Deux articles récents, publiés dans
des revues scientifiques, rapportent i) le rôle des biofilms de
Listeria monocytogenes sur
différents types de surface, et ii) les
produits de charcuterie prêts à consommer comme vecteurs potentiels
de transmission de
Enterococcus faecium
résistant aux antibiotiques.
1. « Impact
du type de surface et de l'utilisation d'un désinfectant sur la
réduction des biofilms de Listeria
monocytogenes soumis
à des conditions de disponibilité en nutriments variables »,
article paru dans Journal
of Food Protection.
Faits
saillants
- L.
monocytogenes
est capable de persister sous forme de biofilm sur diverses surfaces
en contact avec les aliments.
- L.
monocytogenes
a survécu sur les surfaces pendant 17 jours malgré une
disponibilité limitée en nutriments.
- L'efficacité
des désinfectants dépend du type de surface en contact avec les
aliments.
- L'acide lactique
a montré une efficacité accrue contre L.
monocytogenes.
Résumé
La capacité de
L.
monocytogenes
à adhérer aux surfaces et à former un biofilm tout en survivant
dans un environnement froid accroît le risque de contamination
croisée dans les environnements de transformation alimentaire. Cette
étude vise à déterminer quels matériaux de surface en contact
avec les aliments favorisent la formation et la survie de biofilms de
L.
monocytogenes
dans des conditions favorisant ou limitant la disponibilité en
nutriments. L'efficacité antimicrobienne de trois désinfectants
(acide lactique à 5 %, chlore à 200 ppm, composé d'ammonium
quaternaire à 200 ppm) contre les biofilms formés dans ces deux
environnements nutritionnels a également été évaluée. Un
cocktail de cinq souches de L.
monocytogenes
a été utilisé pour développer des biofilms sur quatre types de
coupons, acétal, nitrile, caoutchouc et acier inoxydable.
Les résultats
ont montré que les populations cellulaires associées aux biofilms
dépassaient 6,75 log UFC/cm² sur tous les types de surfaces dans
les conditions favorisant les nutriments. Les conditions limitant les
nutriments ont entraîné une réduction des populations microbiennes
sur tous les types de surfaces, pour atteindre des niveaux compris
entre 6,21 et 6,48 log UFC/cm². Bien que l'efficacité des agents
désinfectants ait varié selon le type de surface, tous ont permis
d'obtenir des réductions significatives (P < 0,05) par rapport au
témoin, dans les deux conditions d'essai et pour la majorité des
types de surfaces.
L'acide lactique
a systématiquement entraîné une réduction plus importante (P <
0,05) dans les deux conditions. Cette étude confirme la capacité de
L.
monocytogenes
à adhérer à diverses surfaces en contact avec les aliments
utilisées dans les environnements de transformation alimentaire et à
y former un biofilm, ainsi qu'à survivre dans un milieu pauvre en
nutriments ; elle suggère également que l'efficacité des
désinfectants contre les biofilms dépend du type de surface servant
de support.
Les récentes
épidémies liées à la présence de L.
monocytogenes
dans des aliments prêts à consommer soulignent le défi que ce
micro-organisme représente pour les producteurs de denrées
alimentaires. Les recherches portant sur les interactions entre la
disponibilité des nutriments, le type de surface et l'utilisation de
désinfectants apportent un éclairage précieux sur le comportement
et l'écologie de L.
monocytogenes
dans les environnements de transformation alimentaire. Plus
précisément, ces travaux ont confirmé la capacité de L.
monocytogenes
à survivre dans des conditions nutritionnelles et sur des types de
surfaces très variés. Ils ont démontré que l'efficacité des
désinfectants peut dépendre du type de surface et que diverses
interventions de désinfection restent efficaces lorsqu'elles sont
correctement mises en œuvre. Des essais supplémentaires portant sur
différents types de surfaces, de désinfectants et de souches de L.
monocytogenes
permettront de mieux comprendre le comportement de cette bactérie.
2. Va
paraître dans International
Journal of Food Microbiology,
« Ready-to-eat meat foods as potential vectors for the
transmission of antibiotic-resistant Enterococcus
faecium »
(Les
produits de
charcuterie prêts à consommer
comme vecteurs potentiels de transmission de
Enterococcus
faecium
résistant aux antibiotiques).
Faits saillants
Les produits carnés prêts à
consommer constituent des vecteurs potentiels de Enterococcus
faecium résistant.
Les souches résistantes ciblées
présentent une forte survie lors d'une simulation de transit dans
le tractus gastro-intestinal supérieur.
Le transit simulé peut accroître le
transfert de résistance au linézolide
chez les souches ciblées.
Les isolats récupérés après le
transit conservent leurs caractéristiques de résistance et
modulent la production de biofilm.
Les produits carnés prêts à
consommer à courte durée de maturation constituent des sources
potentielles de bactéries multirésistantes.
Résumé
Enterococcus faecium, membre du
microbiote intestinal humain et deuxième espèce d'entérocoque la
plus abondante après E. faecalis, est un agent important
d'infections associées aux soins. Sa grande capacité à acquérir
des gènes de résistance aux antibiotiques (GRAs) rend les
infections difficiles à traiter. Cette étude a examiné des
produits de charcuterie* prêts à consommer, typiques du centre de
l'Italie, en tant que vecteurs potentiels d'entérocoques résistants
aux antibiotiques, en se concentrant sur E. faecium. Au total,
148 souches d'entérocoques ont été isolées, dont 36 ont été
identifiées comme étant E. faecium. Parmi 22 clones
distincts, huit étaient résistants à la tétracycline (TET), deux
l'étaient également au linézolide (LZD) et un présentait un
phénotype de multirésistance. La sensibilité aux antibiotiques a
été déterminée par la mesure de la concentration minimale
inhibitrice, complétée par une analyse du séquençage du génome
entier. Les deux souches résistantes au LZD possédaient des gènes
de résistance au LZD, tandis qu'un seul isolat a présenté un
transfert horizontal de gènes par conjugaison. Les isolats ont
ensuite été caractérisés en fonction de leurs facteurs de
virulence et de leur capacité à former un biofilm, aussi bien dans
des conditions basales qu'après exposition à une simulation de
transit dans le tractus gastro-intestinal supérieur. Les huit
souches résistantes à la TET présentaient des caractéristiques
génotypiques de virulence. Après exposition à la simulation de
transit gastro-intestinal supérieur, ces isolats ont affiché des
taux de survie élevés, conservant à la fois leurs phénotypes de
résistance aux antibiotiques et leur capacité à former un biofilm.
Ces résultats soulignent le rôle potentiel des produits carnés
prêts à consommer analysés comme vecteurs de souches de E.
faecium virulentes et résistantes aux antibiotiques, capables de
survivre à l'exposition dans le tractus gastro-intestinal supérieur.
L'étude met en évidence la nécessité
de mettre en place une surveillance des entérocoques dans le secteur
alimentaire afin d'améliorer le suivi de E. faecium résistant
et de limiter sa dissémination potentielle ainsi que les risques
cliniques associés.
Conclusion
Les souches de E. faecium
isolées à partir de produits carnés prêts à consommer
constituent une source potentielle de diffusion de gènes de
résistance aux antibiotiques d'importance clinique ; cette capacité
de survie suggère un risque potentiel pour la santé publique, en
contribuant à la dissémination de déterminants de résistance.
Toutefois, des études épidémiologiques supplémentaires comparant
les consommateurs d'aliments prêts à consommer à des cohortes
témoins appropriées sont nécessaires pour mieux cerner les
implications de la consommation de ces produits, notamment en ce qui
concerne le risque de transmission bactérienne. Par ailleurs, ces
résultats soulignent le potentiel considérable des approches de
séquençage du génome entier pour obtenir une vue d'ensemble de la
résistance aux antibiotiques et de sa mobilité potentielle, ainsi
que de la virulence associée. Une fois intégrée aux analyses de
routine, cette approche peut représenter une avancée majeure pour
la surveillance et la caractérisation de E. faecium, en
soutenant notamment les mesures de prévention essentielles pour
réduire l'impact clinique de ce pathogène opportuniste.