vendredi 31 juillet 2026

Les vagues de chaleur prolongées accroissent le risque de maladies infectieuses en Europe

« Alors que les vagues de chaleur prolongées accroissent le risque de maladies infectieuses en Europe, l’ECDC intensifie son action et appelle à la coopération », source ECDC du 29 juillet 2026.

Le risque de contracter certaines maladies infectieuses augmente à mesure que les étés s'allongent et se réchauffent en Europe ; une coopération étroite entre les pays et les secteurs est donc vitale pour prédire, prévenir et réagir efficacement, a déclaré aujourd'hui le Centre européen de prévention et de contrôle des maladies (ECDC). L’ECDC évalue régulièrement l’état de préparation et la résilience des pays face aux menaces pour la santé publique ; les données récentes indiquent qu’environ la moitié des États membres de l’UE disposent d’un plan national d’adaptation au changement climatique.

Si les vagues de chaleur actuelles font la une de l’actualité, ce sont les températures constamment plus élevées et de plus longue durée qui créent les conditions propices à la propagation de nombreuses infections. Cet été, la surveillance et la collecte de données menées par l’ECDC mettent en lumière quatre domaines d’une importance particulière :

Maladies infectieuses d’origine alimentaire : elles figurent parmi les maladies estivales les plus fréquentes, les températures plus élevées favorisant la prolifération bactérienne dans les aliments.

  • Veiller à une bonne hygiène, laver les fruits et légumes avant de les consommer et cuire soigneusement les aliments (en particulier la viande) peut aider à prévenir les infections.
Vibriose : les eaux côtières chaudes et à faible salinité, comme celles de la mer Baltique ou des estuaires, offrent des conditions optimales au développement des bactéries comme Vibrio, responsable de la vibriose. L’ECDC a récemment lancé un outil interactif de visualisation des données, mis à jour, qui permet de prédire les zones où le risque d’infection est potentiellement plus élevé.
  • Éviter de se baigner en présence de plaies ouvertes, d’égratignures ou de piercings récents, et s’assurer que les coquillages et crustacés de mer provenant de ces zones sont bien cuits, permet de réduire la probabilité d’infection.
Maladies transmises par les moustiques : l’allongement des saisons chaudes et humides favorise la prolifération de moustiques envahissants dans des régions où ils étaient auparavant rares, voire absents. Les maladies transmises par les moustiques, telles que la dengue, le chikungunya et le virus du Nil occidental, constituent une préoccupation croissante pour la santé publique en Europe.
  • L’utilisation de répulsifs, le port de vêtements couvrants et les mesures de protection à l’intérieur (moustiquaires aux fenêtres, climatisation ou moustiquaires de lit) offrent une protection efficace. Il est également important d’éviter de laisser de l’eau stagnante à proximité des habitations et des jardins, car il s’agit d’un lieu de reproduction idéal pour les moustiques.
Maladies transmises par les tiques : les tiques sont présentes dans toute l’Europe et leur période d’activité s’allonge à mesure que le printemps et l’automne deviennent plus doux dans de nombreuses régions. Les tiques infectées peuvent transmettre la maladie de Lyme et l’encéphalite à tiques, deux affections susceptibles d’entraîner de graves complications à long terme.
  • Le port de manches longues et de pantalons longs lors de randonnées ou de sorties dans les parcs peut aider à prévenir les piqûres de tiques ; il est également recommandé de s’examiner pour détecter la présence éventuelle de tiques et de les retirer après avoir passé du temps en extérieur. Il existe un vaccin efficace contre l’encéphalite à tiques.

L’ECDC a élaboré des informations pratiques sur ces questions de santé — ainsi que sur d’autres, qui revêtent une importance particulière durant les mois d’été, contribuant ainsi à protéger les individus comme la collectivité dans son ensemble.

Parallèlement, alors que le changement climatique multiplie les menaces pour la santé publique, il devient de plus en plus nécessaire d’instaurer une collaboration et une coopération stratégiques à long terme entre les secteurs de la santé humaine, de l’environnement et de la santé animale. L’approche « Une seule santé » (One Health) de l’UE concrétise cet engagement commun en faveur d’un travail interdisciplinaire, en soulignant la nécessité d’une coopération pour garantir la santé des personnes, des animaux, des plantes et de notre environnement commun.

L’ECDC évalue régulièrement la mise en œuvre de l’approche « Une seule santé » au sein de l’UE, aidant ainsi les États membres à renforcer leur état de préparation et leur résilience face aux vagues de chaleur et autres phénomènes météorologiques extrêmes. Les évaluations les plus récentes révèlent que plus de la moitié des États membres de l’UE disposent d’un plan national d’adaptation au changement climatique ; toutefois, des efforts restent nécessaires pour garantir la mise en place de mesures spécifiques visant à traiter, de manière transversale, les répercussions des phénomènes météorologiques extrêmes sur la santé publique.

A propos de l'élimination de biofilms monospécifiques et bispécifiques de Escherichia coli O157:H7 et de Listeria monocytogenes formés sur diverses surfaces en contact avec les aliments en flux dynamique par l'acide peracétique

Longtemps, je me suis intéressé aux biofilms. Il s’agit de cette forme de vie usuelle des micro-organismes, qui, comme chacun le sait, ne vivent pas en suspension.

Ainsi en est-il de nouvelle article à paraître où il va être question de biofilms en flux dynamique, comme dans la vraie vie, et du rôle d’un désinfectant majeur en entreprise alimentaire, l’acide peracétique.

On sait que les désinfectants ne sont pas des produits qui font des miracles sur les surfaces en contact avce les aliments, le nettoyage préalable est toujours indispasable. Ici les auteurs de l’étude montre une nouvelle donne des surfaces en contact avec les aliments avec la notion d'aplatissement d'une surface (ou kurtosis* surfacique), en résumé la topographie de la surface et non pas la seule rugosité. L’étude a aussi utilisé une bactérie environnementale** Gram négatif, reconnue comme ayant un fort producteur de biofilm. Voilà, vous lire dans cet article, les Faits saillant, le résumé et la conclusion, et vous vous direz avec les auteurs qu’il est particulièrement difficile d’éliminer un biofilm avec un désinfectant, fut-ce l’acide peracétique. Mais n’anticipons pas, bonne lecture !

Va paraître dans Journal of Food Protection un article intitulé, « Efficacy of Peracetic Acid in Removing Escherichia coli O157:H7 and Listeria monocytogenes from Single- and Dual-Species Biofilms formed on Various Food Contact Surfaces under Dynamic Flow » (Efficacité de l'acide peracétique pour l'élimination des biofilms monospécifiques et bispécifiques de Escherichia coli O157:H7 et de Listeria monocytogenes formés sur diverses surfaces en contact avec les aliments en flux dynamique).

Faits saillants

  • Le stress lié aux forces de cisaillement influence la formation du biofilm et son élimination par l'acide peracétique.
  • Les pathogènes sont plus difficiles à éliminer des surfaces en EPDM (Éthylène-Propylène-Diène Monomère un caoutchouc synthétique).
  • L. monocytogenes est plus résistant que E. coli O157:H7 au sein du biofilm.
  • La bactérie indigène Ralstonia insidiosa protège les pathogènes présents dans les biofilms contre le désinfectant.

Résumé

Les biofilms de Escherichia coli O157:H7 et de Listeria monocytogenes survivent souvent aux procédures de nettoyage et de désinfection standardisées, ce qui représente un risque majeur pour la sécurité des aliments dans le secteur de la transformation alimentaire. Pour étudier ce phénomène, nous avons cultivé des biofilms monospécifiques et bispécifiques de ces pathogènes en co-culture avec la bactérie Ralstonia insidiosa, jouant le rôle de promoteur, sur des coupons de différents matériaux en contact avec les aliments (acier inoxydable, PTFE et EPDM), dans des conditions de contrainte de cisaillement contrôlées. Les coupons portant les biofilms ont ensuite été transférés dans un réacteur Bio-inLine® afin d'évaluer l'efficacité de décontamination de l'acide peracétique selon diverses conditions hydrodynamiques.

L'efficacité de l'acide peracétique a varié en fonction du type de surface, des conditions de cisaillement lors de la formation du biofilm et de la durée d'exposition. L'EPDM s'est révélé être systématiquement la surface la plus difficile à nettoyer ; le traitement à l'acide peracétique a permis une réduction de E. coli significativement plus faible sur EPDM que sur l'acier inoxydable (0,81 contre 5,09 log UFC/cm²) pour les biofilms formés sous une force de cisaillement élevée. Une force de cisaillement élevée durant le développement du biofilm a probablement favorisé une architecture matricielle plus résistante dans les biofilms monospécifiques des pathogènes, tandis que R. insidiosa a offert une protection supplémentaire à ces derniers, agissant potentiellement comme une barrière structurelle.

Nos résultats suggèrent que les protocoles de nettoyage et de désinfection pourraient nécessiter une optimisation en fonction du matériau de surface afin de garantir une élimination plus efficace des biofilms. Par ailleurs, la gestion des zones opérationnelles soumises à un cisaillement élevé et le choix des types de surfaces seront essentiels, car ces facteurs physiques peuvent influencer la pénétration de l'acide peracétique et l'élimination ultérieure du biofilm.

Conclusion

Cette étude met en évidence le fait que le matériau de surface et la force de cisaillement hydrodynamique lors de la transformation influencent considérablement l'efficacité de l’acide peracétique, pour l'élimination des biofilms.

La valeur élevée de l'aplatissement d'une surface (ou kurtosis surfacique) de l'EPDM crée un environnement protecteur pour les bactéries et favorise la formation de biofilms persistants sur les lignes de transformation alimentaire ; cela met en évidence que la topographie de la surface peut jouer un rôle plus déterminant que la simple rugosité dans l'efficacité anti-biofilm des désinfectants.

L'écoulement hydrodynamique du fluide affecte considérablement la résistance des biofilms, car ceux qui se forment sous un fort cisaillement peuvent présenter une résilience accrue aux traitements par les désinfectants. Par ailleurs, le rôle de R. insidiosa comme promoteur de croissance ou d'activité métabolique dans les environnements plurispécifiques souligne la nécessité de protocoles de désinfection ciblant les bactéries facilitatrices présentes dans l'environnement, lesquelles uniformisent la résistance microbienne sur divers matériaux.

Nos résultats démontrent que le choix du désinfectant est complexe et dépend des paramètres du procédé de transformation alimentaire. Les conditions de cisaillement, la nature des matériaux de surface ainsi que l'usure structurelle de la surface polymère peuvent influencer l'efficacité anti-biofilm du désinfectant.

** L’aplatissement d'une surface (ou kurtosis surfacique est un paramètre métrologique et statistique qui mesure l'acuité et la distribution des pics et des vallées d'une texture de surface par rapport à une loi normale.

** Ralstonia insidiosa est une bactérie environnementale Gram négatif, reconnue comme un fort producteur de biofilm jouant un rôle de « pont » ou de promoteur pour l'adhésion d'autres pathogènes. La bactérie survit en milieu pauvre en nutriments, les réseaux d'eau et les milieux industriels. Voir aussi ici.

jeudi 30 juillet 2026

Intoxications accidentelles par des champignon, la France est-elle au niveau de la Chine ?

Inlassablement, année après année, l'Anses publie courant septembre des informations sur la cueillette des chamignons et leur consommation ainsi que les risques encourus, rien n'y fait ...

Selon le rapport d’étude de toxicovigilance de septembre 2025, publié par l’Anses, sur les intoxications accidentelles par des champignons en France métropolitaine (Bilan des cas enregistrés par les Centres antipoison entre le 1er juillet et le 31 décembre 2024) 1 363 personnes ont appelé un Centre antipoison pour une intoxication par des champignons en France hexagonale. Parmi elles, 1 320 personnes s’étaient intoxiquées lors d’un repas. Les intoxications restantes correspondaient à une ingestion accidentelle d’un champignon par méconnaissance du risque.

Si la plupart des intoxications étaient bénignes, 3,1 % étaient de gravité forte, avec notamment trois décès et trois cas d’insuffisance rénale chronique. Les symptômes observés étaient majoritairement digestifs : douleurs abdominales, nausées, vomissements, diarrhées. 

Qu'en est-il de 2025 ? Une information de vigilance de l’Anses sur « Cueillette des champignons : vigilance face aux risques d'intoxications » du 25 septembre 2025 rapportait que « Depuis le 1er juillet 2025, environ 500 intoxications liées à la cueillette et à la consommation de champignons ont déjà été recensées par les Centres antipoison. »

500 cas entre le 1er juillet et le 25 septembre, c'est pas mal du tout ...

Alors quand je lis le titre d’un article de Joe Whitworth dans Food Safety News selon lequel « La Chine enregistre un pic des cas d'intoxication aux champignons, avec plus de 2 100 patients rapportés », je me dis que sur ce sujet, nous sommes presque au niveau de la Chine ...

En effet, un article récent paru dans China CDC Weekly, « Mushroom Poisoning Outbreaks - China, 2025 » rapporte qu’en 2025, le CDC de Chine a enquêté sur 828 cas d’intoxication aux champignons dans 27 divisions administratives de niveau provincial, touchant 2 165 patients et ayant entraîné 13 décès, soit un taux de létalité de 0,6 %, le plus bas enregistré depuis 2019. 

Ce pic de 2 165 patients contraste avec les données de 2019 à 2024 où le nombre annuel de cas a oscillé entre 276 et 676, et le taux de létalité entre 0,87 % et 2,86 %.

Les intoxications aux champignons constituent une menace majeure pour la sécurité alimentaire en Chine. Bien que l’été et l’automne soient les saisons de pointe, des cas mortels peuvent survenir à tout moment de l’année, et le nord du pays a connu une nette augmentation. De plus, un nombre croissant de champignons vénéneux, dont plusieurs espèces potentiellement nouvelles, ont été identifiés lors d’intoxications. Ce problème persistant exige des efforts continus de sensibilisation du public, un contrôle rigoureux du marché et une collaboration interdisciplinaire renforcée afin d’en réduire l’incidence.

Contribution de l’élevage industriel des volailles à la propagation de Campylobacter, selon une étude

« L’élevage industriel de volailles accélère la propagation d’une importante maladie d’origine alimentaire », est le titre du communiqué de l’Institut Ineos d'Oxford paru le 27 juillet 2026.

Une nouvelle étude de l'Institut Ineos pour la recherche antimicrobienne révèle que l'élevage industriel de volailles a entraîné une augmentation de plus de 100 fois de la propagation de Campylobacter, permettant à des souches qui circulaient autrefois chez les oiseaux sauvages de se mélanger largement dans les populations de volailles commerciales.

Campylobacter est la principale cause bactérienne de diarrhée dans le monde, responsable  chaque année au Royaume-Uni de plus de 3,5 fois plus de cas de gastro-entérite que toutes les autres bactéries d'origine alimentaire surveillées réunies. L'augmentation des taux de résistance aux antimicrobiens (RAM), qui survient lorsque les bactéries résistent aux médicaments conçus pour les éliminer, rend les infections à Campylobacter de plus en plus difficiles à traiter. 

Campylobacter, la bactérie responsable des intoxications alimentaires les plus fréquentes au monde, est couramment présente dans le microbiote intestinal des poulets. 

Publiée dans PNAS, « Accelerating Campylobacter zoonosis in the Anthropocene », une étude a analysé près de 2 800 génomes bactériens prélevés sur des poulets et des oiseaux sauvages dans 30 pays (dont le Royaume-Uni et les États-Unis) entre 1979 et 2024. Les chercheurs ont constaté que l'expansion mondiale massive de l'élevage de poulets a créé des conditions idéales pour que la bactérie se propage, se mélange et acquière de nouvelles caractéristiques qui l'aident à survivre.

Depuis les années 1960, le nombre de poulets dans le monde a été multiplié par sept, atteignant environ 31 milliards d'individus. Aujourd'hui, les poulets représentent près de 70 % de la biomasse aviaire totale sur Terre. Si cette augmentation a permis une production à grande échelle de protéines animales abordables, elle a également créé des conditions idéales pour l'adaptation et la prolifération des bactéries. 

Grâce à l'analyse génomique, les chercheurs ont identifié des modifications génétiques chez Campylobacter associées à son adaptation à l'environnement avicole. Parmi celles-ci figurent des gènes impliqués dans la résistance aux antimicrobiens, la tolérance au stress oxydatif, l'acquisition de métaux et la mobilité, ainsi que des caractéristiques favorisant la survie et la prolifération des bactéries dans les systèmes modernes de production avicole.

L’agriculture industrielle a créé l’un des plus vastes habitats animaux de la planète. Nos résultats apportent de nouvelles preuves que les modifications environnementales d’origine humaine peuvent accroître la propagation des maladies infectieuses.

Avec l'augmentation des populations de poulets, les bactéries autrefois confinées aux oiseaux sauvages ont désormais beaucoup plus d'opportunités de pénétrer dans les élevages de volailles, de s'y propager et de s'y implanter. Comprendre ces conséquences évolutives est essentiel pour réduire les risques futurs de zoonoses et de résistance aux antimicrobiens.

Le professeur Sam Sheppard, professeur de génomique et d'évolution microbienne à l'université d'Oxford et auteur principal de l'article a déclaré : L'étude suggère également que les vastes élevages de poulets à forte densité peuvent agir comme des « éponges à pathogènes » écologiques, absorbant et amplifiant les souches bactériennes provenant de sources multiples. La modélisation mathématique a montré qu'une fois que les populations de poulets atteignent une taille critique, les souches provenant d'oiseaux sauvages peuvent se maintenir au sein de ces populations, même lorsqu'elles sont mal adaptées à leur nouvel hôte. 

Une étude précédente de l'Institut Ineos a révélé que 80 % des  infections humaines à Campylobacter dans l'Oxfordshire sont associées à la viande de volaille et que nombre de ces infections sont résistantes aux antibiotiques.

À mesure que les souches de Campylobacter s'adaptent à la vie chez les volailles, elles peuvent acquérir des caractéristiques qui les aident à survivre dans des environnements difficiles, notamment des caractéristiques liées à la résistance aux antimicrobiens. Comprendre comment les pratiques d'élevage influencent l'évolution bactérienne est une étape importante pour réduire le fardeau des maladies d'origine alimentaire.

Commentaire

Selon Santé publique France, Campylobacter est au deuxième rang estimé du nombre total des infections d’origine alimentaire. Le nombre de cas d’infections à Campylobacter d’origine alimentaire en France estimé à 392 000. Voir aussi le bilan de la surveillance des infections à Campylobacter en France en 2023.

Destruction de quatre réserves de substitution ordonnée par la justice en Charente-Maritime : une décision ubuesque qui va à contre-sens de l'intérêt du territoire

Merci à André Heitz d’avoir publié ce texte sur son blog Agriculture,alimentation, santé publique... soyons rationnels que je relaie bien volontiers.

Une construction légale, financée et encadrée par l'État

En 2010, lorsque ces projets de réserves de substitution se sont achevés, ils étaient pleinement conformes au cadre légal et réglementaire en vigueur, au point d'avoir été autorisés par l'État et financés à hauteur de 62,5 % par des fonds publics.

Aujourd'hui, alors que les irrigants assument leurs emprunts et que les cotisations issues de l'activité économique réalisée sur le territoire ont largement contribué à rentabiliser l'investissement public, l'acharnement de l'association Nature Environnement 17 à saisir le tribunal administratif de Poitiers confine au harcèlement. L'ordonnance de destruction va imposer aux agriculteurs un préjudice et une charge financière considérables et hors normes qu'ils seront dans l'incapacité d'assumer en plus de leurs dettes d'investissement et dans un contexte agricole de crise sans précédent.

Un non-sens mortifère pour notre production agricole et l'économie du territoire

À l'heure où l'Assemblée nationale et le Sénat viennent d'adopter une loi d'urgence pour la protection et la souveraineté agricoles, confortant le développement du stockage de l'eau, avec pour objectif le doublement des volumes stockés d'ici dix ans, l'ordonnance de destruction de quatre réserves de substitution constitue un non-sens absolu, dans le contexte et à l'heure où l'on doit urgemment mettre en place des outils d'adaptation au changement climatique pour l'agriculture.

Nous ne pouvons, d'un côté, acter, au niveau législatif, le doublement des capacités, et, de l'autre, détruire des infrastructures existantes, construites légalement, financées et intégrées aux territoires. Cette situation heurte de plein fouet le principe de cohérence de l'action publique, crée une insécurité juridique pour le monde agricole, met en péril la survie de plusieurs exploitations et soulève une interrogation fondamentale sur la conciliation entre les orientations fixées par la législation et l'exécution des décisions de justice.

L'agriculture est aujourd'hui l'otage d'une situation administrative et judiciaire ubuesque, incompréhensible et parfaitement inacceptable. Nous ne pouvons accepter d'être le jouet d'une philosophie de bureau déconnectée des réalités du terrain. Nos territoires ont besoin de solutions concrètes, pas de la destruction d'outils qui participent justement à leur adaptation.

Des réserves à double intérêt en pleine période de sécheresse

Alors que des vagues de chaleur et de sécheresse historiques frappent nos territoires, ces réserves d'eau constituent un levier vital pour la sauvegarde des exploitations et du territoire.

En retenant une toute petite partie de l'eau de la nappe de surface l'hiver, quand elle est abondante, ces ouvrages évitent les prélèvements dans le milieu naturel durant les périodes critiques l'été. Il est ainsi possible de concilier la préservation de la ressource hydrique locale et la sécurisation de la production agricole indispensable à notre souveraineté alimentaire.

Et pourtant, en demandant la disparition de ces ouvrages, l'association Nature Environnement 17 prend le risque de favoriser le retour de prélèvements estivaux directs, précisément lorsque ceux-ci ont le plus d'impact sur les cours d'eau. Un paradoxe difficilement compréhensible. De plus, le refus de l'association Nature Environnement 17 de participer à une médiation montre leur vrai visage : ils n'ont aucune intention de trouver une issue positive pour le territoire.

En pleine période de sécheresse, et à l'heure où les incendies s'intensifient, ordonner la destruction de ces réserves d'eau relève presque de l'inconscience. Au-delà de leur rôle agricole, ces infrastructures constituent des points de ravitaillement stratégiques et vitaux pour les pompiers qui font face à de nombreux départs de feu (forêts, récoltes, habitations, etc.). Détruire délibérément des réserves, alors que les pompiers appellent à plus de moyens, constituerait un crime pour nos territoires.

Ainsi, nous apportons notre soutien plein et entier à l'ensemble des agriculteurs-irrigants et des structures qui portent un ouvrage de stockage d'eau pour nourrir leurs concitoyens. Tous font preuve d'un courage sans faille et continuent de porter leurs projets dans cette tempête de textes, d'études, d'arrêtés, d'injonctions et de menaces sur leur avenir, qui va à l'encontre même de leur volonté pour améliorer la situation.

L'agriculture nourrit les Français, s'adapte chaque jour, fait évoluer ses pratiques, diversifie ses assolements, réduit ses impacts et contribue à corriger les erreurs du passé. Pour réussir cette transition, elle a besoin d'outils d'adaptation. Les réserves de substitution en font partie. Les détruire serait une faute pour l'avenir de nos territoires. Nous utiliserons tous les leviers à notre disposition pour faire barrage à cette décision.

Contacts : ADIV & Aquanide - Octavine Daguet - 86adiv.communicationt@gmail.com - 06 32 51 46 23. Irrigants de France - Guillaume Le Hoan - guillaume.le-hoan@agpm.com - 06 16 09 42 30.

Source « Cela coûterait plus cher que la construction» : condamnés à détruire leurs réserves d'eau, les irrigants font appel.

Nouvelles règles de l'UE relatives aux techniques de génomique végétale

Le 20 juin 2026 est paru un article de Catherine Regnault Roger le 20 juin 2026 dans European Scientist intitué « Réglementation européenne sur les NGT : enfin un brin d’innovation ? »

Il y a 7 ans commençait la procédure de révision de la réglementation européenne pour les NGT (selon l’acronyme anglais New Genomic Technics proposé par la Commission européenne en 2021). Un laborieux processus qui vient de se conclure par le vote positif du Parlement européen le 17 juin 2026.

Des obstacles ont été dressés tout au long du processus évoqué, notamment des tentatives d’obstructions parlementaires comme des « irrégularités » informatiques suspectes, heureusement rectifiées, mais aussi des pluies d’amendements pour retarder les votes des instances parlementaires : une guérilla menée par les opposants traditionnels aux biotechnologies végétales, hier anti-OGM, aujourd’hui anti-NGT qui comptent des eurodéputés influents dans leurs rangs et de plusieurs lobbys bien introduits à Bruxelles. 

L’Union européenne vient de publier ce communiqué sur les « Nouvelles règles de l'UE relatives aux techniques de génomique végétale ».

De nouvelles règles de l'Union européenne (UE) ont été adoptées concernant la commercialisation des cultures produites à l'aide de certaines nouvelles techniques génomiques (NGT) qui modifient le matériel génétique des plantes (Commission européenne 2025). Les nouvelles règles classent les NGT en deux catégories :

  • Les plantes NGT de la catégorie 1 - qui peuvent être produites naturellement ou par sélection conventionnelle - ne seront pas considérées comme des organismes génétiquement modifiés (OGM). Elles devront uniquement faire l'objet d'une procédure de vérification et n'auront pas besoin d'être soumises à une évaluation des risques et à une autorisation.

  • Les plantes de la catégorie 2 des NGT - dont les modifications ne peuvent pas se produire naturellement ou par sélection conventionnelle - devront se conformer aux règles relatives aux OGM, y compris en ce qui concerne l'évaluation des risques et l'autorisation.

Le Conseil de l'UE et le Parlement européen ont donné leur accord provisoire à cette mesure, qui devra être formellement approuvée.

Selon l’article précité de European Scientist,

On sait maintenant que l’édition génomique permet d’obtenir, avec des modifications génétiques minimes, des changements épigénétiques marqués. Et c’est sans doute là-dessus que parie le secteur semencier européen pour saluer l’avancée réglementaire obtenue. Mais celle-ci sera-telle suffisante pour que l’Union européenne, qui s’est illustrée par un refus de fait des cultures transgéniques au XXè siècle, se donne les moyens d’adopter pleinement la révolution biotechnologique du XXIè siècle, les NGT ? Sera-t-elle armée avec ce nouveau règlement pour affronter les bouleversements géopolitiques en cours et la nouvelle donne économique mondiale ?

(…)
Ont été écartés de la nouvelle réglementation, à ce jour, les micro-organismes et les animaux : une exclusion qui ne serait que partie remise, murmure-t-on dans les couloirs ministériels, mais surprenante quand même ! Faut-il rappeler le rôle historique joué des micro-organismes transgéniques pour la biosynthèse de l’insuline humaine qui révolutionna le traitement des diabètes humains ? Ou encore les recherches menées aux Etats-Unis et en Chine avec des techniques NGT qui permettent d’améliorer le bien-être et la santé des animaux, évitant par exemple la castration chimique ou chirurgicale des porcs (travaux de la société Acceligen dans le Minnesota) ou diminuant la sensibilité des porcelets au froid et leur mortalité en hiver (travaux de l’Académie des sciences de Chine à Beijing) ?. L’Union européenne peut-elle se priver de l’outil technologique de l’édition génomique dans ces deux domaines ?

Concernant les végétaux, l’ISF (International Seed Federation), par la voix de son Secrétaire général, Michael Keller, a récemment plaidé pour que le « patchwork des réglementations conflictuelles » laisse la place à une réglementation universelle des NGT basée sur la science qui s’alignerait sur celle des semences conventionnelles et lèverait ainsi les obstacles au commerce mondial des semences ! Il est clair qu’alors le progrès génétique serait à même de donner une réponse à la hauteur des enjeux planétaires de développement et de durabilité de l’agriculture ! Puisse ce souhait devenir réalité !

mercredi 29 juillet 2026

Un remake : Des baies surgelées rappelées en Suisse. Nororovirus inside !

Qu’en sera-t-il avec ce rappel en Suissedes norovirus ont été détectés dans un mélange de baies surgelé.

Des norovirus ont été détectés dans des baies surgelées. Un risque pour la santé ne pouvant être exclu, l’Office fédéral de la sécurité alimentaire et des affaires vétérinaires (OSAV) recommande de ne pas consommer le produit concerné. Lidl a immédiatement retiré le produit de la vente et ordonné un rappel de Mélange de baies bio Freshona, surgelé 300 g.

Date de durabilité minimale / Numéros des lots : 25.02.2028 / L250226B3, 26.03.28 / L270326B3, 14.04.2028 / L150426P3.

Bien entendu, la société Jütro Tiefkühlkost GmbH & Co. KG vous prie d’excuser tout désagrément occasionné. Et Lidl ?

En quoi ce produit peut-il être dangereux ?

Les norovirus provoquent des diarrhées. Les premiers symptômes apparaissent en général 12 à 48 heures après la contamination. La plupart du temps, ils se manifestent de manière très soudaine avec des vomissements en jets et une forte diarrhée, souvent accompagnés de douleurs abdominales et musculaires ainsi que de maux de tête. Dans certains cas, la maladie peut également provoquer de la fièvre. L’évolution de la maladie est en général bénigne. Pour les groupes à risque, tels que les personnes âgées, les enfants et les personnes immunodéprimées, la maladie peut en revanche entraîner des conséquences plus graves.

Que doivent faire les consommateurs ?

L’OSAV recommande de ne pas consommer le produit concerné.

Poissons crus et sushis : Connaissez-vous le parasite Kudoa septempunctata ?

Les parasites sont à la Une, on le sait, avec cette épidémie à Cyclospora aux États-Unis, voir ici notamment, mais connaissez-vous Kudoa septempunctata ?

Peut-être que oui, si vous consommez du poissons crus ou des sushis, si non lisez les résumés de ces deux articles récents, sans oublier les recommandations en fin d'article ...

1. Kudoa septempunctata Parasite-Associated Foodborne Disease Outbreaks, South Korea, 2015-2024 (Foyers de cas de toxi-infection alimentaire associées au parasite Kudoa septempunctata en Corée du Sud de 2015 à 2024. Source EID-CDC.

Résumé

Nous avons analysé les données de surveillance nationale (2015-2024) concernant les toxi-infections alimentaires liées au parasite Kudoa septempunctata en Corée du Sud. Le nombre de cas mensuels a chuté de 95 % durant la pandémie de COVID-19, sans reprise significative jusqu'en 2024, et le nombre de municipalités touchées est passé de 89 à 27. Nos résultats corroborent l'hypothèse selon laquelle la consommation de poisson cru au restaurant constitue la principale voie de transmission.

Conclusion

La convergence des données temporelles, spatiales et contextuelles confirme que la consommation de poisson cru au restaurant est la voie de transmission majeure ; toutefois, la nature observationnelle de l'étude (portant sur un groupe unique) et la multiplicité des changements concomitants ne permettent pas d'établir un lien de causalité définitif. Pour un lectorat international, nos résultats illustrent comment un changement soudain de comportement peut révéler le principal lieu d'exposition à un parasite d'origine alimentaire spécifique, et comment des mesures de maîtrise à la source dans le secteur aquacole pourraient pérenniser cette baisse. Nous préconisons une surveillance renforcée pour la période 2025-2026, alors que la consommation de poisson cru tend à retrouver ses niveaux prépandémiques, ainsi que l'intégration du suivi des comportements des consommateurs aux inspections aquacoles dans les zones côtières à haut risque.

2. Epidemiology of Kudoa septempunctata food poisoning in Japan from 2013 to 2023 (Épidémiologie des intoxications alimentaires à Kudoa septempunctata au Japon de 2013 à 2023). Source Scientific Reports.

Kudoa septempunctata, un parasite présent chez la limande japonaise (Paralichthys olivaceus), représente un risque croissant pour la sécurité des aliments en Asie de l'Est, notamment au Japon et en Corée du Sud. L'intoxication par K. septempunctata, liée à la consommation de poisson cru, provoque des symptômes gastro-intestinaux de courte durée. Toutefois, les données épidémiologiques globales et à long terme concernant les intoxications alimentaires dues à K. septempunctata restent limitées. Dans cette étude rétrospective, nous avons examiné les tendances épidémiologiques récentes et les caractéristiques des cas d'intoxication par K. septempunctata signalés au Japon entre janvier 2013 et décembre 2023. Les données statistiques du ministère de la Santé relatives aux maladies d'origine alimentaire ont été analysées pour recenser le nombre de cas, les foyers épidémiques et les aliments incriminés. Au total, 2 009 cas ont été signalés ; le nombre de cas a atteint un pic en 2014 (429 cas) avant de chuter à moins de 100 cas durant la pandémie de COVID-19. Le mois d'octobre a enregistré le plus grand nombre de signalements. La limande, consommée principalement sous forme de sashimi et de sushi, était impliquée dans 99 % des cas. Les préfectures de Yamaguchi, Osaka et Fukuoka ont enregistré le plus grand nombre de cas (respectivement 160, 155 et 154). Les préfectures de Tottori, Shimane, Yamaguchi et Oita présentaient les taux d'incidence les plus élevés (respectivement 14,3, 10,9, 10,7 et 10,7 pour 1 million d'habitants). Les préfectures situées le long de la mer du Japon ont généralement signalé des taux d'incidence plus élevés. Cette étude souligne l'importance de maintenir la surveillance et le signalement des intoxications par K. septempunctata, ainsi que la nécessité d'envisager les infections à Kudoa dans le diagnostic différentiel des cas d'intoxication alimentaire impliquant la consommation de poisson cru.

En résumé, nous avons élucidé les tendances épidémiologiques nationales à long terme des intoxications alimentaires à K. septempunctata au Japon. La plupart des cas étaient associés à la consommation de sashimis et de sushis de flet (poisson plat). Le nombre de cas signalés a diminué durant la pandémie de COVID-19 avant de remonter par la suite. Nos résultats soulignent la nécessité de renforcer les systèmes de surveillance et d'améliorer la cohérence du signalement afin de mieux cerner l'épidémiologie de cette maladie. Des études ultérieures sont nécessaires pour examiner les profils épidémiologiques mondiaux, les disparités internationales en matière de systèmes de surveillance et de signalement, ainsi que l'efficacité des mesures de gestion et de prévention. Par ailleurs, les cliniciens devraient envisager l'infection à Kudoa dans le diagnostic différentiel des intoxications alimentaires, en particulier lorsqu'elles sont associées à la consommation de poisson cru.

Sécurité sanitaire et parasites du poisson

- Mythe : La mention « sushi grade » relève principalement du marketing et n'est pas réglementée.
- Idées reçues : Le jus de citron ou la marinade ne suffisent pas à détruire les parasites du poisson cru. Source Anses.
- Cuisson : Le CDC en matière de sécurité des aliments recommandet de cuire le poisson à une température interne de 63°C (ou jusqu'à ce que la chair soit opaque et se détache facilement à la fourchette).
- Congélation : En cas de consommation crue (comme pour les sushis), le poisson doit avoir été congelé à des températures négatives (par exemple, -20 °C au moins pendant 7 jours) afin d'éliminer les parasites et les œufs des vers ; il convient toutefois de noter que la congélation ne tue pas toutes les bactéries. Source CDC.

PFAS, microplastiques et retardeurs de flamme bromés et leurs effets sur l'exposition alimentaire

PFAS

Les experts surveillent de près les PFAS et les microplastiques. L'OMS a récemment mené une étude pour appuyer l'élaboration de valeurs sanitaires pour les « polluants éternels », identifiant 18 PFAS prioritaires et six catégories d'effets sur la santé (cancer, effets sur le développement, effets hépatiques, effets sur le système immunitaire, effets métaboliques et effets sur la reproduction.) en fonction de l'exposition alimentaire. Voir la suite ici.

Microplastiques

Aux États-Unis, le Government Accountability Office (GAO) des États-Unis (le GAO est l’équivalent américain à notre cour des comptes) a publié un rapport sur la présence croissante de microplastiques dans l'environnement et le corps humain, soulignant l'incertitude scientifique persistante quant à leurs effets sur la santé et présentant les efforts fédéraux récents déployés pour mieux comprendre et réduire l'exposition. Voir la suite ici.

Retardeurs de flamme bromés

L'EFSA a mis à jour son évaluation des risques liés aux retardateurs de flamme bromés (RFB) émergents dans les aliments. Le manque de données a empêché une évaluation complète des risques pour la plupart des 27 substances chimiques évaluées. Les RFB sont des substances chimiques de synthèse utilisées dans les plastiques, les textiles, l'électronique et d'autres produits pour réduire leur inflammabilité. On les détecte le plus souvent dans les aliments d'origine animale. Voir la suite ici.

mardi 28 juillet 2026

États-Unis : L'épidémie à Cyclospora a été, et reste, un échec en matière de communication

« L'épidémie à Cyclospora a été, et reste, un échec en matière de communication », source article de Jess Steier paru le 27 juillet 2026 dans CIDRAP News.

La réponse à l'importante épidémie actuelle de maladies infectieuses d'origine alimentaire causées par un parasite microscopique constitue un échec de communication, et non un échec de l'investigation.

Certaines caractéristiques de Cyclospora rendent sa traque complexe. Comme le parasite ne peut pas être cultivé en laboratoire, les procédures habituelles ne s'appliquent pas. Pour la plupart des bactéries d'origine alimentaire, le laboratoire cultive l'organisme, le séquence et verse son empreinte génétique sur PulseNet, le réseau national qui signale lorsqu'un cas dans un État correspond à un cas dans un autre.

Le Centers for Disease Control and Prevention (CDC) des États-Unis a dû se baser sur un génotypage partiel, car le génome de Cyclospora est trop complexe pour les méthodes de séquençage efficaces sur les bactéries. La contamination des produits agricoles par Cyclospora est souvent faible et inégalement répartie ; elle se situe généralement à la limite des capacités de détection des tests, ce qui explique pourquoi de la laitue contaminée peut s'avérer négative lors de l'analyse. Les enquêteurs ont donc dû recourir aux méthodes les plus anciennes : des entretiens et l'examen des registres d'expédition.

Des indices précoces importants largement passés inaperçus

Le Dr Mike Osterholm, directeur du Center for Infectious Disease Research and Policy de l'Université du Minnesota, m'a appris que lorsque les cas commencent à affluer, le profil démographique des personnes touchées peut fournir un indice précoce précieux. Ces cas concernaient majoritairement des adultes, le CDC situant l'âge médian à 44 ans, dans une fourchette allant de 1 à 89 ans, et l'absence relative de jeunes enfants orientait les soupçons vers les légumes verts plutôt que vers les fruits.

Si vous avez de jeunes enfants, vous en comprenez parfaitement la raison : ce sont de grands amateurs de fruits, alors qu'ils sont plus réticents à l'égard des légumes.

Cela permet de restreindre le champ des recherches, mais la traque se poursuit. Il existe également d'autres facteurs importants, comme la compréhension de la manière dont une zone de culture est divisée en parcelles, la date et qui récolte de chaque produit, la façon dont les produits issus de différents champs sont regroupés chez le transformateur, le temps nécessaire pour acheminer les produits d'un champ du centre du Mexique jusqu'à un restaurant du Michigan, ainsi que la vitesse à laquelle un produit périssable s'écoule dans les rayons. Ces informations ne servent pas uniquement à désigner un coupable ; elles permettent aussi d'estimer combien de personnes ont pu être exposées et où. Elles indiquent à quel moment les produits contaminés auraient dû disparaître des rayons et les nouvelles expositions cesser, même si le nombre de cas signalés continue d'augmenter pendant les semaines suivantes. Comme le typage moléculaire ne permet pas d'obtenir une empreinte génétique aussi précise que lors d'une épidémie bactérienne, ces données sont cruciales pour déterminer si un cas survenu dans un État est lié à un autre cas dans un État différent. La traçabilité est une démarche qui relève autant du management de la chaîne d'approvisionnement que de l'épidémiologie.

Les autorités du Michigan ont analysé l'historique de consommation (ingrédient par ingrédient) de 190 personnes ayant mangé chez Taco Bell avant de tomber malades ; 90 % d'entre elles avaient consommé de la laitue iceberg. L'enquête de traçabilité menée par la FDA a remonté la piste documentaire jusqu'à un fournisseur, puis jusqu'à une exploitation agricole indépendante du centre du Mexique qui, selon Taylor Farms, représente moins de 1 % de l'approvisionnement américain en laitue iceberg. Le rappel des produits a été ordonné le 17 juillet.

Une épidémie touchant neuf États, mais 41 États au total ont été concernés

Il s'agit de la plus vaste épidémie à Cyclospora jamais documentée aux États-Unis, un point que la couverture médiatique a bien saisi. Le public a surtout retenu un chiffre alarmant qui ne cesse d'augmenter.

Ce qui échappe au public, c'est que si la cyclosporiase, nom donné à l'infection par Cyclospora, a été signalée dans 41 États, l'épidémie elle-même ne concerne que neuf États. Les chiffres communiqués reflètent des réalités différentes. Le CDC et la FDA ont recensé 1 947 cas confirmés liés à l'épidémie dans les neuf États liés à l’épidémie de Taco Bell, que les preuves épidémiologiques et la traçabilité relient à la laitue iceberg, tandis que le CDC signale par ailleurs plus de 4 000 cas confirmés contractés sur le territoire national depuis le mois de mai.

Par ailleurs, des milliers d'échantillons prélevés sur des patients attendent encore la confirmation du CDC, auxquels s'ajoutent plusieurs centaines de cas concernant des voyageurs tombés malades ailleurs. Certains États comptabilisent conjointement les cas probables et confirmés, ce qui porte leurs totaux à des niveaux encore plus élevés.

Si l'on additionne le tout, comme l'ont fait de nombreux médias, on obtient l'image d'une épidémie nationale unique qui, en réalité, n'existe pas.

Prenons l'exemple de ce qui s'est passé lorsque le CDC a ajouté quatre États à la liste des zones touchées par l'épidémie, le 24 juillet. On aurait pu croire que l'épidémie s'était propagée, mais les enquêteurs estiment que ces patients sont peut-être tombés malades à peu près au même moment que ceux des cinq premiers États, et qu'il a simplement fallu plus de temps pour établir le lien avec la même source.

La cyclosporose survient chaque été, suivant un schéma saisonnier bien établi, même si ses causes exactes demeurent inconnues, et les épidémies sont fréquemment liées à la consommation de produits frais. Plusieurs États, dont la Californie et le New Jersey, ont indiqué que les chiffres enregistrés cette année correspondent aux niveaux saisonniers habituels. La Caroline du Nord attribue sa propre hausse au persil et à la coriandre, deux aliments qui ne sont pas apparus comme des facteurs déterminants à l'échelle nationale, tandis que la FDA enquête parallèlement sur des cas groupés d'infection touchant au moins 72 personnes, sans qu'aucune source n'ait pu être identifiée.

Regrouper toutes ces données en un total cumulé nous coûte bien plus que la simple tranquillité publique : cela masque la possibilité que plusieurs foyers d'infection soient actifs simultanément.

L'Illinois, l'un des quatre États ajoutés à la liste la semaine dernière, signale que le nombre de cas recensés en juillet atteint des niveaux inédits depuis 2018. L'Illinois a raison de se référer à 2018, bien que le nombre de cas ne constitue pas la leçon la plus importante à retenir. Cet été-là avait vu apparaître 511 cas liés à un mélange de salades Fresh Express servi chez McDonald's, 250 cas associés à des plateaux de légumes de chez Del Monte, ainsi qu'un troisième foyer au Texas dont la source n'a jamais été identifiée.

Si le décompte cumulé constitue un outil de surveillance essentiel, il ne permet pas de savoir si l'on court un risque au cours de la semaine en cours, ce qui est pourtant l'information que le public recherche avant tout.

Prenons l'exemple d'une personne incluse dans ce décompte. Elle consomme une salade fin juin et ne ressent aucun symptôme pendant une semaine. Après quelques jours supplémentaires passés à croire à une simple gastro-entérite, elle consulte un médecin au cours de la deuxième semaine de juillet ; elle ne subit un test de dépistage que parce qu'un professionnel de santé pense à rechercher Cyclospora, un parasite souvent absent des analyses de selles et des panels gastro-intestinaux de routine. Le laboratoire confirme le diagnostic vers la fin du mois, et l'entretien épidémiologique a lieu ultérieurement. Il faudra peut-être attendre le mois d'août pour déterminer si son cas est lié à cette épidémie ou s'il relève de l'incidence estivale habituelle.

Chaque cas figurant sur ces graphiques reflète, à des degrés divers, ce décalage temporel ; c'est pourquoi la FDA a prévenu que le nombre de cas confirmés continuerait d'augmenter bien après le rappel des produits.

Probablement plusieurs vagues d'exposition

Le 24 juillet, le CDC a enfin publié la courbe épidémique de cette flambée, en classant les 1 947 cas associés selon la date d'apparition des symptômes plutôt que selon la date de signalement. On observe deux pics distincts : le premier (correspondant à l'apparition des symptômes chez les personnes touchées) culmine vers le 25 juin, et le second (lié au signalement de la maladie) vers le 10 juillet, avec un creux marqué entre les deux.

Cet intervalle est suffisamment important pour suggérer que l'exposition a pu se produire en plusieurs vagues. En remontant le fil à partir de la période d'incubation habituelle de Cyclospora, environ une semaine, on situe ces expositions vers la mi-juin, puis à nouveau au début du mois de juillet. Contrairement au maïs ou au soja, la laitue n'est pas récoltée en une seule fois pour être ensuite stockée ; elle est découpée de manière quasi continue et consommée dans les jours qui suivent. Par conséquent, la maladie survient peu de temps après la circulation du produit contaminé. Un tel écart suggère donc davantage de périodes d'exposition distinctes qu'une exposition prolongée et ininterrompue.

Le décompte cumulatif est un outil de surveillance essentiel, certes, mais il ne permet pas de savoir si vous courez un risque au cours de la semaine en cours.

Le premier pic de contamination était déjà retombé avant que le CDC ne publie leur avis sanitaire le 14 juillet, et avant que la FDA ne désigne publiquement la laitue comme source du problème deux jours plus tard. La courbe ne permet pas à elle seule de déterminer si ces deux vagues correspondent à des épisodes de contamination distincts, un produit contaminé par intermittence sur différents lots de récolte, ou une autre cause, et personne d'autre n'a pu l'établir non plus. Cette information a été communiquée le jour même où l'épidémie s'étendait à neuf États, une semaine après le rappel des produits et bien après que l'affaire ait été principalement présentée sous l'angle d'un chiffre national en constante augmentation.

L'élaboration de cette vue d'ensemble est la seule chose qu'aucun État n'aurait pu réaliser seul. Le Michigan publie le nombre de cas par date de signalement, avec une mise à jour hebdomadaire clairement indiquée comme telle. D'autres États publient des courbes d'apparition des symptômes, des cartes par comté ou des décomptes bihebdomadaires. Chacune de ces méthodes répond à une question concernant une juridiction spécifique, mais aucune ne permet de savoir si deux États sont touchés par la même épidémie ; en effet, aucun État ne peut répondre à une question dans plusieurs États à partir de ses seules données, aussi soigneusement soient-elles recueillies. Cette synthèse s'opère à un niveau supérieur, et il a fallu attendre la quatrième semaine de juillet pour y parvenir.

Trop tard, puis trop vite

La communication a aggravé la situation. L'avis du réseau d'alerte sanitaire (Health Alert Network) du CDC a été diffusé le 14 juillet, soit environ dix semaines après que l'agence ait commencé à recevoir des signalements faisant état d'une augmentation des cas à l'échelle nationale.

Quelques jours plus tard, le samedi 18 juillet, la FDA a annoncé la détection de Cyclospora dans un échantillon de laitue, avant de se rétracter le lendemain et sans toutefois expliquer le déroulement des faits avant l'après-midi du 20 juillet. Cet échantillon provenait d'un contrôle de routine aux frontières et non d'un produit faisant l'objet d'un rappel ; par ailleurs, les éléments épidémiologiques et les données de traçabilité incriminant la laitue de Taylor Farms ne reposaient nullement sur ce prélèvement. Entre-temps, l'information faisant état d'un « faux positif » avait déjà largement circulé dans les médias, laissant nombre de personnes croire que l'entreprise avait été mise hors de cause dans une enquête qui suscitait déjà l'attention des autorités politiques.

Osterholm, qui, j'en suis convaincu, possède peut-être un don de clairvoyance, avait exposé cet argument dans le New England Journal of Medicine en 1997, après que les autorités du Texas et de Houston eurent désigné les fraises de Californie comme source d'un foyer de cyclosporose qui s'est finalement avéré lié à des framboises du Guatemala. L'obligation d'avertir le public est bien réel, écrivait-il, et il doit être mis en balance avec le coût de l'erreur, un coût qui se paie deux fois : une première fois par la personne accusée à tort, et une seconde fois par chaque futur avertissement auquel le public cesse, en silence, de croire. Il a repris ce même argument en 1999, sous le titre « Lessons Learned Again » (Leçons apprises à nouveau), après une nouvelle épidémie du même type.

Ce second coût n'a rien d'abstrait. Il se traduit par des consommateurs qui cessent d'acheter de la laitue, quelle qu'elle soit, pour le reste de l'été ; par des producteurs qui perdent une saison de récolte ; et par des personnes qui vont ignorer le prochain avis de rappel parce que le précédent a semblé être démenti par la suite. Il se traduit aussi par un public incapable de faire la distinction entre une épidémie à source ponctuelle (où les cas sont reliés à un aliment précis) et le niveau habituel, saisonnier, d'une maladie à déclaration obligatoire ; résultat : chaque été finit par ressembler à une situation d'urgence.

Deux réponses justes, un seul message

Il y avait deux réponses justes dans cette situation, mais un seul message a été diffusé. Pour une personne sous chimiothérapie ou greffée, la cyclosporose ne se résume pas à une semaine difficile. La maladie dure plus longtemps, récidive et entraîne des complications nécessitant une véritable prise en charge médicale. Conseiller à une telle personne de s'abstenir totalement de consommer de la laitue, alors que la source de contamination était encore inconnue, était une bonne chose.

En revanche, ce n'était pas le cas pour la majeure partie de la population. Craig Hedberg de l'Université du Minnesota, défend ce point de vue depuis le début du mois ; il a raison d'affirmer que recommander une éviction alimentaire généralisée sans connaître la source du problème fait plus de mal que de bien. Diffuser ces deux messages simultanément implique de savoir à qui l'on s'adresse et de le dire clairement.

Le travail d'enquête sur cette épidémie a été mené par les services de santé des États, et il a été bien fait. M. Hedberg a décrit la suite des événements : les États repèrent une augmentation des cas bien avant que les données ne soient centralisées au niveau fédéral pour permettre aux autorités d'agir.

Il en résulte une situation hétérogène où certains États assurent une surveillance efficace tandis que d'autres en sont incapables ; or, ce système est inadapté pour un produit cultivé dans de nombreuses exploitations, mélangé dans des centres de transformation et distribué partout dans le pays.

Ce délai n'est pas inévitable, mais il devient de plus en plus difficile à éviter. Il faut bien que quelqu'un collecte, normalise et synthétise les données recueillies par les États ; or, des chercheurs de Johns Hopkins ont mis en évidence l'érosion des effectifs, du financement et des capacités d'application de la réglementation au niveau fédéral, autant d'éléments dont dépend ce travail. Il en résulte une situation hétérogène où certains États assurent une surveillance efficace tandis que d'autres en sont incapables ; une telle disparité est inadaptée pour un produit cultivé dans de nombreuses exploitations, regroupé dans une unité de transformation centrale et distribué partout.

Tous ceux qui gèrent cette épidémie font de leur mieux à partir d'informations fragmentaires, face à un public légitimement inquiet qui cherche chaque jour à savoir quels aliments sont sans danger.

Ici, la nuance et les détails revêtent une importance capitale, mais tout cela a été réduit à un chiffre unique en constante augmentation. Prendre un peu de recul pour adopter une vue d'ensemble aurait permis une communication plus fluide, plus précise et bien plus utile aux personnes cherchant à savoir quoi donner à manger à leur famille.

MàJ du 29 juillet 2026. On lira l’article paru dans CIDRAP News, « A difficult-to-trace parasite, messaging missteps contribute to summer of overwhelming Cyclospora outbreaks » (Un parasite difficile à suivre et des erreurs de communication contribuent à un été marqué par une vague massive d'épidémies à Cyclospora).