Listeria monocytogenes viable
mais non cultivable peut se réactiver après transfert de biofilms
sur de l'acier inoxydable vers du hareng fumé conditionné sous-vide.
Faits
saillants
•
Listeria monocytogenes viables mais
non cultivables (VBNC) ont été induits dans des biofilms par de
l’ammonium quaternaire.
•
Les populations de VBNC sont transféré
à des surfaces de hareng fumé.
•
Listeria monocytogenes VBNC retrouvent
leur capacité de culture lors du stockage réfrigéré.
•
Les populations réactivées
atteignent 6 à 7 log UFC/g à la date limite de consommation.
Résumé
Listeria
monocytogenes est un pathogène persistant d’origine alimentaire,
capable de survivre lors des conditions d’hygiène et de basse
température fréquemment rencontrées dans les environnements de
transformation des aliments. En situation de stress environnemental,
cette bactérie peut entrer dans un état viable mais non cultivable
(VBNC), caractérisé par le maintien de sa viabilité mais la perte
de sa capacité de culture, la rendant indétectable par les méthodes
microbiologiques conventionnelles. Cette étude visait à déterminer
si des populations de Listeria monocytogenes VBNC issues de
biofilms pouvaient être transférées à un produit de la mer prêt
à consommer et se réactiver lors de la conservation réfrigérée.
Des biofilms ont été formés pendant 24 h sur des supports en acier
inoxydable à 8°C et exposés à un désinfectant à base d'ammonium
quaternaire. Les populations totales, viables et cultivables ont été
quantifiées par qPCR, PMA-qPCR et dénombrement. Le traitement par
de l'ammonium quaternaire a réduit significativement les populations
cultivables (réduction de 3 log) tout en maintenant des populations
viables élevées (≈ 5,2 log GE/cm²) [GE
= genome equivalent ou équivalent génomique], suggérant une
induction du caractère VBNC. Les biofilms traités et non traités
ont ensuite été mis en contact avec des morceaux de hareng
fumé-salé stériles afin de simuler une contamination croisée.
Dans tous les cas, des populations de Listeria monocytogenes
ont été transférées, avec des populations viables atteignant
environ 4 à 6 log GE/g pour les biofilms non traités et environ 3
log GE/g pour les biofilms traités par de l’ammonium quaternaire,
où la plupart des populations étaient à l'état VBNC. Lors du
stockage sous-vide et réfrigéré (7 jours à 4°C suivis de 14
jours à 8°C), les populations présentes à la surface du hareng
ont progressivement retrouvé leur capacité de culture, les
populations cultivables passant de faibles niveaux initiaux à 5 à 7
log UFC/g à la fin de la durée de conservation du produit (21
jours). Ces résultats montrent que les populations de Listeria
monocytogenes VBNC présentes sur les surfaces en contact avec
les aliments peuvent être transférées aux produits de la mer prêts
à consommer et retrouver leur capacité de culture pendant le
stockage. Ceci met en évidence une voie de contamination potentielle
et souligne la nécessité de prendre en compte les populations VBNC
dans les stratégies de surveillance de l'hygiène et d'évaluation
des risques pour les aliments conditionnés sous-vide.
Ces
résultats ont des implications majeures pour la gestion de la
sécurité des aliments. Les méthodes conventionnelles de maîtrise
de l'hygiène, basées sur le dénombrement des cellules cultivables,
sous-estiment probablement la présence de Listeria monocytogenes
viable dans les environnements de transformation, notamment après
des procédures de désinfection susceptibles d'induire un état VBNC
plutôt que d'inactiver les populations. Par conséquent, des
produits considérés comme microbiologiquement conformes peuvent
encore héberger des populations viables et potentiellement
réanimables de L. monocytogenes. La détection de L.
monocytogenes VBNC est donc cruciale pour améliorer la surveillance
environnementale, en particulier dans les installations de
transformation des produits de la mer et des plats cuisinés prêts à
consommer, où les basses températures et l'anaérobiose peuvent
favoriser la réanimation bactérienne pendant le stockage. Ces
résultats soulignent également la nécessité d'évaluer les
formulations de désinfectants non seulement pour leur létalité
immédiate, mais aussi pour leur potentiel à induire une dormance
bactérienne.
En
conclusion, cette étude a montré que les populations de Listeria
monocytogenes survivantes à la désinfection à l'état de VBNC
au sein de biofilms peuvent être transférées aux produits de la
mer prêts à consommer et se réactiver lors du stockage réfrigéré
sous-vide. Ces résultats révèlent une voie de contamination
jusqu'alors inconnue et soulignent la nécessité d'intégrer la
quantification des bactéries VBNC aux systèmes de surveillance de
la sécurité des aliments.
NB
: L’article
est disponible gratuitement en intégralité.
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