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lundi 19 octobre 2026

Le Corset, film d'animation avec l’agriculture en toile de fond

Découvrez la bande-annonce du film LE CORSET ! Un film de Louis Clichy le 14 octobre au cinéma.
Prix Spécial du Jury Un Certain Regard au Festival de Cannes, Prix du Jury, Prix du Public et Prix Fondation GAN au Festival d'Annecy 2026.

« Le Corset, un film d’animation avec l’agriculture en toile de fond », source La France Agricole.

Sorti en salle le mercredi 14 octobre 2026, le premier long-métrage de Louis Clichy, Le Corset, raconte l’histoire d’un garçon de 11 ans dans une ferme de la Beauce durant la fin des années 1980. Par ce récit, le réalisateur, lui-même issu du milieu agricole, s’inspire en partie de sa propre enfance.

dimanche 18 octobre 2026

Pesticides et suicides : le projecteur vise à côté

Je relaie bien volontiers l’article de Gil Rivière-Wekstein, « Pesticides et suicides : le projecteur vise à côté », paru le 13 octobre 2026 sur le site agriculture et environnement (A&E).

Une étude de l’université de Poitiers affirme avoir établi un lien statistique entre l’usage des pesticides et les tentatives de suicide dans le monde agricole.

Décryptage

Le 24 septembre 2026, Armand Chatard, professeur de psychologie à l’université de Poitiers, a présenté à l’AFP son étude publiée le 4 septembre dans la revue BMC Public Health. Selon lui, cette étude, qui envoie « un signal clair », serait « une brique supplémentaire dans un faisceau de preuves qui devient de plus en plus important au niveau international, notamment depuis une méta-analyse, publiée en 2023 », qui aurait permis « de conclure à un effet nocif de l’exposition aux pesticides sur la dépression et le suicide ». Et il enfonce le clou : « Toutes choses égales par ailleurs, la fréquence des comportements suicidaires est plus importante dans les départements où on épand plus de pesticides. » Le communiqué du CNRS avance un chiffre : quand l’indicateur de traitements augmente d’une unité, le taux de tentatives de suicide hospitalisées serait supérieur « d’environ 10 % en 2020 et 8 % en 2021 et 2022 ». Chacune de ces affirmations va au-delà de ce que démontre l’étude. Pire encore, certaines se trouvent contredites par l’étude elle-même. Face au drame des suicides d’agriculteurs, la manière dont ce travail a été présenté au public pose un grave problème.

Ce que l’on sait du suicide agricole
Le suicide agricole est une réalité sérieuse, dramatique et largement documentée.

Il est suivi depuis 2011 par Santé publique France et la Mutualité sociale agricole (MSA), et a fait l’objet d’un rapport du Sénat en 2021. Les chiffres sont alarmants : en 2022, le risque de décès par suicide des assurés agricoles de 15 à 64 ans dépassait de 46 % celui des autres assurés, et de 57 % chez les exploitants. Mis bout à bout, les éléments disponibles brossent un tableau évident. Les agriculteurs qui se suicident le plus sont des éleveurs qui utilisent peu de pesticides (jusqu’à +56 % en lait et +127 % en viande selon les années), et des retraités (+77 % en 2022 chez les 65 ans et plus), qui n’en utilisent plus. Et toutes les institutions qui étudient ce drame depuis quinze ans, de Santé publique France à la MSA en passant par le Sénat, décrivent des causes multiples, où prévalent la détresse économique, l’isolement et l’épuisement. Aussi, braquer le projecteur sur les pesticides, alors que rien de ce que l’on sait du suicide agricole n’y invite, revient à ajouter de la confusion sur un sujet déjà suffisamment complexe. Et c’est d’autant plus affligeant que la solidité de l’étude est, elle aussi, largement contestable.

Une étude prudente, un auteur qui ne l’est pas

Le principe de l’étude est simple. Pour chaque département, sur les années 2020, 2021 et 2022, les auteurs ont mis en regard deux données : l’intensité d’utilisation des pesticides, mesurée par l’indicateur de fréquence de traitements (IFT) du ministère de l’Agriculture, et le nombre de tentatives de suicide ayant conduit à une hospitalisation parmi les affiliés de la MSA.

Braquer le projecteur sur les pesticides, alors que rien de ce que l’on sait du suicide agricole n’y invite, revient à ajouter de la confusion sur un sujet déjà suffisamment complexe

A&E a vérifié les calculs : les chiffres sont exacts et l’article scientifique bien plus mesuré que les déclarations d’Armand Chatard, puisqu’il précise avoir comparé des territoires et non des personnes, avertit que ses chiffres ne disent rien du risque individuel et consacre de longs paragraphes à ses limites. De même, il ne mentionne aucune méta-analyse montrant un effet des pesticides sur le suicide, et va jusqu’à reconnaître que les comportements suicidaires ont été « comparativement moins étudiés », la seule synthèse récemment publiée portant sur la dépression. Aussi, affirmer à la presse qu’une méta-analyse aurait permis de « conclure à un effet nocif de l’exposition aux pesticides sur la dépression et le suicide », c’est forcer la littérature scientifique à dire ce que l’article lui-même ne se permet pas.

Un résumé démenti par ses propres annexes

Mais le plus grave est ailleurs. Le résumé de l’étude affirme que, quelle que soit la façon de faire les calculs, le lien reste solide. Or, ses propres annexes disent exactement le contraire. Ainsi, pour l’année 2022, dès que l’on tient compte du chômage, de la pauvreté et du caractère rural des départements, l’écart attribué aux pesticides tombe à 4 %. Et pire, l’incertitude autour de ce chiffre devient telle que les données sont parfaitement compatibles avec l’absence de tout lien. C’est ce qu’on appelle un résultat statistiquement non significatif. L’affirmation « toutes choses égales par ailleurs » du professeur Chatard ne tient donc pas, à commencer dans ses propres données.

Et ce n’est pas tout. Les départements qui utilisent beaucoup de pesticides en 2020 sont quasiment les mêmes en 2021 et en 2022, les auteurs ayant en réalité regardé trois fois la même carte. A&E a repris leurs données pour poser une question simple : quand l’IFT d’un même département varie d’une année sur l’autre, les tentatives de suicide varient-elles dans le même sens ? Résultat : aucun lien statistique n’apparaît. L’association n’existe que lorsqu’on compare les départements entre eux mais elle disparaît si l’on compare chaque département à lui-même. Cela ne prouve pas que les pesticides sont sans effet, car trois ans est un laps de temps court. Mais cela montre que le « signal » de l’étude vient des différences durables entre territoires, et non d’une relation entre les traitements et les tentatives de suicides.

Tout repose en partie sur la Gironde

Cela se corse si l’on braque le projecteur sur la Gironde. Son indicateur de traitements atteint 8,1, très loin devant le deuxième département, les Deux-Sèvres, à 5,6. Dans un calcul de ce type, un point aussi éloigné des autres pèse beaucoup plus lourd sur le résultat. La Gironde est d’ailleurs le département qui influence le plus le résultat, pour chacune des trois années.

Sans la Gironde, l’effet passe d’environ 8 % à environ 5 % en 2021 et 2022, et bascule dans la zone du statistiquement non significatif, devenant trop incertain pour confirmer le lien. Sur les trois années, il n’en reste alors qu’une seule - 2020 -, où l’association tienne encore. Un seul département suffit par conséquent à faire vaciller le « signal clair ».

Or, la Gironde ne se distingue pas seulement par ses traitements. Son agriculture dominée par une viticulture en difficulté a poussé en décembre 2022 la préfète Fabienne Buccio à réunir une cellule de crise pour faire face à l’urgence sociale vécue par de nombreux viticulteurs, avec la participation de la MSA. Rien ne permet cependant d’affirmer que cette crise explique à elle seule les tentatives de suicide observées en Gironde. Mais l’étude ignore cette réserve, préférant ne voir qu’un département qui traite beaucoup et où les tentatives sont nombreuses, dans l’incapacité de dire si les secondes tiennent aux pesticides ou aux difficultés économiques de ceux qui les utilisent.

Sans la Gironde, « l’effet » bascule dans la zone du statistiquement non significatif

Pour aller plus loin, A&E a comparé les données de l’étude aux statistiques agricoles officielles (Agreste) sur les cultures de chaque département. La prise en compte du type de cultures ne fait pas disparaître le lien : il serait donc faux de le réduire à un simple effet de la vigne. Mais savoir qu’un département est viticole ne dit rien de la santé économique de sa filière, deux vignobles pouvant très bien traverser la même période dans des situations radicalement différentes. Et d’autres secteurs agricoles, dans d’autres régions, sont aussi fortement affectés par la crise que traverse l’agriculture.

Le choix des indicateurs

Reste la question des indicateurs. L’IFT est un indicateur agronomique : il renseigne sur l’intensité des traitements appliqués aux cultures d’un territoire. Il ne mesure en rien l’exposition réelle des personnes. C’est pourtant lui qui sert, dans l’étude, de substitut à l’exposition de l’ensemble de la population MSA d’un département.

Son usage à l’échelle départementale laisse d’ailleurs perplexe. La Vienne affiche un IFT inférieur à 0,7, alors que les Deux-Sèvres voisines, aux cultures comparables, dépassent 5,6. La Somme, pays de la betterave et de la pomme de terre, est à 1,6 contre 4,9 pour l’Aisne ; le Vaucluse à 1,8 quand l’Hérault atteint 4,8. Ces écarts ne prouvent pas que l’IFT est faux, mais ils interdisent de l’interpréter comme la quantité de pesticides à laquelle les agriculteurs d’un département seraient exposés.

Quant à la population MSA, elle n’est pas composée d’utilisateurs de pesticides. À peine la moitié des affiliés sont en activité, les autres étant retraités, conjoints ou enfants, et parmi les actifs, beaucoup de salariés ne manipulent jamais de produits phytosanitaires. Comparer des départements ne dit donc rien du risque d’une personne, comme l’étude le reconnaît. C’est pourtant ce raccourci qui a fait florès dans les médias : « Une unité de pesticide en plus, c’est 10 % de tentatives en plus. »

Le mécanisme, enfin, reste entièrement à démontrer. L’étude ne sait rien de l’exposition réelle des personnes ayant fait une tentative de suicide : ont-elles manipulé des pesticides ? Si oui, lesquels, à quelle dose, pendant combien de temps ?

Deux explications possibles, une seule retenue

D’autres faiblesses de l’étude mériteraient d’être relevées, mais tenons-nous-en au seul résultat : les départements qui utilisent durablement le plus de pesticides comptent, en moyenne, un peu plus de tentatives de suicide hospitalisées parmi les affiliés MSA. Admettons. Mais ces départements se distinguent aussi par leurs productions, leurs revenus, leur endettement, leurs conditions de travail, les crises de leurs filières et la population qui les compose. Un département qui traite beaucoup peut aussi être un département dont l’agriculture est sous forte pression économique. Les auteurs le reconnaissent eux-mêmes, et leur étude ne permet pas de faire la part des choses.

Des explications contraires à celle qu’avance Armand Chatard restent donc possibles, la plus plausible étant celle de régions cumulant à la fois un usage important de pesticides et des difficultés économiques ou sociales, et ce sont ces dernières qui pèsent sur la santé mentale.

Une instrumentalisation indigne

Qu’une équipe de psychologues et de psychiatres, sans un seul épidémiologiste, agronome ni toxicologue, puisse produire une corrélation fragile, fondée sur un indicateur agronomique utilisé comme substitut d’une exposition humaine qu’il ne mesure pas, a déjà de quoi interpeller. Mais que le CNRS se fasse l’écho de cette « association observée » dans un communiqué est beaucoup plus préoccupant.

Le suicide des agriculteurs ne doit pas être instrumentalisé pour alimenter, sans preuve, le procès des pesticides

Le suicide des agriculteurs, cette tragédie qui frappe des familles entières et que médecins et élus tentent de combattre sur le terrain, ne doit pas être instrumentalisé pour alimenter, sans preuve, le procès des pesticides. Non seulement on détourne ainsi l’attention des causes réelles, mais on ajoute encore à la détresse des agriculteurs un soupçon de plus : celui d’être les artisans de leur propre malheur. Il est profondément déplorable qu’un universitaire se prête à cet exercice destructeur, de surcroît sous le sceau du CNRS.

Complément. On lira aussi l’article paru sur le blog Agriculture, alimentation, santé publique... soyons rationnels , « Pesticides, suicides... et désinformation ».

France : un bilan 2024 toujours trop élevé des toxi-infections alimentaires collectives et toujours pas d'objectif pour la sécurité des aliments

Voici 'enfin' le bilan 2024 des toxi-infections alimentaires collectives en France, selon Santé publique France.

'Enfin' est une façon de voir, j’aurais pu aussi écrire déjà ?

Qu’on en juge :

le bilan 2024 est paru le 16 octobre 2026, celui de 2023, le 26 mars 2026 (puis soi disant mis à jour le 1er septembre 2026 ?), pas facile à suivre Santé publique France, tandis que le bilan de 2022 est paru … le 21 février 2024. Il devait y avoir certainement une urgence à publier ces bilans, d’autant les données de 2024 étaient connues depuis presque un an grâce à l’EFSA. Dans sa précipitation, le site de Santé publique France met en ligne le bilan 2024 et celui de 2022 ; exit 2023 avec son 'record', étonnant, non ?

Voici ci-dessous la courbe d'évolution du nombre de TIAC en reprenant les données fournies par Santé publique France.
Quelques extraits
« Le nombre de TIAC notifiés en 2022 est le plus élevé depuis la mise en place de la déclaration obligatoire en 1987 et cela s’est donc poursuivi en 2023 (avec un nouveau record) puis une légère baisse en 2024, mais toujours avec un nombre de TIAC élevés. »

« Les années 2023 et 2024 ont confirmé la tendance à l’augmentation du nombre de TIAC signalées, avec respectivement 2 231 et 2 096 signalements, prolongeant ainsi la progression déjà observée en 2022. », selon le document diffusé par Santé publique France.

« Le nombre de malades liés aux TIAC signalées en 2024 était de 20 045. Bien que ce nombre reste légèrement inférieur à celui de 2023, la tendance globale à la hausse du nombre de malades liés aux TIAC signalées reste valable (22 282 en 2023 vs 16 763 en 2022). »

L’effort sans précédent du nombre d’inspections de la police sanitaire unique trouve sans doute sa justification avec ce qui suit, « Globalement, les données de 2024 confirment la place prépondérante de la restauration commerciale parmi les lieux de survenue des TIAC signalées, avec près d’une TIAC sur deux déclarée dans ce secteur (48 %). »

Points clés*

  • En 2024, 2 096 toxi-infections alimentaires collectives (TIAC) ont été signalées en France (2 231 en 2023 et 1 924 en 2022), affectant 20 045 personnes (22 282 en 2023 et 16 763 en 2022), dont 630 (3 %) se sont présentées à l’hôpital (hospitalisation ou passage aux urgences) et 6 (0,03 %) sont décédées. Ces TIAC signalées étaient liées majoritairement à des repas dans des restaurants commerciaux (48 %).
  • En 2024, le nombre total de signalements de TIAC, reste à un niveau élevé, malgré la légère baisse par rapport à l’année précédente (2 231 en 2023), les années 2022-2024 enregistrant ainsi les niveaux les plus élevés depuis le début de la surveillance en 1987.
  • Comme les années précédentes, Salmonella demeurait l’agent pathogène le plus fréquemment confirmé représentant 43 % des TIAC à agent confirmé (31 % en 2023, 42 % en 2022 et ). Les agents pathogènes les plus couramment suspectés sur la base des informations épidémiologiques et cliniques, mais sans avoir été confirmés par des analyses microbiologiques, étaient les agents toxiniques Bacillus cereus, Staphylococcus aureus et Clostridium perfringens, correspondant à 71 % des TIAC pour lesquelles un agent a été suspecté (70 % en 2023 et 73 % en 2022 et 67 % en 2021). Pour 11 % des TIAC signalées, aucun agent n’a pu être ni confirmé, ni suspecté sur la base des informations épidémiologiques et cliniques disponibles (12 % en 2023 et 15 % en 2022).
  • En 2024, des mesures correctives ont été rapportées (information, formation du personnel, désinfection d’établissement, mise en demeure et avertissement, rappels réglementaires et saisie de denrées) pour 402 TIAC (versus 595 en 2023 et 591 en 2022) en restauration commerciale et 160 TIAC en collectivités , soit 41 % de l’ensemble des TIAC survenues en ces lieux versus (45 % en 2023 et 46 % en 2022).

* complétés par mes soins -aa.

Augmentation du nombre de TIAC

« Cette hausse significative s’expliquerait en partie, et plus précisément pour la restauration commerciale, par l’impact de la plateforme de signalement en ligne accessible au grand public « SignalConso », mis en service depuis 2021, qui facilite la déclaration directe et simple des suspicions de TIAC par les consommateurs à la DDecPP. »

« en partie » est sans doute vrai, mais quelle est l’autre partie ? Nous le saurons pas !

Cela étant, cette justification reste à relativiser quand on sait que « les TIAC demeurent historiquement sous-déclarées, avec des disparités selon les secteurs d’activité ». En effet, «la restauration commerciale est moins bien représentée dans les statistiques et les données épidémiologiques, en raison d’une déclaration moins structurée, souvent liée à la méconnaissance des procédures ou à la crainte des conséquences pour les professionnels. »

Décès liés aux TIAC

En 2024, six décès ont été déclarés survenus, pour quatre décès, dans des instituts médico-sociaux (4 TIAC). Dans ces contextes, notamment en EHPAD, où les populations sont plus vulnérables, il est particulièrement important d’appliquer rigoureusement les bonnes pratiques d’hygiène, de refroidir rapidement les plats après cuisson et de les réchauffer convenablement avant leur consommation.
En 2023, 19 décès à la suite de TIAC, dont 13 décès survenus dans des instituts médico-sociaux.
Le niveau des décès est l’unisson du nombre de TIAC rapportées ...

Les TIAC et l’iceberg

« Les TIAC ne représentent qu’une fraction des infections d’origine alimentaire survenant en France, mais constituent un indicateur essentiel de leur surveillance. Depuis la mise en place de leur déclaration obligatoire en 1987, la surveillance des TIAC s’inscrit comme un dispositif de veille sanitaire complémentaire des autres systèmes de surveillance des infections d’origine alimentaire. Elle contribue à la détection des épisodes, à l’identification des aliments et agents pathogènes en cause, à la mise en œuvre de mesures de gestion adaptées et au renforcement des actions de prévention. »

Moi qui pensait que les TIAC était un indicateur de l'état de la sécurité des aliments en France !

Par ailleurs, notons que selon Santé publique France, les cas annuels de salmonellose sont de 198 000 dont 183 000 par transmission alimentaire.

Rappelons enfin que le fardeau global des maladies infectieuses d’origine alimentaire a été estimé en 2018 entre 1,28 et 2,23 millions de personnes affectées chaque année sur la période 2008-2013 [1].

Conclusion

Il reste donc vraiment beaucoup à faire pour améliorer la sécurité des aliments en France, mais malheureusement, aucun objectif n’a été fixé par nos service publiques, DGAL en tête, que ce soit au niveau des TIAC, des maladies infectieuses d’origine alimentaires ou des rappels qui plafonnent désormais à plus de 2 000 depuis quelques années. Ce sera vraisemblablement le rôle de la nouvelle directrice de la DGAL, en tout état de cause, c’est à espérer ...

MàJ du 19 octobre 2026. Pour ceux que cela intéresse, est paru l’état des lieux des zoonoses en 2025 aux Pays-Bas. Ils découvriront que pour les TIAC, appelées ‘éclosions d'origine alimentaire’, 1 142 foyers de cas, totalisant 4 279 personnes atteintes. Ces résultats sont issus de l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l'alimentation et de l'environnement (NVWA) et du Centre intégré de surveillance de l'environnement et de la santé publique (RIVM-Cib).

Quand Santé publique France ne tient pas compte de l'évolution de la situation : « De 10 000 à 16 000 personnes sont touchées chaque année par une TIAC. Pour Santé publique France, les enjeux sont la surveillance et la prévention des TIAC pour réduire les risques de contamination et contribuer à la sécurité alimentaire. » D'accord, mais comment ?

mercredi 14 octobre 2026

Sécurité des aliments : Une attaque informatique visant des réfrigérateurs et congélateurs en France et dans d’autres pays entraîne des pertes alimentaires massives

« Une attaque informatique visant des réfrigérateurs et congélateurs de centaines de magasins en France et dans d'autres pays entraîne des pertes alimentaires massives », source article de Bailee Henderson paru Food Safety Magazine.

Le 12 octobre, des centaines de supermarchés en France ont été la cible d'une cyberattaque au cours de laquelle des pirates informatiques ont pris le contrôle des réfrigérateurs et augmenté les températures jusqu'à 50°C, entraînant une détérioration et une perte massives de nourriture, ainsi que des incendies dans certains magasins.

Selon Reuters, l'Agence nationale de la sécurité des systèmes informatiques (ANSSI) mène actuellement une enquête, aucune partie n'ayant encore revendiqué l'attaque.

Des pirates informatiques ont réussi à déclencher à distance les systèmes de dégivrage forcé des systèmes de réfrigération connectés dans de nombreux magasins touchés.

De toute évidence, certains distributeurs en Espagne, Portugal, Pologne, Allemagne et Belgique ont également été touchés.

Des pirates informatiques auraient exploité une vulnérabilité du logiciel Danfoss

Selon une source proche de l'enquête, l'ANSSI a identifié une faille de sécurité dans un logiciel installé sur des équipements fournis par la société danoise Danfoss. Cette dernière a indiqué que les réfrigérateurs concernés fonctionnaient avec un logiciel obsolète et a conseillé à ses clients de le mettre à jour ou de le remplacer.

L'ANSSI a indiqué au TIME que des magasins d'autres pays pourraient utiliser le même logiciel et être exposés à des risques. Des analyses en ligne ont révélé la présence de contrôleurs de réfrigération Danfoss vulnérables en Afrique du Sud, aux États-Unis, au Royaume-Uni et dans d'autres pays.

La France présentait la plus grande concentration de contrôleurs Danfoss exposés détectés par les analyses (60 %), selon la société UK Cyber Defense.

Les pertes de centaines de magasins français pourraient se chiffrer en dizaines de millions d'euros

Les principaux détaillants ont été ciblés, notamment 300 magasins Intermarché et sa marque Netto, plus de 100 magasins Cooperative U, plus de 80 magasins Carrefour, environ 6 % des 490 magasins Monoprix et plusieurs magasins E Leclerc, selon Al Jazeera.

Aucune estimation officielle des pertes pour l'ensemble du secteur n'a encore été établie, mais le président d'Intermarché, Thierry Cotillard, a indiqué sur BFMTV que l'attaque a probablement coûté des dizaines de millions d'euros aux distributeurs touchés, contraints de jeter des produits exposés à des températures incontrôlées.

Sur LinkedIn, Dominique Schelcher, PDG de Cooperative U, a écrit : « Nos réfrigérateurs sont connectés à Internet pour permettre une surveillance à distance de la température, jour et nuit, et une intervention rapide en cas d’anomalie. C’est un dispositif essentiel pour la bonne conservation des produits alimentaires. »

M. Schelcher a ajouté : « S’attaquer à des équipements essentiels à la conservation des produits frais, c’est s’attaquer à la chaîne d’approvisionnement alimentaire française. C’est sans précédent, extrêmement grave et inacceptable. »

Cela étant, il a tempéré l'ampleur des dégâts, précisant qu'une ‘minorité’ des 80 magasins U touchés et ont dû jeter de la marchandise.

Cet incident met en lumière la cybersécurité comme un enjeu de sécurité alimentaire

Ces cyberattaques mettent en lumière la cybersécurité comme un enjeu émergent et important en matière de sécurité des aliments, un sujet exploré dans les chroniques sur la cybersécurité publiées régulièrement dans Food Safety Magazine.

Dans un article publié en juin 2022, les auteurs Robert Norton, docteur en philosophie, professeur à l'université d'Auburn et chargé de liaison pour la sécurité nationale, et NC Simmons, spécialiste de la sécurité nationale, ont écrit :

« La cybersécurité est essentielle à la défense des systèmes alimentaires et agricoles. Les adversaires ont les moyens, l'opportunité et la motivation de compromettre cette infrastructure à leur guise. Le fait qu'ils ne l'aient pas encore fait ne signifie pas qu'ils ne le feront pas à l'avenir. Si, ou lorsque, des adversaires mènent une attaque d'envergure, la sécurité alimentaire pourrait être gravement compromise. Pour éviter ce scénario catastrophe, les entreprises agricoles et agroalimentaires doivent se préparer adéquatement à ce type d'attaque. Le point de départ doit être leurs propres systèmes de cyberdéfense. »

Remarque

Le blog avait publié en juin 2022 un article de Joe Whitworth de Food Safety News, « Les cybermenaces et le paysage actuel mettent la food defense à l'ordre du jour ».
Rappelons que la Food Defense se définit comme l'ensemble des mesures préventives destinées à protéger la chaîne de production, de transformation et de distribution des aliments contre les actes de malveillance intentionnels.

mardi 13 octobre 2026

France : données 2025 du SHU chez l’enfant de moins de 15 ans en France

Santé publique France publie le 12 octobre 2026, « Surveillance du syndrome hémolytique et urémique typique chez l’enfant de moins de 15 ans en France. Données 2025 ».

Points clés

Légère augmentation des cas de SHU pédiatriques notifiés à Santé publique France en 2025 comparé à 2024, tout est restant inférieur au nombre de cas signalés sur la période 2017-2023 :
- 109 cas en 2025 versus 87 en 2024
- Incidence annuelle de 1,0 cas pour 100 000 enfants de moins de 15 ans.
Taux d’incidence chez les enfants de moins de 3 ans qui retrouve son niveau habituel :
- 4,0 cas pour 100 000 enfants en 2025 versus 1,8 cas pour 100 000 enfants en 2024
- Nombre important de suspicions de cas groupés d’infections en crèche (7 investigations) dont une épidémie affectant 12 enfants dont 2 atteints de SHU.

Nombre de cas notifiés à Santé publique France et incidence annuelle du SHU pour 100 000 enfants < 15 ans. France hexagonale, 1996-2025
Caractéristiques des cas de SHU pédiatriques
En 2025, 54% des cas notifiés était de sexe féminin. Comme chaque année, la majorité des enfants était âgés de moins de 3 ans (68% en 2025 ; âge médian : 2 ans ; extrêmes : 2 mois - 14 ans). Le taux d’incidence le plus élevé était observé chez les enfants de moins de 3 ans (4,0/105 enfants) et diminuait avec l’âge. En comparaison à 2024, ce taux d’incidence chez les moins de 3 ans a fortement augmenté (vs 1,8/105 enfants en 2024), de nouveau comparable aux taux d’incidence observés depuis 2017. A l’inverse, chez les 3-5 ans, le taux d’incidence a diminué (0,7/105 en 2025 vs 1,6/105 enfants en 2024). Chez les 6-10 ans et 11-14 ans, les taux sont restés stables entre 2024 et 2025.

Caractérisation des souches de STEC

Le sérogroupe O26 restait de nouveau prédominant (41,3 % des 92 cas de SHU confirmés par la présence de gènes stx), suivi du sérogroupe O55 (18,5%) et O80 (8,7%). La proportion élevée du sérogroupe O55 observée en 2025 est liée à la survenue d’un cas groupé d’infections avec ce sérogroupe.

Éléments de l’année 2025

Le nombre de suspicions de cas groupés d’infections à STEC ou de SHU pédiatriques qui ont fait l’objet d’investigation a retrouvé son niveau habituel avec 12 investigations en 2025 (10 à 20 habituellement). Bien qu’une origine alimentaire ait été suspectée ou confirmée pour certains cas groupés, l’année 2025 a été marquée par un nombre élevé de suspicions de cas groupés d’infections transmises de personne à personne en collectivités de jeunes enfants (crèches) : sept investigations comparées à moins de cinq habituellement. Une épidémie de plus grande ampleur en crèche a été documentée avec 12 cas survenus sur la période d’un mois.

Quant à la surveillance du SHU à STEC chez l’adulte, on nous dit que « La surveillance du SHU à STEC chez l’adulte est réalisée en partie par la surveillance microbiologique en vigueur sur les prélèvements de selles », mais aucune donnée n’est fournie, pour l’instant. « La mutualisation de ces données (de diffétents centres) permettra de s’assurer de leur exhaustivité et de décrire les caractéristiques démographiques, cliniques et microbiologiques de ces patients. Santé publique France continue à assurer son rôle dans la détection de suspicions de cas groupés d’infection et l’investigation épidémiologique. »

Bref, la surveillance du SHU à STEC chez l’adulte n'est pas pour tout de suite ...

Remarques

La publication de données des maladies infectieuses d’origine alimentaire par Santé publique France est à géométrie variable.
Ainsi en est-il de la listériose dont les données de 2024 ont été publiées le 19 septembre 2025, mais à ce jour, toujours pas de données 2025.
Pour les TIAC, le blog en a abondamment parlé d’autant que les données 2024 ont été diffusées en décembre 2024 par l’EFSA. Pour mémoire ont été publiées les données de 2023, le 20 mars 2026 (complétées au 01/09/2026) et les données de 2022, le 21 février 2024.

vendredi 9 octobre 2026

Sécurité des aliments en France : similitudes et différences des courbes du nombre d'inspections et du nombre de TIAC, selon l'IA

Le blog cède aussi à la mode de l’intelligence artificielle (IA). J’ai donc demandé à l’IA quelles étaient les similitudes ou les différences entre ces deux courbes ?

A partir de deux courbes que j’ai réalisées :

- une courbe sur l’évolution du nombre d’inspections en sécurité des aliments de 2012 à 2025. Toutes ces données sont disponibles sur le site du ministère de l’Agriculture.
- une courbe sur l’évolution du nombre de TIAC de 2012 à 2024. A noter que les données de 2024 sont celles publiées par l’EFSA sur son rapport 2024 sur les zoonoses ; Santé publique France n’ayant toujours pas, à ce jour, diffusé les données des TIAC de 2024.

Cette interprétation n’attirant pas de commentaire de ma part et je vous laisse à vos réflexions ...

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Les deux courbes présentent certaines similitudes dans leur évolution, mais aussi des différences importantes.

Similitudes entre les deux courbes
  • Une tendance relativement stable au début : entre 2012 et 2015, les deux courbes évoluent peu. Le nombre d’inspections diminue légèrement, tandis que le nombre de TIAC déclarées reste relativement stable ou augmente légèrement.
  • Une évolution fluctuante : les deux courbes connaissent des hausses et des baisses au fil des années, sans suivre une progression régulière.
  • Une baisse autour de 2016-2017 pour les inspections et en 2017 pour les TIAC : les deux indicateurs connaissent une diminution durant cette période, même si elle ne se produit pas exactement la même année.
  • Une remontée à partir de 2021 : les deux courbes montrent une augmentation après 2020, particulièrement marquée à partir de 2022.
Différences entre les deux courbes
  • Une évolution différente entre 2016 et 2020 : le nombre d’inspections diminue fortement en 2016, puis reste relativement stable jusqu’en 2019, avant de chuter en 2020. À l’inverse, le nombre de TIAC augmente entre 2017 et 2019, puis diminue fortement en 2020.
  • Une baisse en 2020 dans les deux cas : les inspections atteignent leur niveau le plus bas, autour de 41 000, tandis que les TIAC déclarées descendent à environ 1 000.
  • Une forte augmentation des inspections en 2024 et 2025 : les inspections passent d’environ 50 000 en 2023 à 106 000 en 2024, puis à 120 000 en 2025. Les TIAC augmentent également entre 2021 et 2023, mais diminuent très légèrement en 2024 avec toujours plus de 2 000 TIAC.
  • Des niveaux et des périodes différents : les inspections mesurent une activité de contrôle, tandis que les TIAC déclarées reflètent des événements sanitaires signalés. Les deux indicateurs ne mesurent donc pas la même chose.

Comparaison synthétique

Période
Nb d’inspections en sécurité aliments
Nb de TIAC déclarées
2012-2015
Diminution progressive
Relative stabilité, légère hausse
2016-2019
Baisse, puis stabilisation
Fluctuations, puis hausse
2020
Forte baisse
Forte baisse
2021-2023
Légère reprise, puis stabilité
Forte augmentation
2024
Forte augmentation
Légère diminution
2025
Nouvelle augmentation
Pas de donnée

Conclusion et interprétation

La principale similitude est la baisse observée en 2020, suivie d’une reprise des deux indicateurs à partir de 2021. Cependant, leurs évolutions divergent ensuite : les TIAC déclarées augmentent nettement jusqu’en 2023, puis diminuent très légèrement en 2024, alors que les inspections connaissent une hausse très importante en 2024 et 2025.

Il est important de noter que l’augmentation du nombre d’inspections ne signifie pas nécessairement une augmentation des TIAC, ni leur diminution une amélioration automatique de la sécurité des aliments. Davantage d’inspections peuvent permettre de détecter davantage de problèmes et leur nombre peut aussi dépendre des moyens de contrôle disponibles, des priorités administratives et des méthodes de déclaration.

jeudi 8 octobre 2026

France : Questions sur un rappel de jambon sec contaminé par de l'ochratoxine A

D’habitude quand il y a un rappel de jambon sec sur RappelConso, vous pouvez vérifier, il s’agit le plus souvent en raison de la présence de Listeria monocytogenes et de temps à autre de la présence de Salmonella.

Mais là, à ma connaissance, c’est bien la première fois qu’un rappel de jambon sec en France soit dû à la présence d’ochratoxine A, une mycotoxine bien connue.

Reprenons les faits qui ont évolué lentement,semble-t-il, selon la chronologie suivante :

- Le 25 septembre 2026, RappelConso informe du rappel de jambon sec supérieur U 10 tranches. Le motif du rappel est une non conformité chimique liée à la présence identifiée d'ochratoxine A

- Le distributeur Système U, à l’origine du rappel, mentionne ce rappel, mais il ne dit pas à quelle date ce rappel a été effectué. Il va falloir corriger ça.
- Le 1er octobre 2026, la France notifie au RASFF de l’UE, référence 2026.8697, la présence excessive d’ochratoxine A (116 ± 35 µg/kg ) dans du jambon sec de France. Le maximum étant 3 µg/kg (?)

Le souci de ce rappel, qui était sans aucun doute nécessaire, là n’est pas la question, n’a pas de base réglementaire.

En effet, selon le règlement (UE) 2023/915 concernant les teneurs maximales pour certains contaminants dans les denrées alimentaires, il n’y a pas de seuils fixés pour le jambon sec. Autrement dit, la législation européenne ne réglemente pas l'ochratoxine A dans la viande et les produits dérivés de la viande.

Le maximum de 3 µg/kg ne correspond pas au jambon sec, qui n’est pas mentionné du tout dans ce règlement précité.

Autre sujet de discussion, comment se fait-il qu'on est retrouvé de l'ochratoxine A sur ou dans du jambon sec ?

Deux pistes peuvent être proposées :

- Le processus de fabrication du jambon sec nécessite une période de séchage et de maturation plus ou moins longue. Des moisissures peuvent parfois proliférer à la surface du produit si les paramètres environnementaux (hygrométrie, ventilation) ne sont pas parfaitement maîtrisés.
- La chaîne alimentaire animale : le porc a pu consommer des céréales elles-mêmes contaminées par ces moisissures avant l'abattage, ce qui peut laisser des résidus dans les tissus.

Mais là où cela va devenir vraiment intéressant c’est de lire la littérature scientifique, deux articles récents sélectionnés, sur le sujet de la présence d’ochratoxine A dans du jambon sec ou des produits de charcuterie.

Présence d'ochratoxine A dans les produits de charcuterie aux Pays-Bas

Une étude de juin 2026, paru dans Toxins, a réalisé une enquête sur la présence d'ochratoxine A dans les produits de charcuterie aux Pays-Bas.

L'ochratoxine A est un métabolite toxique produit par des champignons, présent dans divers produits alimentaires, céréales et aliments pour animaux d'origine végétale (matières premières). Il a été démontré que l'ochratoxine A a des effets toxiques après ingestion, tant chez l'animal que chez l'homme. Par conséquent, l'EFSA a conclu que la contribution des viandes (transformées) à l'exposition humaine à l'ochratoxine A ne devait pas être négligée. L'objectif de cette étude était d'évaluer la présence d'ochratoxine A ; des données sur l'ochratoxine A dans les charcuteries ont donc été collectées.

50 produits de charcuterie ont été obtenus auprès de supermarchés néerlandais. L'ochratoxine A a été détectée à des concentrations égales ou supérieures à la limite de quantification dans quatre échantillons de jambon cru (de 0,30 µg/kg à 79,8 µg/kg) et deux échantillons de saucisses (0,2 µg/kg et 0,41 µg/kg). Au total, l'ochratoxine A a été détectée dans vingt échantillons, ce qui indique que sa concentration dépassait la limite de quantification dans 40 % des charcuteries analysées.


Contribution clé : Quarante pour cent des produits de charcuterie analysés étaient contaminés par l'ochratoxine A. Bien que les niveaux de contamination soient généralement faibles, la possibilité d'une contamination relativement importante ne peut être exclue. Par conséquent, cette incidence de contamination de 40 % suggère que la consommation de produits de charcuterie peut contribuer à une exposition faible, mais fréquente, des consommateurs néerlandais à l'ochratoxine A.

Recherche d'ochratoxine A dans les jambons séchés à l'air en République tchèque 
Une étude tchèque de 2024, paru dans Meat Science, avait pour objectif de rechercher l'ochratoxine A dans les jambons séchés à l'air. La photo est issue de cet article.

La législation de l'Union européenne relative à l'ochratoxine A dans les denrées alimentaires a évolué récemment (il s’agit du règlement de 2023 cité plus haut -aa). Toutefois, elle ne réglemente pas la présence d'ochratoxine A dans les viandes et les produits carnés. Dans le cadre de cette mise à jour, la Commission européenne a demandé de nouvelles études, notamment sur la présence d'ochratoxine A dans le jambon, ce qui soulève des inquiétudes quant à un risque potentiel d'exposition à cette toxine lors de sa consommation. Cette étude vise à analyser la présence d'ochratoxine A dans 195 échantillons de jambons séchés à l'air, prélevés sur le marché tchèque entre janvier et juin 2023.

De l'ochratoxine A a été détectée dans 93 échantillons (48 %) de jambon séché à l'air, avec une concentration atteignant 14,58 ng/g. En raison de l' absence actuelle de limites réglementaires, les résultats de cette étude ont été comparés à la limite maximale italienne de 1 ng/g pour l'ochratoxine A dans la viande et les sous-produits porcins. Cette limite a été dépassée dans 22 échantillons (11 %). De plus, 14 de ces échantillons étaient d'origine italienne, ce qui est très préoccupant en matière de sécurité des aliments. Cette étude montre que la population tchèque est exposée à l'ochratoxine A provenant de ces sous-produits porcins. Il est donc essentiel d'établir une limite réglementaire pour l'ochratoxine A dans la viande et les aliments qui en sont issus afin de protéger la santé humaine.

Évaluation par l’EFSA

Selon les données recueillies par l’EFSA (2020) de 29 pays européens entre 2009 et 2018, les aliments présentant les moyennes de contamination en ochratoxine A les plus élevées étaient (ordre décroissant) :
- compléments alimentaires à base de plantes ;
- piments rouges ;
- réglisse et bonbons à la réglisse ;
- épices (paprika, poudre de piments, piment de la Jamaïque, poivre de Cayenne, noix de muscade, curry) ;
- ail ; 
- figues sèches ;
- jambon sec ;
- herbes aromatiques ;
- fromages.
Données extraites de la fiche de l’Anses sur Aspergilli et Penicillia producteurs d’ochratoxine A, mai 2023.

Prochaine étape ?

En France, il y a bien eu une étude en 2018 sur du muscle et du foie de porcs avec un dosage d'ochratoxine A dans 70 échantillons. Trois échantillons ont dépassé le niveau maximal recommandé en Italie de 1 μg OTA kg−1. Aucune différence significative n'a été constatée entre les productions biologiques et conventionnelles. 

Cela étant, il faudrait envisager une enquête en France sur les produits de charcuterie, dont les jambons secs, afin de connaître quel est l’état des lieux de la présence d’ochratoxine A, et surtout que l’EFSA puisse enfin fixer des valeurs seuils pour ces produits.