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dimanche 2 août 2026

Unusual suspect : Listeria monocytogenes et les boissons végétales pasteurisées et réfrigérées

« A new suspect: Listeria monocytogenes outbreak linked to pasteurised plant-based beverages, Canada, 2024 (Un nouveau suspect : une éclosion à Listeria monocytogenes liée à des boissons végétales pasteurisées, Canada, 2024) », source Eurosurveillance.
Article très utile pour mieux comprendre, si besoin en était, la contamination par Listeria monocytogenes.

Qu’avons-nous appris de cette étude ?

L'éclosion a touché 20 personnes, confirmées en laboratoire, et a entraîné trois décès. Tous les cas étaient dus à la même souche génétique de Listeria monocytogenes. Des boissons végétales de substitution aux produits laitiers ont été identifiées comme l’origine de l'épidémie, soulignant l'importance de prendre en compte de nouvelles sources non identifiées jusqu'ici dans les enquêtes sur les épidémies à L. monocytogenes.

Quelles sont les implications de vos résultats pour la santé publique ?

Le prélèvement et l'analyse d'échantillons de restes alimentaires ont joué un rôle déterminant dans l'identification rapide d'une nouvelle source d'éclosion. Bien que l’origine de la contamination n'ait pas été identifiée, le respect par les fabricants de la réglementation applicable à Listeria monocytogenes dans les aliments prêts à consommer, y compris les boissons à base de végétaux, demeure essentiel pour prévenir la contamination et les maladies, voire les décès, qui pourraient en découler.

Dans une boisson à la noix de coco réfrigérée, chez un patient, vendue sous la marque A et périmée, a été identifiée la souche de L . monocytogenes qui était génétiquement apparentée à l'isolat clinique du cas.

Listeria n'a pas été détecté dans aucun des autres échantillons prélevés au domicile du patient, y compris un prélèvement de boisson aux amandes vendue sous la même marque A.

Cet article décrit l'enquête menée en Ontario, Canada, qui a établi un lien entre une éclosion de 20 cas à L. monocytogenes génétiquement apparentés et des boissons pasteurisées à base de plantes, et met en lumière les preuves recueillies pour incriminer les boissons à base de végétaux comme source de la maladie, ainsi que les mesures de maîtrise de l'éclosion.

Dans l’usine, ligne 1, Listeria monocytogenes a été détecté dans quatre écouvillons prélevés sur des surfaces non en contact avec les aliments dans les zones de traitement post-pasteurisation liées à la ligne 1. Deux des isolats positifs à L. monocytogenes provenaient de surfaces non en contact avec les aliments (un siphon de la zone de la zone de conditionnement et la grille du siphon de la ligne de traitement) correspondaient génétiquement à la souche responsable de l'éclosion.

Deux autres écouvillons positifs à L. monocytogenes (le couvercle d'une cuve de stockage et la rigole du siphon de la ligne de traitement) n'étaient pas considérés comme génétiquement apparentés entre eux, ni à la souche responsable de l'éclosion. De plus, ils n'étaient apparentés à aucun autre isolat clinique de la base de données canadienne.

La source de contamination à l'usine de fabrication X n'a pas été déterminée. Toutefois, l’usine de fabrication n’a pas respecté la politique de Santé Canada concernant la présence de Listeria monocytogenes dans les aliments prêts à consommer, notamment en ce qui concerne les prélèvements environnementaux et les analyses des produits finis. Suite à l’avis de rappel d’aliments, la production n’a jamais repris sur la chaîne de production concernée et le fabricant a depuis fermé définitivement l’usine de fabrication X en Ontario.

L’identification d’un nouvel aliment pose souvent des défis d’enquête nécessitant le recours à diverses techniques. Cependant, comme l’ont démontré cette enquête et d’autres similaires, la sélection et l’analyse appropriées des échantillons alimentaires peuvent accélérer l’identification de l’origine et la mise en œuvre de mesures de santé publique, prévenant ainsi d’autres cas de maladie.

Les boissons à base de plantes ne sont pas une source connue d’éclosions à Listeria monocytogenes et, comme le produit incriminé était pasteurisé, aucune contamination n’était attendue. Mais compte tenu d’éclosions antérieures, dont une survenue en Ontario liée au lait chocolaté en 2015-2016, il a été estimé qu’un produit peut être contaminé après pasteurisation et favoriser la croissance de L. monocytogenes. Fort de cette expérience, il a été proposé d’inclure le produit pasteurisé dans les échantillons restants prélevés au domicile d’un cas en juin 2024, malgré un risque perçu plus faible et le fait que cet aliment n’ait pas été mentionné dans le questionnaire national standardisé.

La pasteurisation, si la température et la durée sont suffisantes, est efficace pour éliminer Listeria, et aucune défaillance liée au processus de pasteurisation n'a été constatée. La souche responsable de l'éclosion a été retrouvée sur des surfaces non en contact avec des aliments dans les zones de traitement post-pasteurisation de la ligne 1. La contamination a donc pu se produire à n'importe quelle étape du traitement post-pasteurisation. Des études antérieures ont démontré que Listeria peut s'implanter dans les installations de production et former des biofilms et des sites de colonisation, qui peuvent survivre pendant des mois dans des zones qui ne peuvent être correctement nettoyées ou désinfectées, entraînant ainsi une contamination des produits.

La production n'ayant jamais repris sur la ligne 1 incriminée et le fabricant ayant depuis fermé l'usine, une réapparition de cette souche est peu probable. De plus, la source de contamination n'ayant pas été déterminée, il est impossible de formuler des recommandations pour prévenir des éclosions similaires à l'avenir, en Ontario et ailleurs.

Par ailleurs, Listeria n’a pas été détectée dans des échantillons de marque A, qu’ils proviennent de points de vente fermés ou de réserves. Seul un petit nombre d’échantillons fermés ont été analysés, compte tenu du volume de produits visé par l’avis de rappel. Comme l’ont démontré d’autres enquêtes sur L. monocytogenes et compte tenu de la répartition des cas d’éclosion sur une période de 11 mois, la contamination du produit était probablement intermittente, certains produits étant contaminés et d’autres non.

samedi 1 août 2026

Forte augmentation des infections à Cyclospora chez des touristes britanniques liées à des voyages au Mexique

Des cas d’infections à Cyclospora sont survenues au Royaume-Uni en liaisons à des complexes touristiques mexicains, source CIDRAP News.

Le 29 juillet 2026, l'UK Health Security Agency (UKHSA) a annoncé une augmentation du nombre de personnes diagnostiquées avec une cyclosporose. L'agence a indiqué que 67 personnes ayant voyagé ont reçu un diagnostic de cyclosporose. Parmi les personnes ayant voyagé au Mexique, les cas ont fait état de séjours dans divers hôtels des régions de la Riviera Maya et de Cancún, ainsi que de la consommation d'aliments et de boissons variés dans le cadre de formules de vacances « tout compris ».

En une année ordinaire, le Royaume-Uni enregistre environ 93 cas de cyclosporose.L' UKHSA s'attend à une recrudescence des cas chez des personnes contractant Cyclospora lors de voyages au Mexique et aux États-Unis.

En raison de la forte augmentation des infections à Cyclospora liées à des voyages au Mexique, les voyageurs sont invités à suivre les recommandations d'hygiène alimentaire et de l'eau pour réduire le risque d'infection.

Les dernières données, publiées ce jour, indiquent que 67 cas ont été signalés chez des voyageurs de retour en Angleterre (30 cas), au Pays de Galles (10 cas) et en Écosse (27 cas) entre le 30 avril et le 15 juillet 2026 ; il s'agit d'une forte augmentation cette année par rapport à la moyenne annuelle de 93 cas enregistrée entre 2022 et 2025.

Des informations sur les déplacements sont disponibles pour 52 de ces 67 cas ; parmi eux, 48 ont signalé un séjour au Mexique, dont l'un a également mentionné un voyage aux États-Unis. Un autre cas a signalé un voyage uniquement aux États-Unis, et un dernier, un voyage au Kenya.

Des investigations complémentaires concernant ces cas sont en cours.

L'UKHSA prévoit une augmentation continue des cas liés aux voyages, en raison de la hausse des déplacements estivaux vers le Mexique et d'une augmentation potentielle des cas liés aux voyages aux États-Unis, où une épidémie généralisée a été signalée.

Commentaire

S’agissant de la France, je pense qu’il n’y a pas eu de touristes tant au Mexique qu’aux Etats-Unis ou bien Santé publique France ne s’est encore pas saisie du sujet, étonnant, non ?

NB : L'image est issue de cet article ici.

En attendant la certitude : Ce que les investigations sur les épidémies révèlent sur la communication stratégique

« En attendant la certitude : Ce que les investigations sur les épidémies révèlent sur la communication stratégique », article de Marianna Naum paru le 31 juillet 2026 dans Food Safety Magazine.

Les investigations sur les épidémies d'origine alimentaire se déroulent rarement de manière linéaire. À mesure que de nouveaux éléments apparaissent, les hypothèses sont affinées, les résultats de laboratoire sont évalués, les investigations de traçabilité se poursuivent et notre compréhension de l'épidémie évolue. Pour les professionnels de la sécurité des aliments, rien d'étonnant : c'est ainsi que fonctionne la science.

L'investigation en cours sur l'épidémie à Cyclospora nous le rappelle une fois de plus. Les premiers résultats de laboratoire laissaient entrevoir une conclusion avant que des preuves supplémentaires n'apportent davantage de clarté. Au fur et à mesure de l'avancement de l'investigation, l'attention du public s'est naturellement portée sur les changements intervenus et leurs raisons.

Le problème est que la science et la prise de décision suivent rarement le même calendrier.

Tandis que les investigateurs continuent de recueillir des preuves, les acteurs de la chaîne alimentaire prennent des décisions en temps réel : les consommateurs choisissent ce qu'ils vont servir à leur famille, les entreprises évaluent les impacts opérationnels et les responsables de la santé publique déterminent la meilleure façon de communiquer l'évolution de la situation.

Aucune de ces décisions n'attend la fin d'une investigation. Cette réalité a des implications importantes sur notre conception de la communication stratégique.

La science et la prise de décision suivent des calendriers différents

La démarche scientifique est délibérément méthodique. Les chercheurs recueillent des preuves, évaluent les hypothèses concurrentes, vérifient les résultats de laboratoire, effectuent des traçabilités et affinent continuellement leurs connaissances à mesure que de nouvelles informations sont disponibles. Les recommandations évoluent au gré des avancées scientifiques.

En dehors du cadre de l'investigation, le calendrier est cependant bien différent. Les consommateurs décident si un aliment est sans danger pour leur famille, les distributeurs déterminent si les produits doivent rester en rayon, les fabricants évaluent les impacts opérationnels et envisagent les prochaines étapes, les professionnels de santé décident si les symptômes d'un patient justifient des examens complémentaires, et les responsables de la santé publique doivent trouver un équilibre entre la nécessité de communiquer rapidement et celle de garantir l'exactitude de l'information. Aucune de ces décisions n'est suspendue le temps de recueillir des preuves supplémentaires.

Comme l'a démontré l'investigation sur l'épidémie à Cyclospora, tandis que les scientifiques continuent d'évaluer de nouvelles preuves, les acteurs de la chaîne alimentaire prennent des décisions en fonction des meilleures informations disponibles à ce moment précis. Cela crée une tension naturelle.


Les scientifiques se demandent alors, à juste titre :
  • Que nous apprennent les preuves ?
  • Sommes-nous confiants dans ces résultats ?
  • De quelles informations supplémentaires avons-nous besoin ?
  • Qu’est-ce qui reste d’incertain ?

Tout le monde se demande : Que dois-je faire aujourd’hui ?

Reconnaître cette différence est l’une des premières étapes vers une communication stratégique plus efficace.

Des publics différents ; des décisions différentes

La communication stratégique commence souvent par un exercice classique : identifier le public. S’agit-il de l’industrie ? Des consommateurs ? Des professionnels de santé ? Des autorités chargés de la réglementation ? Des médias ?

Identifier le public est important, mais ce n’est que le point de départ. Une question plus pertinente serait : Quelles décisions les différents publics cherchent-ils à prendre ?

Ce changement subtil modifie notre approche de la communication.

Les personnes ne vivent pas une épidémie simplement comme des membres d’un public. Ils la vivent en tant que décideurs.

Bien que tous suivent la même investigation, les questions qu’ils se posent diffèrent. Les consommateurs se demandent si les aliments sont sans danger à consommer. Les acteurs de l’industrie s’interrogent sur les conséquences de l’investigation pour leurs activités et leurs obligations réglementaires. Les professionnels de santé cherchent à savoir comment l’évolution des informations doit influencer la prise en charge des patients. Les responsables de la santé publique s'interrogent sur la manière de communiquer rapidement les données probantes en constante évolution, tout en fournissant le contexte nécessaire à une prise de décision éclairée.

Chaque public est confronté au même événement. Chacun prend une décision différente.

L'investigation sur l'épidémie à Cyclospora illustre clairement ces différences. À mesure que les recommandations évoluent, les questions que se posent les gens évoluent également, non pas parce qu'ils doutent des données scientifiques, mais parce qu'ils ont besoin de comprendre ce que les données probantes en constante évolution impliquent pour les décisions qu'ils doivent prendre.

Lorsque la communication repose sur la compréhension de ces décisions, il devient plus facile de déterminer les informations nécessaires aux différents publics, le niveau de détail approprié et la meilleure façon de fournir un contexte pertinent.

L'objectif n'est pas de présenter des faits différents à différents publics. L'objectif est de fournir les mêmes données probantes de manière à étayer les différentes décisions.
Communiquer en situation d'incertitude

L'un des plus grands défis de la communication en matière de sécurité des aliments est que les investigations sur les épidémies nécessitent souvent de communiquer avant que toutes les réponses ne soient connues. La tentation peut être grande d'attendre que l'incertitude soit levée. Dans de nombreuses situations, cependant, cela est tout simplement impossible car les gens ont encore besoin d'informations. L'investigation en cours sur Cyclospora illustre bien cette difficulté. À mesure que les chercheurs rassemblent de nouvelles données sont recueillies, les recommandations publiques évoluent en conséquence. Cette évolution reflète la démarche scientifique, et non une incohérence. Toutefois, sans le contexte approprié, une modification des recommandations peut facilement être mal interprétée.

L’objectif n’est pas d’éliminer l’incertitude, mais l’objectif est de communiquer en tenant compte de celle-ci.

Cela implique d’exposer clairement ce qui est connu, de faire preuve de transparence sur les points encore à l’étude et d’être prêt à expliquer pourquoi les recommandations sont susceptibles d’évoluer à mesure que de nouvelles données deviennent disponibles.

La plupart des personnes comprennent que la science évolue. Ce qui suscite la frustration, ce n’est pas le changement des conclusions, mais le fait que des personnes ne comprennent pas pourquoi cela a changé. Fournir ce contexte aide le public à interpréter les nouvelles informations comme s’inscrivant dans une démarche d’investigation continue, plutôt que comme la preuve que les communications précédentes manquaient de fiabilité.

Ainsi, la transparence quant à l’incertitude peut renforcer la crédibilité au lieu de l’affaiblir.

Au-delà de la diffusion d’informations

La sécurité des aliments a toujours reposé sur une science rigoureuse. De plus en plus, elle dépend aussi de notre capacité à aider le public à suffisamment comprendre cette science pour prendre des décisions éclairées, alors même que les données continuent d’évoluer.

La communication est souvent évaluée à l’aune de la rapidité de diffusion de l’information. La rapidité, l’exactitude et la transparence sont toutes importantes. Mais un autre critère mérite tout autant d’attention : les personnes ont-elles reçu les informations nécessaires pour prendre les décisions auxquelles elles étaient confrontés ?

Bien après que les détails de l’investigation sur l’épidémie actuelle à Cyclospora seront tombés dans l’oubli, les leçons de communication qu’elle a mises en lumière resteront pertinentes. Les investigations futures soulèveront sans doute des questions scientifiques différentes, mais le défi en matière de communication restera sensiblement le même : aider les personnes à prendre des décisions éclairées alors que la science continue d’évoluer.

Les investigations sur les épidémies nous rappellent que la communication ne consiste pas simplement à transmettre une information d’un point à un autre. Il s’agit de favoriser la compréhension.

Lorsque la communication stratégique s’appuie sur une compréhension des décisions que les différents publics cherchent à prendre, elle devient bien plus qu’un simple vecteur d’information. Elle joue un rôle essentiel pour aider les gens à naviguer dans des situations complexes avec plus de clarté et de confiance.

Cette investigation finira par aboutir, mais les leçons de communication qu’elle nous enseigne devraient perdurer. 

C’est peut-être là l’un des enseignements les plus précieux que nous offrent les investigations sur les épidémies, non seulement en matière de sécurité des aliments, mais aussi quant au rôle d’une communication stratégique et efficace pour soutenir une prise de décision éclairée.

vendredi 31 juillet 2026

A propos de l'élimination de biofilms monospécifiques et bispécifiques de Escherichia coli O157:H7 et de Listeria monocytogenes formés sur diverses surfaces en contact avec les aliments en flux dynamique par l'acide peracétique

Longtemps, je me suis intéressé aux biofilms. Il s’agit de cette forme de vie usuelle des micro-organismes, qui, comme chacun le sait, ne vivent pas en suspension.

Ainsi en est-il de nouvelle article à paraître où il va être question de biofilms en flux dynamique, comme dans la vraie vie, et du rôle d’un désinfectant majeur en entreprise alimentaire, l’acide peracétique.

On sait que les désinfectants ne sont pas des produits qui font des miracles sur les surfaces en contact avce les aliments, le nettoyage préalable est toujours indispasable. Ici les auteurs de l’étude montre une nouvelle donne des surfaces en contact avec les aliments avec la notion d'aplatissement d'une surface (ou kurtosis* surfacique), en résumé la topographie de la surface et non pas la seule rugosité. L’étude a aussi utilisé une bactérie environnementale** Gram négatif, reconnue comme ayant un fort producteur de biofilm. Voilà, vous lire dans cet article, les Faits saillant, le résumé et la conclusion, et vous vous direz avec les auteurs qu’il est particulièrement difficile d’éliminer un biofilm avec un désinfectant, fut-ce l’acide peracétique. Mais n’anticipons pas, bonne lecture !

Va paraître dans Journal of Food Protection un article intitulé, « Efficacy of Peracetic Acid in Removing Escherichia coli O157:H7 and Listeria monocytogenes from Single- and Dual-Species Biofilms formed on Various Food Contact Surfaces under Dynamic Flow » (Efficacité de l'acide peracétique pour l'élimination des biofilms monospécifiques et bispécifiques de Escherichia coli O157:H7 et de Listeria monocytogenes formés sur diverses surfaces en contact avec les aliments en flux dynamique).

Faits saillants

  • Le stress lié aux forces de cisaillement influence la formation du biofilm et son élimination par l'acide peracétique.
  • Les pathogènes sont plus difficiles à éliminer des surfaces en EPDM (Éthylène-Propylène-Diène Monomère un caoutchouc synthétique).
  • L. monocytogenes est plus résistant que E. coli O157:H7 au sein du biofilm.
  • La bactérie indigène Ralstonia insidiosa protège les pathogènes présents dans les biofilms contre le désinfectant.

Résumé

Les biofilms de Escherichia coli O157:H7 et de Listeria monocytogenes survivent souvent aux procédures de nettoyage et de désinfection standardisées, ce qui représente un risque majeur pour la sécurité des aliments dans le secteur de la transformation alimentaire. Pour étudier ce phénomène, nous avons cultivé des biofilms monospécifiques et bispécifiques de ces pathogènes en co-culture avec la bactérie Ralstonia insidiosa, jouant le rôle de promoteur, sur des coupons de différents matériaux en contact avec les aliments (acier inoxydable, PTFE et EPDM), dans des conditions de contrainte de cisaillement contrôlées. Les coupons portant les biofilms ont ensuite été transférés dans un réacteur Bio-inLine® afin d'évaluer l'efficacité de décontamination de l'acide peracétique selon diverses conditions hydrodynamiques.

L'efficacité de l'acide peracétique a varié en fonction du type de surface, des conditions de cisaillement lors de la formation du biofilm et de la durée d'exposition. L'EPDM s'est révélé être systématiquement la surface la plus difficile à nettoyer ; le traitement à l'acide peracétique a permis une réduction de E. coli significativement plus faible sur EPDM que sur l'acier inoxydable (0,81 contre 5,09 log UFC/cm²) pour les biofilms formés sous une force de cisaillement élevée. Une force de cisaillement élevée durant le développement du biofilm a probablement favorisé une architecture matricielle plus résistante dans les biofilms monospécifiques des pathogènes, tandis que R. insidiosa a offert une protection supplémentaire à ces derniers, agissant potentiellement comme une barrière structurelle.

Nos résultats suggèrent que les protocoles de nettoyage et de désinfection pourraient nécessiter une optimisation en fonction du matériau de surface afin de garantir une élimination plus efficace des biofilms. Par ailleurs, la gestion des zones opérationnelles soumises à un cisaillement élevé et le choix des types de surfaces seront essentiels, car ces facteurs physiques peuvent influencer la pénétration de l'acide peracétique et l'élimination ultérieure du biofilm.

Conclusion

Cette étude met en évidence le fait que le matériau de surface et la force de cisaillement hydrodynamique lors de la transformation influencent considérablement l'efficacité de l’acide peracétique, pour l'élimination des biofilms.

La valeur élevée de l'aplatissement d'une surface (ou kurtosis surfacique) de l'EPDM crée un environnement protecteur pour les bactéries et favorise la formation de biofilms persistants sur les lignes de transformation alimentaire ; cela met en évidence que la topographie de la surface peut jouer un rôle plus déterminant que la simple rugosité dans l'efficacité anti-biofilm des désinfectants.

L'écoulement hydrodynamique du fluide affecte considérablement la résistance des biofilms, car ceux qui se forment sous un fort cisaillement peuvent présenter une résilience accrue aux traitements par les désinfectants. Par ailleurs, le rôle de R. insidiosa comme promoteur de croissance ou d'activité métabolique dans les environnements plurispécifiques souligne la nécessité de protocoles de désinfection ciblant les bactéries facilitatrices présentes dans l'environnement, lesquelles uniformisent la résistance microbienne sur divers matériaux.

Nos résultats démontrent que le choix du désinfectant est complexe et dépend des paramètres du procédé de transformation alimentaire. Les conditions de cisaillement, la nature des matériaux de surface ainsi que l'usure structurelle de la surface polymère peuvent influencer l'efficacité anti-biofilm du désinfectant.

** L’aplatissement d'une surface (ou kurtosis surfacique est un paramètre métrologique et statistique qui mesure l'acuité et la distribution des pics et des vallées d'une texture de surface par rapport à une loi normale.

** Ralstonia insidiosa est une bactérie environnementale Gram négatif, reconnue comme un fort producteur de biofilm jouant un rôle de « pont » ou de promoteur pour l'adhésion d'autres pathogènes. La bactérie survit en milieu pauvre en nutriments, les réseaux d'eau et les milieux industriels. Voir aussi ici.

mercredi 29 juillet 2026

Un remake : Des baies surgelées rappelées en Suisse. Nororovirus inside !

Qu’en sera-t-il avec ce rappel en Suissedes norovirus ont été détectés dans un mélange de baies surgelé.

Des norovirus ont été détectés dans des baies surgelées. Un risque pour la santé ne pouvant être exclu, l’Office fédéral de la sécurité alimentaire et des affaires vétérinaires (OSAV) recommande de ne pas consommer le produit concerné. Lidl a immédiatement retiré le produit de la vente et ordonné un rappel de Mélange de baies bio Freshona, surgelé 300 g.

Date de durabilité minimale / Numéros des lots : 25.02.2028 / L250226B3, 26.03.28 / L270326B3, 14.04.2028 / L150426P3.

Bien entendu, la société Jütro Tiefkühlkost GmbH & Co. KG vous prie d’excuser tout désagrément occasionné. Et Lidl ?

En quoi ce produit peut-il être dangereux ?

Les norovirus provoquent des diarrhées. Les premiers symptômes apparaissent en général 12 à 48 heures après la contamination. La plupart du temps, ils se manifestent de manière très soudaine avec des vomissements en jets et une forte diarrhée, souvent accompagnés de douleurs abdominales et musculaires ainsi que de maux de tête. Dans certains cas, la maladie peut également provoquer de la fièvre. L’évolution de la maladie est en général bénigne. Pour les groupes à risque, tels que les personnes âgées, les enfants et les personnes immunodéprimées, la maladie peut en revanche entraîner des conséquences plus graves.

Que doivent faire les consommateurs ?

L’OSAV recommande de ne pas consommer le produit concerné.

Poissons crus et sushis : Connaissez-vous le parasite Kudoa septempunctata ?

Les parasites sont à la Une, on le sait, avec cette épidémie à Cyclospora aux États-Unis, voir ici notamment, mais connaissez-vous Kudoa septempunctata ?

Peut-être que oui, si vous consommez du poissons crus ou des sushis, si non lisez les résumés de ces deux articles récents, sans oublier les recommandations en fin d'article ...

1. Kudoa septempunctata Parasite-Associated Foodborne Disease Outbreaks, South Korea, 2015-2024 (Foyers de cas de toxi-infection alimentaire associées au parasite Kudoa septempunctata en Corée du Sud de 2015 à 2024. Source EID-CDC.

Résumé

Nous avons analysé les données de surveillance nationale (2015-2024) concernant les toxi-infections alimentaires liées au parasite Kudoa septempunctata en Corée du Sud. Le nombre de cas mensuels a chuté de 95 % durant la pandémie de COVID-19, sans reprise significative jusqu'en 2024, et le nombre de municipalités touchées est passé de 89 à 27. Nos résultats corroborent l'hypothèse selon laquelle la consommation de poisson cru au restaurant constitue la principale voie de transmission.

Conclusion

La convergence des données temporelles, spatiales et contextuelles confirme que la consommation de poisson cru au restaurant est la voie de transmission majeure ; toutefois, la nature observationnelle de l'étude (portant sur un groupe unique) et la multiplicité des changements concomitants ne permettent pas d'établir un lien de causalité définitif. Pour un lectorat international, nos résultats illustrent comment un changement soudain de comportement peut révéler le principal lieu d'exposition à un parasite d'origine alimentaire spécifique, et comment des mesures de maîtrise à la source dans le secteur aquacole pourraient pérenniser cette baisse. Nous préconisons une surveillance renforcée pour la période 2025-2026, alors que la consommation de poisson cru tend à retrouver ses niveaux prépandémiques, ainsi que l'intégration du suivi des comportements des consommateurs aux inspections aquacoles dans les zones côtières à haut risque.

2. Epidemiology of Kudoa septempunctata food poisoning in Japan from 2013 to 2023 (Épidémiologie des intoxications alimentaires à Kudoa septempunctata au Japon de 2013 à 2023). Source Scientific Reports.

Kudoa septempunctata, un parasite présent chez la limande japonaise (Paralichthys olivaceus), représente un risque croissant pour la sécurité des aliments en Asie de l'Est, notamment au Japon et en Corée du Sud. L'intoxication par K. septempunctata, liée à la consommation de poisson cru, provoque des symptômes gastro-intestinaux de courte durée. Toutefois, les données épidémiologiques globales et à long terme concernant les intoxications alimentaires dues à K. septempunctata restent limitées. Dans cette étude rétrospective, nous avons examiné les tendances épidémiologiques récentes et les caractéristiques des cas d'intoxication par K. septempunctata signalés au Japon entre janvier 2013 et décembre 2023. Les données statistiques du ministère de la Santé relatives aux maladies d'origine alimentaire ont été analysées pour recenser le nombre de cas, les foyers épidémiques et les aliments incriminés. Au total, 2 009 cas ont été signalés ; le nombre de cas a atteint un pic en 2014 (429 cas) avant de chuter à moins de 100 cas durant la pandémie de COVID-19. Le mois d'octobre a enregistré le plus grand nombre de signalements. La limande, consommée principalement sous forme de sashimi et de sushi, était impliquée dans 99 % des cas. Les préfectures de Yamaguchi, Osaka et Fukuoka ont enregistré le plus grand nombre de cas (respectivement 160, 155 et 154). Les préfectures de Tottori, Shimane, Yamaguchi et Oita présentaient les taux d'incidence les plus élevés (respectivement 14,3, 10,9, 10,7 et 10,7 pour 1 million d'habitants). Les préfectures situées le long de la mer du Japon ont généralement signalé des taux d'incidence plus élevés. Cette étude souligne l'importance de maintenir la surveillance et le signalement des intoxications par K. septempunctata, ainsi que la nécessité d'envisager les infections à Kudoa dans le diagnostic différentiel des cas d'intoxication alimentaire impliquant la consommation de poisson cru.

En résumé, nous avons élucidé les tendances épidémiologiques nationales à long terme des intoxications alimentaires à K. septempunctata au Japon. La plupart des cas étaient associés à la consommation de sashimis et de sushis de flet (poisson plat). Le nombre de cas signalés a diminué durant la pandémie de COVID-19 avant de remonter par la suite. Nos résultats soulignent la nécessité de renforcer les systèmes de surveillance et d'améliorer la cohérence du signalement afin de mieux cerner l'épidémiologie de cette maladie. Des études ultérieures sont nécessaires pour examiner les profils épidémiologiques mondiaux, les disparités internationales en matière de systèmes de surveillance et de signalement, ainsi que l'efficacité des mesures de gestion et de prévention. Par ailleurs, les cliniciens devraient envisager l'infection à Kudoa dans le diagnostic différentiel des intoxications alimentaires, en particulier lorsqu'elles sont associées à la consommation de poisson cru.

Sécurité sanitaire et parasites du poisson

- Mythe : La mention « sushi grade » relève principalement du marketing et n'est pas réglementée.
- Idées reçues : Le jus de citron ou la marinade ne suffisent pas à détruire les parasites du poisson cru. Source Anses.
- Cuisson : Le CDC en matière de sécurité des aliments recommandet de cuire le poisson à une température interne de 63°C (ou jusqu'à ce que la chair soit opaque et se détache facilement à la fourchette).
- Congélation : En cas de consommation crue (comme pour les sushis), le poisson doit avoir été congelé à des températures négatives (par exemple, -20 °C au moins pendant 7 jours) afin d'éliminer les parasites et les œufs des vers ; il convient toutefois de noter que la congélation ne tue pas toutes les bactéries. Source CDC.

PFAS, microplastiques et retardeurs de flamme bromés et leurs effets sur l'exposition alimentaire

PFAS

Les experts surveillent de près les PFAS et les microplastiques. L'OMS a récemment mené une étude pour appuyer l'élaboration de valeurs sanitaires pour les « polluants éternels », identifiant 18 PFAS prioritaires et six catégories d'effets sur la santé (cancer, effets sur le développement, effets hépatiques, effets sur le système immunitaire, effets métaboliques et effets sur la reproduction.) en fonction de l'exposition alimentaire. Voir la suite ici.

Microplastiques

Aux États-Unis, le Government Accountability Office (GAO) des États-Unis (le GAO est l’équivalent américain à notre cour des comptes) a publié un rapport sur la présence croissante de microplastiques dans l'environnement et le corps humain, soulignant l'incertitude scientifique persistante quant à leurs effets sur la santé et présentant les efforts fédéraux récents déployés pour mieux comprendre et réduire l'exposition. Voir la suite ici.

Retardeurs de flamme bromés

L'EFSA a mis à jour son évaluation des risques liés aux retardateurs de flamme bromés (RFB) émergents dans les aliments. Le manque de données a empêché une évaluation complète des risques pour la plupart des 27 substances chimiques évaluées. Les RFB sont des substances chimiques de synthèse utilisées dans les plastiques, les textiles, l'électronique et d'autres produits pour réduire leur inflammabilité. On les détecte le plus souvent dans les aliments d'origine animale. Voir la suite ici.

mardi 28 juillet 2026

États-Unis : L'épidémie à Cyclospora a été, et reste, un échec en matière de communication

« L'épidémie à Cyclospora a été, et reste, un échec en matière de communication », source article de Jess Steier paru le 27 juillet 2026 dans CIDRAP News.

La réponse à l'importante épidémie actuelle de maladies infectieuses d'origine alimentaire causées par un parasite microscopique constitue un échec de communication, et non un échec de l'investigation.

Certaines caractéristiques de Cyclospora rendent sa traque complexe. Comme le parasite ne peut pas être cultivé en laboratoire, les procédures habituelles ne s'appliquent pas. Pour la plupart des bactéries d'origine alimentaire, le laboratoire cultive l'organisme, le séquence et verse son empreinte génétique sur PulseNet, le réseau national qui signale lorsqu'un cas dans un État correspond à un cas dans un autre.

Le Centers for Disease Control and Prevention (CDC) des États-Unis a dû se baser sur un génotypage partiel, car le génome de Cyclospora est trop complexe pour les méthodes de séquençage efficaces sur les bactéries. La contamination des produits agricoles par Cyclospora est souvent faible et inégalement répartie ; elle se situe généralement à la limite des capacités de détection des tests, ce qui explique pourquoi de la laitue contaminée peut s'avérer négative lors de l'analyse. Les enquêteurs ont donc dû recourir aux méthodes les plus anciennes : des entretiens et l'examen des registres d'expédition.

Des indices précoces importants largement passés inaperçus

Le Dr Mike Osterholm, directeur du Center for Infectious Disease Research and Policy de l'Université du Minnesota, m'a appris que lorsque les cas commencent à affluer, le profil démographique des personnes touchées peut fournir un indice précoce précieux. Ces cas concernaient majoritairement des adultes, le CDC situant l'âge médian à 44 ans, dans une fourchette allant de 1 à 89 ans, et l'absence relative de jeunes enfants orientait les soupçons vers les légumes verts plutôt que vers les fruits.

Si vous avez de jeunes enfants, vous en comprenez parfaitement la raison : ce sont de grands amateurs de fruits, alors qu'ils sont plus réticents à l'égard des légumes.

Cela permet de restreindre le champ des recherches, mais la traque se poursuit. Il existe également d'autres facteurs importants, comme la compréhension de la manière dont une zone de culture est divisée en parcelles, la date et qui récolte de chaque produit, la façon dont les produits issus de différents champs sont regroupés chez le transformateur, le temps nécessaire pour acheminer les produits d'un champ du centre du Mexique jusqu'à un restaurant du Michigan, ainsi que la vitesse à laquelle un produit périssable s'écoule dans les rayons. Ces informations ne servent pas uniquement à désigner un coupable ; elles permettent aussi d'estimer combien de personnes ont pu être exposées et où. Elles indiquent à quel moment les produits contaminés auraient dû disparaître des rayons et les nouvelles expositions cesser, même si le nombre de cas signalés continue d'augmenter pendant les semaines suivantes. Comme le typage moléculaire ne permet pas d'obtenir une empreinte génétique aussi précise que lors d'une épidémie bactérienne, ces données sont cruciales pour déterminer si un cas survenu dans un État est lié à un autre cas dans un État différent. La traçabilité est une démarche qui relève autant du management de la chaîne d'approvisionnement que de l'épidémiologie.

Les autorités du Michigan ont analysé l'historique de consommation (ingrédient par ingrédient) de 190 personnes ayant mangé chez Taco Bell avant de tomber malades ; 90 % d'entre elles avaient consommé de la laitue iceberg. L'enquête de traçabilité menée par la FDA a remonté la piste documentaire jusqu'à un fournisseur, puis jusqu'à une exploitation agricole indépendante du centre du Mexique qui, selon Taylor Farms, représente moins de 1 % de l'approvisionnement américain en laitue iceberg. Le rappel des produits a été ordonné le 17 juillet.

Une épidémie touchant neuf États, mais 41 États au total ont été concernés

Il s'agit de la plus vaste épidémie à Cyclospora jamais documentée aux États-Unis, un point que la couverture médiatique a bien saisi. Le public a surtout retenu un chiffre alarmant qui ne cesse d'augmenter.

Ce qui échappe au public, c'est que si la cyclosporiase, nom donné à l'infection par Cyclospora, a été signalée dans 41 États, l'épidémie elle-même ne concerne que neuf États. Les chiffres communiqués reflètent des réalités différentes. Le CDC et la FDA ont recensé 1 947 cas confirmés liés à l'épidémie dans les neuf États liés à l’épidémie de Taco Bell, que les preuves épidémiologiques et la traçabilité relient à la laitue iceberg, tandis que le CDC signale par ailleurs plus de 4 000 cas confirmés contractés sur le territoire national depuis le mois de mai.

Par ailleurs, des milliers d'échantillons prélevés sur des patients attendent encore la confirmation du CDC, auxquels s'ajoutent plusieurs centaines de cas concernant des voyageurs tombés malades ailleurs. Certains États comptabilisent conjointement les cas probables et confirmés, ce qui porte leurs totaux à des niveaux encore plus élevés.

Si l'on additionne le tout, comme l'ont fait de nombreux médias, on obtient l'image d'une épidémie nationale unique qui, en réalité, n'existe pas.

Prenons l'exemple de ce qui s'est passé lorsque le CDC a ajouté quatre États à la liste des zones touchées par l'épidémie, le 24 juillet. On aurait pu croire que l'épidémie s'était propagée, mais les enquêteurs estiment que ces patients sont peut-être tombés malades à peu près au même moment que ceux des cinq premiers États, et qu'il a simplement fallu plus de temps pour établir le lien avec la même source.

La cyclosporose survient chaque été, suivant un schéma saisonnier bien établi, même si ses causes exactes demeurent inconnues, et les épidémies sont fréquemment liées à la consommation de produits frais. Plusieurs États, dont la Californie et le New Jersey, ont indiqué que les chiffres enregistrés cette année correspondent aux niveaux saisonniers habituels. La Caroline du Nord attribue sa propre hausse au persil et à la coriandre, deux aliments qui ne sont pas apparus comme des facteurs déterminants à l'échelle nationale, tandis que la FDA enquête parallèlement sur des cas groupés d'infection touchant au moins 72 personnes, sans qu'aucune source n'ait pu être identifiée.

Regrouper toutes ces données en un total cumulé nous coûte bien plus que la simple tranquillité publique : cela masque la possibilité que plusieurs foyers d'infection soient actifs simultanément.

L'Illinois, l'un des quatre États ajoutés à la liste la semaine dernière, signale que le nombre de cas recensés en juillet atteint des niveaux inédits depuis 2018. L'Illinois a raison de se référer à 2018, bien que le nombre de cas ne constitue pas la leçon la plus importante à retenir. Cet été-là avait vu apparaître 511 cas liés à un mélange de salades Fresh Express servi chez McDonald's, 250 cas associés à des plateaux de légumes de chez Del Monte, ainsi qu'un troisième foyer au Texas dont la source n'a jamais été identifiée.

Si le décompte cumulé constitue un outil de surveillance essentiel, il ne permet pas de savoir si l'on court un risque au cours de la semaine en cours, ce qui est pourtant l'information que le public recherche avant tout.

Prenons l'exemple d'une personne incluse dans ce décompte. Elle consomme une salade fin juin et ne ressent aucun symptôme pendant une semaine. Après quelques jours supplémentaires passés à croire à une simple gastro-entérite, elle consulte un médecin au cours de la deuxième semaine de juillet ; elle ne subit un test de dépistage que parce qu'un professionnel de santé pense à rechercher Cyclospora, un parasite souvent absent des analyses de selles et des panels gastro-intestinaux de routine. Le laboratoire confirme le diagnostic vers la fin du mois, et l'entretien épidémiologique a lieu ultérieurement. Il faudra peut-être attendre le mois d'août pour déterminer si son cas est lié à cette épidémie ou s'il relève de l'incidence estivale habituelle.

Chaque cas figurant sur ces graphiques reflète, à des degrés divers, ce décalage temporel ; c'est pourquoi la FDA a prévenu que le nombre de cas confirmés continuerait d'augmenter bien après le rappel des produits.

Probablement plusieurs vagues d'exposition

Le 24 juillet, le CDC a enfin publié la courbe épidémique de cette flambée, en classant les 1 947 cas associés selon la date d'apparition des symptômes plutôt que selon la date de signalement. On observe deux pics distincts : le premier (correspondant à l'apparition des symptômes chez les personnes touchées) culmine vers le 25 juin, et le second (lié au signalement de la maladie) vers le 10 juillet, avec un creux marqué entre les deux.

Cet intervalle est suffisamment important pour suggérer que l'exposition a pu se produire en plusieurs vagues. En remontant le fil à partir de la période d'incubation habituelle de Cyclospora, environ une semaine, on situe ces expositions vers la mi-juin, puis à nouveau au début du mois de juillet. Contrairement au maïs ou au soja, la laitue n'est pas récoltée en une seule fois pour être ensuite stockée ; elle est découpée de manière quasi continue et consommée dans les jours qui suivent. Par conséquent, la maladie survient peu de temps après la circulation du produit contaminé. Un tel écart suggère donc davantage de périodes d'exposition distinctes qu'une exposition prolongée et ininterrompue.

Le décompte cumulatif est un outil de surveillance essentiel, certes, mais il ne permet pas de savoir si vous courez un risque au cours de la semaine en cours.

Le premier pic de contamination était déjà retombé avant que le CDC ne publie leur avis sanitaire le 14 juillet, et avant que la FDA ne désigne publiquement la laitue comme source du problème deux jours plus tard. La courbe ne permet pas à elle seule de déterminer si ces deux vagues correspondent à des épisodes de contamination distincts, un produit contaminé par intermittence sur différents lots de récolte, ou une autre cause, et personne d'autre n'a pu l'établir non plus. Cette information a été communiquée le jour même où l'épidémie s'étendait à neuf États, une semaine après le rappel des produits et bien après que l'affaire ait été principalement présentée sous l'angle d'un chiffre national en constante augmentation.

L'élaboration de cette vue d'ensemble est la seule chose qu'aucun État n'aurait pu réaliser seul. Le Michigan publie le nombre de cas par date de signalement, avec une mise à jour hebdomadaire clairement indiquée comme telle. D'autres États publient des courbes d'apparition des symptômes, des cartes par comté ou des décomptes bihebdomadaires. Chacune de ces méthodes répond à une question concernant une juridiction spécifique, mais aucune ne permet de savoir si deux États sont touchés par la même épidémie ; en effet, aucun État ne peut répondre à une question dans plusieurs États à partir de ses seules données, aussi soigneusement soient-elles recueillies. Cette synthèse s'opère à un niveau supérieur, et il a fallu attendre la quatrième semaine de juillet pour y parvenir.

Trop tard, puis trop vite

La communication a aggravé la situation. L'avis du réseau d'alerte sanitaire (Health Alert Network) du CDC a été diffusé le 14 juillet, soit environ dix semaines après que l'agence ait commencé à recevoir des signalements faisant état d'une augmentation des cas à l'échelle nationale.

Quelques jours plus tard, le samedi 18 juillet, la FDA a annoncé la détection de Cyclospora dans un échantillon de laitue, avant de se rétracter le lendemain et sans toutefois expliquer le déroulement des faits avant l'après-midi du 20 juillet. Cet échantillon provenait d'un contrôle de routine aux frontières et non d'un produit faisant l'objet d'un rappel ; par ailleurs, les éléments épidémiologiques et les données de traçabilité incriminant la laitue de Taylor Farms ne reposaient nullement sur ce prélèvement. Entre-temps, l'information faisant état d'un « faux positif » avait déjà largement circulé dans les médias, laissant nombre de personnes croire que l'entreprise avait été mise hors de cause dans une enquête qui suscitait déjà l'attention des autorités politiques.

Osterholm, qui, j'en suis convaincu, possède peut-être un don de clairvoyance, avait exposé cet argument dans le New England Journal of Medicine en 1997, après que les autorités du Texas et de Houston eurent désigné les fraises de Californie comme source d'un foyer de cyclosporose qui s'est finalement avéré lié à des framboises du Guatemala. L'obligation d'avertir le public est bien réel, écrivait-il, et il doit être mis en balance avec le coût de l'erreur, un coût qui se paie deux fois : une première fois par la personne accusée à tort, et une seconde fois par chaque futur avertissement auquel le public cesse, en silence, de croire. Il a repris ce même argument en 1999, sous le titre « Lessons Learned Again » (Leçons apprises à nouveau), après une nouvelle épidémie du même type.

Ce second coût n'a rien d'abstrait. Il se traduit par des consommateurs qui cessent d'acheter de la laitue, quelle qu'elle soit, pour le reste de l'été ; par des producteurs qui perdent une saison de récolte ; et par des personnes qui vont ignorer le prochain avis de rappel parce que le précédent a semblé être démenti par la suite. Il se traduit aussi par un public incapable de faire la distinction entre une épidémie à source ponctuelle (où les cas sont reliés à un aliment précis) et le niveau habituel, saisonnier, d'une maladie à déclaration obligatoire ; résultat : chaque été finit par ressembler à une situation d'urgence.

Deux réponses justes, un seul message

Il y avait deux réponses justes dans cette situation, mais un seul message a été diffusé. Pour une personne sous chimiothérapie ou greffée, la cyclosporose ne se résume pas à une semaine difficile. La maladie dure plus longtemps, récidive et entraîne des complications nécessitant une véritable prise en charge médicale. Conseiller à une telle personne de s'abstenir totalement de consommer de la laitue, alors que la source de contamination était encore inconnue, était une bonne chose.

En revanche, ce n'était pas le cas pour la majeure partie de la population. Craig Hedberg de l'Université du Minnesota, défend ce point de vue depuis le début du mois ; il a raison d'affirmer que recommander une éviction alimentaire généralisée sans connaître la source du problème fait plus de mal que de bien. Diffuser ces deux messages simultanément implique de savoir à qui l'on s'adresse et de le dire clairement.

Le travail d'enquête sur cette épidémie a été mené par les services de santé des États, et il a été bien fait. M. Hedberg a décrit la suite des événements : les États repèrent une augmentation des cas bien avant que les données ne soient centralisées au niveau fédéral pour permettre aux autorités d'agir.

Il en résulte une situation hétérogène où certains États assurent une surveillance efficace tandis que d'autres en sont incapables ; or, ce système est inadapté pour un produit cultivé dans de nombreuses exploitations, mélangé dans des centres de transformation et distribué partout dans le pays.

Ce délai n'est pas inévitable, mais il devient de plus en plus difficile à éviter. Il faut bien que quelqu'un collecte, normalise et synthétise les données recueillies par les États ; or, des chercheurs de Johns Hopkins ont mis en évidence l'érosion des effectifs, du financement et des capacités d'application de la réglementation au niveau fédéral, autant d'éléments dont dépend ce travail. Il en résulte une situation hétérogène où certains États assurent une surveillance efficace tandis que d'autres en sont incapables ; une telle disparité est inadaptée pour un produit cultivé dans de nombreuses exploitations, regroupé dans une unité de transformation centrale et distribué partout.

Tous ceux qui gèrent cette épidémie font de leur mieux à partir d'informations fragmentaires, face à un public légitimement inquiet qui cherche chaque jour à savoir quels aliments sont sans danger.

Ici, la nuance et les détails revêtent une importance capitale, mais tout cela a été réduit à un chiffre unique en constante augmentation. Prendre un peu de recul pour adopter une vue d'ensemble aurait permis une communication plus fluide, plus précise et bien plus utile aux personnes cherchant à savoir quoi donner à manger à leur famille.

MàJ du 29 juillet 2026. On lira l’article paru dans CIDRAP News, « A difficult-to-trace parasite, messaging missteps contribute to summer of overwhelming Cyclospora outbreaks » (Un parasite difficile à suivre et des erreurs de communication contribuent à un été marqué par une vague massive d'épidémies à Cyclospora).