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jeudi 30 juillet 2026

Destruction de quatre réserves de substitution ordonnée par la justice en Charente-Maritime : une décision ubuesque qui va à contre-sens de l'intérêt du territoire

Merci à André Heitz d’avoir publié ce texte sur son blog Agriculture,alimentation, santé publique... soyons rationnels que je relaie bien volontiers.

Une construction légale, financée et encadrée par l'État

En 2010, lorsque ces projets de réserves de substitution se sont achevés, ils étaient pleinement conformes au cadre légal et réglementaire en vigueur, au point d'avoir été autorisés par l'État et financés à hauteur de 62,5 % par des fonds publics.

Aujourd'hui, alors que les irrigants assument leurs emprunts et que les cotisations issues de l'activité économique réalisée sur le territoire ont largement contribué à rentabiliser l'investissement public, l'acharnement de l'association Nature Environnement 17 à saisir le tribunal administratif de Poitiers confine au harcèlement. L'ordonnance de destruction va imposer aux agriculteurs un préjudice et une charge financière considérables et hors normes qu'ils seront dans l'incapacité d'assumer en plus de leurs dettes d'investissement et dans un contexte agricole de crise sans précédent.

Un non-sens mortifère pour notre production agricole et l'économie du territoire

À l'heure où l'Assemblée nationale et le Sénat viennent d'adopter une loi d'urgence pour la protection et la souveraineté agricoles, confortant le développement du stockage de l'eau, avec pour objectif le doublement des volumes stockés d'ici dix ans, l'ordonnance de destruction de quatre réserves de substitution constitue un non-sens absolu, dans le contexte et à l'heure où l'on doit urgemment mettre en place des outils d'adaptation au changement climatique pour l'agriculture.

Nous ne pouvons, d'un côté, acter, au niveau législatif, le doublement des capacités, et, de l'autre, détruire des infrastructures existantes, construites légalement, financées et intégrées aux territoires. Cette situation heurte de plein fouet le principe de cohérence de l'action publique, crée une insécurité juridique pour le monde agricole, met en péril la survie de plusieurs exploitations et soulève une interrogation fondamentale sur la conciliation entre les orientations fixées par la législation et l'exécution des décisions de justice.

L'agriculture est aujourd'hui l'otage d'une situation administrative et judiciaire ubuesque, incompréhensible et parfaitement inacceptable. Nous ne pouvons accepter d'être le jouet d'une philosophie de bureau déconnectée des réalités du terrain. Nos territoires ont besoin de solutions concrètes, pas de la destruction d'outils qui participent justement à leur adaptation.

Des réserves à double intérêt en pleine période de sécheresse

Alors que des vagues de chaleur et de sécheresse historiques frappent nos territoires, ces réserves d'eau constituent un levier vital pour la sauvegarde des exploitations et du territoire.

En retenant une toute petite partie de l'eau de la nappe de surface l'hiver, quand elle est abondante, ces ouvrages évitent les prélèvements dans le milieu naturel durant les périodes critiques l'été. Il est ainsi possible de concilier la préservation de la ressource hydrique locale et la sécurisation de la production agricole indispensable à notre souveraineté alimentaire.

Et pourtant, en demandant la disparition de ces ouvrages, l'association Nature Environnement 17 prend le risque de favoriser le retour de prélèvements estivaux directs, précisément lorsque ceux-ci ont le plus d'impact sur les cours d'eau. Un paradoxe difficilement compréhensible. De plus, le refus de l'association Nature Environnement 17 de participer à une médiation montre leur vrai visage : ils n'ont aucune intention de trouver une issue positive pour le territoire.

En pleine période de sécheresse, et à l'heure où les incendies s'intensifient, ordonner la destruction de ces réserves d'eau relève presque de l'inconscience. Au-delà de leur rôle agricole, ces infrastructures constituent des points de ravitaillement stratégiques et vitaux pour les pompiers qui font face à de nombreux départs de feu (forêts, récoltes, habitations, etc.). Détruire délibérément des réserves, alors que les pompiers appellent à plus de moyens, constituerait un crime pour nos territoires.

Ainsi, nous apportons notre soutien plein et entier à l'ensemble des agriculteurs-irrigants et des structures qui portent un ouvrage de stockage d'eau pour nourrir leurs concitoyens. Tous font preuve d'un courage sans faille et continuent de porter leurs projets dans cette tempête de textes, d'études, d'arrêtés, d'injonctions et de menaces sur leur avenir, qui va à l'encontre même de leur volonté pour améliorer la situation.

L'agriculture nourrit les Français, s'adapte chaque jour, fait évoluer ses pratiques, diversifie ses assolements, réduit ses impacts et contribue à corriger les erreurs du passé. Pour réussir cette transition, elle a besoin d'outils d'adaptation. Les réserves de substitution en font partie. Les détruire serait une faute pour l'avenir de nos territoires. Nous utiliserons tous les leviers à notre disposition pour faire barrage à cette décision.

Contacts : ADIV & Aquanide - Octavine Daguet - 86adiv.communicationt@gmail.com - 06 32 51 46 23. Irrigants de France - Guillaume Le Hoan - guillaume.le-hoan@agpm.com - 06 16 09 42 30.

Source « Cela coûterait plus cher que la construction» : condamnés à détruire leurs réserves d'eau, les irrigants font appel.

mardi 28 juillet 2026

Le droit est devenu un terrain de guerre contre l’agriculture

Je dédie cet article au commentaire récent d’un inconnu ou d'un anonyme qui disait, « Il me semble opportun de garder ses idéaux politiques pour soi... Surtout en matière agricole/environnementale, qui n'est pas le sujet du blog ». Ben voyons ...

Alors pour cet inconnu, mais surtout pour tous les lecteurs du blog, voici quelques extraits d’un article proposé par le blog agriculture et environnement intitulé, « Le droit est devenu un terrain de guerre contre l’agriculture ».

Carole Hernandez-Zakine, docteure en droit, membre de l’Académie d’agriculture, est l’auteure d’une note « Judiciarisation des projets agricoles et alimentaires », publiée en mai 2026 par le think tank Les Z’Homnivores.

Vous venez de publier une analyse d’une quarantaine de pages sur la judiciarisation de l’agriculture. Pourquoi cette note et pourquoi maintenant ?

Carole Hernandez-Zakine

Parce que le phénomène produit désormais pleinement ses effets et que personne ne le dit clairement. Les agriculteurs ressentent depuis des années une pression croissante venue des tribunaux, mais ce ressenti est systématiquement renvoyé à une hypersensibilité du monde agricole. Ce que j’ai voulu faire, c’est objectiver la réalité : montrer, avec des décisions de justice à l’appui, qu’il s’agit d’une dynamique documentée, structurée et délibérément construite. On parle beaucoup des normes, des prix, du renouvellement des générations. On parle très peu du fait que le juge est en train de devenir un acteur central de la politique agricole française – sans y avoir été invité par les urnes.

Ce que Les Z’Homnivores publient est une synthèse accessible d’un travail de fond beaucoup plus dense, puisqu’il repose sur des décisions de justice, choisies pour leur exemplarité, à tous les niveaux de juridiction : civile, pénale, administrative, constitutionnelle, européenne. Ce qui m’a frappée, c’est la cohérence d’ensemble. On pourrait croire à une accumulation de litiges disparates. Bien au contraire, les contentieux se nourrissent les uns des autres et convergent vers le même objectif : abattre un modèle agricole productif, non pas dans l’arène politique, mais devant les tribunaux.

La suite est à lire ici.

samedi 25 juillet 2026

La vie des bactéries, entre biofilms et gènes de résistance

Deux articles récents, publiés dans des revues scientifiques, rapportent i) le rôle des biofilms de Listeria monocytogenes sur différents types de surface, et ii) les produits de charcuterie prêts à consommer comme vecteurs potentiels de transmission de Enterococcus faecium résistant aux antibiotiques.

1. « Impact du type de surface et de l'utilisation d'un désinfectant sur la réduction des biofilms de Listeria monocytogenes soumis à des conditions de disponibilité en nutriments variables  », article paru dans Journal of Food Protection.

Faits saillants

  • L. monocytogenes est capable de persister sous forme de biofilm sur diverses surfaces en contact avec les aliments.
  • L. monocytogenes a survécu sur les surfaces pendant 17 jours malgré une disponibilité limitée en nutriments.
  • L'efficacité des désinfectants dépend du type de surface en contact avec les aliments.
  • L'acide lactique a montré une efficacité accrue contre L. monocytogenes.

Résumé

La capacité de L. monocytogenes à adhérer aux surfaces et à former un biofilm tout en survivant dans un environnement froid accroît le risque de contamination croisée dans les environnements de transformation alimentaire. Cette étude vise à déterminer quels matériaux de surface en contact avec les aliments favorisent la formation et la survie de biofilms de L. monocytogenes dans des conditions favorisant ou limitant la disponibilité en nutriments. L'efficacité antimicrobienne de trois désinfectants (acide lactique à 5 %, chlore à 200 ppm, composé d'ammonium quaternaire à 200 ppm) contre les biofilms formés dans ces deux environnements nutritionnels a également été évaluée. Un cocktail de cinq souches de L. monocytogenes a été utilisé pour développer des biofilms sur quatre types de coupons, acétal, nitrile, caoutchouc et acier inoxydable.

Les résultats ont montré que les populations cellulaires associées aux biofilms dépassaient 6,75 log UFC/cm² sur tous les types de surfaces dans les conditions favorisant les nutriments. Les conditions limitant les nutriments ont entraîné une réduction des populations microbiennes sur tous les types de surfaces, pour atteindre des niveaux compris entre 6,21 et 6,48 log UFC/cm². Bien que l'efficacité des agents désinfectants ait varié selon le type de surface, tous ont permis d'obtenir des réductions significatives (P < 0,05) par rapport au témoin, dans les deux conditions d'essai et pour la majorité des types de surfaces.

L'acide lactique a systématiquement entraîné une réduction plus importante (P < 0,05) dans les deux conditions. Cette étude confirme la capacité de L. monocytogenes à adhérer à diverses surfaces en contact avec les aliments utilisées dans les environnements de transformation alimentaire et à y former un biofilm, ainsi qu'à survivre dans un milieu pauvre en nutriments ; elle suggère également que l'efficacité des désinfectants contre les biofilms dépend du type de surface servant de support.

Les récentes épidémies liées à la présence de L. monocytogenes dans des aliments prêts à consommer soulignent le défi que ce micro-organisme représente pour les producteurs de denrées alimentaires. Les recherches portant sur les interactions entre la disponibilité des nutriments, le type de surface et l'utilisation de désinfectants apportent un éclairage précieux sur le comportement et l'écologie de L. monocytogenes dans les environnements de transformation alimentaire. Plus précisément, ces travaux ont confirmé la capacité de L. monocytogenes à survivre dans des conditions nutritionnelles et sur des types de surfaces très variés. Ils ont démontré que l'efficacité des désinfectants peut dépendre du type de surface et que diverses interventions de désinfection restent efficaces lorsqu'elles sont correctement mises en œuvre. Des essais supplémentaires portant sur différents types de surfaces, de désinfectants et de souches de L. monocytogenes permettront de mieux comprendre le comportement de cette bactérie.

2. Va paraître dans International Journal of Food Microbiology, « Ready-to-eat meat foods as potential vectors for the transmission of antibiotic-resistant Enterococcus faecium » (Les produits de charcuterie prêts à consommer comme vecteurs potentiels de transmission de Enterococcus faecium résistant aux antibiotiques).

Faits saillants

  • Les produits carnés prêts à consommer constituent des vecteurs potentiels de Enterococcus faecium résistant.
  • Les souches résistantes ciblées présentent une forte survie lors d'une simulation de transit dans le tractus gastro-intestinal supérieur.
  • Le transit simulé peut accroître le transfert de résistance au linézolide chez les souches ciblées.
  • Les isolats récupérés après le transit conservent leurs caractéristiques de résistance et modulent la production de biofilm.
  • Les produits carnés prêts à consommer à courte durée de maturation constituent des sources potentielles de bactéries multirésistantes.

Résumé

Enterococcus faecium, membre du microbiote intestinal humain et deuxième espèce d'entérocoque la plus abondante après E. faecalis, est un agent important d'infections associées aux soins. Sa grande capacité à acquérir des gènes de résistance aux antibiotiques (GRAs) rend les infections difficiles à traiter. Cette étude a examiné des produits de charcuterie* prêts à consommer, typiques du centre de l'Italie, en tant que vecteurs potentiels d'entérocoques résistants aux antibiotiques, en se concentrant sur E. faecium. Au total, 148 souches d'entérocoques ont été isolées, dont 36 ont été identifiées comme étant E. faecium. Parmi 22 clones distincts, huit étaient résistants à la tétracycline (TET), deux l'étaient également au linézolide (LZD) et un présentait un phénotype de multirésistance. La sensibilité aux antibiotiques a été déterminée par la mesure de la concentration minimale inhibitrice, complétée par une analyse du séquençage du génome entier. Les deux souches résistantes au LZD possédaient des gènes de résistance au LZD, tandis qu'un seul isolat a présenté un transfert horizontal de gènes par conjugaison. Les isolats ont ensuite été caractérisés en fonction de leurs facteurs de virulence et de leur capacité à former un biofilm, aussi bien dans des conditions basales qu'après exposition à une simulation de transit dans le tractus gastro-intestinal supérieur. Les huit souches résistantes à la TET présentaient des caractéristiques génotypiques de virulence. Après exposition à la simulation de transit gastro-intestinal supérieur, ces isolats ont affiché des taux de survie élevés, conservant à la fois leurs phénotypes de résistance aux antibiotiques et leur capacité à former un biofilm. Ces résultats soulignent le rôle potentiel des produits carnés prêts à consommer analysés comme vecteurs de souches de E. faecium virulentes et résistantes aux antibiotiques, capables de survivre à l'exposition dans le tractus gastro-intestinal supérieur.

L'étude met en évidence la nécessité de mettre en place une surveillance des entérocoques dans le secteur alimentaire afin d'améliorer le suivi de E. faecium résistant et de limiter sa dissémination potentielle ainsi que les risques cliniques associés.

Conclusion

Les souches de E. faecium isolées à partir de produits carnés prêts à consommer constituent une source potentielle de diffusion de gènes de résistance aux antibiotiques d'importance clinique ; cette capacité de survie suggère un risque potentiel pour la santé publique, en contribuant à la dissémination de déterminants de résistance. Toutefois, des études épidémiologiques supplémentaires comparant les consommateurs d'aliments prêts à consommer à des cohortes témoins appropriées sont nécessaires pour mieux cerner les implications de la consommation de ces produits, notamment en ce qui concerne le risque de transmission bactérienne. Par ailleurs, ces résultats soulignent le potentiel considérable des approches de séquençage du génome entier pour obtenir une vue d'ensemble de la résistance aux antibiotiques et de sa mobilité potentielle, ainsi que de la virulence associée. Une fois intégrée aux analyses de routine, cette approche peut représenter une avancée majeure pour la surveillance et la caractérisation de E. faecium, en soutenant notamment les mesures de prévention essentielles pour réduire l'impact clinique de ce pathogène opportuniste.
*ciauscolo, salami et autre charcuterie.

vendredi 24 juillet 2026

Opération «purge» à La Courneuve : 17 commerces d'une même rue fermés en raison d'un manque d'hygiène

« Une purge » à La Courneuve avec la fermeture en cascade de 17 commerces d'une même rue pour cause de manque d’hygiène, forcément, cela interroge. Source actu.fr.

Début juillet 2026, la préfecture de Seine-Saint-Denis a fermé par mesure d'hygiène 17 commerces du quartier des Quatre-Routes à La Courneuve. Une situation singulière.

En plein mois de juillet 2026, la fermeture pourrait être estivale. C’est d’ailleurs ce que pensent de prime abord les passants interrogés. Il faut dire que sur les rideaux tirés des commerces de l’avenue Paul-Vaillant-Couturier à La Courneuve (Seine-Saint-Denis), aucun écriteau n’indique la raison de cette mise à l’arrêt. La réalité est toute autre. Entre le 2 et le 7 juillet, la préfecture de Seine-Saint-Denis a pris pas moins de 17 arrêtés de fermeture administrative pour des manquements d’hygiène.

« Sur 39 villes du département, on n’a jamais connu un contrôle aussi massif », ne décolère pas Aly Diouara, maire LFI de la ville. « Le nombre de fermetures prononcées s’explique par la gravité des manquements relevés lors des inspections », répond la préfecture de Seine-Saint-Denis. 

Dans le recueil des actes administratifs publié mercredi 15 juillet, la préfecture de Seine-Saint-Denis détaille pas moins de 17 arrêtés de fermeture d’urgence visant des commerces de la commune, pris entre le 2 et le 10 juillet. La très grande majorité des établissements concernés de La Courneuve sont situés avenue Paul-Vaillant-Couturier, l’un des principaux axes commerçants de la ville. Source actu.fr.

Un exemple parmi d’autres

Le fast-food Full Time (ou Full Time des Amis), situé avenue du Président-Wilson à Saint-Denis, a été fermé d’urgence par la préfecture après la découverte de nombreux manquements aux règles d’hygiène (source actu.fr).

La sanction est tombée. Par un arrêté pris jeudi 16 juillet 2026, le préfet de la Seine-Saint-Denis a ordonné la fermeture d’urgence de l’établissement Full Time, situé 77 avenue du Président-Wilson à Saint-Denis, en raison de nombreux manquements aux règles d’hygiène susceptibles de mettre en danger la santé des consommateurs. Cette décision intervient après plusieurs contrôles menés par Bureau Veritas pour le compte de la Direction départementale de la protection des populations (DDPP). 

Voici ce que rapporte l’arrêté de la préfecture :

... au cours d'une visite effectuée le 15/07/2026 par l'organisme Bureau Veritas, auquel les activités de contrôle officiels des établissements de la remise directe de la DDPP-93 ont été déléguées par la DRIAAF ile-de-France, il est constaté dans cet établissement de graves manquements aux règles d'hygiène et d'entretien général des lieux et des installations, notamment:

  • Absence de fonctionnement de l'unique chambre froide positive de l'établissement,
  • Absence de plan de lutte efficace contre les nuisibles,
  • Présence de nuisibles constatée (mouches),
  • Procédure relative à la surveillance des températures des denrées non appliquée,
  • Absence d'hygiène manuelle, ce manquement présente un risque élevé de contaminations croisées de germes pathogènes préjudiciables pour la santé des consommateurs,
  • Absence de respect des bonnes pratiques d'hygiène,
  • Procédure de nettoyage et de désinfection des locaux et du matériel non appliquée
  • Absence de liste des allergènes à déclaration obligatoire pour les consommateurs,
  • Absence de traçabilité des denrées,
  • Absence de contrôle à réception des matières premières,
  • Le plan de maîtrise sanitaire et les procédures qui l'accompagne est absent.
Commentaire
Excellente action de la part de la Préfet de Seine-Saint-Denis qui, hélas, ne sait pas ou ne veut pas communiquer sur les réseaux sociaux, comme son collègue du Val d'Oise. Cela étant, tout ceci était su et connu depuis bien longtemps, dès lors pourquoi avoir attendu ? La réponse est simple, on faisait avec les moyens du moment, bref, on ratrappe le temps perdu ...
L'expression 'hygiène manuelle' citée dans l'arrêté est inusitée, préférez l'expression 'hygiène des mains'.

MàJ. Ce document proposé sur le site du ministère de l'agriculture pourrait servir à des restaurants de La Courneuve, Restauration : quelles obligations en matière de formation à l'hygiène des aliments ? 
MàJ du 24 juillet 2026. La Courneuve : 17 commerces fermés en dix jours à l’issue d’opérations de contrôle, la préfecture balaie des accusations d’«acharnement». Source Le Figaro.
Le motif ? Des manquements à l’hygiène jugés suffisamment sérieux pour justifier une mise à l’arrêt immédiate.
Les propriétaires des établissements fermés ont exprimé leur mécontentement, estimant que les contrôles étaient excessifs et ciblés de manière injuste. Ils ont dénoncé un manque de dialogue avec les autorités et ont demandé une réévaluation des sanctions imposées.
La préfecture a réaffirmé son engagement à assurer la sécurité et le bien-être des citoyens, soulignant que les contrôles sont effectués de manière impartiale et conformément à la loi.

mardi 21 juillet 2026

L’impossible équation du 100% bio

« L’impossible équation du 100% bio » est un article de Gil Rivière-Wekstein paru sur son site, agriculture et environnement, le 20 juillet 2026.

Le blog vous en propose quelques extraits de cet article très documenté et à lire en intégralité.

Reprise timide mais réelle, clame l’Agence Bio pour 2025. Un examen des données montre plutôt un modèle qui stagne, et qui ne pourra jamais remplacer l’agriculture conventionnelle.

Le 16 juin, Bruno Martel, le président de l’Agence Bio, a présenté le « livret annuel des chiffres du bio » pour l’année 2025, en se félicitant de la consolidation d’un marché de quelque 12,6 milliards d’euros. Selon lui, la reprise serait enfin là, timide mais réelle, avec une croissance de 3,6 % en valeur et de 2% en volume par rapport à 2024.

Et de déployer la communication habituelle de l’Agence en l’étayant d’une batterie de chiffres censés démontrer que les bonnes perspectives sont de retour, et que cette embellie, « confirmant l’attractivité du bio », est de nature à susciter un regain d’optimisme chez les producteurs et à encourager les conversions et installations. « La crise est derrière nous », a confirmé au Nouvel Obs Franck Poncet, directeur général de Biocoop, le leader des magasins spécialisés qui a enregistré en 2025 une année « record » en termes de chiffre d’affaires et une hausse de fréquentation de 6,5%.

(...)
L’Agence Bio a beau insister sur le fait que 59% des Français déclarent aujourd’hui manger bio au moins une fois par mois et 35 % au moins une fois par semaine – soit cinq points de plus qu’en 2024 – et assurer que « toutes les catégories de population sont concernées, sans considération d’âge ou de niveau de vie », les chiffres sont têtus : 94 % des denrées composant l’assiette des Français restent issues de l’agriculture conventionnelle. Quant à la restauration collective, qui devait atteindre 20 % de bio avec la loi EGalim, elle plafonne à 552 millions d’euros, c’est-à-dire 6% du total.
(…)
Le « 100% bio » – manière détournée d’imposer la sortie des pesticides – pose donc une équation que la géographie a déjà tranchée : la France ne possède pas, et ne possédera jamais, les terres que ce modèle réclamerait. S’il existe indubitablement un marché bio, qui représente 5 à 6% de la consommation alimentaire des Français, est-il pour autant souhaitable de l’étendre en y consacrant de l’argent public? La question reste ouverte…

jeudi 16 juillet 2026

Une réalité très alarmante est l'augmentation du nombre d'intoxication alimentaire dans les cantines scolaires au Vietnam

« Augmentation du nombre d'intoxications dans les cantines scolaires, la vice-Premier ministre ordonne un traitement », source Lao Dong du 14 juillet 2026.

La vice-Premier ministre a souligné que la situation des intoxications alimentaires continue d'augmenter, dont de nombreux cas d'intoxication survenant dans les cantines scolaires, ce qui est une réalité très alarmante.

Selon le rapport, le secteur de la santé a inspecté 118 009 établissements, détecté 5 695 établissements en infraction, soit 4,83% du nombre d'établissements inspectés; traité 3 772 établissements, soit 66,22% du nombre d'établissements en infraction, en forte augmentation par rapport à la même période de l'année précédente; infligé des amendes à 3 571 établissements pour un montant total de plus de 20,2 milliards de dongs (1milliard de dongs = 3 321 euros -aa).

En particulier, les forces de la police populaire ont découvert et traité 4 688 affaires avec 4 795 organisations et individus en infraction, soit une augmentation de 102% par rapport à la même période de l'année précédente. Parmi celles-ci, 95 affaires ont été poursuivies avec 192 accusés, soit une augmentation de 265% en nombre d'affaires et de 237% en nombre d'accusés respectivement; 3 589 affaires ont été traitées administrativement et plus de 1 000 affaires ont été transférées aux autorités compétentes pour poursuivre le traitement.

Il est à noter que la situation des intoxications alimentaires a tendance à augmenter. Au cours des 6 premiers mois de 2026, le pays a enregistré 58 cas d'intoxication alimentaire avec 1 573 personnes touchées et 10 décès, soit une augmentation de 23 cas par rapport à la même période de l'année précédente. En particulier, 12 cas d'intoxication dans les cantines scolaires ont touché 741 élèves, soit une augmentation de 9 cas et une augmentation de 686 élèves par rapport à la même période.

Selon les dirigeants du gouvernement, les écoles doivent être un lieu de soins complets et de sécurité pour les générations futures du pays. La survenance de violations de la sécurité alimentaire dans les écoles affecte non seulement directement la santé et la condition physique des élèves, mais affecte également la qualité des ressources humaines à l'avenir. Sans solutions drastiques, cette situation entraînera de graves conséquences.

Il est nécessaire de renforcer la gestion des cantines scolaires, de contrôler strictement l'origine des aliments et les conditions de transformation, afin de garantir que chaque repas des élèves soit sûr et suffisamment nutritif.

Dans le même temps, renforcer les ressources pour les localités, en particulier au niveau communal; promouvoir la formation et le perfectionnement des cadres et assurer le financement de la mise en œuvre des tâches de gestion de la sécurité alimentaire.

La vice-Premier ministre a également demandé de continuer à promouvoir l'inspection, le contrôle, la lutte et le traitement sévère des violations de la sécurité alimentaire. Parmi celles-ci, il a confié au ministère de la Sécurité publique la tâche de continuer à se concentrer sur la lutte et le démantèlement des organisations et des entreprises produisant et commercialisant des produits contrefaits, des produits de contrefaçon, des produits de mauvaise qualité, en particulier les produits liés aux aliments.

mardi 14 juillet 2026

Allemagne : Une importante épidémie régionale à E. coli a touché près de 500 personnes

En Allemagne, une épidémie régionale d'infections à E. coli (EHEC) qui a débuté à mi-août 2025 fait l'objet d'un bilan consolidé publié en juillet 2026 par les autorités sanitaires.

Un article du 14 juillet 2026 de Joe Whitworth dans Food Safety News, auquel je n’ai pas accès, apporte une mise à jour importante des données.

Selon cet article, et selon l’IA, qui s'appuie sur des données récemment publiées par l'Office régional de la santé et des affaires sociales (LAGuS) du Mecklembourg-Poméranie-Occidentale :

Le précédent rapport datait du 13 novembre 2025 et le dernier rapport du Bureau régional de la santé et des affaires sociales (Landesamt für Gesundheit und Soziales - LAGuS) de Mecklenbourg-Poméranie-Occidentale du 6 juillet 2026 :

  • Près de 500 personnes touchées : Les chiffres finaux font état de 476 cas possibles (dont 428 infections formellement liées).
  • 3 décès ont été attribués à cette épidémie.
  • Les enfants particulièrement ciblés : Contrairement à la crise historique de 2011 qui touchait majoritairement les adultes, cette épidémie a principalement affecté les jeunes enfants (avec un âge médian de 4 ans chez les patients contaminés).
Caractéristiques scientifiques
  • Une souche rare, résistante et virulente : le Centre national de référence allemand a identifié le coupable comme étant la souche EHEC O45:H2. C'est un sérotype extrêmement rare en Allemagne (seulement 13 cas détectés entre 2015 et juin 2025). Ce variant possède des gènes produisant des shigatoxines (soustypes stx2a, eaeA et ehxA), le rendant particulièrement agressif et résistant à plusieurs antibiotiques.
  • Syndrome Hémolytique et Urémique (SHU) : Une proportion importante de cas, notamment chez les enfants, a développé un SHU, une complication rénale et sanguine grave. Plus de 50 cas de SHU confirmés ont nécessité des hospitalisations lourdes en soins intensifs.

Les zones géographiques concernées

L'épidémie est restée majoritairement localisée dans le nord et l'ouest de l'Allemagne.

  • L'épicentre principal était la région de Mecklenbourg-Poméranie-Occidentale (Mecklenburg-Vorpommern).
  • Des foyers importants ont également été identifiés en Rhénanie-du-Nord-Westphalie (Nordrhein-Westfalen).

Origine de la contamination : un mystère irrésolu

Malgré des centaines d'entretiens approfondis avec les familles des malades, des analyses de l'environnement et des tests poussés sur les aliments suspects de la chaîne de distribution, l'origine exacte de la contamination (l'aliment vecteur) n'a jamais pu être identifiée avec certitude. La dispersion géographique laisse supposer la contamination d'une denrée alimentaire largement distribuée, mais la fin de la courbe épidémique fin 2025 a clos les recherches de terrain sans coupable désigné.

lundi 13 juillet 2026

Il était une fois dans l'Ouest un auditeur en sécurité des aliments

Cela aurait pû aussi s'appeler le blues de l'auditeur en sécurité des aliments. Je publie cet article car il est le fruit d’une vécu personnel aux Etats-Unis, c’est rare, ce témoignage vaut plus que le simple coup d’oeil …

Comme l’on dit « toute ressemblance avec des personnages ou des entreprises existants serait purement fortuite ... ».

« Quand le score ment : un appel à la compétence et à la responsabilité réelles », Source article Bonna Cannon paru le 10 juillet 2026 dans FSM.

Des résultats d'audit élevés, des échecs catastrophiques et la nouvelle règle qui disqualifierait la personne chargée de réparer les dégâts.

Mon téléphone n'arrête pas de sonner ces derniers temps. Ce ne sont pas des appels du genre « On aimerait avoir votre avis stratégique », mais plutôt du genre « On a fait une grosse bêtise, et on a besoin de vous tout de suite ». Le système dérive vers le précipice depuis des années, et je vois les entreprises s'y précipiter, une à une. C'est une tendance qui ne cesse de s'accentuer. Elles sont toujours sous le choc quand ça arrive.

Voici à quoi ressemblent ces appels. L'entreprise affiche d'excellents résultats aux audits GFSI, plus de 90 % dans tous les domaines. Le PDG s'appuie sur ces scores pour rassurer le conseil d'administration et développer l'activité. Le revers de la médaille, c'est que ces mêmes scores servent à sacrifier la qualité, la sécurité des aliments et l'hygiène, moyennant de nouvelles coupes budgétaires. Le message est clair : obéir aveuglément aux ordres. Puis, la situation dégénère. L'entreprise échoue lamentablement à un audit fournisseur, ou pire, doit procéder à un rappel de produits. Et là, quelqu'un m'appelle.

En plus d'être la seule responsable de la qualité, je réalise notamment des évaluations des écarts avant les audits de certification. J'interviens en amont de la visite officielle, en examinant les systèmes et les installations selon le cadre de la certification, afin d'aider les établissements à comprendre leur situation réelle. Parfois, j'assiste également les jeunes professionnels lors de leur audit, car certaines entreprises préfèrent embaucher du personnel moins expérimenté et faire appel à moi une ou deux fois par an pour les former.

Mon expérience est donc directe. Lors de ces pré-audits, je découvre des problèmes graves, et il ne s'agit pas de simples détails d'entretien. Ce sont des défaillances fondamentales dans les contrôles en sécurité des aliments, au sein d'établissements qui ont pourtant obtenu des scores supérieurs à 90 % lors de leurs audits officiels. Il n'est pas rare que je reparte avec plus de 40 non-conformités, majeures et mineures, dans un établissement qui a pourtant reçu à plusieurs reprises une note quasi parfaite par un auditeur tierce partie certifié. J'ai gravi les échelons dans les opérations et l'ingénierie avant d'occuper un poste de direction en sécurité des aliments ; c'est pourquoi je sais reconnaître un dysfonctionnement sur une chaîne de production avant même qu'un contrôle ne soit effectué. Je comprends suffisamment bien l'inertie opérationnelle pour la signaler d'emblée. Je repère les problèmes qui risquent de s'aggraver.

Réfléchissez-y un instant. Puis demandez-vous ce que ces scores mesuraient réellement.

Le score n'est pas l'installation

Un certificat GFSI est un instantané. Il décrit l'état d'une installation lors d'une visite programmée, évaluée selon une liste de contrôle définie, par un auditeur dont les motivations ne favorisent pas toujours les conclusions franches. J'aime sincèrement l'industrie agroalimentaire et je n'aime pas annoncer de mauvaises nouvelles. Cependant, lorsqu'on me confie une mission, je fais ce pour quoi je suis payé, et ce n'est pas pour ajouter de fausses assurances à un monde qui en regorge déjà. Les bonnes entreprises assument leurs responsabilités et ne se mettent pas sur la défensive.

J'ai soutenu avec enthousiasme l'harmonisation GFSI dès son lancement et je crois toujours en sa mission fondamentale. Cependant, j'ai constaté trop d'échecs pour considérer une certification comme une garantie quelconque dans le contexte actuel de l'industrie agroalimentaire. Sa valeur a chuté. Elle s'apparente davantage à un chèque sans provision, un simple outil marketing. Lorsqu'un établissement obtient d'excellents résultats sur le papier mais se révèle incapable de fonctionner correctement, la certification induit en erreur tous les acteurs de la chaîne. Elle autorise les dirigeants à relâcher leur vigilance, permet à la direction de refuser une inspection et offre à l'ensemble de la chaîne d'approvisionnement une illusion de sécurité.

Des études publiées ont démontré que de nombreuses épidémies d'intoxication alimentaire étaient directement liées à des établissements ayant obtenu d'excellents résultats lors d'audits réalisés par des tiers, parfois quelques semaines seulement avant l'incident.

Un audit mené de manière inappropriée, avec des incitations erronées et selon des critères inadéquats, engendre une fausse assurance, et cette fausse assurance peut s'avérer plus dangereuse que l'absence totale d'assurance. Le coût économique annuel des intoxications alimentaires aux États-Unis est estimé à 77,7 milliards de dollars, et environ 3 000 personnes décèdent chaque année de contaminations qui auraient pu être évitées dans la quasi-totalité des cas.

Ce que je découvre sans cesse quand j'y arrive

Ce que je constate systématiquement, c'est un décalage important entre la réalité et la performance. Les protocoles de la chaîne du froid restent lettre morte. Les programmes de nettoyage-désinfection sont documentés, vérifiés sur la liste des contrôles, mais ne sont pas appliqués lorsqu'ils le devraient. La gestion des allergènes présente des lacunes alarmantes. Des infestations de nuisibles sont constatées dans les zones de production actives sans que des mesures correctives concrètes ne soient prises. Des accords de co-fabrication ont lieu à l'insu de tous les acteurs en amont de la chaîne d'approvisionnement, y compris parfois la marque dont le nom figure sur l'emballage.

Il y a dix ans, on m'a demandé d'approuver un établissement. Sur le papier, tout était parfait : une grande marque et une certification GFSI d'entreprise, du type qui couvre la société mère. L'acquisition avait eu lieu après le dernier audit, mais apparemment, nous n'étions pas censés le remarquer. Ils nous ont présenté un dossier fournisseur impeccable et un prix qui aurait dû nous alerter. Mon supérieur était impatient et voulait mon approbation concernant la certification. Après tout, il s'agissait d'un acteur national. Je lui ai rappelé l'époque où j'avais surpris un sous-traitant en train d'augmenter la cadence de production et de couper les refroidisseurs, et je lui ai dit qu'il pouvait signer lui-même et assumer les conséquences. À contrecœur, l'évaluation a été approuvée.

D'habitude, je fais le tour du site d'un fournisseur en voiture ou à pied avant d'entrer, car les installations donnent des indications avant même qu'on s'enregistre. Ce que j'ai trouvé ici était loin de ce que le certificat promettait : des ordures, des nids-de-poule remplis d'eau stagnante, des oiseaux tournoyant autour des déchets et se baignant dans les flaques d'eau devant une usine en pleine activité, et un trottoir transformé en un véritable champ de bataille de saletés, probablement ramenées directement à l'intérieur. Aucun contrôle d'identité n'était effectué à l'entrée. Quand j'ai demandé des informations sur la température des remorques, on m'a répondu qu'ils avaient noté n'importe quelle valeur faute de trouver le thermomètre. Je m'attendais presque à ce que quelqu'un surgisse et m'annonce qu'ils filmaient la scène pour voir si je perdais patience.

Lorsque j'ai demandé à voir où notre produit était entreposé, l'atmosphère a vite changé. La zone de stockage congelée contenait des produits ayant décongelé et s'étant partiellement resolidifiés sur le sol suite à une précédente coupure de courant. J'ai fait un pas, mon pied s'est soulevé et ma chaussure est restée collée au sol. J'ai dû la dégager en équilibre sur un pied pour éviter de marcher chaussette en avant dans les résidus.

Il s'agissait d'une entreprise certifiée GFSI. Nous n'avons pas fait appel à leurs services. J'ai également reçu des conseils concernant le choix des termes employés lors du débriefing. Apparemment, le terme « cloaque » était jugé trop imagé, même pour un usage interne. Je maintiens mon point de vue. Les statistiques sont formelles : le secteur ne s'améliore pas. Il se détériore à un rythme alarmant. Nous n'avons pas besoin de plus de certifications, ni de réglementations. Nous avons besoin d'un soutien au développement des compétences.

Pourquoi les audits passent à côté de ceci : un problème structurel, et non un problème humain

La plupart des auditeurs que je connais sont des professionnels dévoués qui exercent un métier difficile dans des conditions qui rendent une évaluation honnête et approfondie particulièrement ardue. On me demande souvent qui sont les auditeurs « faciles ». L’obtention d’une bonne note en audit est devenue une condition d’accès au marché, et ce dernier s’est adapté en conséquence.

Les organismes de certification ne sont pas rémunérés pour résoudre les problèmes. Lorsqu'un auditeur découvre une non-conformité majeure, il hérite d'un processus d'actions correctives comprenant l'examen de la documentation, le suivi et la vérification, le tout sans compensation supplémentaire. L'incitation, même inconsciente, est de rester en surface. Les formats basés sur des listes de contrôles, de plus en plus souvent sur tablettes, permettent de réaliser les audits plus rapidement et exigent moins d'approfondissement qu'une véritable évaluation des systèmes. On m'a récemment dit que je pouvais boucler un audit en deux fois moins de temps si je ne « perdais » pas de temps à documenter ce que j'avais examiné. J'ai répondu que nous pourrions économiser encore plus d'argent si je remplissais le rapport chez moi, en pyjama, un cocktail à la main, mais que cela irait à l'encontre même de l'objectif de l'audit.

On demande régulièrement aux auditeurs juniors d'évaluer des systèmes complexes de sécurité des aliments, souvent sans expérience du secteur, et de porter des jugements importants sur la maîtrise des dangers. C'est une erreur. Sur site, la présence physique prime sur l'examen des procédures. Je peux consulter les enregistrements réels plutôt que de me contenter de réciter des politiques qui ne font que répéter la norme. Je peux ainsi constater qu'il est 14 h, mais que le contrôle de 16 h a déjà été enregistré comme conforme, même si la ligne est en cours de déviation. L'odeur d'une installation révèle des choses qu'aucun registre d'actions correctives ne pourra jamais fournir. Pourtant, lorsque je suis sur place avec les auditeurs, je les vois passer environ 96 % de leur temps à parcourir des procédures ou à feuilleter le manuel. Face à des difficultés opérationnelles, je dois jouer les interprètes pour m'assurer que les conclusions pertinentes soient bien comprises. J'accompagne ces auditeurs à chaque occasion, car c'est nécessaire, et ils l'apprécient.

L'ère du «faux»

Depuis 2014, date à laquelle j'ai repéré ma première fraude, je vérifie les certificats auprès des organismes certificateurs. Les schémas se répètent : le nom d'une entreprise légitime superposé numériquement aux informations d'un autre site ; une certification d'entreprise authentique qui exclut le site de co-fabrication produisant réellement le produit ; des certifications expirées présentées comme valides ; des déclarations de périmètre qui omettent opportunément les lignes de production à haut risque. Rien de tout cela ne nécessite une fraude sophistiquée, et tout passe inaperçu dans les systèmes où aucune vérification n'est effectuée. Un prix trop beau pour être vrai est toujours un signal d'alarme. Cela signifie que quelqu'un rogne sur quelque chose, et votre rôle est de découvrir ce qui se trame avant que cela ne vous rattrape.

Ce que les dirigeants comprennent mal

Un score élevé ne signifie pas que le système fonctionne correctement. Il peut signifier bien d'autres choses, par exemple :
  • Le système a appris à fonctionner lors des audits.

  • L'équipe chargée de la sécurité des aliments a compensé le sous-investissement structurel avec une telle efficacité que le déficit n'est pas encore devenu visible.
  • L'entreprise a trouvé un ou plusieurs auditeurs « indulgents » qui attribuent des scores élevés.
  • Le plan consiste simplement à maintenir cette ambiance positive jusqu'à la retraite des responsables.

J'ai travaillé pendant des années avec des équipes qui signalaient des problèmes : des problèmes détaillés, documentés et présentés de manière professionnelle, minimisés parce que les résultats d'audit étaient bons. Ces équipes n'avaient pas tort ; ce sont les résultats qui étaient erronés. Quand la crise éclate – et dans ce genre de situations, elle finit toujours par arriver –, le coût de la remise en état est toujours bien supérieur à ce qu'il aurait fallu faire correctement dès le départ. Pendant ce temps, l'équipe qualité qui avait tiré la sonnette d'alarme subit un nouveau revers. Faut-il s'étonner que les bons éléments partent ?

Votre équipe qualité n'est pas en cause. Écoutez-la avant que je sois obligé d'intervenir.

Maintenant, parlons de qui est habilité à auditer tout cela.

C’est là que je dois introduire une couche d’ironie que je n’aurais vraiment pas pu inventer même en essayant.

J'ai gravi les échelons dans les opérations et l'ingénierie avant de me spécialiser dans le management de la sécurité des aliments, ce qui me permet d'appréhender les deux aspects de la relation d'audit. Ingénieur chimiste de formation, je suis également titulaire d'un master en gestion de l'ingénierie. Je possède les certifications de formateur principal Food Safety Preventive Controls Alliance (FSPCA) et de formateur HACCP, ce qui signifie que j'enseigne les programmes de formation destinés aux responsables des dispositifs de sécurité des aliments. Une partie de mon travail actuel consiste à réaliser des audits de conformité aux normes de certification et à effectuer des analyses d'écart avant les audits de certification officiels. Mon téléphone sonne régulièrement lorsque des entreprises sont confrontées à de graves crises de sécurité des aliments, notamment des rappels de produits, car je possède l'expérience nécessaire pour redresser la situation.

Dans le cadre des exigences de référence du GFSI (version 2024), actuellement mises en œuvre par les organismes de certification, notamment SQF, BRCGS et FSSC 22000, la question de savoir si je pourrais être qualifié comme auditeur tierce partie GFSI reste ouverte, selon l'interprétation de la clause « ou équivalent » par chaque organisme de certification. L'exigence de référence 4.9 (2024) de la GFSI impose aux auditeurs d'être titulaires d'un diplôme dans une discipline scientifique ou technologique liée aux aliments ou pertinente. Fin 2025, le GFSI a publié une note technique précisant que cette exigence n'a pas pour but d'exclure les professionnels ayant acquis des compétences par le biais de formations professionnelles et d'une expérience pertinente, mais qu'une déclaration d'intention dans une note technique ne constitue pas une voie d'accès concrète.

Je suis parfaitement qualifié pour entrer dans un établissement arborant fièrement un certificat GFSI et y trouver plus de quarante mentions légales et mineures, pour me tenir debout dans une chambre froide en essayant de décoller ma chaussure d'un sol jonché de produits décongelés et reconstitués, pour dire à un PDG que son fournisseur représente un risque déguisé en danger, et pour dispenser la formation FSPCA. Pourtant, selon les nouvelles règles, je ne suis pas qualifié pour être auditeur auprès d'un organisme de certification, car je ne réponds pas aux exigences de formation. De plus, le cadre réglementaire ne prévoit aucune possibilité pour les praticiens expérimentés d'accompagner ou de conseiller les auditeurs les moins expérimentés dans les établissements les plus problématiques.

Le secteur est confronté à une pénurie d'auditeurs grave et avérée. Une analyse des effectifs, financée par le National Institute of Food and Agriculture du ministère de l'Agriculture des États-Unis (USDA-NIFA) et publiée dans Food Safety Magazine en avril 2025, la qualifiait de « catastrophique » et évoquait des « implications considérables ». Le GFSI lui-même la considérait comme « une menace sérieuse pour l'ensemble de l'écosystème de la sécurité des aliments » en 2021. Quatre ans plus tard, la situation ne s'est toujours pas améliorée. Imposer des critères d'accréditation que les praticiens expérimentés peinent à franchir n'est pas une solution à la pénurie, mais un moyen de l'aggraver.

À quoi ressemble un meilleur système

Les chercheurs qui documentent depuis des décennies les conséquences humaines des maladies d'origine alimentaire et les professionnels de santé qui arpentent ces services chaque semaine ne sont pas des adversaires. Nous abordons le même problème sous des angles différents, et le secteur a besoin de ces deux points de vue. Ce dont nous n'avons pas besoin, ce sont de nouvelles certifications ou réglementations. Nous avons besoin de soutien pour développer les compétences. Voici comment cela se traduit :
  • Vérifiez les certificats au lieu de les archiver. Confirmez chaque certificat auprès de la base de données de l'organisme émetteur. Les outils existent et cette étape ne prend que quelques minutes.

  • L'étendue du projet est primordiale. Un certificat d'entreprise qui exclut l'établissement en question, notamment celui qui manipule votre produit, n'est qu'un leurre.
  • Audit basé sur le risque réel. La chaîne du froid, les allergènes, la co-fabrication et les catégories avec un haut danger nécessitent une évaluation approfondie. Un prix trop beau pour être vrai est un signal d'alarme.
  • Déployez des auditeurs sur le terrain, y compris avant les opérations et aux heures creuses, même si cela implique de commencer à 4 h du matin. Si ce poste est pourvu, l'auditeur peut l'être aussi.
  • Parlez aux personnes qui effectuent les travaux. Les auditeurs qui mettent les gens à l'aise apprennent ce que contient réellement le bâtiment.
  • L'expression « ou équivalent » doit être employée avec conviction. Les organismes d'achat de produits et les organismes de certification doivent mettre en œuvre les objectifs de la GFSI au moyen de critères précis et transparents, et non s'en remettre à une interprétation au cas par cas.
  • Investissez délibérément dans le développement des compétences par le biais de modèles d'apprentissage, de partenariats entre le monde universitaie et l'industrie, et de programmes de bourses d'études qui complètent les parcours d'expérience opérationnelle, plutôt que de s'y substituer.
  • Sachez que la responsabilité des dirigeants fait partie intégrante du système. Le service qualité n'est pas votre problème. Le score n'a jamais été le plus important.

Les enjeux

L'audit de la sécurité des aliments n'est pas une simple formalité de conformité. Il s'agit d'une mission de santé publique. L'épidémie de listériose chez Boar's Head et le rappel des préparations pour nourrissons d'Abbott sont des exemples de défaillances des systèmes de vérification et de divergences persistantes entre les théories et les pratiques, transformant un danger évitable en crise nationale.

On me demande parfois pourquoi je m'obstine autant et pourquoi je ne cherche pas à être plus commercialisable. Franchement, si j'avais simplement suivi le mouvement, je serais à la retraite depuis longtemps. La réponse est simple : en 2009, mon fils a failli mourir d'une infection à E. coli O157:H7 contractée dans des aliments contaminés. Il a survécu, avec des dialyses, des transfusions sanguines et des lésions rénales permanentes, et les frais médicaux dépassent aujourd'hui 750 000 dollars. J'étais à son chevet à l'hôpital pour enfants de Seattle, tandis que mon téléphone vibrait sans cesse : des avis de rappel de produits étaient à l'origine de son hospitalisation. Je savais exactement ce que ces avis signifiaient et, après quelques recherches, j'ai rapidement compris la cause du problème. Ce n'est pas un diplôme, c'est une raison.

La valeur d'un certificat dépend de la qualité des informations fournies. Les personnes dont la vie dépend des services rendus dans ces établissements méritent d'avoir une vision complète de la situation.

Le téléphone n'arrête pas de sonner. Je continue d'arriver. Quelque part dans une salle de conférence, un PDG examine un score de 98 et se félicite d'avoir reporté l'embauche de responsables qualité pour cinq sites et d'avoir accordé une augmentation symbolique à leur unique responsable qualité senior, déjà surchargée de travail, qui passe ses pauses déjeuner à mettre à jour son CV.

NBGlobal Food Safety Initiative (GFSI est le nom donné à une collaboration mondiale des acteurs de l’industrie alimentaire. Cette organisation vise à promouvoir l’amélioration continue des systèmes de management de la sécurité des aliments tout au long de la chaîne d’approvisionnement.

Commentaire.

Je souscris à ce qui est rapporté. Etant retraité depuis plusieurs années, je continue encore de recevoir des demandes d’interventions pour des problématiques hygiène et sécurité des aliments. Ces demandes sont systématiquement redirigées vers des collègues bien plus compétents que moi. Qu’on se le dise !