samedi 26 septembre 2026

L’Écosse actualise sa stratégie de réduction des maladies infectieuses d’origine alimentaire

« L’Écosse actualise sa stratégie de réduction des maladies infectieuses d’origine alimentaire ; confrontée au taux le plus élevé de STEC O157 du Royaume-Uni », source Food Safety Magazine.

La Food Standards Scotland (FSS) a présenté ses plans visant à réduire l'incidence nationale des maladies infectieuses d'origine alimentaire au cours des trois prochaines années, en donnant la priorité à Campylobacter, Listeria monocytogenes et Escherichia coli producteurs de shigatoxines (STEC), ainsi qu'à ses objectifs de recherche connexes.

Dans un présenté lors de la réunion du conseil d'administration de la FSS en septembre, l'agence a fait le point sur la situation des maladies infectieuses d'origine alimentaire en Écosse et sur ses actions visant à réduire la transmission des pathogènes par la chaîne alimentaire. La stratégie de la FSS en matière de maladies infectieuses d'origine alimentaire se concentre sur cinq agents pathogènes responsables de la plus grande part de la morbidité : Campylobacter, Salmonella, STEC, L. monocytogenes et norovirus.

L'incidence des maladies d'origine alimentaire est restée stable au cours des dix dernières années.

En Écosse, de 2015 à 2024, hors période de pandémie de COVID-19, le nombre de cas d'infections intestinales d'origine alimentaire signalés en laboratoire est resté relativement stable. Campylobacter représente la majorité des cas déclarés, avec une moyenne d'environ 6 000 par an, tandis que le pays enregistre environ 20 cas de listériose par an. Sur cette période de dix ans, le nombre annuel moyen d'infections à norovirus et à Salmonella recensées en Écosse était respectivement, d'environ 1 400 et 700,. Le nombre total de cas de E. coli entérohémorragique (EHEC) a varié entre 215 et 460 par an (soit environ 300 cas en moyenne).

Des progrès sont nécessaires pour réduire les infections à Campylobacter et à STEC.

Bien que l'industrie agroalimentaire britannique ait réduit la contamination du poulet réfrigéré par Campylobacter, la FSS indique que les infections humaines n'ont pas diminué en conséquence. Des études antérieures d'attribution des sources, financées par la FSS, ont montré que la majorité des cas cliniques de campylobactériose en Écosse sont liés au poulet. La FSS et la Food Standards Agency (FSA) du Royaume-Uni collaborent pour mieux comprendre les sources de transmission, qu'elles soient liées ou non à la volaille, et identifier des interventions efficaces.

Par ailleurs, l'Écosse continue d'enregistrer le taux d'infection à STEC O157 le plus élevé du Royaume-Uni, et les infections à d'autres souches ont augmenté ces dernières années, dépassant le nombre de cas de O157 en Écosse depuis 2023. Le nombre de cas de STEC déclarés a atteint un pic en 2022 en raison de deux épidémies à E. coli O157 non liées à l'alimentation dans des crèches (440 cas au total), et de nouveau en 2024 lors d'une épidémie nationale à E. coli O145 associée à la consommation de salades (460 cas au total). La FSS a indiqué que les aliments d'origine ruminante et les produits réfrigérés contaminés par l'environnement constituent un risque important de transmission de STEC ; bien que la prévalence du STEC O157 chez les bovins soit similaire dans toute la Grande-Bretagne, les troupeaux écossais sont plus fréquemment porteurs de souches associées à des maladies humaines graves, ce qui pourrait expliquer les taux d'infection plus élevés en Écosse.

La FSS collabore avec Public Health Scotland (PHS) sur une étude reliant les données épidémiologiques, d'exposition, cliniques, d'hospitalisation et de prescription des patients aux informations génomiques des isolats de STEC collectés entre 2015 et 2023. L'agence prévoit de publier des rapports épidémiologiques sur les infections à STEC et à Salmonella début 2027.

L’Écosse décide de ne pas mettre en place ses propres seuils de surveillance des pathogènes.

Le FSS a également décidé de ne pas poursuivre la mise en place de seuils de surveillance des pathogènes spécifiques à l'Écosse, utilisés pour signaler les augmentations des cas de maladies intestinales infectieuses déclarées et déterminer quand une enquête ou une action peut être justifiée dans le pays, et continuera plutôt à utiliser l'approche de seuil à l'échelle du Royaume-Uni.

En 2023, le conseil d’administration de la FSS avait convenu d’étudier la possibilité d’établir des seuils spécifiques à l’Écosse pour les agents pathogènes d’origine alimentaire. Après consultation du PHS et du FSA, le FSS a conclu que des seuils spécifiques à l’Écosse « ne seraient pas appropriés » en raison de l’intégration de la chaîne d’approvisionnement alimentaire du Royaume-Uni et des difficultés à identifier des variations statistiquement significatives pour les agents pathogènes à faible incidence, tels que L. monocytogenes.

Le FSS définit ses priorités de recherche sur les maladies d'origine alimentaire malgré un budget réduit.

Au cours des trois prochaines années, la FSS prévoit d'examiner les mesures de lutte contre Campylobacter mises en œuvre dans les élevages de volailles écossais et à l'abattoir . L'agence entend également mener des recherches afin de classer les aliments en fonction du risque de contamination par Listeria monocytogenes et d'élaborer des recommandations sur les alternatives plus sûres pour les consommateurs à risque.

Les autres priorités comprennent la recherche sur la manipulation et la préparation par les consommateurs des aliments crus pour animaux de compagnie, que la FSS a identifié comme un produit à haut risque de pathogènes d'origine alimentaire et de résistance aux antimicrobiens (RAM), la poursuite des messages sur la sécurité des aliments destinés aux populations à risque et le développement de directives et d'outils techniques pour les secteurs alimentaires prioritaires.

La FSS prévoit également de continuer à soutenir une approche Une seule santé en matière de surveillance des agents pathogènes. Ses travaux dans le cadre du programme britannique quadriennal de surveillance des agents pathogènes dans l’agriculture, l’alimentation et l’environnement (PATH-SAFE), qui s’est achevé en 2025, ont permis de générer des données de séquençage du génome entier (SGE) pour environ 6 000 isolats de E. coli provenant de sources animales, environnementales, alimentaires et cliniques en Écosse. Ces données ont contribué au développement de modèles d’intelligence artificielle (IA) destinés à prédire les sources d’agents pathogènes et à identifier des interventions préventives de gestion des risques.

La FSS a reconnu que ses activités prévues devront être priorisées compte tenu de la réduction de son budget de recherche. L'agence a indiqué que les investissements futurs seront évalués en fonction des risques pour la santé publique, des domaines où la FSS peut apporter une contribution unique et des possibilités de tirer parti des données probantes et de l'expertise des organisations partenaires.

Les stress liés à la manipulation des volailles entraînerait une adaptation de Campylobacter

Une étude récente, « Poultry handling-related stress alters membrane composition, extracellular vesicle production, survival, and virulence in Campylobacter jejuni Bf », publiée dans la revue Applied and Environmental Microbiology démontre que Campylobacter jejuni survit et se multiplie lorsqu'il est soumis à une combinaison de stress thermique (chaleur) et oxydatif simulant les conditions d'abattage de la volaille.

A savoir

Effets des stress sur Campylobacter jejuni :

  • Modifications cellulaires : L'exposition aux stress liés à la manipulation et à l'abattage entraîne un arrondissement des cellules ainsi qu'une perte de mobilité bactérienne.

  • Remodelage membranaire : La bactérie modifie la composition de sa membrane et réduit sa fluidité, tout en reprogrammant son métabolisme pour accroître la teneur en ATP intracellulaire.

  • Modification des vésicules : Bien que la composition lipidique de la membrane plasmique principale demeure stable, C. jejuni altère le profil lipidique des vésicules extracellulaires qu'elle libère.

  • Virulence accrue : Les cellules stressées libèrent des vésicules extracellulaires présentant une toxicité accrue envers les cellules épithéliales Caco-2, ce qui peut faciliter l'invasion de l'intestin humain.

Résumé
Nous avons étudié l'adaptation de la souche aéro-tolérante de Campylobacter jejuni Bf à des conditions mimant l'abattage des volailles. Nous avons démontré que C. jejuni Bf survit et se multiplie activement sous l'effet combiné d'un stress thermique et oxydatif. L'exposition au stress induit un arrondissement cellulaire, une perte de mobilité, un remodelage de la composition membranaire, une diminution de la fluidité membranaire et une reprogrammation métabolique avec une augmentation des niveaux d'ATP intracellulaire. Tout en conservant la composition lipidique de sa membrane plasmique, C. jejuni module la composition lipidique de ses vésicules extracellulaires lorsqu'il est exposé au stress. Notamment, les cellules de C. jejuni stressées libèrent des vésicules extracellulaires présentant une toxicité accrue envers la barrière épithéliale des cellules Caco-2, facilitant potentiellement l'invasion de l'épithélium intestinal.

Importance

Les infections à Campylobacter constituent l'une des principales causes de gastro-entérite d'origine alimentaire dans le monde. Campylobacter pénètre facilement dans la chaîne alimentaire et se transmet à l'homme, principalement par la consommation de viande de volaille contaminée. La forte prévalence d'isolats humains de Campylobacter jejuni aéro-tolérants suggère une corrélation entre leur capacité à survivre en conditions aérobies, leur virulence et leur résistance à des conditions de stress extrêmes. Cependant, le mécanisme sous-jacent demeure mal connu. Nos résultats montrent que les vésicules extracellulaires de C. jejuni participent à une stratégie de survie qui relie l'adaptation environnementale à la pathogénicité.

Extraits de l’article

La persistance de C. jejuni tout au long de la chaîne alimentaire présente un paradoxe, compte tenu de ses exigences de croissance strictes en laboratoire et de sa présence généralisée dans des environnements apparemment défavorables. Une fois les poulets colonisés, C. jejuni se propage rapidement au sein du troupeau et persiste dans le tractus intestinal jusqu'à l'abattage. Lors de la transformation, une fuite de contenu intestinal peut entraîner une contamination des carcasses, avec des charges bactériennes atteignant jusqu'à 6,5 log UFC/g. En Europe, dans le cadre du critère d'hygiène des procédés concernant Campylobacter, la surveillance d'échantillons de volaille a révélé que 16,0 % d'entre eux dépassaient la limite de 3 log UFC/g. Au cours de la transformation de la volaille, C. jejuni est exposé à divers facteurs de stress, notamment la chaleur, le choc thermique par le froid, le stress acide et le stress oxydatif. En cas d'exposition aiguë, les cellules de C. jejuni de forme spiralée prennent une forme coccoïde en raison de dommages oxydatifs. Ce changement morphologique est l'un des événements survenant lorsque les bactéries entrent dans un état viable mais non cultivable, ce qui entrave leur détection sur les milieux de culture conventionnels lors des procédures de contrôle qualité.

Ce phénomène pourrait expliquer la persistance de l'incidence de la campylobactériose dans les pays développés, malgré des normes d'hygiène et de sécurité des aliments avancées. Aux températures de réfrigération, la composition en acides gras membranaires des cellules coccoïdes est presque identique à celle des cellules spiralées, tandis que les taux d'ATP intracellulaire restent élevés. L'observation de cellules de C. jejuni à l'état viable mais non cultivable dans des suspensions cellulaires vieillissantes a révélé une perte de la membrane externe. Par ailleurs, l'instabilité membranaire induite par un stress abiotique favorise le bourgeonnement de vésicules, permettant de relâcher la tension de l'enveloppe cellulaire ou d'exporter des composants endommagés. La production bactérienne de vésicules extracellulaires s'inscrit dans les stratégies d'adaptation et de survie en milieu hostile, notamment lors de la transformation des aliments ou au sein de l'hôte.

Nous montrons dans cette étude comment des stress successifs, reproduisant les étapes de la transformation de la volaille, affectent le fitness et la virulence de C. jejuni. Nous avons utilisé la souche clinique Bf, dont il a été démontré précédemment qu'elle tolère les environnements aérobies et survit à la carence en nutriments dans l'eau stérile en passant à un état viable mais non cultivable de morphologie non coccoïde. Nous nous sommes concentrés sur l'adaptation cellulaire, aux niveaux structurel, lipidomique et protéomique, face à un stress combiné thermique et oxydatif, ainsi que sur l'interaction des cellules adaptées avec la lignée cellulaire intestinale humaine Caco-2.

Sur la base de leurs résultats obtenus avec la souche Bf de C. jejuni, les auteurs suggérent que les Campylobacter aérotolérants pourraient adopter une stratégie d'adaptation membranaire pour surmonter rapidement les conditions de stress et accroître leur virulence.

De l'inhibition des biofilms à un stade précoce sur les surfaces alimentaires

Il fallait y penser, plutôt que de combatrre des biofilms une fois formés et matures, des auteurs d’une étude à paraîre, publiée dans International Journal of Food Microbiology, proposent de passer en revue les principaux mécanismes permettant d'inhiber la formation précoce de biofilms.

L’article s’intitule, « Early-stage biofilm inhibition on food surfaces and food-contact surfaces: Mechanisms, surface-specific factors and inhibition strategies » (Inhibition des biofilms aux stades précoces sur les surfaces alimentaires et les surfaces en contact avec les aliments : mécanismes, facteurs spécifiques à la surface et stratégies d'inhibition).

Faits saillants

  • Une intervention précoce offre des avantages avant le développement d'un biofilm stable.
  • Les mécanismes principaux comprennent les adhésines, l'hydrophobicité, les substances polymèriques extracellulaires et le quorum sensing.
  • Les matrices alimentaires et les surfaces en contact avec les aliments influencent l'adhérence et l'efficacité anti-biofilm.
  • La sécurité sanitaire, la stabilité, la réglementation et le coût demeurent des obstacles à une traduction concrète.

Résumé

L'adhésion bactérienne aux surfaces alimentaires et aux surfaces en contact avec les aliments peut conduire à la formation de biofilms matures, ce qui présente des risques considérables pour la transformation des aliments et contribue à leur altération, aux contaminations croisées et aux maladies d'origine alimentaire. Les biofilms matures sont difficiles à éliminer en raison de leur architecture complexe, de leurs réseaux de régulation interconnectés et de leurs multiples mécanismes de tolérance. Par conséquent, une intervention est plus efficace avant que les bactéries ou les agrégats préformés n'atteignent les surfaces, n'établissent des interactions avec celles-ci, ne commencent à accumuler des substances polymères extracellulaires et ne développent une structure de biofilm stable et spatialement hétérogène, plutôt qu'une fois qu'un biofilm structuré s'est formé et doit être dispersé et éliminé de la surface. Cette synthèse passe en revue les principaux mécanismes permettant d'inhiber la formation précoce de biofilms, notamment l'interférence avec les adhésines bactériennes, la régulation de l'hydrophobie de la surface bactérienne, l'inhibition de la synthèse des substances polymères extracellulaires et la perturbation du quorum sensing. Elle examine également les différents impacts des surfaces alimentaires et des surfaces en contact avec les aliments sur le développement précoce des biofilms, en tenant compte de facteurs tels que la composition de la matrice alimentaire, la structure de la surface, l'hydrophobie, la rugosité, la charge de surface et les résidus alimentaires. De plus, les recherches récentes sur les agents inhibiteurs de biofilms aux stades précoces, appliqués à ces deux types de surfaces, font l'objet d'une évaluation critique. Enfin, les limites actuelles et les priorités de recherche futures sont discutées afin de favoriser leur application pratique dans le secteur de la transformation alimentaire. Cibler les stades précoces de la formation de biofilms pourrait faciliter la conception de stratégies de contrôle sûres, efficaces et écologiquement durables pour les systèmes alimentaires.

Commentaire

Je n’ai pas accès à l’article mais il est possible d’imaginer quelques réponses d'inhibition émergentes tirées de cet article de décembre 2025, « Exploring Intervention Strategies for Microbial Biofilms in the Food Industry Based on a Biomolecular Mechanism Perspective: Recent Advances and Emerging Trends ».

- Ingénierie des surfaces : la modification de la mouillabilité et de la charge des équipements par nanostructuration permet de créer des interfaces anti-encrassement.

- Agents bioactifs naturels : les polyphénols végétaux, les huiles essentielles (comme l'eugénol et le thymol) et les flavonoïdes bloquent les adhésines et modifient l'hydrophobie cellulaire.
- Additifs enzymatiques : la perturbation par des enzymes ciblées, des D-acides aminés et des ultrasons dégradent les matrices précoces sans favoriser l'émergence de résistances difficiles à traiter.
- Exclusion compétitive : la pré-colonisation par des biofilms microbiens commensaux ou probiotiques bloque les sites de fixation des pathogènes.

vendredi 25 septembre 2026

Sécurité des aliments en Seine-Saint-Denis : fermeture administrative de deux entreprises récidivistes

On connaissait l’expression « jamais deux sans trois », mais dans le cas de ces deux commerces alimentaires de Seine Saint-Denis, une boulangerie et un restaurant, ce serait, bis repetita, en attendant le jamais deux sans trois …

Une boulangerie

« Cafards, saleté, produits périmés : cette boulangerie d’Aubervilliers n’a visiblement pas retenu la leçon », source actu.fr du 24 septembre 2026.

Déjà fermée administrativement en janvier 2025, cette boulangerie d’Aubervilliers (Seine-Saint-Denis) vient de nouveau d’être sanctionnée après un contrôle sanitaire accablant.

L’histoire commence sérieusement à se répéter pour la Boulangerie du Montfort, installée au 120 rue Hélène-Cochennec, à Aubervilliers (Seine-Saint-Denis). Le préfet a ordonné, lundi 22 septembre 2026, la fermeture d’urgence de l’établissement après un contrôle sanitaire réalisé quelques jours plus tôt. Et la liste des anomalies constatées est particulièrement fournie.

Lors de leur visite du 18 septembre, les services de contrôle ont relevé plusieurs « graves manquements aux règles d’hygiène et d’entretien général des lieux et des installations ». Parmi eux figure notamment la présence de cafards vivants dans les zones de production et au comptoir. La préfecture évoque même une « infestation ». 

L’arrêté préfectoral fait également état d’une absence de plan de lutte contre les nuisibles, d’un « défaut de nettoyage et de désinfection généralisé », de locaux mal entretenus et d’équipements dégradés ou présentant une corrosion importante.

Les inspecteurs ont aussi constaté des températures de conservation non conformes, jusqu’à +19,8 °C, ainsi que la présence de denrées dont la date limite de consommation était dépassée.

À cela s’ajoutent encore une absence de traçabilité, des problèmes concernant les lave-mains, des encombrements ou encore l’absence de certaines procédures de maîtrise sanitaire.

Pour l’administration, ces dysfonctionnements ne relèvent pas de simples irrégularités.

L’arrêté considère notamment que l’insuffisance de lutte contre les nuisibles peut constituer une source de transmission de contaminations par des germes pathogènes. Il souligne également que les conditions dans lesquelles sont manipulées certaines denrées peuvent favoriser leur contamination et le développement de germes.

Les services de l’État estiment finalement que la poursuite de l’activité ferait courir un « risque grave de santé publique », ce qui justifie une fermeture immédiate.

La boulangerie restera fermée jusqu’à nouvel ordre. Sa réouverture sera conditionnée à la réalisation des travaux et corrections demandés, puis à leur validation par les services de la Direction départementale de la protection des populations.

Un restaurant

Autre cas, avec ce restaurant de Seine-Saint-Denis rattrapé par de nouveaux problèmes d'hygiène car déjà fermé en urgence il y a un an, source actu.fr du 19 septembre 2026 et O.-F. du 23 septembre 2026.

Spice'n Chicken, à La Courneuve, fait l'objet d'une nouvelle fermeture administrative. L'établissement avait déjà été contraint de baisser le rideau en mai 2025. Un arrêté préfectoral ordonnant la fermeture de l’établissement vient d’être pris après un contrôle réalisé le 15 septembre 2026 par Bureau Veritas.

Il mentionne par exemple la présence de nuisibles (cafards) et l’absence de respect des bonnes pratiques d’hygiène. « Le nettoyage et la désinfection des locaux sont insuffisants » et les agents ont constaté qu’il n’y avait pas de savon au niveau du lave-mains. En outre, « la traçabilité des denrées n’est pas suffisamment précise ».

Pour toutes ces raisons, et encore la liste est « non exhaustive », la préfecture considère que « la continuation de l’exploitation » de ce restaurant « ferait courir un risque grave de santé publique ». Sa fermeture a donc été décidée immédiatement. Il ne rouvrira que lorsqu’il aura obtenu le feu vert de la Direction départementale de la protection des populations (DDPP).

Ce restaurant de La Courneuve avait déjà été visé par une fermeture administrative en mai 2025. Il avait fermé pour les mêmes raisons, et avait rouvert une dizaine de jours plus tard.

Enquête au Royaume-Uni sur des cas de maladie potentiellement liés à du lait infantile contaminé par la toxine céréulide

Selon la UKHSA, une enquête a été mise à jour le 24 septembre 2026 en ce qui concerne le rappel de préparations pour nourrissons et de préparations de suite en raison d'une contamination possible par la toxine céréulide.

Le 5 janvier 2026, la Food Standards Agency (FSA) a confirmé que Nestlé procédait au rappel préventif de plusieurs lots de 12 produits de type préparations pour nourrissons et préparations de suite SMA® au Royaume-Uni, en raison de la présence possible de toxine céréulide (rappel Nestlé n° 1). Ce rappel a été mis à jour le 9 janvier 2026 pour inclure de nouvelles dates de péremption (rappel Nestlé n° 2). Le 24 janvier 2026, Danone – un autre distributeur majeur de préparations pour nourrissons – a rappelé un lot de préparation pour nourrissons Aptamil First® en raison d'une contamination par la céréulide (rappel Danone).

La UK Health Security Agency (UKHSA), ainsi que les organismes de santé publique d'Écosse, du Pays de Galles, d'Irlande du Nord (PHA) et d'Irlande, apportent leur soutien à la Food Standards Agency (FSA), à Food Standards Scotland (FSS) et aux autorités locales dans le cadre des enquêtes menées suite au rappel de préparations pour nourrissons potentiellement contaminées par la toxine céréulide.

Bacillus cereus est une bactérie sporulante capable de contaminer divers produits alimentaires ; lorsque certaines souches prolifèrent, elles peuvent produire de la toxine céréulide. La céréulide est une toxine émétisante (provoquant des vomissements) et thermostable, qui a peu de chances d'être inactivée ou détruite par un traitement thermique. Les symptômes d'une intoxication alimentaire à Bacillus cereus ou à la toxine céréulide se manifestent le plus souvent par des vomissements, mais peuvent également inclure des crampes abdominales et de la diarrhée. L'apparition des symptômes est généralement rapide, survenant entre 15 minutes et 6 heures après l'ingestion. L'affection est le plus souvent spontanément résolutive, les symptômes disparaissant généralement en 24 heures en l'absence d'exposition continue à la toxine céréulide. L'ingestion de la toxine entraîne rarement des complications graves ; toutefois, quelques cas de lésions hépatiques ou rénales, de dégradation musculaire et de défaillance multiviscérale ont été signalés. Les personnes présentant un risque élevé de complications comprennent les jeunes enfants et les personnes immunodéprimées (1, 2).

La FSA enquête sur la source de la contamination en collaboration avec des partenaires internationaux. Le rappel des préparations pour nourrissons contaminées a été effectué dans plusieurs pays (3, 4).

La UKHSA et ses partenaires surveillent activement l'impact de cette contamination potentielle sur la santé publique. Il a été recommandé aux professionnels de santé de procéder à une évaluation clinique et à une coproculture pour rechercher B. cereus toxinogène chez les personnes se présentant à l'hôpital avec des symptômes compatibles, ainsi que de faire analyser la préparation pour nourrissons faisant l'objet d'un rappel afin de détecter la toxine céréulide, si celle-ci est disponible. À l'heure actuelle, le dépistage direct de la toxine céréulide dans les échantillons cliniques sans mise en culture n'est pas disponible au Royaume-Uni.

Au 3 février 2026, l'UKHSA et ses organismes partenaires avaient reçu 36 signalements cliniques concernant des enfants ayant consommé les lots incriminés et présentant des symptômes compatibles avec une intoxication par la toxine céréulide, répartis comme suit : Angleterre (24), Écosse (7), Pays de Galles (3), Irlande du Nord (1) et Dépendances de la Couronne (1). Dix-sept enfants étaient de sexe masculin et 16 de sexe féminin ; le sexe n'a pas été précisé pour 3 d'entre eux. Des infections confirmées par des virus saisonniers, qui circulent largement en parallèle, ont été relevées chez quelques enfants. Les indicateurs de surveillance syndromique ne montrent pas d'augmentation inhabituelle des signalements de vomissements chez les enfants de moins d'un an, que ce soit via les hôpitaux, les soins de premier recours pour cette période de l'année.

L'UKHSA surveille étroitement plusieurs systèmes de santé et poursuivra l'enquête sur cet incident en collaboration avec d'autres organismes de santé publique et de sécurité sanitaire des aliments ainsi qu'avec des partenaires internationaux, afin de réduire l'impact potentiel de cette contamination sur la santé publique.

L'illusion du bio

L'illusion du bio est un article de Mauro Proença. Il étudiant en master de nutrition à l'Université São Camilo de São Paulo, au Brésil. Il écrit également pour « Questão de Ciência » (RQC), un magazine numérique « dédié à la promotion de l'utilisation des données scientifiques dans les politiques publiques ». Source The Organic Illusion | ACSH.

Merci à André Heitz du blog agriculture, alimentation,santé publique … soyons rationnels d’avoir diffus écet article en français que je relaie bien volontiers

Peu de symboles figurant sur les étiquettes alimentaires évoquent aussi immédiatement la santé que le « label bio ». Sa promesse d’une production « naturelle » conduit de nombreux consommateurs à penser que les aliments bio sont plus nutritifs et plus sûrs.

Les racines philosophiques de ce mouvement remontent à Rudolf Steiner, fondateur de l’agriculture biodynamique, qui rejetait l’agriculture industrielle basée sur les produits chimiques au profit d’une approche holistique et écologique. Cependant, certaines de ses méthodes, telles que l’enfouissement de cornes de vache remplies de bouse ou les semis en fonction des cycles lunaires, n’ont aucun fondement scientifique. Ces idées ont contribué à l’essor de l’agriculture biologique tout au long du XXe siècle, officialisé au niveau international par les Normes de Base de 1980 de la Fédération Internationale des Mouvements d’Agriculture Biologique (IFOAM), puis par des législations nationales. Aux États-Unis, un produit ne peut être étiqueté « organic » (« bio ») que si au moins 95 % de ses ingrédients respectent les normes en matière de conservation des sols et de l’eau, de biodiversité et de réduction des intrants de synthèse.

Les préoccupations croissantes du public concernant les pesticides et les engrais de synthèse ont accéléré l’essor de ce mouvement tout au long du siècle, ce qui explique pourquoi le terme « bio » reste aujourd’hui associé à une dimension écologique et éthique. Mais ce cadre écologique légitime a, au fil du temps, été étendu à une allégation sanitaire beaucoup plus large et largement non fondée : celle selon laquelle les aliments bio seraient plus nutritifs, plus sûrs, voire exempts de pesticides.

Ils ne sont pas exempts de pesticides. L’agriculture biologique autorise les produits phytosanitaires d’origine naturelle ou minérale, notamment les huiles végétales, les extraits de plantes et les composés à base de cuivre. Le sulfate de cuivre, largement utilisé contre les maladies fongiques, peut nuire à l’environnement et, lorsqu’il est appliqué de manière intensive, provoquer des intoxications professionnelles.

Les consommateurs ignorent pour la plupart que la véritable distinction entre les systèmes biologiques et conventionnels ne réside pas dans la présence ou l’absence de pesticides, mais dans les substances autorisées et la manière dont elles sont réglementées. Une enquête menée auprès de consommateurs nord-américains a révélé que :

- 48 % ont cité la santé comme principale raison d’acheter des produits biologiques ;
- 19 % pensaient que les produits biologiques étaient exempts de pesticides ;
- 15 % ont cité la durabilité ;
- 9 % ont cité la fraîcheur.

La couverture médiatique a souvent renforcé cette méconnaissance au lieu de la corriger. Une interview réalisée en 2018 avec un nutritionniste du Conseil Fédéral Brésilien de la Nutrition

affirmait qu’une utilisation réduite de pesticides stimulait la production d’antioxydants par les plantes, une affirmation que les données nutritionnelles générales ne corroborent pas de manière cohérente.

Un article d’Everyday Health affirmait, sans preuve à l’appui, que l’agriculture biologique réduisait le risque d’allergies, de maladies pulmonaires, de malformations congénitales et de cancer. S’il est vrai que les producteurs certifiés bio utilisent moins d’antibiotiques et que les aliments bio ne peuvent pas être génétiquement modifiés, aucun de ces faits ne démontre pour autant un risque moindre de maladies chroniques.

La plus importante de ces affirmations provient de la cohorte NutriNet-Santé, une vaste étude prospective française qui suit l’alimentation, les antécédents médicaux et les modes de vie des participants depuis plus d’une décennie. L’une de ses analyses a mis en évidence un lien entre la consommation de fruits et légumes bio et un risque moindre de cancer du sein. Comme pour tout résultat d’étude observationnelle, cette conclusion mérite d’être examinée de près avant d’être considérée comme causale – et c’est précisément cet examen qui rend le sujet intéressant.

Sont-ils plus nutritifs ?

Une revue systématique de 2021 publiée dans Helyon a regroupé les données de 147 études, comprenant 1.779 échantillons et 656 comparaisons, couvrant la période de 1990 à 2020 et portant sur les macronutriments, les micronutriments, les résidus de pesticides et les composés bioactifs tels que les polyphénols.

Le résultat s’est avéré mitigé. Environ la moitié des comparaisons portant sur les fruits n’ont révélé aucune différence significative ; les légumes se sont révélés encore plus hétérogènes, les résultats penchant à parts à peu près égales en faveur des produits bio, des produits conventionnels ou d’une absence d’effet. Les aliments bio présentaient généralement des teneurs plus élevées en vitamine C, mais les aliments conventionnels affichaient souvent des teneurs plus élevées en lycopène et en β-carotène. Même les résidus de pesticides ne favorisaient pas systématiquement les aliments bio, certaines comparaisons ayant révélé des concentrations plus élevées en métaux lourds dans les échantillons bio.

La conclusion à retenir n’est pas qu’un système soit meilleur que l’autre, mais que la composition nutritionnelle dépend de l’aliment et du nutriment spécifiques, et non de la catégorie agricole. Le sol, le climat, le degré de maturité à la récolte et la variété cultivée ont plus d’importance que la certification. Le fait qu’un aliment soit étiqueté « bio » ne vous apporte aucune information fiable sur sa teneur en nutriments par rapport à son équivalent conventionnel. Une mise en garde vient toutefois tempérer cette conclusion déjà modeste : les études regroupées étaient trop hétérogènes pour permettre une analyse statistique plus détaillée.

Les études NutriNet-Santé sur le cancer

La composition nutritionnelle étant similaire, on peut se demander si la consommation de « produits bio » modifie le risque de maladie. Cette question exige une norme plus stricte qu’une simple liste de restrictions ; elle nécessite une relation dose-réponse : le risque de cancer devrait diminuer progressivement à mesure que la consommation de produits bio augmente.

Prenons l’exemple d’une étude publiée en 2018 dans JAMA Internal Medicine, dans laquelle les participants se situant dans le quartile supérieur de consommation d’aliments bio présentaient un risque relatif de cancer inférieur d’environ 25 % à celui des participants du quartile inférieur (soit une réduction absolue d’environ 0,6 point de pourcentage), tandis que chaque augmentation de cinq points du score de consommation de produits bio était associée à une baisse du risque de 8 %. Mais les grands consommateurs de produits bio avaient également tendance à être plus aisés, plus diplômés, plus actifs physiquement et à avoir une alimentation plus saine, des différences que l’ajustement statistique ne peut pas entièrement éliminer.

Cela a soulevé une question plus précise : cette association était-elle due à la consommation de produits bio en général, ou spécifiquement au fait de remplacer les produits conventionnels par des produits bio ? Une étude de suivi portant sur la même cohorte a été conçue pour tester cette substitution.

La plausibilité biologique est ici importante. Certains pesticides peuvent endommager l’ADN ; plusieurs sont reconnus comme des perturbateurs endocriniens, même à de faibles doses alimentaires ; et d’autres peuvent altérer le microbiote intestinal et l’inflammation. Les insecticides organophosphorés présentent une activité œstrogénique, tandis que certains herbicides interfèrent avec la signalisation androgénique, mécanismes proposés pour expliquer les cancers hormono-dépendants tels que le cancer du sein. Si ces mécanismes sont en cause, cependant, on devrait s’attendre à une diminution progressive du risque à mesure que la consommation de fruits et légumes bio augmente. La relation dose-réponse est l’un des indicateurs de causalité les plus solides en épidémiologie.

À première vue, l’étude de substitution – 31.179 participants, dont 75 % de femmes, suivis pendant 7,3 ans avec 1.718 cas de cancer – semblait montrer exactement cela. Chaque tranche supplémentaire de 100 g/jour de fruits et légumes bio remplaçant les produits conventionnels était associée à une réduction de 3 % du risque global de cancer et à une réduction de 10 % du risque de cancer du sein postménopausique.

Cependant, cette tendance disparaît lorsqu’on y regarde de plus près. Lorsque les participants ont été répartis en quintiles, aucune relation dose-réponse n’a été observée pour le cancer en général. Même pour le cancer du sein postménopausique, les quatre premiers quintiles présentaient des risques quasi identiques ; seul le quintile le plus élevé affichait une réduction. En d’autres termes, l’estimation largement citée de 10 % par 100 g était presque entièrement due à un petit groupe de grands consommateurs de produits bio, plutôt qu’à une tendance progressive observée dans l’ensemble de la population.

Cela affaiblit l’hypothèse d’un effet lié aux pesticides. Un effet de seuil est possible, mais l’étude ne parvient pas à le démontrer. Au contraire, le quintile de consommation le plus élevé pourrait regrouper des personnes qui diffèrent des autres d’une manière que les modèles n’ont pas pu saisir complètement.

Une consommation plus élevée de fruits et légumes conventionnels était associée à un risque plus faible de tous les cancers dans les trois quintiles les plus élevés. Compte tenu de la composition nutritionnelle globalement similaire des produits biologiques et conventionnels rapportée dans la revue de 2021, ce résultat plaide en faveur d’une explication simple : « plus de fruits et légumes, quelle que soit leur origine ».

Ces résultats sont moins compatibles avec l’hypothèse liée aux pesticides. Consommer davantage de produits conventionnels ne réduit pas l’exposition aux pesticides ; au contraire, cela l’augmente légèrement. Si une exposition moindre aux pesticides était le principal facteur à l’origine de l’association observée avec les aliments biologiques, on ne s’attendrait pas à une association protectrice similaire avec les produits conventionnels. Ce qui semblait au départ être une explication unique s’avère en réalité être deux explications distinctes. Les données viennent étayer l’explication nutritionnelle tout en affaiblissant l’argument selon lequel les pesticides seraient le mécanisme principal. Toute différence restante pourrait plutôt refléter des choix alimentaires spécifiques ou d’autres caractéristiques des consommateurs très soucieux de leur santé que l’étude n’a pas pleinement mesurées.

Rien de tout cela ne prouve que l’association soit fallacieuse. Les auteurs reconnaissent que les estimations pour les cancers individuels sont imprécises en raison du faible nombre de cas et des intervalles de confiance larges ; certaines analyses ont même suggéré un risque plus élevé, mais non statistiquement significatif, de cancer colorectal chez les grands consommateurs de produits bio. Néanmoins, le mécanisme biologique proposé ne cadre pas tout à fait avec les données. On ne s’attend pas à ce qu’un processus fonctionnant en continu dans l’organisme produise une fonction en escalier d’un point de vue statistique.

Les limites habituelles s’appliquent :

La cohorte est composée de manière disproportionnée de femmes et provient de volontaires soucieux de leur santé, ce qui limite la généralisation des résultats à l’ensemble de la population.
  • Le régime alimentaire a été autodéclaré, ce qui peut entraîner des erreurs de mesure, un biais de mémoire et une tendance à surévaluer les comportements vertueux.
  • La consommation n’a été mesurée qu’une seule fois, au début de l’étude, sans garantie que les habitudes soient restées stables tout au long d’un suivi moyen de 7,3 ans.
  • La présence de facteurs de confusion résiduels reste plausible tout au long de l’étude.
  • Même si cette association était véritablement causale, elle devrait encore être reproduite dans d’autres populations et contextes avant de pouvoir étayer une quelconque recommandation générale.

Faut-il acheter des produits bio ?

Le pharmacologue Qin M. Chen et le médecin Joseph S. Alpert, tous deux de l’Université d’Arizona, ont cherché une réponse à cette question dans une étude publiée en 2025 portant sur la composition nutritionnelle, l’exposition aux pesticides et l’utilisation d’antibiotiques et d’hormones dans l’agriculture. Ils ont reconnu les avantages environnementaux plausibles de l’agriculture biologique, notamment la réduction du ruissellement de nitrates et de phosphates et une meilleure préservation de la biodiversité des insectes et des micro-organismes.

Cependant, après avoir passé en revue quatre études majeures, ils n’ont trouvé aucune preuve cohérente indiquant que les aliments bio apportent des bienfaits pour la santé cliniquement significatifs par rapport aux aliments conventionnels. Ils ont noté que les rapports faisant état d’une réduction de 25 % du risque de cancer s’expliquent tout aussi bien par le mode de vie généralement plus sain des consommateurs de produits bio que par les aliments eux-mêmes. Leur conclusion était sans appel : la consommation de produits bio semble sans danger. Elle peut réduire modestement l’exposition aux résidus de pesticides et aux bactéries résistantes aux antibiotiques, mais il n’existe aucune preuve définitive qu’elle améliore les résultats en matière de santé ou prolonge l’espérance de vie.

Une autre revue systématique portant sur 35 études, dont 15 essais cliniques et 20 études observationnelles, est parvenue à la même conclusion. Les essais, pour la plupart de courte durée (de quelques jours à quatre semaines) et présentant un risque élevé de biais, n’ont mis en évidence que peu de différences au niveau des biomarqueurs, tels que la capacité antioxydante, entre les régimes alimentaires biologiques et conventionnels, et aucun n’a mis le doigt sur un résultat à long terme cliniquement significatif. Les études observationnelles ont fait état d’associations avec la fertilité, la sensibilisation allergique et le syndrome métabolique. Cependant, le même problème de facteurs de confusion se pose : les consommateurs de produits bio sont systématiquement en meilleure santé, plus actifs et plus minces que la moyenne, ce qui rend très difficile l’isolation de l’alimentation par rapport au mode de vie qui l’entoure. Ce qui est bien établi, c’est que les régimes alimentaires bio réduisent les concentrations urinaires de métabolites de pesticides ; ce qui reste à établir, c’est de savoir si cette réduction se traduit par un résultat mesurable en matière de santé.

Le message central est simple. Si vous en avez les moyens et que vous préférez les aliments bio, il n’y a aucun mal à les acheter, que ce soit pour soutenir un système agricole auquel vous adhérez, en raison de ses avantages environnementaux plausibles, ou simplement parce que vous les préférez. Mais ne les achetez pas en croyant qu’ils sont nutritionnellement supérieurs ou qu’ils protègent contre les maladies ; les données ne corroborent pas cette hypothèse, et même le signal le plus constant de la cohorte – ce résultat concernant le cancer du sein dans le quintile 5 – attend toujours une explication qui survive à ses propres données, plutôt qu’une explication construite autour de celles-ci.

Si vous n’achetez pas de produits bio, ou si vous n’en avez pas les moyens, continuez à consommer des fruits, des légumes et des légumineuses en toute confiance. Bien plus que le label figurant sur l’emballage, c’est la consommation régulière qui est systématiquement étayée par les données scientifiques.

jeudi 24 septembre 2026

Une étude rebat les cartes sur les connaissances sur Campylobacter coli en Europe

Une étude paru dans EID, la revue du CDC, rebat les cartes sur les connaissances sur Campylobacter coli en Europe. Elle s’intitule « Multisectoral Emergence of Multidrug-Resistant Campylobacter coli Sequence Type 10042 Lineage, Europe, 2018-2025 » (Émergence multisectorielle de Campylobacter coli de séquence type 10042 multirésistant, Europe, 2018-2025).

Résumé

Campylobacter spp. demeure la principale cause bactérienne de gastro-entérite d'origine alimentaire dans les pays occidentaux. Nous rapportons une circulation soutenue, jusqu'alors non identifiée, d'une souche multirésistante de Campylobacter coli de séquence type 10042 à travers l'Europe entre 2018 et 2025. Le séquençage du génome entier de 217 isolats provenant de 9 pays et couvrant des sources humaines, animales, alimentaires et environnementales a permis d'identifier des clusters transfrontaliers, dont une vaste lignée reliant principalement le Portugal et le Luxembourg, ainsi que l'Allemagne, l'Irlande, l'Espagne et le Royaume-Uni.

Les données génomiques indiquent une expansion clonale continue, accompagnée d'une diversification croissante au fil du temps. Les isolats présentaient un phénotype de multirésistance conservé, incluant une résistance aux fluoroquinolones, aux tétracyclines et aux β-lactamines ; une sensibilité réduite aux carbapénèmes a été observée. La résistance était associée aux gènes GyrA Thr86Ile, tet(O/32/O)/ tet(O) et aux variants du promoteur blaOXA-61 ; la variation du gène porA était liée à une sensibilité variable à l’amoxicilline/acide clavulanique et à l’ertapénem. Ces résultats démontrent que les infections à C. coli peuvent impliquer une transmission internationale soutenue plutôt que des cas sporadiques et soulignent la nécessité d’une surveillance génomique coordonnée et intersectorielle pour détecter les lignées émergentes résistantes aux antimicrobiens.

Les cas de campylobactériose sont principalement causés par Campylobacter jejuni (environ 90 %) et C. coli (environ 10 %). La volaille constitue le principal réservoir, bien que les produits d'élevage, les animaux domestiques et sauvages, les humains et l'eau ou le sol contaminés contribuent également à la transmission. Si la plupart des infections à Campylobacter ont longtemps été considérées comme sporadiques, la surveillance récente basée sur le séquençage du génome entier (SGE) a démontré que de nombreux cas se présentent sous forme de clusters génétiquement apparentés. La surveillance génomique s'appuyant sur des approches basées sur le SGE, notamment le typage multilocus (MLST) du génome entier et du génome central, a considérablement amélioré l'identification des épidémies, l'étude des voies de transmission et la détection des lignées épidémiques émergentes, offrant ainsi une vision précise de la diversité génétique, des déterminants de la résistance aux antimicrobiens (RAM) et de l'attribution de la source.

Les données SGE permettent également d'approfondir les connaissances sur de nouveaux déterminants de la RAM, tels que le gène porA, qui code pour la principale porine de la membrane externe de Campylobacter et dont les variants alléliques pourraient réduire l'entrée des β-lactamines et des carbapénèmes par une modification de la perméabilité membranaire. C. coli est moins fréquemment associé aux épidémies, malgré sa large niche écologique, qui comprend les poulets de chair, les porcs et les oiseaux sauvages, ce qui souligne le risque de transmission zoonotique et de contamination environnementale.

En tirant parti de la surveillance continue basée sur le SGE au Portugal, nous avons cherché à caractériser la souche de C. coli multirésistante de séquence type (ST) 10042, associée à un pic d'infections à C. coli au Portugal et détectée dans d'autres pays (Allemagne, Luxembourg, France, Irlande, Danemark, Pays-Bas, Royaume-Uni et Espagne) et dans divers secteurs (humain, animal, alimentaire et environnemental). Nos objectifs étaient d'élucider sa dynamique de transmission et ses déterminants de résistance aux antimicrobiens, d'évaluer son importance potentielle en santé publique en tant que lignée émergente de C. coli et d'affiner notre compréhension de la surveillance de Campylobacter et de la charge globale que représente ce pathogène.

Cette étude met donc en lumière l'importance d'une surveillance coordonnée du SGE dans le cadre de l'approche Une seule santé pour détecter les lignées de C. coli épidémiologiquement pertinentes et surveiller la résistance aux antimicrobiens (RAM) dans les secteurs humain, animal, alimentaire et environnemental. Les données génomiques multicentriques ont révélé une circulation prolongée, transnationale et multisectorielle de la lignée ST10042 de C. coli multirésistante, alimentée par la volaille.

NB : Merci à Joe Whitworth de Food Safety News de m’avoir indiqué cette information.


La FAO expose les risques de la pollution plastique pour la sécurité des aliments et préconise une approche Une seule santé

« La FAO expose les risques de la pollution plastique pour la sécurité des aliments et préconise une approche « Une seule santé » (One Health) », source Food Safety Magazine.

Ce qu'il faut retenir

La pollution plastique peut se propager au sein des systèmes agroalimentaires, engendrant des risques interconnectés pour la sécurité des aliments. Les microplastiques et nanoplastiques (MNPs) ainsi que les substances chimiques associées aux plastiques peuvent contaminer les sols, les cultures, les animaux et les denrées alimentaires ; par ailleurs, les particules de plastique peuvent favoriser la colonisation microbienne, la formation de biofilms et la propagation d'agents pathogènes ainsi que de gènes de résistance aux antimicrobiens (RAM).

L'exposition humaine peut survenir par le biais de l'alimentation et des matériaux en contact avec les aliments, mais d'importantes incertitudes subsistent. Plus de 16 000 substances chimiques ont été identifiées dans les plastiques ; un quart d'entre elles sont considérées comme dangereuses et 66 % ne font l'objet d'aucune classification officielle de dangerosité. Parallèlement, les conséquences pour la santé de l'exposition actuelle aux MNPs via l'alimentation restent mal connues.

La FAO a appelé à l'adoption d'une approche « Une seule santé » prenant en compte les plastiques tout au long de leur cycle de vie. Les experts ont souligné la nécessité de renforcer la surveillance et la coordination intersectorielles, de prévenir et réduire la pollution plastique, et d'évaluer rigoureusement la sécurité des solutions de remplacement, notamment les plastiques biosourcés et biodégradables.

L'Organisation des Nations Unies pour l'alimentation et l'agriculture (FAO) a publié une note technique examinant la manière dont la pollution plastique circule dans les systèmes agroalimentaires et crée des risques interconnectés pour la sécurité sanitaire des aliments ainsi que pour la santé humaine, animale, végétale et environnementale.

La publication intitulée, Plastic Pollution in Agrifood Systems and One Health: Impact Pathways and Policy Implications (La pollution plastique dans les systèmes agroalimentaires et l'approche « Une seule santé » : voies d'impact et implications politiques), applique le concept Une seule santé pour illustrer comment les plastiques et les polluants associés peuvent circuler entre les sols, les cultures, les animaux, les aliments, les populations humaines et l'environnement. Ce document a été élaboré à la suite d'un atelier organisé en novembre 2025 par la FAO.

Des millions de tonnes de plastiques utilisés dans les systèmes agroalimentaires

La FAO a relevé que les plastiques sont utilisés tout au long des chaînes de valeur agroalimentaires, notamment pour les films agricoles, les paillis, les bâches de serres, les engrais enrobés, les films d'enrubannage pour l'ensilage, les conteneurs de stockage, les équipements de transformation et les emballages alimentaires. On estime que 13,4 millions de tonnes de plastiques agricoles sont utilisées chaque année, auxquelles s'ajoutent 37,3 millions de tonnes pour les emballages alimentaires. L'utilisation de plastiques agricoles devrait atteindre 19 millions de tonnes d'ici 2040, tandis que la demande en emballages devrait augmenter de 38 % sur la même période.

Parallèlement, les systèmes agroalimentaires peuvent être contaminés par une pollution plastique provenant de l'extérieur du système alimentaire via les eaux usées, le ruissellement, les dépôts atmosphériques, l'eau d'irrigation contaminée et les amendements du sol.

Microplastiques et substances chimiques : des préoccupations pour la sécurité des aliments (formation de biofilms, résistance aux antimicrobiens)

La note d'information a décrit quatre voies illustrant comment la pollution plastique peut entraîner des effets en cascade selon l'approche Une seule santé :
1. Impacts via les sols
2. Risques pour les animaux dans les environnements terrestres et aquatiques
3. Exposition humaine et rétroactions du système
4. Pressions sur le climat et la nature.

Dans les sols agricoles, les microplastiques et nanoplastiques (MNPs) peuvent affecter la structure du sol, le microbiote ainsi que les cycles des nutriments et du carbone. La publication a cité des données montrant que les plantes peuvent absorber des MNPs et des substances chimiques associées aux plastiques (par exemple, les substances per- et polyfluoroalkylées [PFAS], les bisphénols, les phtalates, les retardateurs de flamme, etc.) par leurs racines, y compris dans les tissus comestibles destinés à la consommation humaine et animale.

De plus, des microplastiques ont été détectés chez plus de 1 300 espèces animales, et des produits d'origine animale terrestre se sont révélés en contenir à la suite de l'exposition du bétail. La FAO a indiqué que ces voies d'exposition ont des implications potentielles pour la contamination de la chaîne alimentaire, la sécurité des aliments et la propagation de la résistance aux antimicrobiens (RAM).

De nouvelles données montrent que la pollution plastique peut aggraver les risques microbiologiques liés à la sécurité sanitaire des aliments. Les MNPs peuvent offrir des surfaces propices à la colonisation microbienne et à la formation de biofilms, facilitant potentiellement le transfert horizontal de gènes ainsi que la persistance et la propagation d'agents pathogènes et de gènes de résistance aux antimicrobiens.

Exposition humaine à des milliers de substances chimiques encore mal connues

L'exposition humaine peut survenir par le biais d'aliments contaminés, de la migration de substances depuis des matériaux en contact avec les aliments, de l'inhalation, du contact cutané et d'expositions professionnelles. Plus de 16 000 substances chimiques ont été identifiées dans les plastiques, dont un quart est considéré comme dangereux en raison de leur persistance, de leur bioaccumulation, de leur mobilité et/ou de leur toxicité. Parmi les substances chimiques connues, 66 % ne font l'objet d'aucune classification officielle de danger de la part des organismes de réglementation ou de l'industrie.

La publication a également noté que des MNPs ont été identifiés dans plusieurs groupes d'aliments et dans des tissus humains. De nouvelles données suggèrent des liens possibles avec des altérations du microbiome, des réponses inflammatoires et immunitaires, des lésions tissulaires et une toxicité pour la reproduction. Toutefois, la FAO a souligné qu'il subsiste des incertitudes quant aux conséquences pour la santé et la sécurité sanitaire des aliments des niveaux actuels d'exposition alimentaire, en partie parce que les études expérimentales pourraient ne pas refléter fidèlement l'exposition o particules de plastique (micro- et nanoplastiques) altérées par les conditions environnementales.

La FAO appelle à une approche Une seule santé (One Health) face à la pollution plastique

Pour traduire les données probantes en politiques, les auteurs ont identifié quatre axes d'action :
1. Établir une base de données probantes commune à tous les secteurs
2. Co-concevoir des solutions avec les communautés concernées
3. Coordonner les actions entre les politiques et les accords internationaux
4. Réviser continuellement les politiques à mesure que les connaissances scientifiques évoluent.

La note d'orientation suggérait notamment que les plateformes nationales Une seule santé pourraient intégrer la surveillance des aspects environnementaux, de la sécurité des aliments, de la santé vétérinaire et de la santé publique. Ces plateformes pourraient également renforcer les normes relatives aux microplastiques et aux substances chimiques associées aux plastiques dans les aliments, tout en améliorant la surveillance de la contamination plastique des sols et des eaux.

Les alternatives biosourcées ne sont pas nécessairement plus sûres que les plastiques conventionnels

La FAO a également mis en garde contre l'idée reçue selon laquelle les plastiques biosourcés ou biodégradables constitueraient intrinsèquement des alternatives plus sûres. Les données disponibles n'ont pas encore démontré que ces matériaux sont nécessairement meilleurs pour l'environnement en termes de toxicité et de dégradation ; par ailleurs, les matériaux de substitution peuvent contenir des substances chimiques dangereuses. Les auteurs ont appelé à réaliser des évaluations toxicologiques et environnementales rigoureuses de ces matériaux de remplacement et ont souligné la nécessité d'intégrer des garanties de sécurité sanitaire des aliments dans les démarches d'économie circulaire, afin d'éviter que des contaminants ne soient réintroduits dans des applications en contact avec les aliments.

En conclusion, les auteurs estiment que la gestion des déchets plastiques en fin de cycle ne suffira pas à résoudre le problème. La publication préconise plutôt de prévenir et de réduire la pollution plastique tout au long du cycle de vie des plastiques, en s'appuyant sur une surveillance renforcée, une coordination intersectorielle et une évaluation des alternatives, afin d'éviter de déplacer les risques vers d'autres maillons du système alimentaire.