Le fardeau mondial des maladies
d'origine alimentaire est comparable à celui du paludisme, selon les
estimations
actualisées de l'OMS, source Food
Safety Magazine. Bien entendu un seul article ne peut résumer le
travail colossal de l’OMS et je vous invite à lire dans le détail
le communiqué déjà cité et les documents
fournis par l’OMS.
L’Organisation
mondiale de la santé (OMS) a publié ses estimations actualisées
sur la charge mondiale des maladies d’origine alimentaire , qui
suggèrent que 42 dangers ont causé environ 866 millions de cas de
maladies et 1,52 million de décès en 2021 ou « Unsafe food
causes 866 million illnesses and 1.5 million deaths annually, young
children at highest risk. »
Les
enfants de moins de cinq ans courent près de trois fois plus de
risques de tomber malades à cause d'aliments insalubres que les
enfants plus âgés et les adultes.
Selon
l'OMS, le fardeau des maladies d'origine alimentaire est comparable à
celui de la tuberculose, du VIH/SIDA ou du paludisme. Cependant, il
est encourageant de constater que ce fardeau semble en baisse depuis
2000.
Quoi
de neuf dans les estimations de 2026 ?
Ces
estimations ont été produites par le Groupe de référence
épidémiologique sur la charge des maladies d'origine alimentaire
(FERG ou Foodborne Disease Burden Epidemiology Reference Group) de
l'OMS pour la période 2021-2025. La précédente édition de ces
estimations, qui constituait également la première édition, a été
publiée en 2015. Les estimations de 2015 prenaient en compte 31
dangers.
L’OMS
a publié ces nouvelles estimations avant la Journée
mondiale de la sécurité sanitaire des aliments du 7 juin,
soutenant ainsi le thème de cette année, « Du fardeau aux
solutions : des aliments sûrs partout », qui encourage les
autorités nationales et les autres parties prenantes à investir
dans les systèmes et infrastructures de sécurité sanitaire des
aliments, en utilisant les données pour cibler les interventions et
les ressources.
Par
exemple, les estimations utilisent les années de vie corrigées de
l’incapacité (DALYs*) comme mesure commune, permettant aux
décideurs de comparer les impacts de différents risques et de
prioriser les interventions.
Les
estimations de 2026 révèlent également des différences nationales
et régionales dans les tendances des maladies d'origine alimentaire,
et offrent des estimations du fardeau économique permettant de
comprendre les coûts liés aux aliments non sécuritaires.
Les
estimations de 2026 couvrent 42 agents microbiologiques (pathogènes
entériques, parasites et substances chimiques) et intègrent des
méthodologies actualisées, notamment des modèles d'attribution des
sources renforcés, une collecte de données standardisée et une
modélisation probabiliste améliorée. Surtout, et pour la première
fois, ces estimations mettent en évidence le fardeau des maladies
non transmissibles (par exemple, les maladies cardiovasculaires, la
déficience intellectuelle) résultant de l'exposition alimentaire
aux métaux lourds toxiques (comme l'arsenic et le plomb).
Les
estimations spécifiques des dangers ayant fortement contribué à la
charge ou au fardeau global des maladies d'origine alimentaire ou
constituant d'autres dangers importants en matière d'intoxication
alimentaire comprennent (classés par ordre décroissant de DALYs :
- Arsenic
inorganique : 2,21 millions de cas de maladie, 64 000 décès,
15,4 millions DALYs.
- Plomb
: 1,66 million de cas, 466 000 décès, 11,2 DALYs
- Salmonella
enterica non typhique : 23,5 millions de cas, 55 100 décès,
3,58 millions de DALYs
- Norovirus
: 54,8 millions de cas, 14,1 millions de décès, 2,65 millions de
DALYs
- Shigella
: 118 millions de cas, 42 500 décès, 2,25 millions de DALYs
- Campylobacter
(C. jejuni ou C. coli) : 148 millions de cas, 35 400
décès, 2,15 millions de DALYs
- Rotavirus
: 25,4 millions de cas, 26 000 décès, 1,84 million de DALYs
- Escherichia
coli entérotoxigène : 131 000 cas, 28 000 décès, 1,79 million
de DALYs
- Escherichia
coli producteurs de shigatoxines (STEC) : 51,9 millions de cas,
20 500 décès, 1,24 million de DALYs
- Toxoplasma
gondii : 26,1 millions de cas, 495 000 décès, 887 000 DALYs
- Cyclospora
cayetanensis : 10,2 millions de cas, 14 600 décès, 857 000
DALYs
- Vibrio
cholerae : 23 millions de cas, 21 400 décès, 821 000 DALYs
- Virus
de l'hépatite A : 20 millions de cas, 11 900 décès, 821 000 DALYs
- Cryptosporidium
: 16,2 millions de cas, 11 400 décès, 769 000 DALYs
-
Mycotoxine
(aflatoxine B1) : 14 000 cas, 13 200 décès, 412 000 DALYs
- Listeria
monocytogenes : 22 800 cas de maladie, plus de 5 200 décès, 192
000 DALYs.
Bien
entendu ce rapport de l’OMS se penche aussi sur le fardeau
économique qui est estimé à 647 milliards de dollars de pertes de productivité
(absentéisme pour cause de maladie).
« Ce rapport est un signal d’alarme,
mais aussi une feuille de route », a fait valoir Yuki Minato,
responsable technique de l’OMS pour la sécurité des aliments.
«
Les données montrent que les maladies d’origine alimentaire sont
non seulement persistantes, mais qu’elles sont aggravées par le
changement climatique, qui accroît les risques de contamination, et
par la résistance aux antimicrobiens, qui rend les infections plus
difficiles à traiter. Nous ne pouvons pas faire face à ces menaces
seuls ».
Selon
l’OMS, ces conclusions devraient aider les pays à cibler leurs
interventions, à renforcer la surveillance et à améliorer la
coopération entre les secteurs de la santé, de l’agriculture et
de l’environnement.
*
En santé publique, le sigle DALY signifie Disability-Adjusted Life
Year (Année de vie corrigée de l'incapacité). C'est une unité de
mesure qui évalue le poids global d'une maladie en quantifiant le
nombre d'années de vie en bonne santé perdues.
DALY
équivaut à la perte d'une année complète de pleine santé, selon
l’OMS.