« L’UE publiera des avis scientifiques et éthiques relatifs aux aliments
ultra-transformés d’ici début 2027 », source Food
Safety Magazine.
La Commission
européenne a publié un document de cadrage sur l’évaluation
scientifique et éthique de la consommation d’aliments
ultra-transformés et les recommandations politiques qui en découlent
au sein de l’UE. Bien que ce document ne tire pas de conclusions
officielles, il jette les bases des avis que le Groupe des
conseillers scientifiques en chef de la Commission (GCSA pour Group
of Chief Scientific Advisors) et le Groupe européen
d’éthique des sciences et des nouvelles technologies (EGE pour
European
Group on Ethics in Science and New Technologies)
rendront début 2027.
Ces évaluations scientifiques et
éthiques à venir pourraient éclairer les futures actions de l’UE
concernant les aliments ultra-transformés.
Des experts chargés d’évaluer
les fondements des politiques relatives aux aliments
ultra-transformés
Plus précisément, le GCSA a été
chargé de déterminer les considérations scientifiques qui
devraient sous-tendre les politiques de l’UE visant à promouvoir
des régimes alimentaires plus sains, en se basant sur les
connaissances actuelles concernant la consommation d’aliments
ultra-transformés et leurs effets sur la santé. Il a été demandé
aux conseillers d'examiner :
- Les principales définitions et
systèmes de classification des aliments ultra-transformés (AUTs) et
leur pertinence pour l'élaboration des politiques
- Les données scientifiques actuelles
concernant leurs effets sur la santé
- Les habitudes de consommation d'AUTs
dans l'UE
- Les critères ou indicateurs
possibles d'évaluation des effets sur la santé.
Parmi les critères potentiels
identifiés figurent le degré et le type de transformation, la
densité énergétique, la composition nutritionnelle, les
ingrédients tels que les additifs alimentaires et les arômes, la
taille des portions, la fréquence de consommation et la contribution
de chaque aliment aux apports nutritionnels essentiels et aux
recommandations diététiques.
Il est important de noter que le
document souligne que la sécurité sanitaire des substances
individuelles fait déjà l'objet d'une évaluation des risques par
l'Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA) dans le
cadre du système d'autorisation de mise sur le marché de l'UE.
Parallèlement, le groupe EGE a été
chargé d'examiner les considérations éthiques liées aux AUT tout
au long de la chaîne alimentaire. Ses travaux porteront sur la
protection de la santé, l'accès à une alimentation adéquate et
nutritive, la protection et l'autonomie des consommateurs, la justice
sociale, la responsabilité des entreprises, le bien-être animal et
les impacts environnementaux. L’étude examinera également les
inégalités socio-économiques, le prix, la concentration du marché,
le travail, la propriété des données et les externalités
environnementales liées à la production et à la consommation
d’aliments ultra-transformés (AUTs).
Les deux groupes ont été chargés
d’identifier les données probantes crédibles, limitées ou
manquantes et de mettre en évidence les lacunes de la recherche.
Leurs avis scientifiques et éthiques respectifs sont attendus au
premier trimestre 2027.
Définitions floues des AUTs et
évolution des données sur leurs effets sur la santé
Préparant le terrain pour que le GCSA
et l’EGE puissent formuler leurs avis, le document de cadrage a mis
en lumière à la fois les preuves croissantes associant la
consommation d’AUTs à des effets néfastes sur la santé et les
questions persistantes quant à la définition des AUTs à des fins
de recherche et d’élaboration de politiques.
Le terme « aliment
ultra-transformé » est le plus souvent associé au système
de classification des aliments Nova, qui divise les aliments et
les boissons en quatre catégories, les AUT regroupant les produits
contenant peu ou pas d’aliments entiers. Le document a souligné
les critiques fréquentes formulées à l’encontre des critères
Nova, qui manquent
de la spécificité requise pour classer les aliments de manière
cohérente et sans interprétation subjective.
Des études observationnelles ont
établi
un lien entre les régimes alimentaires riches en aliments
ultra-transmissibles et les maladies non transmissibles,
l'obésité et des problèmes de santé mentale, notamment l'anxiété
et la dépression. Cependant, la Commission a qualifié ce domaine
scientifique d'évolutif et a indiqué que les effets
environnementaux et sociaux des AUTs semblent encore mal compris.
Importance fonctionnelle de la
transformation des aliments
Le document souligne également que la
transformation des aliments remplit des fonctions importantes.
Elle permet d'améliorer la sécurité microbiologique, d'éliminer
les toxines, de prolonger la durée de conservation, d'accroître la
biodisponibilité des nutriments, de faciliter l'enrichissement des
aliments et de réduire le gaspillage alimentaire et la charge de
travail domestique. Parallèlement, les nouvelles technologies de
transformation permettent de créer des formulations à haute
stabilité et de modifier les caractéristiques sensorielles, ce qui
soulève des questions quant à leurs effets potentiels sur la santé
humaine, animale et planétaire.
La consommation d'AUTs varie au
sein de l'UE
Selon les données citées par la
Commission, le pourcentage de l'apport énergétique total provenant
des AUTs définis par la classification Nova varie considérablement
en Europe. Les aliments ultra-transformés représentent moins de 25
% de l'apport énergétique dans certains pays d'Europe du Sud,
notamment l'Italie, Chypre, la Grèce et le Portugal, mais dépassent
35 % aux Pays-Bas et en Allemagne et atteignent environ 40 % en
Suède.
La Commission a également souligné
les disparités socio-économiques liées à la consommation d'AUTs.
Des recherches citées dans le document ont établi un lien entre une
consommation plus élevée d'AUTs et un statut socio-économique et
un niveau d'instruction parental plus faibles, tandis que d'autres
études ont associé l'insécurité alimentaire à une plus grande
probabilité de répondre aux critères de ce que les chercheurs ont
appelé la « dépendance aux AUTs ».
Règles existantes de sécurité
des aliments dans l'UE et
politique potentielle relative aux AUTs
Le document présente les AUTs comme
un problème qui dépasse le cadre de la nutrition et de la santé
publique. Les pistes politiques potentielles sont les suivantes :
Les domaines identifiés par la
Commission comprenaient la sécurité des aliments, l'agriculture,
l'industrie et le commerce, la protection et l'autonomie des
consommateurs, la justice sociale, la durabilité environnementale,
le bien-être animal, la biodiversité, les emballages et le
gaspillage alimentaire.
Bien que l'UE ne réglemente pas
spécifiquement les aliments ultra-transformés (AUTs) en tant que
catégorie distincte, la législation en vigueur régit déjà de
nombreux aspects des aliments susceptibles d'entrer dans cette
classification. Par exemple, la législation alimentaire générale
de l'UE établit le cadre juridique global en matière de sécurité
des aliments et prévoit des mesures de management des risques allant
de l'information des consommateurs à l'interdiction et au retrait de
produits. Des réglementations spécifiques régissent les additifs
alimentaires, les arômes, les contaminants et les matériaux entrant
en contact avec les aliments.
Le plan
pour un cœur en bonne santé
(ou
Safe Hearts Plan) de la
Commission pourrait ouvrir une voie plus directe pour l'élaboration
de politiques relatives aux AUTs.
Une initiative préconise l'élaboration d'un « système
complet d'évaluation de la transformation des aliments »,
destiné à fournir aux consommateurs des informations fondées sur
des données scientifiques concernant les procédés de
transformation alimentaire. Une autre initiative vise à examiner les
outils potentiels, y compris des mesures financières, pour soutenir
la prévention des maladies, la reformulation des produits
alimentaires et des choix de consommation plus sains. Cette dernière
initiative a explicitement pour vocation de s'appuyer sur des
avis scientifiques et éthiques attendus prochainement.
Commentaire
Qu’il y ait des considérations
scientifiques sur les aliments ultra-transformés, je crois que tout
le monde sera d’accord, mais qu’il y ait des considérations
éthiques, je ne suis pas d’accord, car cela ouvrirait la boite de
pandore. La consommation de viande pourrait, demain, générer des avis "éthiques" ...
Selon l’Assurance
Maladie,
Les
aliments ultratransformés sont des produits emballés, fabriqués à
partir d’ingrédients traditionnels ayant subi d’importants
procédés de transformation industrielle (chimique,
physique, biologique), et auxquels on
ajoute des arômes et des additifs.
Les aliments ultratransformés
représentent environ 35 % de nos apports caloriques en France
(et jusqu’à 60 % aux États-Unis).
En France, environ 80 % des
produits disponibles en supermarché sont des aliments
ultratransformés.
A noter que
selon le Synabio,
50 % des produits emballés des magasins spécialisés bio sont
ultratransformés.