la manière d'identifier les dark kitchens, un consommateur a déclaré :« C'est un peu inquiétant. Le fait de ne pas pouvoir s'y rendre en personne… Le mot « dark » a une connotation très négative pour moi. Je veux dire, je ne savais pas ce que c'était au départ, mais ce n'était certainement pas un bon signe … Je trouve que « dark » a une connotation vraiment négative. »

Les chercheurs ont également constaté que les dark kitchens soulèvent d'importantes questions concernant l'hygiène alimentaire, la gestion des allergènes et la transparence pour les consommateurs. Les participants ont indiqué souhaiter des informations plus claires sur le lieu de préparation des aliments, ainsi qu'un accès plus facile aux scores ou notes en hygiène des aliments et aux détails sur les allergènes lors des commandes via les applications de livraison.

L'article souligne les difficultés particulières rencontrées par les collectivités locales, car les dark kitchens sont souvent invisibles en centre-ville et peuvent opérer sous plusieurs marques ou dans différents établissements. Lorsque les équipes municipales collaborent plus étroitement entre les services, la réglementation est plus cohérente, ce qui laisse penser qu'une meilleure coordination pourrait améliorer le contrôle.

Le Dr Jordan Beaumont, auteur principal et chercheur à la Sheffield Business School, a déclaré :« Les résultats montrent que les systèmes actuels peinent à suivre le rythme de la croissance rapide des modèles de restauration exclusivement en livraison. Il est clairement nécessaire d’établir de meilleures directives, des définitions plus claires et une collaboration plus étroite si l’on veut réglementer les dark kitchens de manière à protéger la santé publique. »

NB : Les synonymes de dark kitchens sont nombreux. Envoici quelques uns, « restaurants virtuels », « cuisines fantômes », « ghost kitchen », « cloud kitchen », etc.

Les répulsifs anti-moustiques au prisme de l'Anses et du BfR

A quelques jours d’intervalles, l’Anses et le BfR, l'Institut fédéral allemand d'évaluation des risques nous parlent des moustiques et des répulsifs anti-moustiques.

Anses : « Répulsifs anti-moustiques : quels produits utiliser pour protéger les enfants ? »

En piquant, certains moustiques peuvent transmettre des virus responsables de maladies comme la dengue, le chikungunya ou Zika. Les parades anti-moustiques sont nombreuses, mais toutes ne sont pas adaptées aux enfants. À partir de quel âge peut-on utiliser un répulsif anti-moustique ? Quelles sont les alternatives aux produits répulsifs ? Les répulsifs à base d’huiles essentielles sont-ils efficaces et sûrs pour les enfants ?  

BfR : « Repousser les moustiques, les tiques et les mouches : l'utilisation de répulsifs présente-t-elle des risques pour la santé ? »

L'Institut fédéral allemand d'évaluation des risques (BfR) a rassemblé des questions-réponses fréquentes concernant les répulsifs et les risques qu'ils présentent pour la santé.

L’Anses rapporte ce qu’il faut retenir et des FAQs listées dans le tableau ci-dessous.

Après avoir cherché à éliminer les sources de prolifération des moustiques :
  • Privilégier d’abord les moyens de protection physique/mécanique : vêtements couvrants et moustiquaires.
  • Utiliser un répulsif sur la peau uniquement si les autres moyens de protection ne suffisent pas, en choisissant un produit adapté à l’âge de l’enfant, et en respectant strictement les conditions d’emploi indiquées sur l’étiquette : quantité, fréquence d’application et âge autorisé.
  • Les répulsifs contenant du DEET, de l’IR3535 ou de l’icaridine avec une AMM sont des produits dont l’efficacité et l’innocuité ont été évaluées par l’Anses.
  • Les produits à base d’huiles essentielles, dont les bracelets anti-moustiques, et les appareils à ultrasons, ne sont pas recommandés chez l’enfant faute de garanties suffisantes sur leur efficacité ou leur sécurité à ce jour.

Le BfR rapporte ce qui suit complété par des FAQs.

À mesure que les jours rallongent et que les soirées se réchauffent, les premiers moustiques ne tardent généralement pas à faire leur apparition. Les répulsifs, tels que les sprays anti-insectes, permettent d'éloigner les moustiques, les tiques et autres insectes ; ils protègent ainsi contre les piqûres désagréables et, par conséquent, contre certaines maladies. Appliqués sur la peau, ils agissent grâce à des substances chimiques - comme le diéthyltoluamide (DEET), l'icaridine et l'éthyl butylacétylaminopropionate (IR3535) - qui bloquent ou perturbent les récepteurs olfactifs des insectes, les empêchant ainsi de suivre les odeurs humaines (telles que celles de la respiration ou de la sueur).

Les répulsifs sont classés comme « produits biocides » car ils contiennent des substances capables de tuer, de neutraliser ou de repousser des organismes. Avant leur mise sur le marché, ils doivent faire l'objet d'une procédure d'autorisation garantissant leur innocuité pour l'homme et l'environnement. Ces produits sont en vente libre, aussi bien en magasin que sur Internet.

En cas d'utilisation inappropriée, certaines substances contenues dans les répulsifs peuvent provoquer des irritations des yeux, de la peau et des muqueuses. Le DEET, en particulier, suscite des inquiétudes à cet égard. Les produits contenant du DEET ou de l'icaridine ne doivent pas être utilisés chez les enfants de moins de deux ans.

Il existe des alternatives aux substances de synthèse, notamment des substances d'origine végétale. Toutefois, leur efficacité est jugée moindre et moins durable que celle des substances synthétiques susmentionnées. Par ailleurs, dans certains cas, ces substances n'ont pas encore fait l'objet d'une évaluation par les autorités réglementaires.


FAQs BfR
FAQs Anses
  • Que sont les répulsifs ?

  • Comment les répulsifs sont-ils classés par la réglementation ?
  • Quels sont les biocides couramment utilisés dans les répulsifs ?
  • Existe-t-il également des substances naturelles agissant comme répulsifs ?
  • Les répulsifs présentent-ils des risques pour la santé ?
  • Quelles précautions prendre lors de l'utilisation de ces produits chez les enfants ?
  • Quels moyens existent pour se protéger des moustiques ? 

  • Insecticides et répulsifs anti-moustiques : quelle différence ?
  • Quelle différence entre un répulsif cutané adapté aux enfants et un répulsif cutané pour adultes ?
  • Quels répulsifs cutanés privilégier pour les enfants ?
  • Quels produits éviter pour les enfants ?
  • Comment appliquer correctement un répulsif sur la peau d’un enfant ?
  • Les répulsifs anti-moustiques contenant des huiles essentielles sont-ils plus sûrs ?
Conclusion, les documents de l’Anses et du BfR se complètent bien.