L'article
« The
Missing Link in Outbreak Response: Why Distributors Need Real-Time
Supplier Intelligence, Not Just Recall Notices » (Le
chaînon manquant dans la réponse aux épidémies : pourquoi les
distributeurs ont besoin d’informations en temps réel sur leurs
fournisseurs, et pas seulement d’avis de rappel)
souligne l'importance pour les distributeurs de disposer
d'informations en temps réel sur leurs fournisseurs afin de réagir
efficacement aux épidémies d’origine
alimentaire.
Il met en lumière le cas de l'épidémie de cyclosporose liée à la
laitue iceberg, où la rapidité et la précision des informations
ont été cruciales pour limiter la propagation de la maladie. Il plaide pour une
collaboration renforcée entre les distributeurs, les fournisseurs et
les services
réglementaires,
en mettant l'accent sur la nécessité d'une communication efficace
et d'une transparence accrue pour améliorer la sécurité des
aliments.
Voici ci-dessous une traduction adaptée par mes soins de cet article.
L'éclosion
de cyclosporose de cet été est l'une des plus importantes
jamais documentées aux États-Unis : au 5 août, le CDC avaient
recensé plus de 10 400 cas confirmés en laboratoire dans 47 États,
dont au moins 6 358 cas de maladie et 278 hospitalisations
spécifiquement liés à de la laitue iceberg provenant de 15 États.
À titre de comparaison, le CDC enregistre généralement entre 200
et 1 000 cas de cyclosporose à l'échelle nationale sur une année
entière.
Le
17 juillet, l'entreprise Taylor Farms de Mexico a procédé au rappel
de toutes les laitues iceberg provenant du centre du Mexique. Les
données épidémiologiques et de traçabilité ont mis en cause de
la laitue iceberg découpée produite par Taylor Farms de Mexico et
servie dans des restaurants Taco Bell de l'Indiana, du Kentucky, du
Michigan, de l'Ohio et de la Virginie-Occidentale.
Quelques
jours plus tard, dans un rebondissement ayant davantage semé la
confusion qu'apporté de la clarté, la FDA a annoncé que l'un des
prélèvements de laitue initialement incriminés s'était révélé
être un faux positif pour Cyclospora cayetanensis.
La
FDA a toutefois pris soin de préciser que Taylor Farms restait
impliquée sur le plan épidémiologique dans l'éclosion. Cette
simple précision en dit long sur l'incertitude qui peut entourer la
gestion d'une épidémie en cours, ainsi que sur la manière très
différente dont cette incertitude est ressentie selon la position de
l'entreprise dans la chaîne d'approvisionnement.
Un
autre point important est que Cyclospora est un parasite, et
non une bactérie. Il n'est pas détecté lors des analyses de selles
courantes à moins qu'un médecin ne prescrive spécifiquement un
test de dépistage ; c'est l'une des principales raisons pour
lesquelles le décompte officiel des cas lors d'une épidémie à
Cyclospora a tendance à sous-estimer le nombre réel de
personnes touchées. De plus, le parasite ne peut être éliminé par
un lavage standard des produits agricoles, ni par les désinfectants
habituels ; seule une cuisson à 70°C permet de l'éliminer de
manière fiable.
Ces
infections peuvent provoquer une diarrhée aqueuse et une fatigue
persistant plusieurs semaines, avec un risque élevé de rechute ; le
coût humain et économique d'un seul cas dépasse donc largement la
durée de la maladie initiale. Pour un produit comme les légumes à
feuilles, vendus réfrigérés et rarement cuits, cette combinaison
de résilience du pathogène et de difficulté de diagnostic est
précisément ce qui rend une épidémie de ce type si difficile à
contenir rapidement.
L'échelon
souvent ignoré dans la couverture médiatique des épidémies
Lorsqu'une
épidémie de ce genre éclate, on entend généralement parler de
deux choses : le producteur ou le fournisseur à l'origine présumée
de la contamination, et l'enquête gouvernementale visant à le
confirmer. On prête beaucoup moins d'attention à l'étape
intermédiaire. C'est là qu'intervient le grossiste distributeur,
qui gère simultanément des centaines de relations avec des
fournisseurs de produits réfrigérés et tente de déterminer en
temps réel lesquels pourraient être concernés. Pendant ce temps,
les commerçants se posent la même question et attendent de leur
distributeur une réponse rapide et fiable.
Lorsqu'une
épidémie survient, la question n'est pas de savoir si nous sommes
touchés, mais plutôt : « Quels fournisseurs traitent ce produit et
cette zone de culture, et quelle réponse étayée pouvons-nous
fournir à nos distributeurs ? »
Pourquoi
la documentation statique de conformité ne suffit pas
L'arsenal
standard du secteur pour évaluer et gérer les risques liés aux
fournisseurs a longtemps reposé essentiellement sur des documents
papier : certifications GFSI, lettres de garantie, attestations
d'assurance et avis de rappel émis une fois les problèmes survenus.
Ces documents sont importants et restent fondamentaux pour tout
programme crédible de sécurité des aliments. Toutefois, au mieux,
ils ne reflètent la situation d'un fournisseur qu'à un instant T.
Ils ne permettent pas au distributeur d'identifier un risque accru
dès l'apparition d'une nouvelle épidémie.
L'exemple
de Taylor Farms illustre bien cette limite. L'entreprise a dû
procéder à plusieurs rappels ces dernières années, notamment en
mars 2024 pour des salades au poulet prêtes à consommer contenant
un allergène (blé) non déclaré, et en octobre 2024 pour des
oignons jaunes liés à une épidémie à E. coli
associée à des hamburgers servis dans une chaîne de restauration
rapide. Chacun de ces événements a fini par générer un document
dans le dossier du fournisseur. Aucun de ces éléments n'aurait
permis de signaler l'entreprise comme présentant un risque élevé
en amont, car la documentation de conformité statique n'a pas de
valeur prédictive ; elle se contente de confirmer ce qui s'est déjà
produit.
Les
légumes à feuilles figurent sur la liste de la FDA relative à la
traçabilité des aliments ; la réglementation imposera à terme un
suivi normalisé au niveau du lot, avec des registres devant être
transmis à la FDA dans les 24 heures suivant une demande. L'entrée
en vigueur de cette règle, initialement prévue pour janvier 2026, a
été repoussée de 30 mois, au 20 juillet 2028. Cela signifie que,
pour les deux prochaines années au moins, les distributeurs ne
pourront pas compter sur une infrastructure de traçabilité imposée
par le gouvernement fédéral pour combler cette lacune. En
attendant, des outils permettant d'identifier et de gérer les
risques avant qu'ils ne débouchent sur un rappel de produits doivent
être mis en place volontairement, au niveau de chaque entreprise.
Mise
en place du maillon manquant
Lorsqu'une
épidémie survient, nous savons déjà quels fournisseurs
appartiennent à la catégorie de risque la plus élevée pour le
produit concerné, et nous disposons déjà de documents à jour,
sans avoir à les réclamer dans l'urgence. C'est ce changement
d'approche que les distributeurs du secteur doivent opérer.
La
question pertinente à se poser
La
réponse à une épidémie au sein d'une entreprise de distribution
ne doit pas commencer au moment où l'avis de rappel est reçu. Elle
doit s'appuyer sur un système capable d'identifier en amont où se
concentrent les risques parmi les fournisseurs ; ainsi, lorsqu'un
incident survient, la question n'est pas « Qui devons-nous appeler
en premier ? », mais plutôt « Quels fournisseurs, parmi ceux que
nous surveillions déjà, sont concernés ? ».
La
surveillance automatisée des fournisseurs selon une classification
des risques ne permet ni d'empêcher une épidémie, ni de se
substituer au travail de traçabilité effectué par la FDA et le CDC
; en revanche, elle modifie la rapidité et la précision avec
lesquelles un distributeur peut agir pendant le déroulement de
l'enquête. C'est précisément à ce stade que les distributeurs,
et, in fine, les consommateurs, comptent sur un acteur de la
chaîne d'approvisionnement pour agir vite et avec justesse.
Alors
que l'épidémie à Cyclospora continue d'évoluer, les distributeurs
ont l'occasion de se poser une question plus complexe que «
Avons-nous été touchés ? ». La question pertinente est plutôt :
« Aurions-nous déjà la réponse avant même la réception de
l'avis de rappel ? »
Un
autre article va,
me semble-t-il, dans le même sens. Publié
par Bill Marler dans Food Safety News, « Publisher’s
Platform: Recall readiness is assumed, never measured. The people who
price the risk can change that » (La
disponibilité pour le rappel est présumée, jamais mesurée. Les
personnes qui évaluent le risque peuvent changer cela),
il
discute aussi de la rapidité ou non de la réponse en cas de rappel
lié à une épidémie d’origine alimentaire.
Le
concept de disponibilité en cas de rappel est donc inscrit au
dossier comme une hypothèse. Cette hypothèse est formulée lors de
la souscription, lors du renouvellement, et on découvre qu'elle
était erronée le troisième jour d'un événement réel, soit le
moment le plus coûteux pour s'en apercevoir.
On
pourrait plutôt mesurer ces données, et les mesures ne sont pas
complexes. Combien de temps faut-il, à partir d'un seul résultat
positif, pour obtenir la liste complète des codes de lot concernés
? Quel pourcentage de destinataires directs peut être contacté et
confirmé sous 24 heures (pas par e-mail, mais par téléphone) ? Les
codes de lot sont-ils conservés après le reconditionnement, ou
l'identité est-elle compromise lors du premier reconditionnement ?
Existe-t-il un moyen de contacter le transporteur, ou la chaîne de
traçabilité s'arrête-t-elle au quai de chargement ? Quand a eu
lieu le dernier exercice de simulation de rappel ? A-t-il été
observé ? Des partenaires commerciaux externes étaient-ils
impliqués ? Quel a été le résultat ? Il faut tenir compte de ces
éléments pour fixer le prix de la police d'assurance. Il faut
accorder un véritable crédit à l'entreprise qui peut le prouver et
exiger de celles qui ne le peuvent pas qu'elles en comprennent les
raisons.
Et
il faut le faire pour l'ensemble de la chaîne, et non pas assurer un
assuré à la fois, car la préparation n'est pas l'apanage d'une
seule entreprise, mais celui d'un réseau. Un producteur aux
registres impeccables reste tributaire d'un distributeur qui
fonctionne uniquement sur documents papier. C'est ce qui donne tout
son sens à l'expression « Communautés prêtes à faire face aux
rappels de produits ».
Aucune
entreprise agroalimentaire ne peut avoir une vision globale de sa
chaîne d'approvisionnement. Un assureur qui couvre l'ensemble de
cette chaîne peut en avoir une quasi-certitude.