mercredi 14 octobre 2026

La confiance dans la science ‘sous pression’, selon une enquête mondiale

« La confiance dans la science ‘sous pression’, selon une enquête mondiale », source article de Chris Dall paru dans CIDRAP News.

Les résultats d'une vaste enquête mondiale révèlent que la confiance dans la science a globalement diminué depuis 2020, tout en variant d'un pays à l'autre et au sein même des pays.

Parmi les plus de 140 000 adultes de 140 pays ayant répondu à l'enquête Wellcome Global Monitor 2026, 72 % ont déclaré avoir « un certain niveau » (45 %) ou « beaucoup » (27 %) confiance dans la science, en baisse avec les 80 % de l'enquête de 2020 et 77 % en 2018. La proportion de personnes affirmant avoir « beaucoup » confiance dans la science a reculé dans 14 régions du monde entre 2020 et 2025. Environ un répondant sur cinq (19 %) a indiqué n'avoir « pas beaucoup » ou « pas du tout » confiance dans la science, un chiffre en hausse par rapport aux 13 % enregistrés en 2018 et 2020.

Les résultats sont similaires concernant la confiance envers les scientifiques ; bien que les répondants aient accordé davantage de confiance à ces professionnels qu'aux membres du gouvernement ou aux journalistes, on observe une baisse significative par rapport à 2020. Seuls 32 % des répondants ont déclaré avoir « beaucoup » confiance dans les scientifiques, contre 43 % en 2020.

Une carte thermique des résultats montre que les niveaux de confiance dans la science les plus élevés se trouvent aux États-Unis, Canada et Europe, tandis que les plus faibles sont observés en Afrique subsaharienne et en Asie de l'Est.

Ces comparaisons reposent sur les réponses de personnes issues des 108 pays ayant participé aux trois enquêtes. Outre les questions sur le niveau de confiance dans la science, les participants ont répondu à des questions spécifiques sur les vaccins, le changement climatique et l'intelligence artificielle.

Dans l'avant-propos du rapport, John-Arne Rottingen, directeur général de Wellcome, souligne que ces résultats suggèrent que la confiance dans la science est « sous pression » et qu'il est crucial de comprendre les raisons de ce phénomène pour une organisation qui aspire à bâtir un avenir plus sain. « Lorsque la confiance est solide, la science peut aider les gens à prendre des décisions éclairées, à recourir à des solutions fondées sur des données scientifiques et à soutenir l’action collective », a-t-il écrit. « Lorsque la confiance est mise à mal, même des preuves solidement établies peinent à s’imposer. »

La confiance est moindre chez les personnes ayant du mal à joindre les deux bouts

L’enquête a également révélé que la situation personnelle et le vécu des individus, ainsi que leur sentiment quant à l’efficacité du système à leur égard, peuvent façonner leur niveau de confiance envers la science et les scientifiques.

Par exemple, parmi les personnes déclarant avoir du mal à vivre avec leurs revenus actuels, la proportion de celles qui font « beaucoup » confiance dans la science a chuté de 8 points de pourcentage entre les enquêtes de 2018 et de 2025. En revanche, chez les personnes satisfaites de leur niveau de revenu actuel, la confiance envers la science est restée stable (40 %).

Par ailleurs, les personnes ayant moins confiance dans les institutions nationales et le gouvernement, ou percevant un niveau de corruption plus élevé, étaient moins enclines à faire confiance en la science. Si 26 % de l’ensemble des répondants ont déclaré faire « beaucoup » confiance à la science, ce chiffre atteignait 43 % chez ceux qui avaient confiance dans les services de santé de leur pays.

Ces résultats, a souligné M. Rottingen, « devraient nous inciter à ne pas réduire le manque de confiance à une simple méconnaissance ou incompréhension du sujet ».

L’enquête a également révélé que, bien que 81 % des personnes estiment que la science leur profite personnellement, la proportion de celles qui pensent que la science profite à la « majorité » de la population de leur pays est passée de 42 % en 2018 à 37 % en 2025. Les personnes accordant une plus grande confiance à la science étaient nettement plus nombreuses (avec un écart de 23 points de pourcentage) à considérer celle-ci comme bénéfique.

Il est à noter que les répondants américains font figure d’exception sur ce point : la proportion d’Américains estimant que la science profite à la majorité de la population de leur pays est passée de 48 % en 2018 à 57 % en 2025.

« Alors que les attitudes positives à l’égard de la science ont reculé à l’échelle mondiale depuis 2018, les États-Unis ont évolué dans le sens inverse », a relevé l’enquête.

Malgré un certain effritement, la confiance envers la science demeure élevée

Tim Weninger, docteur et professeur d'ingénierie et d'informatique à l'université de Notre Dame, spécialiste de la désinformation, estime que si le recul de la confiance envers la science est préoccupant, il convient de le relativiser. Il le décrit davantage comme un « effritement » de la confiance que comme une crise de confiance.

« Une baisse de 8 points de pourcentage de la confiance est significative, mais le fait que 72 % des personnes continuent de faire confiance à la science est également encourageant », a déclaré M. Weninger dans un courriel adressé à CIDRAP News.

Bien qu'il n'ait pas participé à cette enquête-ci, M. Weninger a été l'un des 241 contributeurs à une étude sur la confiance mondiale envers la science, publiée l'année dernière dans la revue Nature Human Behaviour. Cette étude, menée dans 68 pays, a révélé que la plupart des répondants accordaient un niveau de confiance relativement élevé aux scientifiques, 3,62 sur une échelle allant de « très faible » (1) à « très élevé » (5), et ils souhaitaient voir les scientifiques s'impliquer davantage dans la société et l'élaboration des politiques publiques.

Selon M. Weninger, ces résultats, qui l'ont surpris, ainsi que ceux de l'enquête Wellcome, suggèrent que la confiance envers la science reste assez élevée, « alors même que le discours public laisse souvent entendre qu'il existe une crise de confiance bien plus généralisée ».

M. Weninger a également souligné que l'enquête Wellcome de 2020, réalisée en pleine pandémie de COVID-19, avait révélé une hausse de la confiance par rapport à 2018.

« En 2020, les scientifiques étaient très présents dans l'espace public, et la population se tournait vers l'expertise scientifique pour obtenir des réponses à une situation immédiate « ...une menace mondiale immédiate », a-t-il déclaré. « Le recul qui a suivi pourrait donc refléter, en partie, un retour à la normale après une période de confiance inhabituellement élevée. »

Commentaire

Une étude auprès des fabricants d'aliments à faible humidité révèle des opportunités pour renforcer les pratiques de nettoyage-désinfection à sec

« Une étude auprès des fabricants d'aliments à faible humidité révèle des opportunités pour renforcer les pratiques de nettoyage-désinfection à sec », source Food Safety Magazine.

Ce qu'il faut retenir

- Une étude menée auprès de 40 professionnels du secteur des aliments à faible humidité a mis en évidence des lacunes dans les pratiques de nettoyage-désinfection, la gestion de l'humidité et les analyses microbiologiques.
- Le nettoyage à sec était plus courant que le nettoyage par voie humide, bien que 22 % des répondants aient déclaré pratiquer un nettoyage par inondation au moins une fois par mois.
- Les définitions des ‘pauses de nettoyage-désinfection’ variaient d'un répondant à l'autre, beaucoup s'écartant des recommandations de la FDA pour les programmes de nettoyage-désinfection des entreprises ayant des aliments à faible humidité.
- Près de la moitié des répondants étaient incertains quant aux niveaux maximaux d'humidité relative dans les zones de transformation à sec, et plus de 20 % ont signalé des incidents récurrents d'humidité incontrôlée.
- Salmonella était le pathogène le plus souvent ciblé lors de la surveillance environnementale et des analyses de produits finis, les fréquences d’essais variant selon la taille de l'installation.

Une nouvelle étude a identifié des lacunes dans les pratiques de nettoyage-désinfection et de gestion de l'humidité des fabricants d'aliments à faible humidité, notamment des définitions incohérentes des pauses de nettoyage-désinfection, une incertitude quant au contrôle de l'humidité relative et des incidents récurrents d'introduction accidentelle d'eau dans les environnements de transformation à sec.

L'étude a été supervisée par Abigail Snyder, experte en nettoyage-désinfection à sec et professeur au département des sciences des aliments à l'université Cornell, qui rédige des articles techniques sur le nettoyage-désinfection en milieu sec pour Food Safety Magazine.

Cette étude, dont une version préliminaire est destinée à être publiée dans Journal of Food Protection, a interrogé 40 professionnels de la sécurité et de la qualité des aliments expérimentés dans la production daliments à faible humidité afin de caractériser les pratiques du secteur en matière de nettoyage-désinfection, de séparation des lots, de gestion de l'humidité, de surveillance environnementale et d'analyses microbiologiques des produits finis. Les répondants représentaient des fabricants de produits de boulangerie, d'en-cas prêts à consommer, des épices et des céréales, de la poudre de lait, des confiseries et d'autres aliments à faible humidité.

Les aliments à faible humidité, définis comme des aliments dont l'activité de l'eau (aw) est égale ou inférieure à 0,85, ne favorisent pas la prolifération de pathogènes d'origine alimentaire dans des conditions sèches normales. Toutefois, des agents pathogènes tels que Salmonella peuvent persister dans les aliments à faible humidité et dans leurs environnements de transformation pendant de longues périodes ; l'humidité introduite lors du nettoyage ou par des infiltrations d'eau incontrôlées peut créer des conditions propices à la prolifération et à la propagation de ces pathogènes.

Un cinquième des répondants a recours au nettoyage par inondation une fois par mois

Les répondants à l'étude ont généralement fait état de pratiques visant à limiter l'apport d'humidité lors du nettoyage. Les méthodes de nettoyage à sec étaient plus fréquentes que celles par voie humide : 95 % des répondants ont déclaré effectuer des opérations d'essuyage, de brossage ou de grattage au moins une fois par semaine, et 84 % ont indiqué passer l'aspirateur avec la même fréquence.

Par ailleurs, 68 % des répondants ont déclaré ne jamais utiliser le nettoyage par inondation (application massive d'eau sur les équipements et dans l'environnement immédiat), bien que 22 % aient indiqué y recourir au moins une fois par mois. La réduction de l'accumulation de résidus sur les équipements était le facteur déterminant le plus courant pour la fréquence du nettoyage à sec (74 %), tandis que la maîtrise des agents pathogènes était le facteur principal influençant la fréquence du nettoyage par voie humide (82 %).

Malgré les motifs invoqués par les répondants pour justifier le nettoyage par voie humide, la Dr Snyder et son co-auteur Mirdamadi ont expliqué, dans un article publié en février 2026 dans Food Safety Magazine, que le nettoyage à l'eau dans des environnements secs accroît souvent les risques. Ils ont également exposé comment les producteurs de aliments à faible humidité peuvent concilier les impératifs motivant le choix du nettoyage par voie humide et les risques inhérents à cette méthode.

« Les programmes de nettoyage de l'environnement ne permettent pas d'obtenir un milieu stérile, exempt de tout micro-organisme viable. Au contraire, certaines cellules microbiennes subsistent après un nettoyage, qu'il soit effectué par voie humide ou à sec. Par conséquent, l'introduction d'eau dans l'environnement favorise la prolifération de ces microbes résiduels », précise l'article.

Incohérences dans la définition des interruptions pour nettoyage par rapport aux recommandations de la FDA

Les chercheurs ont également relevé des incohérences dans la manière dont les fabricants définissaient les interruptions pour nettoyage, lesquelles servent à séparer les lots de production et à limiter l'ampleur potentielle des contaminations et des rappels de produits.

Près de la moitié des répondants (47 %) définissaient ces interruptions en fonction de la méthode de nettoyage utilisée, tandis que 23 % fondaient leur définition sur les changements de produit, 15 % sur l'étendue du nettoyage et 5 % sur les résultats des analyses effectuées après le nettoyage. Les 10 % restants n'ont pas fourni de définition. Les chercheurs ont noté que bon nombre de ces définitions différaient du projet de lignes directrices de la FDA de janvier 2025 concernant les programmes de nettoyage-désinfection pour les aliments à faible humidité, lequel définissait les interruptions pour nettoyage-désinfection comme une opération de nettoyage suivie d'un traitement désinfectant des surfaces en contact avec les aliments.

Incertitude liée à l'humidité relative et épisodes d'humidité incontrôlée

Malgré le recours généralisé à des méthodes de séchage actif après un nettoyage-désinfection par voie humide, une incertitude quant à la maîtrise de l'humidité relative a été fréquemment observée chez les répondants.

Plus précisément, 32,5 % d'entre eux n'étaient pas certains de l'humidité relative cible leur établissement dans les zones de transformation à sec, tandis que 22,5 % ont indiqué des cibles variables. Près de la moitié (47,5 %) ne connaissaient pas le taux d'humidité relative maximal atteint lors des opérations normales.

Parmi les répondants effectuant un nettoyage par voie humide, 81,1 % ont déclaré recourir ensuite à au moins une mesure de séchage actif, telle que l'essuyage des surfaces avec des chiffons, l'utilisation de ventilateurs, l'augmentation du flux d'air ou l'application d'air comprimé.

Un autre article de Food Safety Magazine, rédigé par la Dr Snyder et son co-auteur Karl Thorson, explique que, malgré l'influence majeure de l'humidité relative sur la capacité d'un établissement à maintenir un environnement suffisamment sec, ce paramètre est souvent négligé en tant que mesure critique de maîtrise de l'environnement.

« Une humidité relative élevée accroît les risques de condensation, ralentit le séchage, favorise la prolifération microbienne au fil du temps et complique la manipulation des poudres », rapporte l'article. « Une gestion efficace de l'humidité, via les systèmes de ventilation, la maîtrise des flux d'air, la déshumidification et l'équilibrage des pressions, doit être considérée comme une barrière critique pour la sécurité des aliments dans les installations traitant des produits secs. »

Des épisodes d'humidité incontrôlée ont également été signalés. Plus de 20 % des répondants ont indiqué que de la condensation, des fuites d'équipement ou des flaques d'eau se produisaient au moins une fois par mois dans les zones de production sèches.

Les chercheurs ont souligné l'importance de la surveillance de l'humidité relative et de la maintenance préventive pour maîtriser les risques microbiens liés à l'humidité. Ils ont également noté que certaines pratiques de séchage, notamment avec l'air comprimé et les chiffons réutilisables, pouvaient engendrer des risques de contamination croisée si elles n'étaient pas correctement gérées.

Variations dans la surveillance environnementale

L'étude a également caractérisé les pratiques de surveillance environnementale et d'analyse des produits finis pour la recherche d'agents pathogènes et d'indicateurs d'hygiène.

Salmonella était l'agent pathogène le plus fréquemment ciblé, tant dans la surveillance environnementale que dans les analyses des produits finis, tandis que Listeria spp. était également fréquemment surveillée. La recherche de Cronobacter spp. était moins courante et se concentrait chez les fabricants de lait en poudre.

La surveillance environnementale pour la recherche d'agents pathogènes et d'indicateurs d'hygiène était effectuée chaque semaine par la plupart des participants à l'étude, bien que la fréquence des analyses ait varié selon le micro-organisme et la taille de l'installation.

100 % des petits fabricants, 92 % des fabricants de taille moyenne et 96 % des grands fabricants ont déclaré effectuer des analyses de recherche de Salmonella sur les produits finis. Les essais hebdomadaires étaient plus fréquents chez les fabricants de taille moyenne et grande, tandis que les petits fabricants déclaraient le plus souvent effectuer des essais mensuels.

Conclusions et limites de l'étude

Dans l'ensemble, les chercheurs ont conclu que les fabricants de aliments à faible humidité interrogés déclaraient généralement des pratiques de nettoyage-désinfection visant à minimiser l'introduction d'eau, mais qu'il subsistait des possibilités d'améliorer la gestion de l'humidité relative, d'uniformiser la compréhension des pauses de nettoyage-désinfection et de mieux caractériser la relation entre la gestion de l'humidité et les risques de contamination microbienne.

Les auteurs ont souligné que la taille relativement réduite et le caractère non aléatoire de l'échantillon, ainsi que le recours aux déclarations des participants, limitaient la généralisation des résultats. Ces résultats visaient à fournir une caractérisation exploratoire des pratiques déclarées plutôt que des estimations à l'échelle de l'industrie ou des preuves de l'efficacité d'interventions individuelles.

Sécurité des aliments : Une attaque informatique visant des réfrigérateurs et congélateurs en France et dans d’autres pays entraîne des pertes alimentaires massives

« Une attaque informatique visant des réfrigérateurs et congélateurs de centaines de magasins en France et dans d'autres pays entraîne des pertes alimentaires massives », source article de Bailee Henderson paru Food Safety Magazine.

Le 12 octobre, des centaines de supermarchés en France ont été la cible d'une cyberattaque au cours de laquelle des pirates informatiques ont pris le contrôle des réfrigérateurs et augmenté les températures jusqu'à 50°C, entraînant une détérioration et une perte massives de nourriture, ainsi que des incendies dans certains magasins.

Selon Reuters, l'Agence nationale de la sécurité des systèmes informatiques (ANSSI) mène actuellement une enquête, aucune partie n'ayant encore revendiqué l'attaque.

Des pirates informatiques ont réussi à déclencher à distance les systèmes de dégivrage forcé des systèmes de réfrigération connectés dans de nombreux magasins touchés.

De toute évidence, certains distributeurs en Espagne, Portugal, Pologne, Allemagne et Belgique ont également été touchés.

Des pirates informatiques auraient exploité une vulnérabilité du logiciel Danfoss

Selon une source proche de l'enquête, l'ANSSI a identifié une faille de sécurité dans un logiciel installé sur des équipements fournis par la société danoise Danfoss. Cette dernière a indiqué que les réfrigérateurs concernés fonctionnaient avec un logiciel obsolète et a conseillé à ses clients de le mettre à jour ou de le remplacer.

L'ANSSI a indiqué au TIME que des magasins d'autres pays pourraient utiliser le même logiciel et être exposés à des risques. Des analyses en ligne ont révélé la présence de contrôleurs de réfrigération Danfoss vulnérables en Afrique du Sud, aux États-Unis, au Royaume-Uni et dans d'autres pays.

La France présentait la plus grande concentration de contrôleurs Danfoss exposés détectés par les analyses (60 %), selon la société UK Cyber Defense.

Les pertes de centaines de magasins français pourraient se chiffrer en dizaines de millions d'euros

Les principaux détaillants ont été ciblés, notamment 300 magasins Intermarché et sa marque Netto, plus de 100 magasins Cooperative U, plus de 80 magasins Carrefour, environ 6 % des 490 magasins Monoprix et plusieurs magasins E Leclerc, selon Al Jazeera.

Aucune estimation officielle des pertes pour l'ensemble du secteur n'a encore été établie, mais le président d'Intermarché, Thierry Cotillard, a indiqué sur BFMTV que l'attaque a probablement coûté des dizaines de millions d'euros aux distributeurs touchés, contraints de jeter des produits exposés à des températures incontrôlées.

Sur LinkedIn, Dominique Schelcher, PDG de Cooperative U, a écrit : « Nos réfrigérateurs sont connectés à Internet pour permettre une surveillance à distance de la température, jour et nuit, et une intervention rapide en cas d’anomalie. C’est un dispositif essentiel pour la bonne conservation des produits alimentaires. »

M. Schelcher a ajouté : « S’attaquer à des équipements essentiels à la conservation des produits frais, c’est s’attaquer à la chaîne d’approvisionnement alimentaire française. C’est sans précédent, extrêmement grave et inacceptable. »

Cela étant, il a tempéré l'ampleur des dégâts, précisant qu'une ‘minorité’ des 80 magasins U touchés et ont dû jeter de la marchandise.

Cet incident met en lumière la cybersécurité comme un enjeu de sécurité alimentaire

Ces cyberattaques mettent en lumière la cybersécurité comme un enjeu émergent et important en matière de sécurité des aliments, un sujet exploré dans les chroniques sur la cybersécurité publiées régulièrement dans Food Safety Magazine.

Dans un article publié en juin 2022, les auteurs Robert Norton, docteur en philosophie, professeur à l'université d'Auburn et chargé de liaison pour la sécurité nationale, et NC Simmons, spécialiste de la sécurité nationale, ont écrit :

« La cybersécurité est essentielle à la défense des systèmes alimentaires et agricoles. Les adversaires ont les moyens, l'opportunité et la motivation de compromettre cette infrastructure à leur guise. Le fait qu'ils ne l'aient pas encore fait ne signifie pas qu'ils ne le feront pas à l'avenir. Si, ou lorsque, des adversaires mènent une attaque d'envergure, la sécurité alimentaire pourrait être gravement compromise. Pour éviter ce scénario catastrophe, les entreprises agricoles et agroalimentaires doivent se préparer adéquatement à ce type d'attaque. Le point de départ doit être leurs propres systèmes de cyberdéfense. »

Remarque

Le blog avait publié en juin 2022 un article de Joe Whitworth de Food Safety News, « Les cybermenaces et le paysage actuel mettent la food defense à l'ordre du jour ».
Rappelons que la Food Defense se définit comme l'ensemble des mesures préventives destinées à protéger la chaîne de production, de transformation et de distribution des aliments contre les actes de malveillance intentionnels.

mardi 13 octobre 2026

L'OMS et la FAO soutiennent une réponse intersectorielle aux urgences liées à la sécurité des aliments en Afrique et au Moyen-Orient

« L'OMS et la FAO soutiennent une réponse intersectorielle aux urgences liées à la sécurité des aliments en Afrique et au Moyen-Orient », source Food Safety Magazine.

L'OMS) et la FAO, aux côtés d'autres partenaires internationaux, ont récemment organisé une session virtuelle de deux jours visant à renforcer la planification de la préparation et de la réponse multisectorielles aux urgences liées à la sécurité des aliments en Afrique et au Moyen-Orient.

La session a rassemblé 352 participants venus de plus de 40 pays pour débattre des approches permettant d'élaborer, de mettre en œuvre et de tester des plans nationaux d'intervention en cas d'urgence liée à la sécurité des aliments, ainsi que des défis liés à la coordination institutionnelle et à la préparation aux urgences.

L'événement a été organisé conjointement par les bureaux régionaux de l'OMS pour l'Afrique et la Méditerranée orientale, les bureaux régionaux de la FAO pour l'Afrique ainsi que pour le Proche-Orient et l'Afrique du Nord, les comités de coordination du Codex pour l'Afrique et le Proche-Orient, et le secrétariat du Réseau international des autorités de sécurité des aliments (INFOSAN) de la FAO et de l'OMS.

Les participants ont souligné l'importance d'intégrer les plans d'intervention en cas d'urgence liée à la sécurité des aliments dans les systèmes nationaux existants de gestion des urgences de santé publique, de gestion des risques de catastrophe et de contrôle des denrées alimentaires. Une telle intégration permettrait également de soutenir les capacités fondamentales requises par le Règlement sanitaire international 2005 (RSI), notamment en matière de détection, d'évaluation, de notification et de gestion des incidents liés à la sécurité des aliments.

Les pays ont été encouragés à évaluer les dispositifs d'intervention d'urgence existants, à mettre à jour les listes de contacts nationaux et à mettre en place des groupes de coordination multisectoriels associant les secteurs de la santé publique, de la sécurité des aliments, de l'agriculture et des services vétérinaires, ainsi que les laboratoires, les autorités réglementaires et les experts en communication sur les risques.

En s'appuyant sur le cadre de la FAO et de l'OMS pour l'élaboration de plans nationaux d'intervention en cas d'urgence liée à la sécurité des aliments, les pays peuvent élaborer ou actualiser des plans définissant clairement les critères de déclenchement des interventions, les responsabilités institutionnelles, les pouvoirs de décision, les procédures d'évaluation des risques et les protocoles de communication.

La session a également mis en évidence l'importance de réaliser régulièrement des exercices sur table et des simulations afin d'identifier les lacunes en matière de préparation et de tester les mécanismes de coordination. Des scénarios impliquant des catastrophes liées au climat, des urgences humanitaires et des perturbations de la chaîne d'approvisionnement alimentaire ont été présentés comme des occasions d'évaluer les capacités nationales d'intervention et les échanges internationaux d'informations via le réseau INFOSAN. Des experts techniques issus d'autorités et d'institutions chargées de la sécurité des aliments au Canada, en Allemagne, en Arabie saoudite, au Qatar, au Sénégal et au Maroc ont partagé leurs expériences pratiques ainsi que les enseignements tirés des activités d'intervention d'urgence en matière de sécurité sanitaire des aliments.

Dans l'ensemble, la session a mis en évidence la nécessité pour les pays d'aller au-delà de la simple élaboration de plans d'intervention d'urgence pour passer à leur adoption formelle, à leur mise en œuvre opérationnelle et à leur test régulier, le tout soutenu par une coopération régionale continue et un échange de connaissances techniques.

ECDC : Point sur l'épidémie transfrontalière à Salmonella Strathcona de 2023-2026 en Europe

L’ECDC fait un point le 9 octobre 2026 sur l’épidémie transfrontalière à Salmonella Strathcona, UE/EEE de 2023-2026.

Aperçu

L'épidémie transfrontalière prolongée de Salmonella Strathcona ST2559 se poursuit dans l'Union européenne et l'Espace économique européen (UE/EEE). La souche épidémique circule dans l'UE/EEE depuis 2011, date à laquelle une première épidémie a été signalée au Danemark ; des tomates ‘datterino’ (petites tomates allongées) commercialisées depuis la Sicile (Italie) avaient alors été identifiées comme la source des infections. Entre 2023 et 2025, environ 670 cas confirmés de S. Strathcona ST2559 ont été recensés dans l'UE/EEE. Par ailleurs, des cas ont été signalés au Royaume-Uni (73), au Canada (10), aux États-Unis (24) et en Serbie (2). En 2025, les enquêtes épidémiologiques, microbiologiques et de traçabilité menées en Autriche ont identifié des petites tomates commercialisées depuis la Sicile (Italie) comme source des infections, tout comme lors de l'épidémie survenue en Autriche en 2023 et de celle survenue en Italie en 2024. La même conclusion avait été établie pour une épidémie de S. Strathcona ST2559 au Danemark en 2011. Cette hypothèse a été renforcée par des prélèvements officiels effectués en novembre 2024 chez un producteur primaire en Italie, où la souche épidémique a été détectée dans un échantillon d'eau d'irrigation provenant d'un puits. Une enquête de suivi menée en Autriche après la publication de l'évaluation rapide de l'épidémie en 2025 a confirmé la présence de la souche épidémique dans des tomates cerises commercialisées depuis l'Italie, grâce au séquençage (RASFF 2025.9937). Des enquêtes épidémiologiques menées en Suède en décembre 2025 ont également mis en cause un lot de tomates.

Au 9 octobre 2026, dix pays de l'UE/EEE au total (Autriche, Danemark, France, Allemagne, Irlande, Italie, Luxembourg, Pays-Bas, Norvège et Suède) avaient signalé plus de 160 nouveaux cas liés à l'épidémie répertoriée sous la référence EpiPulse 2023-FWD-00090 (ce lien est réservé -aa). Pour la grande majorité d'entre eux, la date d'apparition des symptômes ou de prélèvement se situait entre juillet et septembre 2026.

Le séquençage est en attente pour environ 100 cas supplémentaires. Plusieurs pays ont signalé des cas impliquant des personnes résidant en Italie ou y ayant séjourné avant l'apparition des symptômes, ce qui suggère une exposition commune en Italie. Toutefois, l'exposition ne se limite pas à l'Italie ; des cas autochtones continuent d'être signalés dans d'autres pays. Les enquêtes épidémiologiques concernant les cas signalés en 2026 sont en cours. À ce jour, l'Allemagne et le Luxembourg ont indiqué que tous les cas interrogés en 2026 (respectivement huit et trois) avaient consommé des tomates cerises. L'Italie a également fait état d'une consommation de tomates parmi les cas recensés.

Dans l'ensemble, il s'agit d'une épidémie saisonnière récurrente, avec plus de 800 cas confirmés signalés entre janvier 2023 et septembre 2026. La plupart des cas sont survenus à la fin de l'été, en particulier entre juin et octobre, chaque année. Le nombre de cas atteint systématiquement un pic entre juillet et septembre dans les pays touchés, une tendance saisonnière observée sur plusieurs années.

La réapparition de cas en 2026, y compris chez des personnes n'ayant pas voyagé, suggère une transmission continue et la distribution de produits contaminés aussi bien en Italie qu'au-delà de ses frontières. Des investigations supplémentaires doivent être menées pour vérifier si les petites tomates provenant d'Italie sont bien le vecteur des infections récemment signalées dans tous les pays concernés, d'autres aliments pouvant également être, ou devenir, impliqués dans la transmission.

Évaluation de l'ECDC

Le risque de nouvelles infections persiste tant que se poursuit la distribution saisonnière de produits contaminés. De nouvelles flambées épidémiques sont susceptibles de survenir lors des prochaines saisons tant que la cause première de la contamination n'aura pas été identifiée et que des mesures de contrôle n'auront pas été mises en œuvre.

Actions

Deux évaluations conjointes et rapides de l'épidémie ont été réalisées par l'ECDC et l'EFSA concernant cet événement : en novembre 2024 et en octobre 2025.

L'ECDC suit l'événement via EpiPulse et assure la liaison avec FWD-Net et l'EFSA pour surveiller et coordonner les efforts de réponse.

L'EFSA poursuit sa collaboration avec les autorités compétentes, facilitant l'échange d'informations et restant très attentive à l'évolution de la situation. Des mises à jour épidémiologiques sur le nombre de cas signalés ont également été publiées dans le cadre de la notification RASFF 2024.0384 en août et septembre 2026 ; des préoccupations concernant la réapparition de cette épidémie touchant plusieurs pays ont été communiquées aux gestionnaires des risques aux niveaux européen et national en septembre 2026. L'EFSA continue de suivre les mesures de gestion de l'épidémie telles qu'elles sont communiquées via la plateforme RASFF.

Les pays sont encouragés à continuer d'actualiser EpiPulse avec des informations sur les nouveaux cas, qu'il s'agisse de données épidémiologiques ou du partage de données de séquençage du génome entier (WGS). Cela revêt une importance particulière dans le cadre de cette épidémie afin de permettre l'étude du foyer épidémique par une analyse centralisée au niveau européen, la souche en cause semblant présenter de légères variations génétiques, potentiellement liées à une origine environnementale. Se limiter à la comparaison avec un seul isolat représentatif de l'épidémie au niveau national pourrait restreindre la compréhension de la dynamique du foyer épidémique.

Bonne nouvelle : votre chat ne vous transmettra probablement pas la giardiase

« Bonne nouvelle : votre chat ne vous transmettra probablement pas la giardiase », source article de Sarah Boden paru le 9 octobre 2026 dans CIDRAP News.

On peut attraper plein de trucs dégoûtants de son chat. Mais la giardiase n'en fait probablement pas partie.

Selon une étude publiée cette semaine dans PLOS One, seulement 1,2 % des échantillons fécaux de chats se sont révélés positifs à une forme de ce parasite microscopique potentiellement dangereux pour l'homme.

Des échantillons de selles ont été prélevés sur 157 616 chats aux États-Unis et au Canada. Environ 6 % d’entre eux présentaient un génotype quelconque de Giardia duodenalis. Cependant, seul un échantillon positif sur cinq environ portait les assemblages génétiques A ou B, capables d’infecter diverses espèces hôtes, y compris l’humain. 

Chez le chat comme chez l'humain, une infection à Giardia peut être subclinique, voire asymptomatique. Chez l'humain, elle peut toutefois provoquer de nombreux problèmes, notamment diarrhée, nausées, déshydratation, urticaire et gonflement des articulations.

Pour éviter de contracter ce parasite auprès de votre chat, le CDC recommande de nettoyer régulièrement sa litière et de veiller à ce que son pelage soit propre. Idéalement, les chats devraient également vivre à l'intérieur.

Les chats du Midwest sont les plus susceptibles d'avoir la giardiase

L'étude a révélé que les chats mâles et les chats âgés d'un an ou plus qui n'avaient pas été stérilisés étaient plus susceptibles de contracter une forme quelconque de giardiase.

Cependant, chez les chatons de moins d'un an, les chatons stérilisés avaient environ 30 % plus de risques d'être porteurs du parasite que les chatons non stérilisés. Les auteurs supposent que cela est dû au fait que les chatons de l'étude vivaient plus souvent dans des refuges, où ils étaient potentiellement plus exposés au parasite, ou qu'ils subissaient un stress plus important, ce qui pouvait affaiblir leur système immunitaire.

Giardia peut survivre plusieurs mois dans des environnements humides et froids, et les échantillons prélevés en hiver étaient plus susceptibles d'être positifs. Le parasite était également plus fréquemment retrouvé dans les selles des chats américains vivant dans le Midwest, suivi du Nord-Est et de l'Ouest. Les chats du Sud des États-Unis étaient les moins susceptibles d'en être porteurs. 

Lavez-vous les mains

Bien que ces résultats ne soient pas surprenants, le fait qu'une étude d'une telle envergure confirme que Giardia ne constitue pas une menace majeure pour la santé publique est une information précieuse, a déclaré Jane Sykes, spécialiste des maladies infectieuses à l'École de médecine vétérinaire de l'Université de Californie à Davis.

« C'est une bonne étude, car il y avait tellement de chats dans l'étude… ce qui est incroyable », a déclaré Sykes, qui n'a pas contribué à cette étude.

Toutefois, Sykes conteste la conclusion des auteurs selon laquelle les résultats démontrent l'importance du dépistage fécal systématique chez les chats domestiques. Elle souligne que plusieurs co-auteurs de l'article travaillent pour Antech Diagnostics, Inc., une société de diagnostic vétérinaire appartenant à Mars Petcare, qui a financé la recherche et le matériel d'étude, notamment son test PCR commercial.

De nombreux animaux de compagnie sont porteurs d'une forme ou d'une autre de giardiase, a déclaré Sykes, et se portent parfaitement bien. Par ailleurs, à l'instar de la surutilisation des antibiotiques, la résistance croissante aux médicaments antiparasitaires suscite des inquiétudes. 

Au lieu de rechercher la giardiase asymptomatique, Sykes a déclaré que les propriétaires d'animaux devraient se concentrer sur l'hygiène générale, notamment en se lavant les mains après avoir touché leur animal et avant de manger. 

France : données 2025 du SHU chez l’enfant de moins de 15 ans en France

Santé publique France publie le 12 octobre 2026, « Surveillance du syndrome hémolytique et urémique typique chez l’enfant de moins de 15 ans en France. Données 2025 ».

Points clés

Légère augmentation des cas de SHU pédiatriques notifiés à Santé publique France en 2025 comparé à 2024, tout est restant inférieur au nombre de cas signalés sur la période 2017-2023 :
- 109 cas en 2025 versus 87 en 2024
- Incidence annuelle de 1,0 cas pour 100 000 enfants de moins de 15 ans.
Taux d’incidence chez les enfants de moins de 3 ans qui retrouve son niveau habituel :
- 4,0 cas pour 100 000 enfants en 2025 versus 1,8 cas pour 100 000 enfants en 2024
- Nombre important de suspicions de cas groupés d’infections en crèche (7 investigations) dont une épidémie affectant 12 enfants dont 2 atteints de SHU.

Nombre de cas notifiés à Santé publique France et incidence annuelle du SHU pour 100 000 enfants < 15 ans. France hexagonale, 1996-2025
Caractéristiques des cas de SHU pédiatriques
En 2025, 54% des cas notifiés était de sexe féminin. Comme chaque année, la majorité des enfants était âgés de moins de 3 ans (68% en 2025 ; âge médian : 2 ans ; extrêmes : 2 mois - 14 ans). Le taux d’incidence le plus élevé était observé chez les enfants de moins de 3 ans (4,0/105 enfants) et diminuait avec l’âge. En comparaison à 2024, ce taux d’incidence chez les moins de 3 ans a fortement augmenté (vs 1,8/105 enfants en 2024), de nouveau comparable aux taux d’incidence observés depuis 2017. A l’inverse, chez les 3-5 ans, le taux d’incidence a diminué (0,7/105 en 2025 vs 1,6/105 enfants en 2024). Chez les 6-10 ans et 11-14 ans, les taux sont restés stables entre 2024 et 2025.

Caractérisation des souches de STEC

Le sérogroupe O26 restait de nouveau prédominant (41,3 % des 92 cas de SHU confirmés par la présence de gènes stx), suivi du sérogroupe O55 (18,5%) et O80 (8,7%). La proportion élevée du sérogroupe O55 observée en 2025 est liée à la survenue d’un cas groupé d’infections avec ce sérogroupe.

Éléments de l’année 2025

Le nombre de suspicions de cas groupés d’infections à STEC ou de SHU pédiatriques qui ont fait l’objet d’investigation a retrouvé son niveau habituel avec 12 investigations en 2025 (10 à 20 habituellement). Bien qu’une origine alimentaire ait été suspectée ou confirmée pour certains cas groupés, l’année 2025 a été marquée par un nombre élevé de suspicions de cas groupés d’infections transmises de personne à personne en collectivités de jeunes enfants (crèches) : sept investigations comparées à moins de cinq habituellement. Une épidémie de plus grande ampleur en crèche a été documentée avec 12 cas survenus sur la période d’un mois.

Quant à la surveillance du SHU à STEC chez l’adulte, on nous dit que « La surveillance du SHU à STEC chez l’adulte est réalisée en partie par la surveillance microbiologique en vigueur sur les prélèvements de selles », mais aucune donnée n’est fournie, pour l’instant. « La mutualisation de ces données (de diffétents centres) permettra de s’assurer de leur exhaustivité et de décrire les caractéristiques démographiques, cliniques et microbiologiques de ces patients. Santé publique France continue à assurer son rôle dans la détection de suspicions de cas groupés d’infection et l’investigation épidémiologique. »

Bref, la surveillance du SHU à STEC chez l’adulte n'est pas pour tout de suite ...

Remarques

La publication de données des maladies infectieuses d’origine alimentaire par Santé publique France est à géométrie variable.
Ainsi en est-il de la listériose dont les données de 2024 ont été publiées le 19 septembre 2025, mais à ce jour, toujours pas de données 2025.
Pour les TIAC, le blog en a abondamment parlé d’autant que les données 2024 ont été diffusées en décembre 2024 par l’EFSA. Pour mémoire ont été publiées les données de 2023, le 20 mars 2026 (complétées au 01/09/2026) et les données de 2022, le 21 février 2024.

Des bactéries retournent l'arme d'un virus contre lui-même

« Des bactéries retournent l'arme d'un virus contre lui-même », source information diffusée par ScienceDaily.

Résumé

Des chercheurs de l'University of Utah Health ont découvert un nouveau mécanisme par lequel les bactéries détectent les attaques virales : une enzyme produite par le virus coupe une protéine bactérienne faisant office de capteur, déclenchant ainsi une réponse immunitaire d'autodestruction. Cette découverte pourrait ouvrir la voie à des phagothérapies plus efficaces contre les bactéries résistantes aux antibiotiques et offrir un éclairage sur des mécanismes immunitaires ancestraux partagés avec l'être humain.

Les scientifiques en quête de nouvelles méthodes pour traiter les infections bactériennes se tournent de plus en plus vers des virus appelés bactériophages (ou phages). Ces virus ciblent spécifiquement les bactéries, ce qui leur permet d'éliminer les microbes nuisibles sans endommager les cellules humaines. Ils sont également capables de s'attaquer à des bactéries ayant développé une résistance aux antibiotiques.

La phagothérapie se heurte toutefois à un obstacle majeur : les bactéries ne sont pas sans défense face aux virus. Elles ont développé leurs propres systèmes immunitaires, et la compréhension de ces mécanismes de défense pourrait aider les scientifiques à concevoir des phages thérapeutiques mieux à même de les contourner.

Une nouvelle étude publiée dans la revue Science, « Phage proteases activate CBASS antiphage immunity », a mis en évidence un mécanisme clé par lequel les bactéries détectent une attaque virale. Les chercheurs ont découvert qu'une enzyme virale sectionne une molécule capteur essentielle à l'intérieur de la cellule bactérienne. Cette altération fait office d'alarme et déclenche une réponse immunitaire. À terme, cette découverte pourrait permettre de mettre au point des phagothérapies plus efficaces, capables de déjouer les défenses immunitaires bactériennes.

« Il s'agit de l'une des formes d'immunité bactérienne les plus répandues ; lorsque nous avons enfin compris son fonctionnement, nous avons vécu un véritable moment crucial », déclare Sam Hobbs de l'University of Utah Health, auteur principal de l'article décrivant ces travaux.

Le dernier rempart des bactéries face aux virus

L'étude s'est penchée sur un système immunitaire bactérien appelé CBASS*. Une fois activé, CBASS peut déclencher une réponse extrême, véritable « dernier recours », au cours de laquelle la bactérie infectée s'autodétruit avant que le virus envahisseur n'ait la possibilité de se propager aux cellules voisines.

L'activation de cette défense étant fatale pour la bactérie, le système doit être capable de reconnaître une véritable menace virale avec une grande précision.

Sam Hobbs et ses collègues ont découvert que ce processus de détection repose sur un élément dont le virus lui-même a besoin. Certains phages produisent une enzyme qui sert de signal pour alerter la bactérie de l'attaque.

« Certains types de phages possèdent une protéine appelée protéase, capable de dégrader d'autres protéines », explique-t-il. « Nous avons découvert que la protéase du phage agit directement sur la protéine de l'hôte, et c'est ce signal qui déclenche toute la voie de signalisation. »

Une enzyme virale donne l'alerte

Ce mode de détection des virus diffère sensiblement des systèmes immunitaires antiviraux apparentés. Certaines de ces voies reconnaissent directement le matériel génétique viral. Dans CBASS, le déclenchement provient plutôt de l'activité d'une protéine virale agissant sur une protéine appartenant à la bactérie hôte.

« Il s'agit d'un mécanisme totalement inédit d'activation de ces protéines hôtes », explique Hobbs. « Je n'aurais jamais imaginé que cela fonctionnerait de cette manière.»

Cette découverte permet non seulement de mieux comprendre comment les bactéries se défendent contre les phages, mais pourrait également avoir des répercussions sur la compréhension de l'immunité chez l'être humain.

Le système CBASS est apparenté à une voie immunitaire présente chez l'humain, ce qui suggère que certains aspects de cette défense antivirale ont perduré tout au long d'une immense période de l'histoire de l'évolution. Ce lien indique que la voie en question remonte au moins à l'ancêtre commun aux bactéries et aux humains.

Un système immunitaire ancestral lié à l'humain

Les bactéries offrent également aux chercheurs un système expérimental utile pour étudier des questions fondamentales sur l'immunité. Leur cycle de vie rapide permet aux scientifiques d'étudier rapidement les processus immunitaires, puis de vérifier leurs découvertes sur des modèles biologiques plus proches de l'être humain.

« Le fait que ces systèmes soient conservés chez les bactéries et les humains suggère qu'ils ont été maintenus au sein de ces différents organismes tout au long de cette trajectoire évolutive », déclare Hobbs. « Les cellules nous indiquent qu'il s'agit d'une voie cruciale, puisqu'elles l'ont préservée pendant des milliards d'années. C'est absolument fascinant et cela offre un aperçu passionnant de ce qui est essentiel pour maintenir la capacité à combattre les virus. »

* CBASS (ou Cyclic-oligonucleotide-based anti-phage signalling systems) est une une famille de systèmes de défense contre les bactériophages (appelés aussi phages). Source. CBASS est un système immunitaire inné qui induit le suicide cellulaire pour se défendre contre les infections par des phages. Source.

lundi 12 octobre 2026

Enjeux sanitaires et environnementaux : Avant même les chiffres, les mots ont gagné

Je relaie bien volontiers cet article de l’Afis (association française pour l’information scientifique) intitulé, « Avant même les chiffres, les mots ont gagné », publié en ligne le 10 octobre 2026.

La mise en récit des enjeux sanitaires et environnementaux structure les controverses [1]. Elle décide de ce qui sera débattu, en quels termes, et quels propos sembleront raisonnables. Avant que le premier argument ne soit avancé, les mots ont souvent déjà fait une partie du travail.

Le choix des termes n’est jamais neutre. Ainsi, l’acétamipride est, selon le locuteur, un « pesticide tueur d’abeilles » ou un « produit phytosanitaire sans alternative pour les noisetiers ». La controverse autour de la loi Duplomb s’est largement jouée sur ce terrain lexical, bien davantage que sur les données relatives au risque pour les abeilles ou la santé humaine. « Mégabassine », plutôt que « réserve de substitution », convoque la démesure et l’accaparement. « Fermeusine » circule partout sans jamais être défini : à partir de combien d’animaux ? selon quelles conditions d’élevage ? L’expression « OGM cachés » est mise en avant pour discréditer d’emblée les nouvelles techniques génétiques.

Ensuite, c’est la généralisation qui écrase le raisonnement au cas par cas. Ainsi, ce sont « les pesticides » qu’il conviendrait de bannir dans l’absolu, englobant des composés très variés, utilisés par ailleurs dans tous les types d’agriculture, conventionnelle, raisonnée, biologique… De même, les « polluants éternels » recouvrent une famille de plusieurs milliers de composés chimiques dont les caractéristiques (persistances, mobilités, toxicités) peuvent varier dans des rapports de un à cent, mille ou plus. Évaluer molécule par molécule, usage par usage, n’est pas une coquetterie de spécialiste : c’est la condition d’une réglementation efficace.

Autre confusion fréquente : celle des niveaux. Trace, présence, seuil toxicologique, seuil réglementaire, pollution, contamination : ces termes sont souvent traités, à tort, comme équivalents. Les méthodes actuelles de chimie analytique détectent des concentrations de l’ordre du nanogramme par litre (l’équivalent d’un morceau de sucre dissous dans plus de mille piscines olympiques), voire du picogramme (mille fois moins). Pour autant, des traces d’or dans un jardin ne font pas de son propriétaire un millionnaire (l’or est naturellement présent dans les sols). On trouve de l’arsenic d’origine naturelle dans toutes les eaux, du robinet ou en bouteille ; si les teneurs doivent être surveillées, boire de l’eau ne nous empoisonne pas.

L’air des grandes métropoles peut contenir des traces de cocaïne ou d’héroïne [2], sans que cela ne transforme les habitants en toxicomanes. La bonne question n’est jamais « y en a-t-il ? », pourtant très souvent mise en avant dans les médias, mais « quelle quantité, et par rapport à quelle référence ? »

Enfin, la confusion entre danger et risque est la plus lourde de conséquences. Le danger est une propriété intrinsèque, le risque résulte de l’exposition à ce danger. Si un requin est dangereux car il dispose de dents acérées et d’une mâchoire puissante, il n’y a risque que si l’on nage à proximité, et même là, la plupart des espèces de requins sont inoffensives. Le Circ (Centre international de recherche sur le cancer, dépendant de l’OMS) classe la charcuterie cancérogène avéré pour l’Homme (groupe 1), dans le même groupe que le tabac, l’amiante ou le rayonnement solaire, du fait d’une solidité des preuves comparable. Mais cette classification recouvre des ampleurs de risque sans commune mesure. Nul ne propose de vivre dans une cave pour fuir le soleil : on gère l’exposition. Le glyphosate est « probablement cancérogène » (groupe 2A) au même titre que le travail de nuit, les boissons de plus de 65 °C ou la viande rouge : faut-il tout interdire ? Des politiques fondées sur la gestion du danger et non du risque peuvent conduire à des décisions contre-productives et inutilement coûteuses.

Les termes ne sont donc jamais neutres. N’est-ce pas là une bonne raison de choisir les moins chargés d’émotion ? L’alarme permanente use l’alerte : quand tout est « contaminé », « toxique », « empoisonné », comment reconnaître un risque réel et important ? Un vocabulaire précis et tempéré n’est pas un renoncement, la nuance est la condition de la précision et, derrière, la possibilité de décisions plus adaptées et plus efficaces.

Références

1 | Nisbet MC, “Framing, the media, and risk communication in policy debates”, In Cho et al. (eds), The Sage Handbook of Risk Communication, Sage, 2015, 216-227.
2 | Postigo C et al., “Determination of drugs of abuse in airborne particles by pressurized liquid extraction and liquid chromatography-electrospray-tandem mass spectrometry”, Anal Chem, 2009, 81 :4382-8.

Remarque : Le blog a souvent cité des évènements où il était question de 'traces de Listeria', voir 1, 2, 3 et 4.