Le sénateur Laurent Duplomb dresse le constat d’un solde commercial
agricole en chute libre et de filières en souffrance sous trop de
normes étouffantes, tandis que, pendant ce temps, le reste de
l’Europe progresse.
À
l’occasion des premières Assises de la lutte contre le déclin
agricole, qui ont eu lieu au Sénat le 2 février dernier, le
sénateur Laurent Duplomb a rendu publics ses travaux visant à
actualiser les chiffrages du rapport La
France, un champion agricole mondial : pour combien de temps encore ?
publié
en 2019. Ses conclusions, dont la presse a fait peu de cas, sont sans
appel, et présentées sous un titre qui les résume parfaitement :
Balance
commerciale agricole : chronique d’une chute annoncée. Y a-t-il un
pilote dans le tracteur France ?
La
démarche du rapporteur s’inscrit dans la continuité de son
travail sénatorial. En effet, dès 2019, Laurent Duplomb identifiait
trois « »
: la stagnation en volume de la production française, le risque de
disparition de l’excédent commercial agricole et la montée des
importations alimentaires. Ces tendances ont malheureusement été
confirmées en 2022 par un rapport sur la compétitivité de la Ferme
France. Depuis lors, les choses ont empiré, dépassant les
prévisions les plus sombres.
L’Europe avance, la France recule
En
2019, son solde commercial agricole s’élevait à 7,7 milliards
d’euros. En 2024, il était tombé à 3,9 milliards, soit une chute
de 49 % en cinq ans. Dans le même temps, le solde italien
progressait de 66 % et le solde espagnol de 34 %. À la fin 2025, la
situation est devenue historiquement critique.
Les causes d’une
contre-performance historique
Inutile
de tourner autour du pot : les causes sont bel et bien
franco-françaises et ne sont pas imputables aux contraintes imposées
par l’UE, ni aux futurs accords de libre-échange.
Sans surprise, le rapporteur souligne
que les causes structurelles, bien connues, étaient déjà
documentées dans son rapport de 2022 : la perte de compétitivité y
joue un rôle essentiel. Et d’ajouter que le poids
considérable des normes françaises est sans équivalent en
Europe. Reprenant les propos de l’ancien Premier ministre François
Bayrou, en janvier 2025, Laurent Duplomb rappelle ainsi que le coût
des normes s’évalue à 0,17 % du PIB en Allemagne, 0,8 % en
Italie, mais à près de 4 % en France, soit une charge vingt fois
supérieure à celle de son principal concurrent européen. Traduit
en euros, cela représente 120 milliards par an, « de quoi
boucher le déficit budgétaire plusieurs fois »…
Cinq défis inchangés depuis 2019
Pour y parvenir, cela nécessite en
premier lieu de retrouver de la compétitivité, qui, selon le
rapporteur, représente « le nerf de la guerre ». Le desserrement
des contraintes normatives inutiles et la lutte contre les
surtranspositions franco-françaises constituent à cet égard
des leviers prioritaires. En second lieu, il convient de lutter
contre la concurrence déloyale et de maintenir une politique
agricole commune ambitieuse. Or, les premières annonces faites par
la Commission européenne à la fin 2025 laissaient présager une
baisse de 22 à 30 % des crédits de la prochaine PAC. Pour la
France, cela représenterait une enveloppe de 50,9 milliards d’euros
sur la période, soit plus de 7 milliards par an contre plus de 9
milliards actuellement. Un recul qui serait donc considérable à
l’heure où, souligne le rapporteur, le soutien public à
l’agriculture serait plus que jamais nécessaire.
Définir enfin un cap
Le
rapporteur insiste sur l’importance de retrouver un cap stratégique
pour l’agriculture française.
Le
constat d’échec de la gouvernance agricole française reste le
plus préoccupant, les chiffres de la balance commerciale ne faisant
qu’accompagner la réalité d’un déclin, qui a pris racine dès
2007 avec le fameux Grenelle de l’environnement et la mise en place
d’une politique de réelle décroissance, sous les présidences
successives de Nicolas Sarkozy, François Hollande et Emmanuel
Macron.
Certes,
la partie n’est pas encore perdue pour la France, car notre pays
dispose toujours, malgré tout, de la première surface agricole
utile d’Europe et d’agriculteurs d’un haut niveau d’excellence.
Mais chaque année d’immobilisme rendra cependant le redressement
de plus en plus difficile et coûteux.
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