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dimanche 11 octobre 2026

Œufs importés et Salmonella : les failles du système de sécurité des aliments britannique

« Œufs importés et Salmonella : les failles du système de sécurité des aliments britannique », source article du Professeur Chris Elliott paru dans New Food.

Les récentes épidémies de salmonellose, dont l'origine reste à déterminer, ont néanmoins mis en lumière une faille du système. Chris Elliott analyse le parcours complexe des œufs dans le secteur de la restauration au Royaume-Uni et propose des pistes d'amélioration.

Salmonella et œufs. Pour les professionnels de la sécurité des aliments, l'association de ces deux mots évoque un malaise familier. La Grande-Bretagne avait de bonnes raisons de croire avoir largement maîtrisé cette menace. Pourtant, la récente épidémie de Salmonella Enteritidis, potentiellement liée aux œufs importés utilisés dans les cafés, restaurants et établissements de vente à emporter, démontre que les progrès réalisés dans un maillon de la chaîne alimentaire ne protègent pas les consommateurs lorsque d'autres maillons fonctionnent selon des normes très différentes.

Au 25 août, l'Agence britannique de la santé, UKHSA, avait confirmé 259 cas et un décès au sein du principal foyer épidémique. Deux autres foyers, génétiquement distincts, faisaient également l'objet d'une enquête. Ces foyers, appartenant chacun à la famille élargie de Salmonella Enteritidis, étaient potentiellement liés à des œufs importés. Des rapports plus complets ont par la suite porté le total des cas, tous foyers confondus, à 474. Les enquêtes se poursuivent et, bien que cela soit frustrant, il est important de ne pas accuser un pays ou un fournisseur en particulier avant que les preuves recueillies ne confirment pleinement cette conclusion. Toutefois, une vulnérabilité systémique face à Salmonella est déjà manifeste.

L'analyse des données révèle que l'épisode actuel est loin d'être un problème isolé. En Angleterre, le nombre de cas de salmonellose non typhoïdique signalés en laboratoire est passé de 8 185 en 2015 à 10 388 en 2024. Il s'agit du chiffre le plus élevé de la décennie, soit une augmentation de près de 27 %. Les chiffres de 2024 étaient supérieurs de plus de 17 % à ceux de 2023. Les cas de S. Enteritidis, l'espèce la plus fréquemment associée aux œufs, ont augmenté de 16,8 % en une seule année, atteignant 3 166 cas, et se sont maintenus à un niveau élevé similaire à 2025. On peut raisonnablement supposer que le nombre réel de cas avoisine les 32 000, car moins d'un tiers des cas font l'objet d'un prélèvement pour analyse.

La baisse du nombre de cas en 2020 et 2021 reflétait probablement les conditions exceptionnelles de la pandémie et ne doit donc pas masquer l'évolution inquiétante à long terme. Le fardeau pour la santé publique est considérable et ne cesse de croître. Les raisons de cette augmentation restent encore largement hypothétiques, mais la hausse des importations de viande de volaille et d'œufs, ainsi que l'augmentation du commerce illégal de viande, y contribuent certainement de manière significative.

Trouver la source des épidémies relève du travail médico-légal.

Les techniques de séquençage modernes, comme le séquençage du génome entier , offrent à l'UKHSA un moyen remarquablement précis d'identifier les patients infectés par des souches étroitement apparentées. Elles permettent de révéler des regroupements de cas qui seraient auparavant restés difficiles, voire impossibles, à identifier. Toutefois, si le séquençage du génome indique aux enquêteurs que des cas sont liés, il ne permet pas de déterminer ce que les patients ont consommé et qui a provoqué leur maladie ; ni, s'il s'agissait d'œufs contaminés, de savoir où ils ont été produits et à quel stade de la chaîne d'approvisionnement la contamination s'est produite.

Pour cela, les enquêteurs doivent interroger les patients. Nombre d'entre eux, dans le contexte des épidémies actuelles, ont tenté de reconstituer les repas consommés des jours, voire des semaines auparavant, afin d'identifier les lieux de consommation communs et de remonter la chaîne en consultant les factures, les grossistes, les distributeurs, les centres de conditionnement et les exploitations agricoles. Notre mémoire est loin d'être infaillible quant à ce que nous avons mangé, surtout lorsque les œufs pouvaient figurer parmi de nombreux ingrédients, comme la mayonnaise, la sauce hollandaise, la mousse, la pâte à frire, les pâtisseries, les desserts ou un petit-déjeuner pris à l'extérieur.

Un restaurant peut s'approvisionner en œufs entiers et en œufs liquides auprès de plusieurs grossistes. Un grossiste peut regrouper les livraisons de différents conditionneurs, et une unité de conditionnement ou de transformation peut traiter des œufs provenant de plusieurs élevages ou pays. Les œufs liquides sont un mélange de nombreux œufs individuels, et l'emballage ainsi que les informations essentielles sur le lot peuvent ne plus être disponibles au moment de la consommation. Des documents peuvent exister, mais dans des systèmes numériques incompatibles, ou encore, dans de nombreux cas, sur papier, où les descriptions relatives à la provenance sont souvent vagues. Une facture de traiteur peut mentionner des « œufs moyens ou gros » sans préciser leur origine. De plus, des courtiers et des intermédiaires s'interposent souvent entre le producteur et le client final, ce qui rend la chaîne d'approvisionnement encore plus opaque.

Un autre facteur de complication réside dans le fait que les stocks d'aliments contaminés peuvent avoir été entièrement consommés ou jetés avant même la détection d'un foyer de contamination, ne laissant aucun échantillon disponible pour analyse. Si les données relatives à la chaîne d'approvisionnement sont transnationales, les enquêteurs doivent se coordonner avec les entreprises étrangères et les autorités compétentes, qui opèrent dans des langues, avec des systèmes et des délais différents, et avec des degrés de collaboration variables. C'est pourquoi les preuves épidémiologiques peuvent fortement pointer vers des œufs importés, alors que la ou les sources exactes restent encore inconnues.

Loin d'être une preuve de défaillance des organismes, cet incident révèle plutôt que nos systèmes de traçabilité sont trop souvent conçus pour faciliter les transactions financières plutôt que pour permettre une enquête rapide en matière de santé publique. Je suis convaincu que si ces incidents s'étaient produits dans le secteur de la vente au détail plutôt que dans la restauration, l'origine du problème serait aujourd'hui connue. Les capacités de traçabilité, notamment celles des grandes enseignes de distribution, sont à mon avis bien supérieures à celles de la multitude de prestataires de services de restauration qui ne disposent pas des ressources techniques et des connaissances nécessaires pour mettre en place des systèmes performants.

Pourquoi importons-nous autant d'œufs ?

Le Royaume-Uni produit la majeure partie des œufs qu'il consomme et sa production nationale a augmenté de près de 5 % en 2024. Néanmoins, la demande a progressé et les importations comblent de plus en plus les déficits, notamment dans la restauration et l'industrie agroalimentaire, plutôt que dans les rayons des œufs en coquille des supermarchés. Selon British Lion Eggs, malgré une production nationale dépassant largement les 12 milliards d'œufs par an, les importations augmentent pour atteindre environ 2 milliards d'œufs par an.

Pourquoi ? Le prix est un facteur déterminant. Les œufs et ovoproduits importés peuvent être moins chers, notamment lorsque les producteurs bénéficient de coûts de main-d'œuvre, de logement, de protection sociale ou de réglementation moins élevés. Les entreprises de restauration, les traiteurs du secteur public et les fabricants sont soumis à une forte pression sur les coûts, et la provenance des œufs, visible pour le consommateur sur les emballages, est bien moins évidente sur un sandwich, un gâteau ou un plat au restaurant. Les importations garantissent également le volume, la continuité et la flexibilité de l'approvisionnement en cas de perturbation de la production nationale. Et même si l'on pourrait penser qu'il faudrait augmenter la production locale, la réalité est plus complexe.

La construction d'une nouvelle unité de ponte nécessite un investissement important, un permis de construire, des raccordements aux réseaux d'eau et d'électricité, des autorisations environnementales et la garantie d'un marché stable tout au long de la durée de vie de l'investissement. Les producteurs ont dû faire face à la volatilité des coûts de l'alimentation animale et de l'énergie, à la hausse des taux d'intérêt, aux difficultés de recrutement, au risque de grippe aviaire et aux coûts liés à la transition vers des systèmes d'élevage en plein air et plus respectueux du bien-être animal. Des contrats mal équilibrés peuvent contraindre les agriculteurs à supporter la hausse des coûts de production tout en leur laissant peu de marge de manœuvre sur le prix de vente. La consultation du ministère de l'Environnement, de l'Alimentation et des Affaires rurales (Defra) sur l'équité contractuelle a mis en lumière les préoccupations des producteurs concernant la certitude, la transparence et le partage des risques et des bénéfices.

L'argument de l'industrie britannique des œufs est donc simple : la Grande-Bretagne a besoin de davantage d'œufs produits localement, mais les agriculteurs n'investiront que si les distributeurs, les fabricants, les entreprises de restauration et le gouvernement leur offrent une garantie de confiance à long terme. Cela implique des revenus durables à la production, des contrats équitables, une planification réaliste, l'accès au financement et des conditions de concurrence loyales. Le British Egg Industry Council, avec lequel je partage pleinement l'avis de l'industrie, soutient que les importations doivent respecter des normes manifestement équivalentes à celles imposées aux producteurs britanniques. Ses préoccupations ne sont pas uniquement commerciales. Certains œufs importés proviennent de systèmes de production illégaux au Royaume-Uni, et les exigences en matière de sécurité des aliments, de vaccination et d'audit varient d'un pays fournisseur à l'autre. Il est profondément frustrant de constater que notre pays impose des normes très élevées à ses propres agriculteurs et fabricants de produits alimentaires, mais ferme les yeux sur les normes inférieures de nombreux produits alimentaires importés, et pas seulement des œufs.

vendredi 9 octobre 2026

La confiance des Américains envers la sécurité des aliments et la surveillance fédérale atteint un niveau historiquement bas, selon un sondage

« Un sondage Gallup révèle que la confiance des Américains envers la sécurité des aliments et la surveillance fédérale atteint un niveau historiquement bas », source Food Safety Magazine.

La confiance des Américains dans la sécurité de l'approvisionnement alimentaire aux États-Unis et dans la capacité du gouvernement fédéral à garantir cette sécurité a chuté à des niveaux historiquement bas, selon un nouveau sondage Gallup. Parallèlement, davantage de consommateurs ont déclaré prendre des précautions en réaction aux rappels de produits alimentaires et aux avis de sécurité.

Baisse de la confiance envers les aliments vendus en magasin

Seulement 65 % des adultes américains se sont dits très ou assez confiants quant à la sécurité des aliments vendus dans la plupart des magasins d'alimentation ; ce chiffre était de 73 % en 2025 et de 81 % en 2019. Par ailleurs, 66 % ont exprimé leur confiance quant à la sécurité des aliments servis dans la plupart des restaurants, un indicateur que Gallup a inclus pour la première fois cette année.

Les Américains moins confiants dans la surveillance fédérale de la sécurité des aliments

La confiance dans la capacité du gouvernement fédéral à garantir la sécurité de l'approvisionnement alimentaire a également atteint un nouveau plus bas, s'établissant à 47 %, contre 53 % en 2025 et 68 % en 2019. Pour la première fois dans l'histoire des sondages Gallup, une majorité d'Américains (53 %) a déclaré n'avoir que peu ou pas du tout confiance dans la surveillance fédérale de la sécurité des aliments.

Davantage de consommateurs prennent des précautions

Parallèlement, les consommateurs sont plus enclins à prendre des précautions à la suite d'avertissements concernant la sécurité alimentaire. Plus précisément, Gallup a constaté que :

- 73 % des Américains avaient évité d'acheter certaines marques ou certains types d'aliments à la suite d'un rappel ou d'un avis des autorités au cours de l'année écoulée, contre 53 % en 2024 ;

- 45 % avaient jeté ou rapporté un produit alimentaire, contre 37 % en 2024 ;
- 42 % avaient craint que l'un des aliments qu'ils avaient consommés ne soit contaminé, contre 26 % en 2024.

Différences partisanes dans la perception de la sécurité des aliments

Le sondage a également révélé un creusement des écarts partisans concernant la confiance envers la surveillance fédérale de la sécurité alimentaire. Chez les Républicains, 70 % ont exprimé leur confiance dans la capacité du gouvernement fédéral à garantir la sécurité des aliments, contre 30 % chez les Démocrates. Toutefois, une majorité de personnes, tous bords politiques confondus, ont déclaré avoir évité certains aliments en raison de rappels ou d'avis sanitaires, notamment 63 % des Républicains, 73 % des Indépendants et 81 % des Démocrates.

La baisse de confiance envers la sécurité des aliments fait suite à des épidémies majeures

Ces résultats font suite à la plus importante épidémie de cyclosporose jamais enregistrée aux États-Unis, qui a touché plus de 12 000 personnes dans 21 États et s'est achevée en septembre 2026.

Gallup a noté que les précédentes baisses de confiance envers la surveillance fédérale de la sécurité des aliments avaient également coïncidé avec des épidémies majeures de maladies d'origine alimentaire, notamment celles liées à Escherichia coli et à Salmonella en 2007 et 2008. Cependant, les dernières données indiquent que les préoccupations des Américains concernant la contamination alimentaire et leurs réactions aux avertissements sanitaires se sont accrues au sein de tous les groupes politiques, malgré les divergences partisanes quant à la confiance accordée à la surveillance fédérale.

MàJ du 11 octobre 2026. On lira aussi l’article paru dans CIDRAP News, « Alors que la confiance des Américains dans la sécurité des aliments chute à un niveau record, deux éclosions viennent d'être mises en lumière : des wraps au poulet liés à un foyer de cas à E. coli O157:H7 et 32 cas de salmonellose liés aux graines germées de brocoli. »

jeudi 8 octobre 2026

Suisse : Deux cas de botulisme alimentaire découverts en Valais, une première depuis plus de trois décennies

« Deux cas de botulisme alimentaire découverts en Valais, une première depuis plus de trois décennies », source RTS.

C'est une première depuis plus de trente ans. Deux cas de botulisme alimentaire ont été détectés en Valais. Deux personnes ont été intoxiquées et sont actuellement hospitalisées. Elles ont reçu un traitement antitoxine. Il n'y a pas de risque de contagion.

Un rappel de produit a été diffusé par l’Office fédéral de la sécurité alimentaire et des affaires vétérinaires (OSAV) sur l’application RecallSwiss en raison d’une suspicion concernant une terrine de jarret de porc, vendue sur les marchés de Sierre et de Martigny, ainsi que dans certaines boucheries.

« Les lots ont été retirés du marché. Les personnes ayant acheté un produit de ce type sont appelées à ne pas le consommer et à ne pas l’ouvrir. Le produit doit être jeté », a communiqué, mercredi, l'Etat du Valais, confirmant une information préalable de Rhône FM.

Se rendre aux urgences

Les premiers symptômes apparaissent généralement dans les heures ou les jours suivant l’ingestion. Ils peuvent notamment comprendre une sécheresse de la bouche, des troubles de la vision tels qu’une vision floue ou double, des difficultés à parler ou à avaler ainsi qu’une faiblesse ou une paralysie musculaire. Des nausées, vomissements ou diarrhées peuvent également survenir. Dans les formes sévères, la paralysie peut atteindre les muscles respiratoires et nécessiter une prise en charge médicale intensive.

Les personnes ayant consommé ce produit et qui présenteraient des symptômes compatibles avec le botulisme doivent se rendre sans délai aux urgences et signaler au personnel médical la consommation du produit concerné ainsi que la suspicion de botulisme.

NB : Merci à Joe Whitworth de Food Safety News d’avoir signalé cette information.


Et chez nous ...
Du 1er janvier 2018 au 31 décembre 2024, 74 foyers ont été déclarés en France métropolitaine, totalisant 122 cas (dont 107 cas hospitalisés et 1 décès).
Dans près de 80 % des cas, il s'agit d'un botulisme alimentaire lié à la consommation de conserves familiales, artisanales ou de charcuteries mal stérilisées.

Le Danemark et l'Autriche contribuent à résoudre deux importantes épidémies de salmonellose en Europe

Une étude avec 36 auteurs est paru en septembre 2026 dans Epidemiology and Infection à propos de foyers de cas étendus à Salmonella Enteritidis en Europe liées à de la viande de poulet originaire de Pologne, 2023 (Widespread European outbreaks of Salmonella Enteritidis related to chicken meat from Poland, 2023)

Cet article présente des données sur les épidémies survenues en Europe et décrit les investigations microbiologiques, épidémiologiques et alimentaires menées en Autriche et au Danemark lors de ces deux épidémies transfrontalières simultanées à S. Enteritidis.

Résumé

Salmonella Enteritidis se transmet généralement à l'homme par la consommation d'œufs ou de viande de volaille. En juillet 2023, le Danemark et l'Autriche ont signalé simultanément deux épidémies causées par des souches de S. Enteritidis de séquence type (ST) 11 génétiquement distinctes. Dans les deux pays, des cas ont été rattachés à ces épidémies grâce au typage de séquence multilocus basé sur le core génome (cgMLST) entre le 1er janvier et le 1er octobre 2023. Les investigations ont inclus des entretiens avec les patients, la traçabilité des aliments et, par analyse cgMLST, la comparaison d'isolats d'origine humaine, alimentaire et environnementale.

Au total, 207 cas ont été recensés dans 11 pays de l'UE. Les informations recueillies sur l'alimentation des patients ont orienté les soupçons vers le poulet, souvent vendu sous forme de viande à kebab. Des enquêtes approfondies de traçabilité, menées à partir des restaurants et grossistes concernés en Autriche et au Danemark, ont identifié la viande de poulet produite en Pologne comme le vecteur de ces épidémies.

Suite au décès d'un patient en Autriche, les autorités de la sécurité des aliments ont renforcé les contrôles sur ce produit, entraînant des rappels de denrées alimentaires. Des rappels de produits spécifiques à base de poulet originaire de Pologne ont également été effectués au Danemark. Malgré les interventions nationales et les réglementations visant les producteurs de volaille, l'UE reste collectivement vulnérable aux épisodes de contamination alimentaire à grande échelle prenant leur source dans un seul État membre. Une collaboration internationale et intersectorielle efficace a été déterminante pour identifier le vecteur de ces épidémies.

Conclusion

Cette enquête démontre l'efficacité de la traçabilité alimentaire internationale comme outil de résolution des épidémies.

Elle souligne également l'importance d'une généralisation du séquençage du génome entier ainsi que de la capacité à partager et comparer les données de séquençage issues d'isolats humains et alimentaires entre les différents pays. L'utilisation d'une plateforme commune telle qu'EpiPulse favorise la collaboration et renforce la réponse collective face aux menaces pour la santé publique. L'émergence d'épidémies de S. Enteritidis liées à du poulet polonais met en lumière la complexité des défis ainsi que la nature multidimensionnelle de la prévention et de la lutte contre les maladies d'origine alimentaire dans un monde de plus en plus interconnecté. Relever ces défis exige une action concertée de toutes les parties prenantes, gouvernements, organismes de réglementation, partenaires industriels et consommateurs, afin de mettre en œuvre des stratégies globales fondées sur des données probantes, visant à réduire le risque de contamination par Salmonella dans les produits avicoles et à préserver la santé publique à l'échelle mondiale.

Deux épidémies distinctes à Salmonella ST11

Un tableau présente les données relatives à l'épidémie 1 (N = 149), à l'épidémie 2 (N = 60) et au total (N = 209).
- Sexe : Les hommes constituent la majorité dans les deux épidémies (54,4 % pour l'épidémie 1, 68,3 % pour l'épidémie 2, 58,4 % au total).
- Tranche d'âge : Les groupes les plus touchés sont ceux des 11-20 ans (19,1 % au total) et des 21-30 ans (22,5 % au total). L'épidémie 2 présente une concentration notable dans la tranche d'âge des 81 ans et plus (16,7 %).
- Hospitalisation : 11,0 % de l'ensemble des cas ont été hospitalisés, bien que cette information soit inconnue pour 72,7 % des cas.
- Voyage à l'étranger : 12,4 % de l'ensemble des cas ont signalé un voyage, tandis que cette information est inconnue pour 52,2 % d'entre eux.
- Pays : Le Royaume-Uni a enregistré le nombre de cas le plus élevé (80 cas, soit 38,3 %), suivi de la France (49 cas, soit 23,4 %) et du Danemark (29 cas, soit 13,9 %). L'épidémie 1 était fortement concentrée au Royaume-Uni (46,3 %), alors que l'épidémie 2 était plus uniformément répartie entre la France (23,3 %), l'Autriche (18,3 %) et l'Allemagne (18,3 %).
- Consommation de poulet : 19,6 % de l'ensemble des cas ont confirmé en avoir consommé, tandis que l'information est inconnue pour 79,9 % d'entre eux.
- Consommation de kebab : 16,7 % de l'ensemble des cas ont confirmé en avoir consommé, tandis que l'information est inconnue pour 76,6 % d'entre eux.

NB : Merci à Joe Whitworth de Food Safety News d’avoir signalé cette information.

France : Questions sur un rappel de jambon sec contaminé par de l'ochratoxine A

D’habitude quand il y a un rappel de jambon sec sur RappelConso, vous pouvez vérifier, il s’agit le plus souvent en raison de la présence de Listeria monocytogenes et de temps à autre de la présence de Salmonella.

Mais là, à ma connaissance, c’est bien la première fois qu’un rappel de jambon sec en France soit dû à la présence d’ochratoxine A, une mycotoxine bien connue.

Reprenons les faits qui ont évolué lentement,semble-t-il, selon la chronologie suivante :

- Le 25 septembre 2026, RappelConso informe du rappel de jambon sec supérieur U 10 tranches. Le motif du rappel est une non conformité chimique liée à la présence identifiée d'ochratoxine A

- Le distributeur Système U, à l’origine du rappel, mentionne ce rappel, mais il ne dit pas à quelle date ce rappel a été effectué. Il va falloir corriger ça.
- Le 1er octobre 2026, la France notifie au RASFF de l’UE, référence 2026.8697, la présence excessive d’ochratoxine A (116 ± 35 µg/kg ) dans du jambon sec de France. Le maximum étant 3 µg/kg (?)

Le souci de ce rappel, qui était sans aucun doute nécessaire, là n’est pas la question, n’a pas de base réglementaire.

En effet, selon le règlement (UE) 2023/915 concernant les teneurs maximales pour certains contaminants dans les denrées alimentaires, il n’y a pas de seuils fixés pour le jambon sec. Autrement dit, la législation européenne ne réglemente pas l'ochratoxine A dans la viande et les produits dérivés de la viande.

Le maximum de 3 µg/kg ne correspond pas au jambon sec, qui n’est pas mentionné du tout dans ce règlement précité.

Autre sujet de discussion, comment se fait-il qu'on est retrouvé de l'ochratoxine A sur ou dans du jambon sec ?

Deux pistes peuvent être proposées :

- Le processus de fabrication du jambon sec nécessite une période de séchage et de maturation plus ou moins longue. Des moisissures peuvent parfois proliférer à la surface du produit si les paramètres environnementaux (hygrométrie, ventilation) ne sont pas parfaitement maîtrisés.
- La chaîne alimentaire animale : le porc a pu consommer des céréales elles-mêmes contaminées par ces moisissures avant l'abattage, ce qui peut laisser des résidus dans les tissus.

Mais là où cela va devenir vraiment intéressant c’est de lire la littérature scientifique, deux articles récents sélectionnés, sur le sujet de la présence d’ochratoxine A dans du jambon sec ou des produits de charcuterie.

Présence d'ochratoxine A dans les produits de charcuterie aux Pays-Bas

Une étude de juin 2026, paru dans Toxins, a réalisé une enquête sur la présence d'ochratoxine A dans les produits de charcuterie aux Pays-Bas.

L'ochratoxine A est un métabolite toxique produit par des champignons, présent dans divers produits alimentaires, céréales et aliments pour animaux d'origine végétale (matières premières). Il a été démontré que l'ochratoxine A a des effets toxiques après ingestion, tant chez l'animal que chez l'homme. Par conséquent, l'EFSA a conclu que la contribution des viandes (transformées) à l'exposition humaine à l'ochratoxine A ne devait pas être négligée. L'objectif de cette étude était d'évaluer la présence d'ochratoxine A ; des données sur l'ochratoxine A dans les charcuteries ont donc été collectées.

50 produits de charcuterie ont été obtenus auprès de supermarchés néerlandais. L'ochratoxine A a été détectée à des concentrations égales ou supérieures à la limite de quantification dans quatre échantillons de jambon cru (de 0,30 µg/kg à 79,8 µg/kg) et deux échantillons de saucisses (0,2 µg/kg et 0,41 µg/kg). Au total, l'ochratoxine A a été détectée dans vingt échantillons, ce qui indique que sa concentration dépassait la limite de quantification dans 40 % des charcuteries analysées.


Contribution clé : Quarante pour cent des produits de charcuterie analysés étaient contaminés par l'ochratoxine A. Bien que les niveaux de contamination soient généralement faibles, la possibilité d'une contamination relativement importante ne peut être exclue. Par conséquent, cette incidence de contamination de 40 % suggère que la consommation de produits de charcuterie peut contribuer à une exposition faible, mais fréquente, des consommateurs néerlandais à l'ochratoxine A.

Recherche d'ochratoxine A dans les jambons séchés à l'air en République tchèque 
Une étude tchèque de 2024, paru dans Meat Science, avait pour objectif de rechercher l'ochratoxine A dans les jambons séchés à l'air. La photo est issue de cet article.

La législation de l'Union européenne relative à l'ochratoxine A dans les denrées alimentaires a évolué récemment (il s’agit du règlement de 2023 cité plus haut -aa). Toutefois, elle ne réglemente pas la présence d'ochratoxine A dans les viandes et les produits carnés. Dans le cadre de cette mise à jour, la Commission européenne a demandé de nouvelles études, notamment sur la présence d'ochratoxine A dans le jambon, ce qui soulève des inquiétudes quant à un risque potentiel d'exposition à cette toxine lors de sa consommation. Cette étude vise à analyser la présence d'ochratoxine A dans 195 échantillons de jambons séchés à l'air, prélevés sur le marché tchèque entre janvier et juin 2023.

De l'ochratoxine A a été détectée dans 93 échantillons (48 %) de jambon séché à l'air, avec une concentration atteignant 14,58 ng/g. En raison de l' absence actuelle de limites réglementaires, les résultats de cette étude ont été comparés à la limite maximale italienne de 1 ng/g pour l'ochratoxine A dans la viande et les sous-produits porcins. Cette limite a été dépassée dans 22 échantillons (11 %). De plus, 14 de ces échantillons étaient d'origine italienne, ce qui est très préoccupant en matière de sécurité des aliments. Cette étude montre que la population tchèque est exposée à l'ochratoxine A provenant de ces sous-produits porcins. Il est donc essentiel d'établir une limite réglementaire pour l'ochratoxine A dans la viande et les aliments qui en sont issus afin de protéger la santé humaine.

Évaluation par l’EFSA

Selon les données recueillies par l’EFSA (2020) de 29 pays européens entre 2009 et 2018, les aliments présentant les moyennes de contamination en ochratoxine A les plus élevées étaient (ordre décroissant) :
- compléments alimentaires à base de plantes ;
- piments rouges ;
- réglisse et bonbons à la réglisse ;
- épices (paprika, poudre de piments, piment de la Jamaïque, poivre de Cayenne, noix de muscade, curry) ;
- ail ; 
- figues sèches ;
- jambon sec ;
- herbes aromatiques ;
- fromages.
Données extraites de la fiche de l’Anses sur Aspergilli et Penicillia producteurs d’ochratoxine A, mai 2023.

Prochaine étape ?

En France, il y a bien eu une étude en 2018 sur du muscle et du foie de porcs avec un dosage d'ochratoxine A dans 70 échantillons. Trois échantillons ont dépassé le niveau maximal recommandé en Italie de 1 μg OTA kg−1. Aucune différence significative n'a été constatée entre les productions biologiques et conventionnelles. 

Cela étant, il faudrait envisager une enquête en France sur les produits de charcuterie, dont les jambons secs, afin de connaître quel est l’état des lieux de la présence d’ochratoxine A, et surtout que l’EFSA puisse enfin fixer des valeurs seuils pour ces produits.

mardi 6 octobre 2026

Salmonella dans des tomates cerises siciliennes : interdiction dans les cantines scolaires des Pouilles. Foyers de cas en Lombardie, Latium et Frioul

« Salmonella dans des tomates cerises siciliennes : interdiction dans les cantines scolaires des Pouilles. Foyers en Lombardie, Latium et Frioul », source article de Roberto La Pira du 3 octobre 2026 paru sur le site il fatto alimentare.

Il s'agit de la même souche qui circule en Europe depuis 2023 et qui a touché 437 personnes. Des foyers ont également été signalés en Lombardie, dans le Latium et au Frioul. Et sans doute dans le Val Trompia ?

Interdiction des tomates crues dans les cantines des crèches, écoles, hôpitaux et maisons de retraite. Place aux légumes cuits ! Telle est la mesure demandée par la région des Pouilles aux municipalités et aux restaurateurs dans une déclaration urgente du ministère de la Santé. Selon la directive, citée par l’ANSA, cette décision fait suite à la réunion du Groupe de travail national du 30 septembre concernant les nombreux cas de salmonellose recensés dans les Pouilles, Lombardie, Latium et Frioul-Vénétie Julienne, attribués à la consommation de tomates fraîches, notamment de tomates cerises crues.

Pour les lecteurs d' Il Fatto Alimentare, ce n'est pas une surprise. Il y a un an, nous avions déjà signalé qu'une même souche de salmonelle, liée aux tomates cerises siciliennes, rendait malades des centaines de personnes en Europe. Et il y a deux semaines, alors que nous enquêtions sur l'épidémie dans les écoles de Val Trompia, un lecteur nous a suggéré de nous concentrer sur les tomates cerises. Aujourd'hui, cette hypothèse se confirme. Quatre régions, une seule souche.

La région des Pouilles interdit la consommation de tomates cerises crues dans les cantines scolaires.

La directive des Pouilles fait suite à une augmentation des cas de salmonellose à Salmonella Strathcona ST2559 et aux foyers de salmonellose recensés en septembre. Les enquêtes épidémiologiques menées par les services de prévention établissent un lien entre ces cas et la consommation de tomates fraîches, notamment de tomates cerises crues. Des analyses ont révélé la présence de Salmonella dans un lot de tomates provenant de la province de Caltanissetta. Les autorités sanitaires locales ont décrété une interdiction, applicable immédiatement, concernant les crèches, les écoles maternelles et primaires, les cantines d'hôpitaux, les EHPAD et les maisons de retraite.

Parallèlement, le ministère de la Santé a émis un avis de rappel concernant un lot de tomates cerises G&V Ortaggi, produites à Gela (Caltanissetta), en raison de la présence de Salmonella spp. Il s'agit du lot n°210, conditionné en emballages d'environ 6,5 kg (nous avons publié l'alerte il y a quelques jours). L'avis de rappel ne précise pas si le produit était destiné à la restauration ou à la vente au détail et ne contient aucune image. On ignore s'il s'agit du même lot que celui mentionné par la région des Pouilles.

De forts soupçons planent sur un lot de tomates cerises siciliennes.

Un problème connu depuis 2011

La souche Strathcona de séquence type ST2559 n'est pas nouvelle. La première épidémie européenne remonte à 2011 au Danemark, déjà liée à des tomates cerises siciliennes. Dans sa mise à jour d'octobre 2025, l'ECDC et l'EFSA ont recensé 437 cas confirmés dans 17 pays entre janvier 2023 et septembre 2025. L'Italie était en tête avec 123 cas, devant l'Allemagne (113) et l'Autriche (76).

Des enquêtes menées en Autriche (2023 et 2025) et en Italie (2024) ont identifié les tomates cerises siciliennes comme source de la contamination. Une étude européenne collaborative a reconstitué 662 cas sur 14 ans, liés à une source commune, et estime que le nombre réel de cas est bien plus élevé. La découverte la plus significative concerne l'origine : en janvier 2025, la souche a été détectée dans l'eau d'irrigation d'un puits appartenant à un producteur sicilien.

L’ECDC a exigé des vérifications et des contrôles avant récolte, en commençant par l'eau d'irrigation. Les producteurs siciliens ont rejeté ce lien, affirmant qu'aucune contamination n'avait jamais été constatée dans les tomates analysées. Par ailleurs, en septembre 2026, une enquête allemande sur une épidémie ayant touché plus d'une centaine de personnes a de nouveau mis en cause les tomates italiennes.

Et qu'en est-il de Salmonella dans la vallée de Val Trompia ?

À la mi-septembre, une épidémie de salmonellose a touché des crèches, des écoles maternelles et des écoles primaires à Gardone Val Trompia, Concesio et Marcheno, dans la province de Brescia. L'ATS de Brescia (ATS pour Agenzia di Tutela della Salute) a recensé 117 cas, dont plusieurs adultes et jusqu'à 14 enfants hospitalisés. L'origine de l'épidémie a été attribuée à des repas préparés les 10 et 11 septembre par le centre de restauration Inzino, fermé depuis le 14 septembre.

Selon la presse locale, les inspections des centres de restauration et des cafétérias n'ont révélé aucune anomalie. L'ATS a annoncé des tests sur des « repas tests » stockés, mais n'a pour l'instant divulgué ni le sérotype isolé chez les enfants, ni les résultats des analyses alimentaires. Cependant, un lecteur nous a écrit pour nous inciter à concentrer nos efforts sur les tomates cerises.

Aujourd'hui, la directive des Pouilles inclut la Lombardie parmi les quatre régions concernées, et nous savons que des foyers épidémiques liés aux tomates cerises dans les Pouilles ont été recensés en septembre. Les dates concordent. Cependant, le lien reste hypothétique : aucune autorité ne l'a confirmé. Il y a une semaine, nous avons écrit à l'ATS de Brescia pour obtenir des nouvelles de l'enquête, mais nous n'avons reçu aucune réponse.

Les laver suffit-il ?

Il y a un an, suite à notre article sur l'épidémie européenne, de nombreux lecteurs nous ont demandé si laver les tomates cerises suffisait. Nous avons interrogé Antonello Paparella, professeur de microbiologie alimentaire à l'université de Teramo, qui a déclaré : « La contamination par Salmonella des fruits et légumes frais comme les tomates cerises peut se produire de diverses manières et ne se limite pas toujours à la surface extérieure . »

Les bactéries proviennent généralement de l'eau d'irrigation, du sol, des engrais organiques ou des animaux sauvages et restent en surface. Dans de rares cas, cependant, Salmonella peut pénétrer dans la plante par des micro-lésions ou les stomates, notamment en cas de différence de température entre l'eau d'irrigation et l'eau de lavage.

Point crucial : la souche Strathcona a été détectée dans de l’eau d’irrigation d’une entreprise sicilienne. C’est l’une des raisons pour lesquelles, dans les cafétérias accueillant enfants, personnes âgées et malades, il est préférable de privilégier les légumes cuits.

Les questions qui demeurent

La souche est connue depuis 15 ans, le vecteur reste le même et l'eau contaminée a été détectée en 2025. Pourtant, en 2026, des interdictions d'urgence sont toujours en vigueur dans les cantines. Plusieurs questions demeurent. Pourquoi les contrôles de l'eau d'irrigation des entreprises concernées ne sont-ils pas obligatoires, comme le demande l’ECDC ? Pourquoi seule la région des Pouilles a-t-elle suspendu la vente de tomates crues, alors que quatre régions sont touchées par l'épidémie ? Qui a constitué le groupe de travail, comme l'indique l'ANSA, et pourquoi ses conclusions n'ont-elles pas été rendues publiques ? Quels foyers en Lombardie ont-ils été examinés ? Le Val Trompia en fait-il partie ? Enfin, pourquoi l'avis de rappel des tomates G&V Ortaggi n'indique-t-il pas la destination finale du produit ?

Pour les consommateurs, le risque en magasin demeure faible, mais les conseils de Paparella restent valables : bien laver les tomates à l’eau courante, nettoyer les plans de travail, les couteaux et les assiettes, choisir des fruits entiers et les conserver au réfrigérateur. Les jeunes enfants, les personnes âgées, les femmes enceintes et les personnes vulnérables peuvent privilégier les tomates cuites pour le moment.

lundi 5 octobre 2026

République tchèque : Problème récurrent de Salmonella dans de la viande de volaille importée

En République Tchèque, cela dévient un sujet récurrent. Déjà en juin 2019, 21 tonnes de volaille importée de Pologne en Tchéquie contaminées par Salmonella.

De nouveau, en septembre 2019, « Trois nouveaux cas d’importation de viande polonaise contaminée à la salmonelle »

Octobre 2026, la République tchèque informe de la présence de Salmonella dans 25 % des prélèvements de viande de volaille importée, source Poultry Med.

Une campagne de surveillance renforcée menée par l'Administration vétérinaire d'État de la République tchèque a mis en évidence une contamination importante à Salmonella dans la viande de volaille importée. La bactérie a été détectée dans près d'un échantillon sur quatre testés.

Cette campagne d'inspection renforcée, en cours depuis fin juillet, s'est concentrée sur les cargaisons en provenance de fournisseurs étrangers, notamment d'autres États membres de l'Union européenne.

Sur les 93 prélèvements de viande de volaille importée testés, 23 étaient positifs pour Salmonella , soit un taux de non-conformité de 24,7 %.

Selon les autorités vétérinaires, ces résultats sont conformes aux tendances observées sur plusieurs années. Les données de surveillance historiques de 2023 à 2025 montrent que la viande de volaille importée présentait un taux de contamination moyen à la salmonelle de 21 %, soit environ trois fois supérieur à la moyenne de 7 % détectée dans la production nationale tchèque de volaille.

Suite à ces résultats positifs, l'Administration vétérinaire d'État a transmis des notifications officielles via le système d'alerte rapide de l'UE pour les denrées alimentaires et les aliments pour animaux (RASFF) et a lancé des enquêtes de traçabilité pour chaque lot concerné. Pour les cargaisons encore stockées avant distribution, les autorités ont imposé des restrictions immédiates empêchant leur mise sur le marché.

Les relations avec la Commission européenne ne sont pas simples non plus, comme en témoigne ces articles du blog de 2021 et de 2020, La République tchèque entend avoir pour ses consommateurs des aliments bien contrôlés. La Commission européenne lui adresse un avis motivé avant saisine de la cour de justice de l'UE et La Commission européenne met en garde la Roumanie et la République tchèque au sujet des règles de sécurité des aliments.

NB : Merci à Joe Whitworth de Food Safety News d’avoir signalé cette information.

Pays-Bas : Près des deux tiers des restaurants estivaux coupables d'infractions aux règles de sécurité des aliments

Pour une surprise, c’est une surprise, aux Pays-Bas, au pays de l’éthique selon Baruch Spinoza, la NVWA (agence chargée de surveiller la sécurité des aliments et des produits de consommation, ainsi que la santé des animaux et des plantes), rapporte que la sécurité des aliments n’était pas conforme aux normes dans les deux tiers des établissements de restauration estivale.

En juillet et août, la NVWA a inspecté 154 établissements estivaux. Ces inspections inopinées ont eu lieu dans des restaurants et bars situés à proximité de piscines, de lacs de loisirs, de campings, d'aires de jeux et sur les plages. Elles ont été motivées par les fortes chaleurs estivales, qui représentent un risque accru pour la sécurité alimentaire. Les données de la NVWA montrent que la présence de mouches a augmenté dans un nombre croissant d'établissements ces dernières années. Les mouches ne sont pas qu'une simple nuisance ; les mouches peuvent propager des agents pathogènes tels que des bactéries et des virus par leurs pattes, leur salive et leurs excréments. Lorsqu'elles se posent sur des aliments, des déchets et des surfaces sales, elles présentent un risque d'intoxication alimentaire.

Les inspections ont été réalisées lorsque la température atteignait 20°C ou plus. Les inspecteurs ont porté une attention particulière au stockage des denrées alimentaires à la bonne température et à la présence de mouches dans les zones de préparation des aliments. Comparé aux premiers mois de l'année, il est apparu que les entreprises avaient plus souvent des difficultés à maintenir la température adéquate pour le stockage des aliments pendant l'été. Des mouches ont été trouvées dans 47 % des sites inspectés. Dans 3 % des entreprises, cette nuisance était importante. Dans 40 % des établissements inspectés, les allergènes n'étaient pas répertoriés ou l'étaient de manière incorrecte.

Au total, des mesures ont été prises à l'encontre de 96 des 154 entreprises inspectées. Cela comprend 88 avertissements officiels et 8 rapports de constatation d'infraction assortis d'une amende. Les entreprises doivent remédier aux infractions constatées. Une inspection de suivi aura lieu dans les trois mois.

Il faut tout de même les citer les 58 entreprises (154 - 96 = 54) qui se sont conformées à la réglementation en matière de sécurité des aliments. Les inspecteurs ont constaté des infractions dans 96 entreprises. Dans 8 de ces entreprises, il s'agissait d'infractions graves, ce qui représente un risque important pour la sécurité alimentaire. Ont-elles pour autant été fermées, le communiqué tolérant de la NWVA ne le dit pas ...

Lors de nos inspections, nous avons examiné les points suivants :

- manipulation des aliments
- lutte antinuisibles
- hygiène et locaux
- Informations sur les allergènes

L'information sur les allergènes constituait un autre problème majeur : 40 % des établissements inspectés n'ont pas fourni d'informations correctes ou complètes à ce sujet.

La NVWA a notamment constaté que les entreprises éprouvaient davantage de difficultés à maintenir les températures de stockage des aliments adéquates en été qu'au cours des premiers mois de l'année.

Présence de mouches

Il a été constaté la présence de mouches dans 72 établissements (47 %). Dans 5 d'entre eux, la nuisance était importante. La NVWA indique que les mouches peuvent propager des bactéries et des virus par leurs pattes, leur salive et leurs excréments lorsqu'elles se posent sur des aliments, des déchets ou des surfaces sales.

Quarante et une entreprises (27 %) étaient en infraction pour avoir pris des mesures insuffisantes afin d'empêcher les mouches d'entrer dans la cuisine ou de les contrôler. Il est possible, par exemple, d'utiliser des moustiquaires, des lampes anti-mouches ou des bandes adhésives.

Des inspections de routine dans les établissements du secteur de l'hôtellerie-restauration en juillet et août 2025 et 2026. En 2025, nous avons constaté la présence de mouches dans 15 % des établissements. En 2026, ce pourcentage atteignait 20 %. Ces pourcentages sont probablement inférieurs à la réalité, car une attention moindre a été portée aux mouches lors de ces inspections de routine.

Conclusion, dans la rubrique ‘devine qui vient dîner’, d'après la NVWA, les inspections n'ont pas été annoncées.

Commentaire

Et chez nous, en France, selon Tendances restauration, « Canicule : Les restaurateurs doivent passer d’une gestion d’urgence à une culture de l’adaptation ».
Il n’est pas ici question d’hygiène et de sécurité des aliments, dans le contenu de l’article disponible, mais d’économie, de social et d’organisation ...

NB : Merci à Joe Whitworth de Food Safety News d’avoir signalé cet article.

dimanche 4 octobre 2026

L’UE publiera des avis scientifiques et éthiques relatifs aux aliments ultra-transformés d’ici début 2027

« L’UE publiera des avis scientifiques et éthiques relatifs aux aliments ultra-transformés d’ici début 2027 », source Food Safety Magazine.

La Commission européenne a publié un document de cadrage sur l’évaluation scientifique et éthique de la consommation d’aliments ultra-transformés et les recommandations politiques qui en découlent au sein de l’UE. Bien que ce document ne tire pas de conclusions officielles, il jette les bases des avis que le Groupe des conseillers scientifiques en chef de la Commission (GCSA pour Group of Chief Scientific Advisors) et le Groupe européen d’éthique des sciences et des nouvelles technologies (EGE pour European Group on Ethics in Science and New Technologies) rendront début 2027.

Ces évaluations scientifiques et éthiques à venir pourraient éclairer les futures actions de l’UE concernant les aliments ultra-transformés.

Des experts chargés d’évaluer les fondements des politiques relatives aux aliments ultra-transformés

Plus précisément, le GCSA a été chargé de déterminer les considérations scientifiques qui devraient sous-tendre les politiques de l’UE visant à promouvoir des régimes alimentaires plus sains, en se basant sur les connaissances actuelles concernant la consommation d’aliments ultra-transformés et leurs effets sur la santé. Il a été demandé aux conseillers d'examiner :
- Les principales définitions et systèmes de classification des aliments ultra-transformés (AUTs) et leur pertinence pour l'élaboration des politiques
- Les données scientifiques actuelles concernant leurs effets sur la santé
- Les habitudes de consommation d'AUTs dans l'UE
- Les critères ou indicateurs possibles d'évaluation des effets sur la santé.

Parmi les critères potentiels identifiés figurent le degré et le type de transformation, la densité énergétique, la composition nutritionnelle, les ingrédients tels que les additifs alimentaires et les arômes, la taille des portions, la fréquence de consommation et la contribution de chaque aliment aux apports nutritionnels essentiels et aux recommandations diététiques.

Il est important de noter que le document souligne que la sécurité sanitaire des substances individuelles fait déjà l'objet d'une évaluation des risques par l'Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA) dans le cadre du système d'autorisation de mise sur le marché de l'UE.

Parallèlement, le groupe EGE a été chargé d'examiner les considérations éthiques liées aux AUT tout au long de la chaîne alimentaire. Ses travaux porteront sur la protection de la santé, l'accès à une alimentation adéquate et nutritive, la protection et l'autonomie des consommateurs, la justice sociale, la responsabilité des entreprises, le bien-être animal et les impacts environnementaux. L’étude examinera également les inégalités socio-économiques, le prix, la concentration du marché, le travail, la propriété des données et les externalités environnementales liées à la production et à la consommation d’aliments ultra-transformés (AUTs).

Les deux groupes ont été chargés d’identifier les données probantes crédibles, limitées ou manquantes et de mettre en évidence les lacunes de la recherche. Leurs avis scientifiques et éthiques respectifs sont attendus au premier trimestre 2027.

Définitions floues des AUTs et évolution des données sur leurs effets sur la santé

Préparant le terrain pour que le GCSA et l’EGE puissent formuler leurs avis, le document de cadrage a mis en lumière à la fois les preuves croissantes associant la consommation d’AUTs à des effets néfastes sur la santé et les questions persistantes quant à la définition des AUTs à des fins de recherche et d’élaboration de politiques.

Le terme « aliment ultra-transformé » est le plus souvent associé au système de classification des aliments Nova, qui divise les aliments et les boissons en quatre catégories, les AUT regroupant les produits contenant peu ou pas d’aliments entiers. Le document a souligné les critiques fréquentes formulées à l’encontre des critères Nova, qui manquent de la spécificité requise pour classer les aliments de manière cohérente et sans interprétation subjective.

Des études observationnelles ont établi un lien entre les régimes alimentaires riches en aliments ultra-transmissibles et les maladies non transmissibles, l'obésité et des problèmes de santé mentale, notamment l'anxiété et la dépression. Cependant, la Commission a qualifié ce domaine scientifique d'évolutif et a indiqué que les effets environnementaux et sociaux des AUTs semblent encore mal compris.

Importance fonctionnelle de la transformation des aliments

Le document souligne également que la transformation des aliments remplit des fonctions importantes. Elle permet d'améliorer la sécurité microbiologique, d'éliminer les toxines, de prolonger la durée de conservation, d'accroître la biodisponibilité des nutriments, de faciliter l'enrichissement des aliments et de réduire le gaspillage alimentaire et la charge de travail domestique. Parallèlement, les nouvelles technologies de transformation permettent de créer des formulations à haute stabilité et de modifier les caractéristiques sensorielles, ce qui soulève des questions quant à leurs effets potentiels sur la santé humaine, animale et planétaire.

La consommation d'AUTs varie au sein de l'UE

Selon les données citées par la Commission, le pourcentage de l'apport énergétique total provenant des AUTs définis par la classification Nova varie considérablement en Europe. Les aliments ultra-transformés représentent moins de 25 % de l'apport énergétique dans certains pays d'Europe du Sud, notamment l'Italie, Chypre, la Grèce et le Portugal, mais dépassent 35 % aux Pays-Bas et en Allemagne et atteignent environ 40 % en Suède.

La Commission a également souligné les disparités socio-économiques liées à la consommation d'AUTs. Des recherches citées dans le document ont établi un lien entre une consommation plus élevée d'AUTs et un statut socio-économique et un niveau d'instruction parental plus faibles, tandis que d'autres études ont associé l'insécurité alimentaire à une plus grande probabilité de répondre aux critères de ce que les chercheurs ont appelé la « dépendance aux AUTs ».

Règles existantes de sécurité des aliments dans l'UE et politique potentielle relative aux AUTs

Le document présente les AUTs comme un problème qui dépasse le cadre de la nutrition et de la santé publique. Les pistes politiques potentielles sont les suivantes :

Les domaines identifiés par la Commission comprenaient la sécurité des aliments, l'agriculture, l'industrie et le commerce, la protection et l'autonomie des consommateurs, la justice sociale, la durabilité environnementale, le bien-être animal, la biodiversité, les emballages et le gaspillage alimentaire.

Bien que l'UE ne réglemente pas spécifiquement les aliments ultra-transformés (AUTs) en tant que catégorie distincte, la législation en vigueur régit déjà de nombreux aspects des aliments susceptibles d'entrer dans cette classification. Par exemple, la législation alimentaire générale de l'UE établit le cadre juridique global en matière de sécurité des aliments et prévoit des mesures de management des risques allant de l'information des consommateurs à l'interdiction et au retrait de produits. Des réglementations spécifiques régissent les additifs alimentaires, les arômes, les contaminants et les matériaux entrant en contact avec les aliments.

Le plan pour un cœur en bonne santé (ou Safe Hearts Plan) de la Commission pourrait ouvrir une voie plus directe pour l'élaboration de politiques relatives aux AUTs. Une initiative préconise l'élaboration d'un « système complet d'évaluation de la transformation des aliments », destiné à fournir aux consommateurs des informations fondées sur des données scientifiques concernant les procédés de transformation alimentaire. Une autre initiative vise à examiner les outils potentiels, y compris des mesures financières, pour soutenir la prévention des maladies, la reformulation des produits alimentaires et des choix de consommation plus sains. Cette dernière initiative a explicitement pour vocation de s'appuyer sur des avis scientifiques et éthiques attendus prochainement.

Commentaire

Qu’il y ait des considérations scientifiques sur les aliments ultra-transformés, je crois que tout le monde sera d’accord, mais qu’il y ait des considérations éthiques, je ne suis pas d’accord, car cela ouvrirait la boite de pandore. La consommation de viande pourrait, demain, générer des avis "éthiques" ...

Selon l’Assurance Maladie,

Les aliments ultratransformés sont des produits emballés, fabriqués à partir d’ingrédients traditionnels ayant subi d’importants procédés de transformation industrielle (chimique, physique, biologique), et auxquels on ajoute des arômes et des additifs. 
Les aliments ultratransformés représentent environ 35 % de nos apports caloriques en France (et jusqu’à 60 % aux États-Unis).
En France, environ 80 % des produits disponibles en supermarché sont des aliments ultratransformés.

A noter que selon le Synabio, 50 % des produits emballés des magasins spécialisés bio sont ultratransformés.