lundi 13 juillet 2026

Le microcosme d'une éponge de cuisine, selon une étude du BfR

Ce n’est pas une nouvelle version de Bob l’éponge, donc pas de cinéma, mais une étude scientifique sous la houlette du BfR, l'Institut fédéral allemand d'évaluation des risques. 

«Le microcosme d'une éponge de cuisine : la contamination bactérienne n'est pas toujours visible ni détectable par l'odorat», source BfR.

Les agents pathogènes peuvent également se multiplier dans les éponges de cuisine et se propager à partir de là.

De quoi s'agit-il ?

Les éponges de cuisine classiques (y compris les grattoirs à casseroles) regorgent non seulement de micro-organismes en tous genres, mais peuvent aussi héberger des bactéries pathogènes comme Salmonella ou Escherichia coli. Une nouvelle étude conduite par l'Institut fédéral allemand d'évaluation des risques ( BfR ) montre que ces bactéries peuvent coloniser les éponges de cuisine, s'y multiplier et se propager à d'autres surfaces de la cuisine.

Fait notable, les éponges ne présentaient aucun signe visible de contamination bactérienne : elles étaient inodores et ne paraissaient ni sales, ni grasses. Les chercheurs soulignent donc l'importance de remplacer régulièrement les éponges de cuisine afin de prévenir les infections domestiques. «De nombreux cas d'infections d'origine alimentaire se déclarent dans des foyers et ne se limitent pas toujours à un ou deux jours de malaise», explique Andreas Hensel, président du BfR. «Ces infections peuvent être particulièrement dangereuses pour les personnes vulnérables, comme les personnes âgées, celles souffrant de problèmes de santé sous-jacents, ainsi que les jeunes enfants.» L'étude a été publiée dans le Journal of Food Protection.

L’étude s’intitule «Les éponges de cuisine comme réservoirs de pathogènes d'origine alimentaire : dynamique de croissance microbienne, contamination croisée des surfaces et implications en matière d'hygiène.»

Une fois utilisées en cuisine, les éponges constituent un réservoir idéal pour les bactéries pathogènes, en raison de leur surface poreuse et de l'humidité qu'elles contiennent. Les résidus alimentaires piégés dans les éponges fournissent les nutriments nécessaires à la croissance et à la multiplication des bactéries. Ceci explique pourquoi les éponges de cuisine sont généralement colonisées par une grande variété de bactéries peu après leur première utilisation. Des études antérieures ont également montré que la charge bactérienne des éponges de cuisine est généralement plus élevée que sur d'autres surfaces de la cuisine, comme les éviers ou les planches à découper.

Dans cette étude, les chercheurs ont démontré que des bactéries pathogènes peuvent proliférer sur les éponges de cuisine. Pour ce faire, ils ont appliqué des solutions contenant Escherichia coli et Salmonella, deux pathogènes majeurs d'origine alimentaire, à différentes concentrations sur des éponges de cuisine disponibles dans le commerce. De plus, certaines éponges ont été traitées avec une solution contenant Staphylococcus aureus. Cette bactérie peut produire des toxines susceptibles de provoquer une intoxication alimentaire. L'étude a révélé que tous les pathogènes étudiés se multipliaient significativement en quelques jours, même lorsque leur concentration initiale était relativement faible. Par ailleurs, les pathogènes survivaient même après que les éponges aient séché pendant plusieurs jours. Lors d'expériences complémentaires, les chercheurs ont démontré qu'une légère pression suffisait à transférer les pathogènes des éponges à d'autres surfaces. Ainsi, les bactéries pathogènes peuvent être transférées aux aliments par contact direct et, si des aliments sont consommés sans être suffisamment cuits, provoquer une intoxication alimentaire ; dans certains cas, même une très faible concentration de pathogènes suffit.

De nombreux consommateurs décident du moment où remplacer leurs éponges de cuisine en fonction de leur aspect ou de leur odeur. Cependant, cet indicateur est peu fiable, car les chercheurs n'ont observé aucun changement notable sur les éponges testées, même lorsque la charge bactérienne était élevée. La fréquence de remplacement des éponges de cuisine dépend notamment de leur utilisation. Par exemple, si une éponge a servi à nettoyer des surfaces ayant été en contact avec de la viande crue, elle doit être jetée immédiatement après. Il est également possible de réduire la charge bactérienne en trempant l'éponge pendant au moins deux minutes dans de l'eau à une température supérieure à 70°C. Les éponges de cuisine doivent être remplacées plus fréquemment, en particulier dans les foyers où vivent des personnes vulnérables, comme les personnes immunodéprimées, les jeunes enfants ou les personnes âgées. Les brosses ou les chiffons en microfibre peuvent être utilisés comme alternatives aux éponges de cuisine, car des études antérieures ont montré qu'ils contiennent moins de bactéries, sèchent plus rapidement et peuvent être lavés au lave-vaisselle ou au lave-linge. Pour réduire efficacement la charge bactérienne, les programmes de lavage du lave-vaisselle et du lave-linge doivent être effectués à une température d'au moins 60°C.

Conclusion

Les éponges constituent des habitats très favorables à la survie et à la prolifération microbiennes, même en cas de dessiccation prolongée. Une contamination initiale, même par de faibles populations d'agents pathogènes d'origine alimentaire lors de l'utilisation, peut entraîner une colonisation persistante ; par ailleurs, la contamination croisée des surfaces en contact avec les aliments représente une voie de transmission domestique plausible. Les altérations sensorielles ne constituent pas un indicateur fiable de la contamination microbienne ; il est donc vivement recommandé de remplacer régulièrement les éponges ou d'utiliser d'autres ustensiles de nettoyage. Une approche combinant méthodes de culture et méthodes moléculaires demeure essentielle pour évaluer avec précision la présence d'agents pathogènes.

Le modèle établi offre un cadre robuste pour tester des stratégies de nettoyage-désinfection et étudier comment les modifications du microbiote central peuvent influencer la persistance des agents pathogènes. L'extension de ce modèle à d'autres agents pathogènes, tels que Listeria monocytogenes, permettra d'approfondir notre compréhension du rôle des éponges dans la transmission domestique des maladies d'origine alimentaire.

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