D’habitude
quand il y a un rappel de jambon sec sur RappelConso,
vous pouvez vérifier, il s’agit le plus souvent en raison de la
présence de Listeria
monocytogenes
et de temps à autre de la présence de Salmonella.
Mais là, à ma connaissance, c’est
bien la première fois qu’un rappel de jambon sec en France soit dû
à la présence d’ochratoxine A, une mycotoxine bien connue.
Reprenons les faits qui ont évolué
lentement,semble-t-il, selon la chronologie suivante :
-
Le 25 septembre 2026, RappelConso
informe du rappel de jambon sec supérieur U 10 tranches. Le motif du
rappel est une non conformité chimique liée à la présence
identifiée d'ochratoxine A
-
Le distributeur
Système U,
à l’origine du rappel, mentionne ce rappel,
mais il ne dit pas à quelle date ce rappel a été effectué. Il va
falloir corriger ça.
-
Le 1er octobre 2026, la France notifie au RASFF de l’UE, référence
2026.8697,
la présence excessive d’ochratoxine A (116 ± 35 µg/kg ) dans du
jambon sec de France. Le maximum étant 3 µg/kg (?)
Le souci de ce rappel, qui était sans
aucun doute nécessaire, là n’est pas la question, n’a pas de
base réglementaire.
En
effet, selon le règlement
(UE) 2023/915 concernant les teneurs maximales pour certains
contaminants dans les denrées alimentaires,
il n’y a pas de seuils fixés pour le jambon sec. Autrement dit, la
législation européenne ne réglemente pas l'ochratoxine A dans la
viande et les produits dérivés de la viande.
Le maximum de 3 µg/kg ne correspond
pas au jambon sec, qui n’est pas mentionné du tout dans ce
règlement précité.
Autre sujet de discussion, comment se
fait-il qu'on est retrouvé de l'ochratoxine A sur ou dans du jambon
sec ?
Deux pistes peuvent être proposées :
- Le processus de fabrication du
jambon sec nécessite une période de séchage et de maturation plus
ou moins longue. Des moisissures peuvent parfois proliférer à la
surface du produit si les paramètres environnementaux (hygrométrie,
ventilation) ne sont pas parfaitement maîtrisés.
- La chaîne alimentaire animale : le
porc a pu consommer des céréales elles-mêmes contaminées par ces
moisissures avant l'abattage, ce qui peut laisser des résidus dans
les tissus.
Mais là où cela va devenir vraiment
intéressant c’est de lire la littérature scientifique, deux
articles récents sélectionnés, sur le sujet de la présence
d’ochratoxine A dans du jambon sec ou des produits de charcuterie.
Présence d'ochratoxine A dans les
produits de charcuterie aux Pays-Bas
Une
étude
de juin 2026, paru dans Toxins, a réalisé une enquête sur la
présence d'ochratoxine A dans les produits de charcuterie aux
Pays-Bas.
L'ochratoxine A est un métabolite
toxique produit par des champignons, présent dans divers produits
alimentaires, céréales et aliments pour animaux d'origine végétale
(matières premières). Il a été démontré que l'ochratoxine A a
des effets toxiques après ingestion, tant chez l'animal que chez
l'homme. Par conséquent, l'EFSA a conclu que la contribution des
viandes (transformées) à l'exposition humaine à l'ochratoxine A ne
devait pas être négligée. L'objectif de cette étude était
d'évaluer la présence d'ochratoxine A ; des données sur
l'ochratoxine A dans les charcuteries ont donc été collectées.
50 produits de charcuterie ont été
obtenus auprès de supermarchés néerlandais. L'ochratoxine A a été
détectée à des concentrations égales ou supérieures à la limite
de quantification dans quatre échantillons de jambon cru (de 0,30
µg/kg à 79,8 µg/kg) et deux échantillons de saucisses (0,2 µg/kg
et 0,41 µg/kg). Au total, l'ochratoxine A a été détectée dans
vingt échantillons, ce qui indique que sa concentration dépassait
la limite de quantification dans 40 % des charcuteries analysées.
Contribution clé :
Quarante pour cent des produits de charcuterie analysés étaient
contaminés par l'ochratoxine A. Bien que les niveaux de
contamination soient généralement faibles, la possibilité d'une
contamination relativement importante ne peut être exclue. Par
conséquent, cette incidence de contamination de 40 % suggère que la
consommation de produits de charcuterie peut contribuer à une
exposition faible, mais fréquente, des consommateurs néerlandais à
l'ochratoxine A.
Recherche d'ochratoxine A dans les
jambons séchés à l'air en République tchèque Une
étude
tchèque de 2024, paru dans Meat Science, avait pour objectif de
rechercher l'ochratoxine A dans les jambons séchés à l'air. La photo est issue de cet article.
La législation de l'Union européenne
relative à l'ochratoxine A dans les denrées alimentaires a évolué
récemment (il s’agit du règlement de 2023 cité plus haut -aa).
Toutefois, elle ne réglemente pas la présence d'ochratoxine A dans
les viandes et les produits carnés. Dans le cadre de cette mise à
jour, la Commission européenne a demandé de nouvelles études,
notamment sur la présence d'ochratoxine A dans le jambon, ce qui
soulève des inquiétudes quant à un risque potentiel d'exposition à
cette toxine lors de sa consommation. Cette étude vise à analyser
la présence d'ochratoxine A dans 195 échantillons de jambons séchés
à l'air, prélevés sur le marché tchèque entre janvier et juin
2023.
De l'ochratoxine A a été détectée
dans 93 échantillons (48 %) de jambon séché à l'air, avec une
concentration atteignant 14,58 ng/g. En raison de l' absence actuelle
de limites réglementaires, les résultats de cette étude ont été
comparés à la limite maximale italienne de 1 ng/g pour
l'ochratoxine A dans la viande et les sous-produits porcins. Cette
limite a été dépassée dans 22 échantillons (11 %). De plus, 14
de ces échantillons étaient d'origine italienne, ce qui est très
préoccupant en matière de sécurité des aliments. Cette étude
montre que la population tchèque est exposée à l'ochratoxine A
provenant de ces sous-produits porcins. Il est donc essentiel
d'établir une limite réglementaire pour l'ochratoxine A dans la
viande et les aliments qui en sont issus afin de protéger la santé
humaine.
Évaluation par l’EFSA
Selon les
données recueillies par l’EFSA
(2020) de 29 pays européens entre 2009 et 2018, les aliments
présentant les moyennes de contamination en ochratoxine
A
les plus élevées étaient (ordre décroissant) :
- compléments alimentaires à base de
plantes ;
- piments rouges ;
- réglisse et bonbons à la réglisse
;
- épices (paprika, poudre de piments,
piment de la Jamaïque, poivre de Cayenne, noix de muscade, curry) ;
- ail ;
- figues sèches ;
- jambon sec ;
- herbes aromatiques ;
- fromages.
Données
extraites de la fiche
de l’Anses sur Aspergilli
et Penicillia
producteurs d’ochratoxine A, mai 2023.
Prochaine étape ?
En
France, il y a bien eu une étude en 2018
sur
du muscle et du foie de porcs avec un dosage
d'ochratoxine A dans 70 échantillons. Trois échantillons ont
dépassé le niveau maximal recommandé en Italie de 1 μg OTA kg−1.
Aucune différence significative n'a été constatée entre les
productions biologiques et conventionnelles.
Cela étant, il faudrait envisager une
enquête en France sur les produits de charcuterie, dont les jambons
secs, afin de connaître quel est l’état des lieux de la présence
d’ochratoxine A, et surtout que l’EFSA puisse enfin fixer des
valeurs seuils pour ces produits.