mardi 22 septembre 2026

Suède : Une étude révèle l'ampleur des maladies infectieuses d'origine alimentaire non signalées

Un article paru dans iScience décrit le fardeau des maladies infectieuses d’origine dans une approche Une seule santé (Foodborne disease burden in Sweden with a One Health perspective).

Merci à Joe Whiworth de Food Safet News de m’avoir signalé cet article.

  • De 2013 à 2022, les maladies infectieuses d'origine alimentaire ont causé 1,2 million de cas et 37 665 DALYs* en Suède.
  • La campylobactériose et la salmonellose présentent la charge de DALYs la plus élevée parmi les autres
  • Des liens étroits existent entre les cas de campylobactériose humaine et les épidémies dans les élevages de volailles.
  • Des associations sont observées entre les variables bioclimatiques et les cas annuels de maladies infectieuses d'origine alimentaire.

* Le DALY (année de vie corrigée de l'incapacité) représente la perte de l'équivalent d'une année de vie en bonne santé.

Résumé

Les maladies infectieuses d'origine alimentaire représentent un fardeau considérable pour la santé publique mondiale. Pourtant, leur ampleur et leurs facteurs déterminants en Suède n'ont pas fait l'objet d'une évaluation exhaustive. Dans le cadre de l'approche « Une seule santé », nous avons estimé le fardeau national des maladies infectieuses d'origine alimentaire de 2013 à 2022 et exploré les liens avec les sources zoonotiques et les facteurs climatiques. Nous avons recensé plus de 1,2 million de cas, pour la plupart non déclarés, correspondant à 37 665 années de DALYs. La campylobactériose représente la part la plus importante des cas et du fardeau de morbidité, avec de fortes corrélations avec les foyers épidémiques dans les élevages de volailles et la consommation de viande de poulet contaminée. La salmonellose se classe au deuxième rang en termes de fardeau de morbidité. La listériose a causé relativement peu de cas, mais un fardeau de morbidité disproportionné. L'augmentation des températures et des précipitations était associée à une incidence annuelle plus élevée. Un fardeau plus élevé, ajusté à la population, a été observé dans les comtés du nord. Ces résultats permettent de mieux comprendre la dynamique des maladies infectieuses d'origine alimentaire en Suède et soulignent la nécessité de renforcer les stratégies de prévention et de surveillance tout au long de la chaîne de production alimentaire.

Nous y voilà, comme dans d’autres pays, la Suède fait face à une sous déclaration des cas de maladies infectieuses d'origine alimentaire.

Introduction

Cette étude vise à explorer six maladies transmises par les animaux (zoonoses) courantes en Suède : la campylobactériose, la cryptosporidiose, l’infection à Escherichia coli entérohémorragique (EHEC), l’hépatite A, la listériose et la salmonellose non typhoïdique. Cette sélection reflète les pathogènes pour lesquels la Suède dispose de données de surveillance nationale fiables et de haute qualité, permettant l’estimation des DALYs. Plusieurs pathogènes pertinents, tels que norovirus, n’ont pu être inclus car ils n’étaient pas soumis à déclaration obligatoire durant la période d’étude. L’analyse se concentre donc sur les pathogènes susmentionnés pour lesquels des données nationales robustes existent, garantissant ainsi la comparabilité et la validité des résultats. Cette étude quantifie d’abord le fardeau des DALYS associé aux zoonoses en Suède, puis applique une approche « Une seule santé » afin de comprendre les interactions complexes entre les humains, les animaux et l’environnement. À partir des données disponibles, nous cherchons à examiner les liens entre l’incidence des zoonoses et l’incidence humaine, et à identifier comment les facteurs bioclimatiques influencent l’incidence des zoonoses.

Incidence estimée de la maladie et DALY

En Suède, entre 2013 et 2022, l'incidence déclarée des maladies d'origine alimentaire (MOA) pour les six maladies étudiées était de 107 972 cas, tandis que le nombre de cas estimés dépassait les 2 millions, dont environ 1,2 million suspectés d'être d'origine alimentaire. Au total, les maladies infectieuses d’origine alimentaire ont été responsables de 37 665 DALYs. La campylobactériose était la maladie infectieuse d’origine alimentaire présentant l'incidence et la charge de morbidité la plus élevée, avec près d'un million de cas d'origine alimentaire estimés, contre une incidence déclarée d'un peu moins de 75 000 cas. Sa charge de morbidité représentait plus de la moitié de la charge totale des maladies infectieuses d’origine alimentaire, soit 19 415 DALYs. L'hépatite A était la maladie infectieuse d’origine alimentaire présentant la charge de morbidité estimée la plus faible, avec 173 DALYs et environ 1 700 cas. La listériose présentait l'incidence la plus faible, estimée à moins de 1 000 cas. Cependant, fortement amplifiée par son DALY élevé par cas, elle s’est classée troisième dans la charge globale des maladies infectieuses d’origine alimentaire.

Discussion

Dans l’étude, il a été montré que la campylobactériose, la salmonellose et la listériose étaient les principales causes de maladies d'origine alimentaire en Suède. La listériose se distingue par son impact disproportionné malgré sa faible incidence. Nous avons constaté que plus d'un million de cas de maladies d'origine alimentaire n'ont pas été déclarés pendant la période étudiée.

Il a été aussi constaté que le portage de Campylobacter chez les poulets de chair dans les élevages avicoles suédois était étroitement lié à la campylobactériose humaine endémique, soulignant le lien fort entre la viande de poulet contaminée et la campylobactériose.

Conclusion

Cette étude offre un aperçu précis de la répartition sur dix ans de six maladies d'origine alimentaire en Suède. La campylobactériose, la salmonellose et la listériose sont les principales causes de morbidité liée à ces maladies dans le pays. Bien que la listériose soit peu fréquente, elle représente une part disproportionnée de la morbidité, soulignant ainsi son importance en santé publique. Sur le plan spatial, le DALY était la plus élevé dans le sud de la Suède, tandis que plusieurs comtés du nord présentaient des charges plus élevées, ajustées à la population, ce qui met en évidence une hétérogénéité régionale importante. Ces schémas géographiques pourraient être en partie influencés par des facteurs climatiques, tels que les variations de température et de précipitations, qui étaient associés à l'incidence des maladies d'origine alimentaire dans nos analyses. Par ailleurs, la forte association entre le portage de Campylobacter chez les poulets de chair et la campylobactériose humaine contractée dans un contexte endémique renforce le rôle de la viande de volaille contaminée comme voie de transmission majeure en Suède.

Globalement, ces résultats soulignent l'importance d'une approche intégrée « Une seule santé » qui prend en compte conjointement la santé humaine, animale et les facteurs environnementaux lors de l'évaluation et de la gestion des risques liés aux maladies d'origine alimentaire. À la lumière de nos conclusions, les priorités à court terme devraient porter sur : (1) le renforcement des contrôles tout au long de la filière avicole, de la biosécurité à la ferme à l'hygiène d'abattage et à la manipulation en point de vente, afin d'endiguer la campylobactériose endémique ; (2) l'intégration d'une gestion des risques tenant compte du climat (par exemple, un renforcement de la surveillance et des contrôles d'hygiène pendant les périodes chaudes et humides) ; et (3) le renforcement de la surveillance des aliments non issus de l'élevage, en particulier les légumes frais (par exemple, les légumes à feuilles, les salades composées, les herbes aromatiques) et les fruits et légumes/baies importés, en intégrant les flux de données actuellement fragmentés entre les différents organismes. Les données relatives aux sources d'épidémies devraient continuer d'être utilisées comme indicateurs de vecteurs traçables plutôt que comme mesures de l'exposition au niveau de la population, et les comtés présentant des taux d'exposition plus élevés, ajustés à la population, pourraient bénéficier de stratégies de surveillance et de prévention adaptées aux systèmes alimentaires locaux et aux capacités de dépistage. À l'avenir, les plateformes de données partagées One Health, qui relient systématiquement les données humaines, animales, alimentaires et climatiques, associées à des enquêtes microbiologiques et sur la chaîne alimentaire ciblées, permettront des tests de sensibilité plus rigoureux et une meilleure compréhension des causes, guidant ainsi des actions préventives plus précises en matière de sécurité des aliments en Suède.

Après 2024, le nombre d’inspections en sécurité des aliments en France a de nouveau augmenté en 2025

Avec un peu d’avance sur le calendrier habituel, signe des temps, le rapport d'activité de la DGAL, « La DGAL en action 2025 » est paru !

Le consommateur est cité quatre fois dans ce cru 2025 versus cinq fois dans celui de 2024.

Le blog vous présente en exclusivité ce que cela donne sous forme de courbe des inspections en sécurité des aliments depuis 2012 à 2025 et cela montre bien le yo-yo du nombre d'inspections en sécurité des aliments en France.

Le blog prend donc acte avec satisfaction de cette nouvelle augmentation.

Mais que de soubresauts et de chemin parcourus ! Pourtant, la voie était simple « assurer la sécurité des consommateurs », il fallait donc y mettre les moyens, en souhaitant que cela puisse durer ...

Selon la DGAL, « La police sanitaire unique de l’alimentation, de son côté, est un dispositif désormais intégré dans notre quotidien : en 2025, plus de 100 000 contrôles en remise directe ont été réalisés, dont 68 000 effectués par nos délégataires, au service de la protection des consommateurs. »

Nombre total d’inspections en sécurité des aliments

120 765 inspections en 2025 versus 106 280 en 2024, soit une augmentation de 12 %, dont 68 340 inspections par des délégataires du service public en 2025 versus 55 750 en 2024, soit une augmentation de 18,5 %.

Restauration commerciale

49 555 inspections en 2025 versus 51 990 en 2024

Commerces

45 020 inspections en 2025 versus 30 060 en 2024

Restauration collective

9 760 inspections en 2025 versus 9 870 en 2024. A noter que ces inspections ne sont pas déléguées.

Établissements d'abattage*, de transformation et d'entreposage toutes filières confondues**

16 430 inspections en 2025 versus 14 360 en 2024
* Ce nombre prend en compte uniquement l’inspection annuelle des établissements d’abattage où les services vétérinaires assurent par ailleurs une inspection permanente.
** Denrées d’origine animale telles que la viande, les œufs, le fromage, etc., denrées végétales tels que des compotes, des légumes en vrac, etc., les plats cuisinés, etc.

Fermetures totales ou partielles effectives des établissements alimentaires

- 2021 : 500
- 2022 : 810
- 2023 : 989 
- 2024 : 1 750
- 2025 : 1 685

On aura noter une baisse curieuse du nombre d’inspections en restauration commerciale, qui devait constituer le fer de lance de cette nouvelle police sanitaire, ainsi qu'une baisse des inspections en restauration collective.

Enfin, pas un mot sur les toxi-infections alimentaires collectives dont on sait, selon Santé publique France, que « Le nombre de TIAC notifiées en 2023 est le plus élevé enregistré depuis la mise en place de la surveillance en 1987. Il a dépassé le précédent record de 2022 (1 924 TIAC déclarées). »

La question posée, il y a quelques mois, reste donc entière, Quel est l'objectif de la sécurité des aliments en France: une police sanitaire unique ou la baisse des TIAC ?

En conclusion, le rapport 2025 de la DGAL est bel et bien plus un rapport d'activité qu'un véritable rapport d'impact. Le rapport mesure très bien l'activité :

- nombre d'inspections → avertissements → mises en demeure → PV → fermetures, etc.

Mais il mesure beaucoup moins directement le résultat final :

- diminution des contaminations → diminution des maladies → diminution des risques pour le consommateur.

lundi 21 septembre 2026

Les aflatoxines et les aliments importés sont en tête des notifications liées aux mycotoxines, selon une analyse des données du RASFF

« L'analyse des données du système RASFF de l'UE révèle que les aflatoxines et les aliments importés sont en tête des notifications liées aux mycotoxines », source article de Food Safety Magazine.

À savoir

  • Des chercheurs ont analysé 2 479 notifications de contamination des aliments et des aliments pour animaux par des mycotoxines, signalées via la plateforme iRASFF entre 2020 et 2024, et ont utilisé les rapports annuels du RASFF pour contextualiser les tendances de notification remontant à 2012.
  • Les aflatoxines et les ochratoxines représentaient respectivement 84 % et 15 % des notifications.
  • Les noix, les produits à base de noix et les graines représentaient 54 % de toutes les notifications de mycotoxines, suivis des fruits et légumes (23 %) et des céréales et produits de boulangerie (10 %).
  • Les produits originaires de pays hors de l'UE ont représenté 90 % des notifications liées aux mycotoxines, principalement en provenance de Turquie (24 %) et des États-Unis (14 %).
  • Bien que le nombre annuel de notifications liées aux mycotoxines du RASFF ait atteint un pic de 663 en 2024, l’analyse statistique des données de 2012 à 2024 n’a pas permis d’identifier une tendance à la hausse significative à long terme.

Une analyse des données du système d'alerte rapide de l'UE pour les denrées alimentaires et les aliments pour animaux (RASFF) a montré que les mycotoxines demeurent une préoccupation majeure en matière de sécurité des aliments. Les aflatoxines représentaient la grande majorité des notifications, et les produits originaires de pays hors UE étaient impliqués dans plus de 90 % des notifications liées aux mycotoxines.

Publiée dans la revue Toxins, une étude menée par des chercheurs de l'Université de Cordoue et du Conseil supérieur de la recherche scientifique (CSIC) espagnol a analysé 2 479 notifications de contamination à la mycotoxine dans les aliments pour animaux et les denrées alimentaires, transmises via la plateforme iRASFF entre janvier 2020 et décembre 2024. Les chercheurs ont examiné les tendances par mycotoxine, catégorie de produit, pays d'origine, pays notifiant, décision relative au risque et type de notification. Ils ont également utilisé les rapports annuels du RASFF pour contextualiser les tendances de notification remontant à 2012.

Aflatoxines et ochratoxines : principales notifications de mycotoxines

Sur les 2 479 notifications enregistrées entre 2020 et 2024, 2 076 (84 %) concernaient des aflatoxines. Les ochratoxines étaient les deuxièmes mycotoxines les plus fréquemment signalées, avec 361 notifications (15 %).

L'aflatoxine B1 (AFB1) était à elle seule impliquée dans 1 848 notifications. Les noix, les produits dérivés des noix et les graines représentaient 64 % des notifications d'aflatoxine.

Au total, les noix, les produits à base de noix et les graines représentaient 54 % de toutes les notifications de mycotoxines, suivis des fruits et légumes à 23 % et des céréales et produits de boulangerie à 10 %.

Pour l’ochratoxine A (OTA), les fruits et légumes représentaient 52 % des notifications.

Les notifications OTA sont passées de 44 cas en 2020 à 117 en 2024. Cependant, les chercheurs ont averti que cette augmentation pourrait refléter des changements dans la fréquence des notifications et/ou des améliorations dans la capacité de détection, potentiellement en plus de l'influence du changement climatique sur la prolifération des champignons.

D'autres mycotoxines ont été signalées plus rarement, notamment les fumonisines (26 notifications), la patuline (16), le déoxynivalénol (13), la toxine T-2 (sept) et la zéaralénone (trois). On a également recensé 27 notifications concernant Claviceps purpurea, une mycose associée aux alcaloïdes de l'ergot de seigle.

De nombreuses notifications concernaient des produits provenant de Turquie et des États-Unis

Les produits originaires de pays hors UE représentaient 90 % des notifications liées aux mycotoxines. À l'échelle mondiale, la Turquie et les États-Unis étaient les pays d'origine les plus fréquemment signalés, représentant respectivement 24 % et 14 % des notifications.

Parmi les 2 242 notifications concernant des produits non européens, la Turquie a comptabilisé 585 notifications, suivie des États-Unis avec 353, de l'Inde avec 180, de l'Égypte avec 171, de l'Iran avec 155, de l'Argentine avec 146 et du Pakistan avec 127.

Les profils de mycotoxines des produits de l'UE et des produits hors UE différaient également. Les aflatoxines représentaient près de 88 % des notifications concernant des produits originaires de l'extérieur de l'UE, tandis que les produits d'origine européenne présentaient un profil plus varié. Parmi les produits de l'UE, les aflatoxines représentaient environ 43 % des notifications, suivies de l'OTA (31 %) et des alcaloïdes de l'ergot (11 %).

Les chercheurs ont mis en garde contre l'interprétation des chiffres de notification comme des mesures directes de la prévalence de la contamination ou de l'exposition de la population. Les données du RASFF représentent les non-conformités réglementaires détectées et signalées et peuvent être influencées par les volumes d'échanges commerciaux, l'intensité de l'échantillonnage, les contrôles aux frontières et les stratégies nationales de surveillance.

La majorité des notifications sont classées comme présentant un risque « grave »

Les refus aux frontières représentaient 68 % des notifications liées aux mycotoxines, suivis des alertes (16 %), des notifications d'information nécessitant une attention particulière (13 %) et des notifications d'information nécessitant un suivi (2 %).

De plus, 92 % des notifications de 2020 à 2024 ont été classées comme présentant un risque « grave », et chaque année analysée, plus de 85 % des notifications ont été classées comme telles.

Sur les 2 479 notifications, 2 385 concernaient des aliments destinés à la consommation humaine, contre 94 pour l’alimentation animale. Les chercheurs ont souligné que ce nombre relativement faible de notifications relatives à l’alimentation animale ne devait pas être interprété comme une preuve de risque négligeable, compte tenu du risque de contamination de la chaîne alimentaire humaine par certaines mycotoxines ou leurs métabolites.

Aucune augmentation significative à long terme des notifications de mycotoxines

Bien que le nombre annuel de notifications de mycotoxines du RASFF ait atteint un pic de 663 en 2024, l’analyse statistique des données de 2012 à 2024 n’a pas permis d’identifier une tendance à la hausse significative à long terme.

Parallèlement, le nombre total de notifications RASFF est passé de 3 516 en 2012 à 5 364 en 2024. En conséquence, la part des mycotoxines dans l’ensemble des notifications RASFF a diminué, passant d’environ 15 à 16 % entre 2015 et 2018 à 9 à 12 % entre 2023 et 2024.

Les chercheurs ont conclu que la surveillance continue des frontières, la coopération internationale et le suivi fondé sur les risques sont essentiels pour limiter l'exposition alimentaire aux mycotoxines, notamment dans les produits faisant l'objet d'échanges commerciaux à l'échelle mondiale. Ils ont également préconisé que les stratégies de surveillance et de contrôle s'adaptent à l'évolution des données scientifiques, aux changements climatiques et aux tendances du commerce international.

Finlande : évaluation de la sécurité sanitaire des alternatives végétales aux produits laitiers

« Les alternatives végétales aux produits laitiers sont généralement sûres, mais des recherches supplémentaires sont nécessaires », source Ruokavisrato. Il s’agit d’une agence gouvernementale de sécurité des aliments sous le contrôle du ministère de l'Agriculture et des Forêts de la Finlande. Merci à Joe Whitworth de Food Safety News de m’avoir signalé cet article.

Les alternatives végétales aux produits laitiers et les desserts végétaliens disponibles sur le marché finlandais sont généralement de haute qualité en matière de sécurité des aliments. Selon l'évaluation des risques menée dans le cadre du projet VEGETURVA par l'Autorité finlandaise de sécurité des aliments et VTT, les risques microbiologiques des produits étaient généralement faibles et les concentrations de mycotoxines étudiées sont restées inférieures au seuil de détection. Cependant, les résultats montrent que les pratiques de conservation des consommateurs, les matières premières utilisées et la présence de certains contaminants peuvent avoir une incidence importante sur la sécurité alimentaire.

L'utilisation des alternatives végétales aux produits laitiers a connu une croissance rapide ces dernières années. Bien que de nombreuses recherches aient été menées sur leurs propriétés nutritionnelles, les informations disponibles sur leur innocuité restent nettement limitées. Le projet VEGETURVA, fruit d'une collaboration entre l'Autorité finlandaise de sécurité des aliments et VTT, a étudié les risques microbiologiques et chimiques des boissons végétales, des produits de type yaourt végétal et des desserts végétaliens, ainsi que les questions de sécurité liées à leur consommation.

« Globalement, le niveau de sécurité alimentaire des produits s’est avéré bon. Parallèlement, nous avons identifié plusieurs points nécessitant des recherches supplémentaires afin d’évaluer plus précisément les risques liés à ce groupe de produits en forte croissance », explique Johanna Suomi, professeure de recherche à l’Autorité finlandaise de sécurité des aliments.

Seuls quelques microbes dangereux ont été détectés

Seuls quelques micro-organismes pathogènes ont été détectés dans les produits testés. Aucune bactérie du genre Clostridium n'a été trouvée, et les bactéries du groupe Bacillus cereus n'ont été identifiées que dans certains échantillons. Le risque d'intoxication alimentaire a été jugé faible pour ces produits.

Cependant, selon une enquête auprès des consommateurs, certains conservent les emballages de boissons végétales ouverts plus longtemps que recommandé par les fabricants ou les laissent à température ambiante pendant plusieurs heures. D'après une modélisation, ces pratiques de conservation peuvent favoriser la prolifération microbienne et accroître le risque d'intoxication alimentaire. Plusieurs participants à l'enquête ont indiqué se fier à l'évaluation sensorielle pour détecter l'altération. Or, les boissons végétales ne présentent pas toujours de signes évidents d'altération, même en cas de forte concentration bactérienne, ou les changements sont si minimes qu'ils peuvent passer inaperçus.

La sécurité des boissons végétales dépend non seulement du processus de fabrication, mais aussi du comportement des consommateurs. Les produits ouverts doivent être conservés au réfrigérateur et utilisés conformément aux instructions du fabricant, rappelle Petra Pasonen, chercheuse à l'Autorité finlandaise de sécurité des aliments.

Aucune mycotoxine n'a été détectée, mais des informations supplémentaires sont nécessaires sur les nouvelles mycotoxines

Aucune concentration de mycotoxines, c'est-à-dire de toxines de moisissures, dépassant le seuil de détection n'a été détectée dans les produits finlandais testés.

Cependant, la littérature scientifique internationale a mis en évidence la présence de plusieurs mycotoxines à faibles concentrations dans les produits d'origine végétale. Des recherches supplémentaires sont nécessaires, notamment sur la présence et les effets sur la santé des mycotoxines dites nouvelles ou émergentes, telles que les enniatines, la beauvéricine et les composés produits par les moisissures du genre Alternaria .

Les chercheurs soulignent également que les données de l'échantillon finlandais restent relativement limitées. Un suivi de sécurité à long terme exige des ensembles de données plus importants et l'étude d'un plus grand nombre de groupes de produits. Les connaissances sur les effets sanitaires et les doses efficaces des mycotoxines émergentes demeurant partiellement limitées, des recherches toxicologiques internationales supplémentaires sont nécessaires pour l'évaluation des risques.

Les matières premières influent sur le profil de risque

Des différences ont été observées dans la sécurité des produits à base de plantes en fonction des matières premières utilisées.

Les boissons à base de riz se distinguent des autres produits par le risque associé à l'arsenic inorganique. Bien que les concentrations mesurées soient faibles, les résultats confirment la recommandation actuelle de ne pas consommer les boissons à base de riz comme boisson principale. Compte tenu du risque de cancer lié à l'exposition à l'arsenic et de la faible valeur nutritionnelle des boissons à base de riz, d'autres boissons végétales seraient préférables.

Une consommation importante de produits à base d'avoine et de soja peut légèrement accroître l'exposition au cadmium et au nickel. Chez la plupart des adultes, le risque demeure faible, mais chez les jeunes enfants, une consommation similaire pourrait entraîner une exposition plus importante.

Toutefois, ces résultats ne justifient pas d'éviter les produits à base d'avoine ou de soja. Au contraire, par exemple, les produits à base d'avoine peuvent augmenter l'apport en fibres alimentaires, ce qui est bénéfique pour la population. Cependant, une consommation variée reste une approche judicieuse pour gérer les risques d'exposition potentiels, indique Suomi.

Complément

On lira une étude danoise de 2025 sur des produits de la réaction de Maillard dans les alternatives végétales au lait, dans laquelle les auteurs indiquent :

En résumé, cette étude met en lumière la composition complexe et la dynamique de transformation des boissons à bas de proteines de soja, soulignant la nécessité de poursuivre les recherches afin d'améliorer la compréhension et de traiter les implications nutritionnelles et la qualité des produits dans ce secteur en pleine expansion des alternatives végétales aux produits laitiers.

L'EFSA joue un rôle essentiel dans l'évaluation des contaminants alimentaires, en étudiant rigoureusement leur impact et en établissant des valeurs de référence grâce à diverses méthodes de recherche. La réglementation actuelle de l'EFSA cible des produits de la réaction de Maillard spécifiques et ne couvre que certaines catégories d'aliments (Benford et al., 2022 ; Commission européenne, 2021 ; Zheng et al., 2019 ; Commission européenne, 2003 ; EFSA, 2015). Les agences comme l'EFSA ont établi des lignes directrices principalement pour des composés spécifiques lorsqu'un risque sanitaire clair lié au contact alimentaire est présent, mais des lacunes subsistent dans l'application de cette réglementation aux nouvelles technologies alimentaires et aux nouveaux ingrédients. Or, la complexité de la transformation des aliments exige des études plus approfondies dans ce domaine. Pour bien comprendre les risques potentiels et établir des lignes directrices plus claires, il est primordial de mener des études exploratoires comme la nôtre, ainsi que des études multidisciplinaires intégrant des approches pharmacologiques et chimiques. De plus, compte tenu du caractère exploratoire de cette étude, nous nous sommes concentrés sur un échantillon spécifique et clairement défini de boissons à bas de proteines de soja disponibles dans le commerce afin d'évaluer la variabilité au sein des produits typiques du marché ; toutefois, des études ultérieures portant sur des échantillons plus importants seront indispensables pour une généralisation plus large de ces résultats.

Commentaire

La question que je me pose est la suivante, « le lait de vache doit-il vraiment être remplacé ? »

A propos de la sous-déclaration des maladies infectieuses intestinales au Royaume-Uni

Voici ce qu’on peut lire sur des bilans des données des toxi-infections alimentaires collective en France :

« les TIAC demeurent historiquement sous-déclarées, avec des disparités selon les secteurs d’activité à l’origine de biais de recrutement. » (source Données 2023 des TIAC en France).

« Comme lors des années précédentes, les incidences régionales sont très différentes d’une région à l’autre et ne reflètent pas uniquement le risque de TIAC mais aussi probablement l’exhaustivité de la déclaration et de la transmission des DO. » (source Données 2022 des TIAC en France).

Le sujet du jour est donc la sous-déclaration des maladies infectieuses intestinales, avec ici, le cas du Royaume-Uni.

« Mesurer l'invisible : le défi des données multiples lors de la quantification de la sous-déclaration des maladies infectieuses intestinales », source article d’Anna Lawson, Université de Newcastle, paru le 22 juillet 2026 sur le site de la Food Standards Agency.

Si vous avez déjà souffert d'un épisode passager de diarrhée et de vomissements, il y a fort à parier que cela n'a jamais été enregistré dans les statistiques officielles. La plupart des cas sont gérés à domicile : même si vous consultez un médecin généraliste, il est peu probable qu'un prélèvement soit demandé pour analyse. Du point de vue des systèmes nationaux de surveillance, ces cas sont pratiquement inexistants. Pourtant, ils représentent un fardeau socio-économique considérable en raison des maladies et des absences au travail ou à l'école.

Ce décalage entre le nombre de cas signalés aux systèmes de surveillance et la réalité au sein de la population constitue l'un des principaux défis de l'estimation des maladies infectieuses intestinales (MII). Les travaux menés dans le cadre de la troisième étude de la FSA sur les maladies infectieuses intestinales (MII3) soulignent à quel point il est difficile de quantifier ce fardeau caché, notamment lorsque cela nécessite de combiner de multiples sources de données qui, chacune, ne rendent compte que partiellement de la situation.

La pyramide de surveillance

La pyramide de surveillance constitue un moyen utile de comprendre la sous-déclaration des maladies infectieuses intestinales (MII). À la base se trouvent toutes les infections survenant au sein de la population. En remontant la pyramide, on constate qu'une partie seulement des personnes infectées présente des symptômes, qu'une fraction plus restreinte a recours aux soins de santé et qu'un nombre encore plus limité d'individus fait l'objet d'un dépistage. Le sommet de la pyramide ne représente que les résultats positifs pour l'agent pathogène qui sont signalés aux systèmes de surveillance nationaux.
Pour les maladies infectieuses intestinales (MII), cette pyramide est particulièrement abrupte. De nombreux cas sont bénins et guérissent rapidement, ce qui réduit la probabilité de consulter un médecin. Le dépistage est également sélectif et généralement réservé aux formes plus graves ou prolongées de la maladie. Par conséquent, les données de surveillance de routine ne permettent de recenser qu'un petit sous-ensemble très spécifique de cas.

MII3 : Mise à jour des estimations

L'étude MII3 vise à fournir une estimation actualisée de toutes les infections nosocomiales au Royaume-Uni, en recensant à la fois les cas communautaires et les interactions avec les services de santé. S'appuyant sur les études de référence précédentes (MII1 et MII2), elle prend en compte les évolutions récentes des technologies de diagnostic, les changements dans le recours aux soins et les répercussions plus larges de la pandémie de COVID-19. Des études antérieures ont montré que pour chaque cas enregistré par les systèmes nationaux de surveillance, de nombreux autres surviennent au sein de la population. Cependant, l'évolution des pratiques de dépistage et des comportements en matière de recours aux soins implique que les estimations antérieures peuvent ne plus être valides. MII3 joue un rôle crucial dans la réévaluation de l'interprétation des données de routine, en utilisant de multiples sources de données pour estimer le nombre de cas d'infections nosocomiales au Royaume-Uni, par rapport au nombre de cas actuellement recensés par les systèmes nationaux de surveillance.

Les défis liés à la combinaison de données provenant de différentes sources

Malgré la disponibilité de multiples ensembles de données, leur intégration dans une estimation cohérente de la charge de morbidité présente plusieurs défis :

Couverture incomplète

Les données de laboratoire fournissent des informations spécifiques à l'agent pathogène, mais ne concernent que les personnes testées et dont le résultat est positif. Les données des médecins généralistes enregistrent les comportements de recours aux soins, mais ne prennent pas en compte les personnes qui gèrent leur maladie à domicile. Les données hospitalières ne reflètent que les cas les plus graves. Les études prospectives en population générale visent à mesurer directement et en temps réel la morbidité au sein d'un échantillon représentatif de la population. Chacune de ces études décrit une population différente et une étape différente du processus, de l'infection à la déclaration des symptômes ; bien que complémentaires, elles ne sont pas directement comparables.

Définitions de cas incohérents

Différentes sources de données visent à mesurer des résultats distincts et à recueillir des niveaux d'information variables à des fins diverses. Les études communautaires définissent les maladies infectieuses intestinales (MII) en fonction des symptômes, tandis que les systèmes de surveillance s'appuient sur des infections confirmées en laboratoire. Ces définitions ne concordent pas parfaitement, ce qui complique les comparaisons directes.

Biais de gravité

La surveillance de routine surreprésente les cas les plus graves. Les hospitalisations et les cas confirmés en laboratoire ne sont pas représentatifs d'un épisode typique d'infection invasive à pneumocoque, souvent bénin et de courte durée. Dans certains cas, les infections par les mêmes agents pathogènes peuvent être asymptomatiques. Ceci crée un biais systématique dont il faut tenir compte lors de l'analyse.

Variations entre les nations du Royaume-Uni

L'un des défis les moins visibles de MII3 réside dans l'absence d'un système de surveillance unique et uniforme à l'échelle du Royaume-Uni. En effet, l'Angleterre, l'Écosse, le Pays de Galles et l'Irlande du Nord disposent chacune de structures de santé, de systèmes de notification et de réseaux de laboratoires distincts. Les variations dans les pratiques de dépistage, l'accès aux soins et les procédures de notification peuvent influencer la manière dont les cas sont recensés dans chaque nation, ce qui ajoute une complexité supplémentaire. Comprendre ces variations au Royaume-Uni est essentiel pour identifier les différences réelles dans les profils épidémiologiques et garantir la pertinence des comparaisons.

Évolution au fil du temps

La relation entre les ensembles de données n'est pas statique. MII3 reflète une période marquée par l'évolution du recours aux soins, de la sensibilisation du public et des pratiques diagnostiques. Il est donc difficile d'appliquer ou de comparer ces données avec les estimations issues d'études antérieures sans une réévaluation.

Construire une image complète

Chaque source de données ne capturant qu'une partie du tableau d'ensemble, diverses méthodes sont utilisées pour combiner les informations.

Seule une faible proportion des personnes malades est enregistrée dans les systèmes nationaux de surveillance. Pour pallier ce manque, on utilise des méthodes de multiplication afin d'estimer le nombre probable de cas dans la population pour chaque cas recensé.

Les modèles statistiques permettent de rassembler des informations provenant de différentes sources tout en tenant compte des atouts et des limites de chaque ensemble de données. Ils permettent de quantifier l'incertitude, ce qui rend possible l'évaluation du degré de confiance que l'on peut accorder aux estimations de la charge de morbidité.

Dans certains contextes, les données issues de différents systèmes peuvent être croisées afin de comprendre le parcours des individus au sein de la pyramide de surveillance, depuis l'apparition de la maladie dans la communauté jusqu'au recours aux soins, aux tests et à la déclaration des cas. Toutefois, en pratique, la mise en relation des données est souvent limitée par des considérations juridiques et éthiques relatives à la protection et au respect de la vie privée.

Aucune de ces approches ne permet de mesurer parfaitement la charge de morbidité. Elles contribuent plutôt à combler les lacunes entre les sources de données, à réduire l'incertitude et à dresser un tableau plus complet que ne le permettrait un seul ensemble de données.

Comprendre la maladie au-delà des rapports

Les infections nosocomiales sont à la fois très répandues et largement sous-estimées dans les données de routine. Quantifier les infections nosocomiales ne se limite pas au simple dénombrement des cas. Cela nécessite de rassembler différents types de données issues de divers parcours de soins et contextes nationaux, chacun présentant ses propres biais et limites et ne couvrant qu'un sous-ensemble différent de cas. Des estimations précises de la charge des infections nosocomiales sont essentielles à la prise de décision en matière de santé publique. L'étude MII3 offre l'opportunité d'actualiser et d'affiner notre compréhension de cette charge invisible, mais elle souligne également la complexité de la combinaison de multiples sources de données imparfaites. L'objectif est de dresser un tableau plus cohérent des infections nosocomiales au Royaume-Uni à partir d'informations incomplètes et imparfaites afin d'éclairer les politiques de sécurité alimentaire, d'orienter l'allocation des ressources et de définir les priorités d'intervention. Sans tenir compte de la sous-déclaration, l'importance des infections nosocomiales et de certains agents pathogènes peut être gravement sous-estimée. La prise en compte de ce décalage est cruciale pour l'efficacité des stratégies de prévention.

Surfaces antimicrobiennes pour emballages alimentaires réutilisables, selon une étude complète sur le sujet

« Surfaces antimicrobiennes pour emballages alimentaires réutilisables : un examen complet de leur fonctionnalité et de leur adéquation » est un article de 36 pages, en accès libre, paru dans Comprehensive Review in Food Science and Food Safety.

Cet article vise à passer en revue les différentes stratégies de fabrication de surfaces antimicrobiennes, à évaluer leur pertinence pour les applications d'emballages réutilisables et à mettre en lumière les lacunes actuelles des connaissances, tout en identifiant des pistes de recherche futures.

Etant donné la longueur de l’article, je ne vous propose que le résumé et la conclusion.

Résumé

Avec l'entrée en vigueur, en février 2025, du règlement européen relatif aux emballages et aux déchets d'emballages, les systèmes d'emballages plastiques réutilisables suscitent un intérêt croissant en tant qu'alternative plus circulaire et durable aux plastiques à usage unique. Toutefois, un obstacle majeur à leur adoption à grande échelle réside dans la difficulté à garantir une désinfection efficace après chaque réutilisation. Le risque de contamination croisée entre les cycles d'utilisation présente un risque de maladies d'origine alimentaire, susceptible d'éroder la confiance des consommateurs et de les dissuader d'utiliser ces systèmes. Les surfaces antimicrobiennes constituent une solution prometteuse pour renforcer la sécurité microbiologique et améliorer la nettoyabilité des emballages réutilisables. Ces surfaces sont conçues pour inhiber la croissance et la survie des micro-organismes tels que les bactéries, les virus et les champignons, responsables de la détérioration des aliments et des maladies d'origine alimentaire. Leur intégration dans les systèmes d'emballage pourrait potentiellement renforcer la confiance des consommateurs et accélérer l'adoption de ces systèmes en facilitant la désinfection et en réduisant le risque de contamination croisée microbienne. Il existe différentes stratégies de fabrication de surfaces antimicrobiennes, que l'on peut globalement classer en approches chimiques et physiques, chacune présentant des avantages et des limites spécifiques dans le contexte de l'emballage alimentaire. Cette étude examine de manière critique la fonctionnalité de ces types de surfaces et évalue leur potentiel pour les applications d'emballage alimentaire réutilisables.

Conclusion

Les surfaces antimicrobiennes représentent une stratégie prometteuse pour améliorer la sécurité microbiologique et la durée de conservation des produits alimentaires conditionnés dans des emballages réutilisables. Leur intégration pourrait renforcer l'engagement des consommateurs et accélérer l'adoption de ces emballages en facilitant une décontamination et une désinfection efficaces, réduisant ainsi le risque de contamination croisée par des agents pathogènes d'origine alimentaire. En inhibant la croissance et la survie des micro-organismes responsables de l'altération des aliments et des maladies, les surfaces antimicrobiennes offrent une garantie supplémentaire que les aliments sont livrés dans un environnement sûr et hygiénique.

Comme évoqué tout au long de cette étude, plusieurs stratégies permettent de fabriquer des surfaces antimicrobiennes sur divers matériaux. Les surfaces fonctionnalisées, supermouillables et intelligentes, ou « à libération contrôlée », généralement obtenues par revêtement chimique ou incorporation d’agents antimicrobiens, ont démontré une forte efficacité contre un large éventail d’espèces microbiennes. Cependant, leur application dans les emballages alimentaires soulève des préoccupations majeures, notamment la migration potentielle de composants toxiques dans les aliments, les répercussions sur le recyclage et l’économie circulaire, la contribution à la résistance aux antimicrobiens et le relargage d’additifs susceptible de nuire à leur performance à long terme.

À l'inverse, les surfaces antimicrobiennes obtenues par modification physique de la rugosité et de la texture, souvent inspirées des systèmes naturels, s'affranchissent de ces inconvénients en reposant exclusivement sur des caractéristiques structurales à l'échelle micro- et nanométrique. Selon leur géométrie, ces surfaces peuvent soit empêcher l'adhésion microbienne grâce à des propriétés anti-salissures et superhydrophobes, soit détruire les cellules par contact grâce à une action mécanobactéricide. Bien que ces approches soient très prometteuses pour les emballages alimentaires réutilisables, des défis restent à relever. En particulier, la durabilité des caractéristiques de surface après des lavages et réutilisations répétés, leur efficacité antimicrobienne à long terme et leur contribution potentielle à la formation de microplastiques doivent être étudiées en profondeur avant toute adoption à grande échelle.

À l'avenir, l'intégration réussie de surfaces antimicrobiennes dans les systèmes d'emballage alimentaire réutilisables dépendra d'un équilibre entre fonctionnalité, sécurité et durabilité. Si les approches chimiques ont démontré leur efficacité, leurs risques potentiels soulignent l'importance de développer des approches alternatives, telles que les motifs topographiques de surface antimicrobiens, plus conformes aux principes de l'économie circulaire et aux priorités des consommateurs en matière de santé et de sécurité des emballages. Par conséquent, les solutions basées sur la topographie de surface offrent une voie prometteuse, mais leur mise en œuvre pratique nécessite une évaluation rigoureuse en conditions réelles. L'amélioration de la durabilité et des performances à long terme sera essentielle pour réduire l'écart entre l'innovation en laboratoire et son adoption industrielle à grande échelle.

Enfin, du point de vue de la mise en œuvre industrielle, il est peu probable que les surfaces antimicrobiennes soient adoptées comme technologie de conservation unique. Elles pourraient plutôt s'intégrer à une stratégie globale visant à prolonger la durée de conservation des produits. L'association de surfaces antimicrobiennes à des technologies de conservation éprouvées, telles que le conditionnement sous atmosphère modifiée, le conditionnement sous vide, les systèmes d'emballage actifs, les absorbeurs d'oxygène et les indicateurs de fraîcheur, pourrait offrir des avantages complémentaires en réduisant simultanément la contamination microbienne et en inhibant la croissance microbienne. Cette intégration pourrait également réduire le niveau d'activité antimicrobienne requis de la surface elle-même, atténuant ainsi les inquiétudes concernant son efficacité à long terme et facilitant le développement de systèmes d'emballage alimentaire réutilisables plus sûrs, plus durables et commercialement viables.

samedi 19 septembre 2026

Des chercheurs identifient une molécule intestinale inhibant la croissance de Campylobacter

« Des chercheurs identifient une molécule intestinale inhibant la croissance de Campylobacter », source Food Safety Magazine.

Bon à savoir
  • L'indole est une substance naturelle produite par les bactéries intestinales, qui inhibe la croissance de Campylobacter jejuni.
  • Chez la souris, l'inflammation intestinale réduit les niveaux d'indole, affaiblissant ainsi une défense naturelle qui contribue à limiter la croissance de C. jejuni.
  • Ces résultats pourraient favoriser le développement de méthodes non antibiotiques pour lutter contre Campylobacter, bien que des recherches supplémentaires soient nécessaires.

Des chercheurs de l'Université d'État du Michigan (MSU) ont identifié un métabolite issu du microbiote intestinal qui inhibe la croissance et la colonisation de Campylobacter jejuni, ouvrant ainsi la voie à de futures interventions non antibiotiques contre ce pathogène d'origine alimentaire.

L'étude, publiée dans Science Advances, a démontré que l'indole, une molécule produite par la métabolisation du tryptophane par certaines bactéries intestinales, supprime C. jejuni en perturbant la respiration et le métabolisme énergétique bactériens. Chez la souris, l'administration d'indole a réduit la colonisation par C. jejuni d'un facteur 1 000 environ, tandis qu'un probiotique produisant de l'indole l'a réduite d'un facteur 100 environ.

« Campylobacter est la cause la plus fréquente d'intoxications alimentaires bactériennes aux États-Unis, mais nous le connaissons encore beaucoup moins que d'autres pathogènes intestinaux », a déclaré Victor DiRita, professeur et directeur du département de microbiologie, génétique et immunologie de l'Université d'État du Michigan (MSU), qui a dirigé l'étude. « Cette étude nous permet de mieux comprendre les mécanismes par lesquels Campylobacter provoque la maladie, mais le plus intéressant est que nous avons identifié une molécule produite par le microbiote intestinal capable d'inhiber sa croissance. »

L'inflammation crée des conditions favorables à C. jejuni

S'appuyant sur des travaux antérieurs montrant que l'inflammation intestinale favorisait la croissance de C. jejuni chez le furet, les chercheurs ont développé un modèle murin utilisant un traitement de courte durée au sulfate de dextran sodique (DSS) pour induire temporairement une inflammation intestinale. Les souris conventionnelles sont généralement résistantes à la colonisation par C. jejuni, sauf si leur microbiote ou leurs voies inflammatoires sont altérés.

Trois jours après l'infection, les souris traitées au DSS hébergeaient environ 10⁹ à 10¹⁰ unités formant colonies (UFC) de C. jejuni par gramme de tissu colique, tandis que le pathogène était indétectable ou inférieur au seuil de détection chez les souris infectées n'ayant pas reçu de DSS. L'infection a également exacerbé l'inflammation et les lésions du tissu intestinal chez les souris traitées au DSS.

L'analyse du microbiote intestinal a montré que le traitement au DSS entraînait la disparition de plusieurs groupes de bactéries anaérobies strictes associées à la production d'acides gras à chaîne courte et d'indole. La spectrométrie de masse a confirmé des concentrations d'indole colique significativement plus faibles chez les souris traitées au DSS, tandis que le tryptophane s'accumulait, suggérant une conversion microbienne réduite du tryptophane en indole.

« Nous avons constaté une diminution significative des bactéries productrices d'indole, ce qui nous a amenés à nous interroger sur une éventuelle baisse des niveaux d'indole », explique Ritam Sinha, spécialiste de recherche universitaire à l'Université d'État du Michigan et premier auteur de l'étude. « L'analyse de l'indole dans l'intestin de la souris a confirmé cette hypothèse. »

L'indole perturbe la respiration et le métabolisme de C. jejuni

Les chercheurs ont ensuite exposé C. jejuni à des concentrations d'indole de 0,25 à 1 millimolaire (mM), concentrations que l'étude qualifie de physiologiquement pertinentes pour l'intestin. Peu d'effet a été observé à 0,25 mM, tandis que les concentrations de 0,5 et 1 mM ont inhibé significativement la croissance. À 1 mM, C. jejuni a présenté une perte de viabilité quasi totale après 30 heures. Le séquençage de l'ARN a permis de comprendre comment l'indole exerce cet effet. L'exposition à 0,5 mM d'indole a réduit les transcrits impliqués dans la respiration aérobie et la respiration des nitrates (forme de respiration anaérobie -aa), l'utilisation du lactate, le cycle de l'acide tricarboxylique et la voie de l'acétate, une voie importante de production d'ATP. L'activité respiratoire a diminué d'environ dix fois, tandis que les niveaux d'ATP intracellulaire ont chuté d'environ trois fois. L'exposition à l'indole a également abaissé le pH intracellulaire de C. jejuni d'environ 7,2 à 6.

Ces résultats suggèrent que l'indole perturbe la capacité du pathogène à produire et à utiliser l'énergie nécessaire à sa croissance. L'importance de ces voies métaboliques a été confirmée chez la souris, où les mutants de C. jejuni déficients dans l’absorption du lactate, en respiration des nitrates ou dans la voie ackA/pta (ou voie acétate kinase-phosphotransacétylase) de production d'acétate présentaient des déficits de fitness environ 100 fois, voire plus, par rapport à la souche sauvage.

Un probiotique producteur d'indole réduit la colonisation par Campylobacter

Pour déterminer si la production microbienne d'indole pouvait conférer une protection similaire, les chercheurs ont utilisé la souche probiotique de Escherichia coli Nissle 1917 (EcN), qui produit de l'indole à partir du tryptophane.

La souche sauvage de EcN a réduit la colonisation de C. jejuni chez la souris d'un facteur 100 environ, comparativement à un mutant EcN incapable de produire de l'indole. Ce mutant n'a conféré aucune protection comparable, confirmant ainsi la conclusion des chercheurs selon laquelle l'indole d'origine probiotique contribue à la résistance à la colonisation.

Ces résultats constituent une première étape vers des traitements sans antibiotiques

Ces découvertes pourraient, à terme, orienter des approches impliquant l'indole, des micro-organismes producteurs d'indole ou d'autres méthodes visant à renforcer la résistance à C. jejuni médiée par le microbiote. Toutefois, ces travaux en sont encore au stade préclinique, et les chercheurs ont souligné une question importante qui reste en suspens : si l'indole est naturellement présent dans l'intestin humain, comment C. jejuni parvient-il à contourner cette protection lors d'une infection ? « Nous menons encore beaucoup de recherches fondamentales, mais celles-ci constituent le socle de toute nouvelle approche thérapeutique que nous ou d'autres pourrions développer », a déclaré le Dr DiRita. « Face à la résistance croissante de Campylobacter aux antibiotiques, ces travaux nous orientent vers des méthodes innovantes et sans antibiotiques pour lutter contre l'infection. »