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mercredi 20 mai 2026

Aldi est bel et bien responsable des conditions d’hygiène dans ses magasins, selon la justice de l’UE

Belle page de pub pour Aldi et autres distributeurs car ils sont, au travers ce cas, tous concernés et responsables ...

Des excréments de rats et d’autres soucis d’hygiène valent à Aldi d'être mis en cause devant la justice européenne. La chaîne de supermarchés n'a pas réussi à convaincre la plus haute juridiction européenne que le droit de la sécurité des aliments ne concerne que les mesures de prévention et non l'état des produits en rayon. Source.

La plus haute juridiction européenne ayant déclaré que les supermarchés peuvent toujours être tenus responsables en vertu de la loi européenne sur la sécurité des aliments même s'ils affirment avoir fait tout leur possible pour empêcher les nuisibles d'entrer.

La question que la Cour de cassation (Belgique) soumet à la Cour dans le cadre de la présente demande de décision préjudicielle était la suivante :

1. Est-ce que la découverte de traces de nuisibles dans les magasins et entrepôts d’un exploitant du secteur alimentaire suffit à elle seule à établir une infraction aux règles d’hygiène prévues par le règlement (CE) n°852/2004 relatif à l’hygiène des denrées alimentaires ou l’autorité compétente doit-elle plutôt prouver que l’exploitant du secteur alimentaire concerné n’a pas respecté les obligations de moyen stipulées dans ce règlement ?

Les juges luxembourgeois ont déclaré que le droit européen de la sécurité des aliments vise à garantir la sécurité réelle des aliments pour les consommateurs, et non à se contenter de prouver, sur le papier, qu'une entreprise dispose de plans de conformité et de systèmes de contrôle. En vertu de la législation européenne, les supermarchés sont les principaux responsables de la protection des aliments tout au long de la chaîne d'approvisionnement, y compris pour les produits déjà en rayon et accessibles aux clients.

Le tribunal a déclaré que la présence répétée de traces et d'excréments de rongeurs à proximité des aliments et des équipements de restauration peut, à elle seule, constituer une infraction à plusieurs obligations d'hygiène de l'UE. Les autorités n'ont pas non plus à prouver qu'un supermarché n'a pas déployé suffisamment d'efforts ou a négligé des mesures préventives possibles.

Selon un expert, « La Cour penche clairement pour une obligation d'hygiène plus stricte, en partie axée sur les résultats, afin d'obtenir des résultats concrets en matière de sécurité des aliments ».

Un plan de lutte contre les nuisibles est nécessaire mais non suffisant, une certification est sans doute nécessaire mais était-elle suffisante, etc.

« Les distributeurs de toute l’UE pourraient être confrontés à des inspections renforcées, à une responsabilité accrue et à une pression accrue pour maintenir des systèmes de lutte antinuisibles à tolérance quasi nulle », a-t-il déclaré.

Samuele Tonello, responsable principal des politiques alimentaires à l'Organisation européenne des consommateurs (BEUC), a déclaré que ce jugement confirme que le droit de la sécurité des aliments concerne en fin de compte l'expérience des consommateurs dans les magasins, et non seulement les systèmes de conformité internes.

« Les consommateurs partent du principe que les aliments qu’ils achètent sont sûrs », a déclaré Tonello. « Cette confiance repose sur la responsabilité des détaillants quant aux conditions réelles de stockage dans leurs points de vente et entrepôts. »

« La législation en matière de sécurité des aliments existe pour protéger les personnes, et non pour certifier les procédés », a déclaré Tonello.

En France, l’actualité nous offre une nouvelle preuve de ce qui est avancé dans cette décision juridique, avec la découverte par un consommateur de présence dune partie d’un animal dans une boite de petits pois vendue chez Lidl …

Les 5 euros de dédommagement proposée par Lidl sont une insulte faite aux consommateurs et Lidl doit, si plainte est déposée, en répondre devant la justice ..

La réponse à la question initiale doit être interprétée « en ce sens que une contamination par des nuisibles constatée à plusieurs reprises pendant plusieurs mois, rendant les denrées alimentaires impropres à la consommation humaine, dans, sur et à proximité immédiate de denrées alimentaires qui se trouvent au stade de la mise sur le marché, est de nature à prouver qu’un exploitant du secteur alimentaire a manqué aux obligations qui lui incombent en vertu des règles d’hygiène prévues par la législation relative à l’hygiène alimentaire. »

Màj du 20 mai 2026. Voici qu'un magasin Auchan (19e) a été fermé pari la Préfecture de Paris pour cause présence de nuisibles (rats) dans le supermarché et dans des frigos alimentaires ...

Il ne va bientôt plus avoir de supermarchés ouverts tant le problème des nuisibles a été sous-estimé...

MàJ du 23 mai 2026La Cour de cassation belge a interrogé la CJUE concernant les obligations d'hygiène alimentaire suite à des contrôles de l'AFSCA dans des magasins et dépôts Aldi. Ces contrôles ont révélé des problèmes graves (excréments de rongeurs, articles souillés), posant la question de la responsabilité de l'enseigne face aux règlements européens d'hygiène (Règlement CE n° 852/2004). La jurisprudence indique que les supermarchés ne peuvent se contenter de simples procédures administratives si la contamination est avérée sur le terrain.

samedi 9 mai 2026

France : Les données 2025 des rappels de produits alimentaires demeurent trop élevées

Le 2 novembre 2025, je prévoyais une
forte augmentation des rappels en 2025 ; il ne fallait pas être grand clerc pour annoncer cela ...

- 3 243 en 2021

- 2 441 en 2022
- 2 023 en 2023
- 2 087 en 2024
- 2 338 en 2025

Il n'existe pas à ma connaissance de bilan des rappels de produits alimentaires en France, d'où ce petit bilan de mon cru...

Voici une méthode simple de calcul des rappels pour 2025 pour ceux que ça intéresse : le chiffre calculé est obtenu à partir de l’utilisation des données des rappels via RappelConso, entre ici et ici.

Bien entendu, il est classique, mais non prouvé de dire, plus il y a de rappels, plus le système fonctionne …

Cette brève information me permet de signaler que nos voisins et amis belges de l’AFSCA ont publié tout récemment, le 5 mai 2026, un communiqué,« Les entreprises alimentaires belges ont procédé à 378 rappels de produits et avertissements en 2025 ».

Que dire de plus ...

jeudi 7 mai 2026

98,8% de ces échantillons alimentaires conformes aux limites fixées par la législation européenne en matière de résidus de pesticides, selon l’EFSA

A l’occasion du lancement de la nouvelle marque UFC-Que Choisir, devenant « Que Choisir Ensemble », UFC-Que Choisir a lancé une campagne de comm' innommableen un mot, une campagne idéologique stigmatisant les agriculteurs pour ce mouvement désormais en perdition.

Pendant ce temps, dans la vraie vie, selon le dernier rapport de l’EFSA, le respect des limites fixées par l’UE en matière de résidus de pesticides reste élevé, comme en témoignent les résultats de plus de 125 000 échantillons alimentaires prélevés dans toute l’Europe. Le dernier rapport confirme, comme les années précédentes, que le risque pour la santé humaine résultant de la présence de résidus de pesticides dans les aliments reste faible.

Programme d'échantillonnage coordonné de l'UE 

Chaque année, les États membres de l'UE, ainsi que la Norvège et l'Islande, collectent et communiquent à l'EFSA les résultats d'analyse de milliers d'échantillons provenant d'aliments largement consommés afin de fournir une image représentative du marché de l'UE. Les mêmes produits sont ciblés tous les trois ans afin de suivre leur évolution au fil du temps.

En 2024, les autorités nationales chargées de la sécurité des aliments ont prélevé 9 842 échantillons parmi les produits suivants : aubergines, bananes, brocolis, champignons de culture, pamplemousses, melons, poivrons, raisins de table, huile d’olive vierge, grains de blé, graisse bovine et œufs de poule.

Au total, 98,8% de ces échantillons se sont révélés conformes aux limites fixées par la législation européenne, un résultat comparable aux 98,7% enregistrés en 2021, lorsque la même sélection de produits avait été analysée.

Aucun résidu mesurable de pesticide n’a été détecté dans 43,1% des échantillons, tandis que 54,5% d’entre eux contenaient un ou plusieurs résidus respectant les limites maximales de résidus (LMR). Les LMR ont été dépassées dans 2,4% des échantillons, dont 1,2 % ont été confirmés comme non conformes (ce qui signifie qu’ils dépassaient la LMR après prise en considération d'une incertitude de mesure).

Conclusion

Voilà la réalité des faits, loin de la campagne de Que Choisir qui est illustrée par cette image stigmatisant nos agriculteurs. Il s’agit une photo prise en Malaisie en 2020, montrant comme le dit la légende, une « agricultrice chinoise asiatique » (!) et son pulvérisateur…

mercredi 29 avril 2026

Quand l’EFSA relaie un mythe sur la cuisson des aliments lors de la campagne Safe2EatEU

L'EFSA nous dit que la campagne « Safe2EatEU a pour but de vous aider à mieux connaître la sécurité alimentaire en Europe et à  prendre des décisions éclairées concernant les aliments que vous achetez, consommez et savourez chaque jour , sainement et en toute sécurité. »

Soit, mais dans le volet Manipulation appropriée des aliments, on découvre « Quelles règles d’hygiène alimentaire dois-je suivre à la maison pour assurer la sécurité de ma famille? »

Le paragraphe Bien cuire rapporte ce qui suit,
- Cuire les aliments complètement, en particulier les viandes, volailles, œufs et fruits de mer
- Porter à ébullition les aliments tels que les soupes et les ragoûts pour s’assurer qu’ils ont atteint 70°C
- Pour les viandes et les volailles, s’assurer que le jus est clair et non rosé. Idéalement, utiliser un thermomètre à viande
- Bien réchauffer les aliments cuits.

La notion de jus clair et non rosé est un MYTHE qui a été débunker à plusieurs reprises par le barfblog de Douglas Powel, ici et ici. Seul l'usage du themomètre est scientifiquement prouvé et pas qu'idéalement ...

Cerise sur le gâteau, il est aussi indiqué, à propos des conseils, « Vous pouvez même imprimer cette liste de contrôle utile et la conserver dans votre cuisine en guise de rappel. »

Les bonnes intentions de l’EFSA mentionnent dans une image le rôle essentiel du thermomètre, alors que comprendre avec la résurgence de ce mythe ?

MàJ du 8 mai 2026. Et en plus, l'EFSA nous indique qu'il s'agit de conseils scientifiquement fondés pour tous les Européens ! Ben voyons ...

jeudi 9 avril 2026

OMS : Publication en juin des estimations actualisées sur les maladies d'origine alimentaire

L'OMS publiera de nouvelles estimations sur les maladies d'origine alimentaire à l'occasion de la Journée mondiale de la sécurité sanitaire des aliments.


Dans le cadre de sa campagne pour la Journée mondiale de la sécurité sanitaire des aliments, l'OMS publiera en juin l'édition 2026 des estimations des maladies d'origine alimentaire, un rapport qui compile et analyse les données sur les risques et les dangers liés à la sécurité sanitaire des aliments dans le monde entier.

Estimations des maladies d'origine alimentaire
La première édition des estimations de l'OMS sur les maladies d'origine alimentaire, publiée en 2015, était le fruit d'une étude mondiale pluriannuelle et fournissait les premières estimations complètes de l'espérance de vie corrigée de l'incapacité (DALYs) associées à 31 dangers d’origine alimentaire.

Le rapport de 2026 réexaminera ces 31 mêmes dangers et élargira l'analyse pour inclure des dangers supplémentaires, ainsi que quatre métaux lourds : l'arsenic, le cadmium, le plomb et le méthylmercure.

jeudi 2 avril 2026

Le 1er avril et la DDPP du Val de Marne

J’ai réussi à trouver un poisson d’avril dans l’article du ministère de l’Agriculture, « Réouverture de restaurant : dans les coulisses d’un contrôle décisif ».

Le focus de l’article cible la DDPP du Val de Marne en ces termes ...

1 900 inspections pour 41 agents en 2025, si je compte bien, cela doit faire environ 47 inspections par agent et par an, soit une inspection par semaine ... C'est cool dans le Val-de-Marne ...

J’attends le démenti de cette information ...

vendredi 20 mars 2026

2023 : Le nombre de toxi-infections alimentaires collectives est le plus élevé jamais enregistré

Les données officielles de 2023 ont enfin été publiées le 20 mars 2026.

Le blog n’était pas trop loin de ces données, citant celles publiées par l’EFSA publiées en décembre 2024, et indiquait que l’on s’orientait vers un nouveau record.

Le nombre de TIAC notifiées en 2023 est le plus élevé enregistré depuis la mise en place de la surveillance en 1987. Il a dépassé le précédent record de 2022 (1 924 TIAC déclarées).

En 2023, 2 231 toxi-infections alimentaires collectives (TIAC) ont été déclarées en France, affectant 22 282 personnes, dont 549 (2%) se sont présentées à l’hôpital (hospitalisation ou passage aux urgences) et 19 (0,1%) sont décédées.

Pour dire les choses franchement, la maîtrise de la sécurité des aliments bat de l’aile en France !

2024 devrait aussi confirmé les données de 2022 et 2023 avec un palier à plus de 2000 TIAC et plus de 20 000 personnes concernées, selon les données de l’EFSA publiées en décembre 2025.

Lieux de survenue des TIAC déclarées en 2023

En 2023, 42% des TIAC déclarées étaient liées à des repas dans des restaurants commerciaux (vs 45% en 2022) et 28% à des repas familiaux (25% en 2022). La part des TIAC survenant dans les instituts médicaux-sociaux (IMS) était de 9% et celle des TIAC liées à des repas dans d’autres types de lieux collectifs (banquets, centres de loisir, entreprises, cantines scolaires, autres lieux de collectivité) était de 21%.

En 2023, les TIAC en milieu familial ont concerné 3 074 malades (14% du nombre total de malades), 4 421 malades en restauration commerciale (20%) et 14 708 en restauration collective (66%). Pour 13 TIAC, correspondant à 79 malades (0,5% du nombre total de malades), le lieu du repas n’est pas renseigné.

Quelques faits

Malgré cette hausse observée, les TIAC demeurent historiquement sous-déclarées, avec des disparités selon les secteurs d’activité à l’origine de biais de recrutement.

Les TIAC ne représentent que la partie émergée d’un problème plus large de santé publique lié aux infections d’origine alimentaire. Bien que la majorité des cas surviennent de façon isolée, sans lien épidémique ou microbiologique apparent, le fardeau global de ces infections a été estimé entre 1,28 et 2,23 millions de personnes affectées chaque année sur la période 2008-2013.

Santé publique France nous fournit une explication non étayée par des preuves,

Cette hausse significative s’expliquerait en partie, et plus précisément pour la restauration commerciale, par l’impact de la plateforme de signalement en ligne accessible au grand public « SignalConso » qu facilite la déclaration directe et simple des suspicions de TIAC par les consommateurs à la DdecPP.

Commentaire

Face à ces données, on est sans doute en droit de pointer certaines responsabilités sur la politique de sécurité des aliments en France, mais qui le fera ?

Enfin, que dire de ce pictogramme ci-dessous de Santé publique France qui ne reflète hélas pas du tout la réalité et la gravité de la situation ...

MàJ du 8 avril 2026.
Curiosité. Santé publique France ne cite toujours pas le document sur les TIAC, ni à la Une de son site Internet, ni sur les pages Actualités sur les maladies infectieuses d'origine alimenaire. Pas de réaction, ni du ministère de l'Agriculture, ni de l'Anses, pourtant informés depuis longtemps. On voudrait nous cacher quelque chose que l'on ne s'y prendrait pas autrement ...

lundi 9 mars 2026

Le mythe de la pomme empoisonnée revisitée

« Le mythe de la pomme empoisonnée », est un article du professeur Andreas Hensel, président du BfR, Institut fédéral de l’évaluation des en Allemagne, paru le 19 février 2026 dans le magazine "Land", publié par Familienbetriebe Land und Forst.

Comment les produits phytosanitaires sont-ils testés quant à leurs risques pour la santé ? Et pourquoi sont-ils sans danger lorsqu'ils sont utilisés conformément aux instructions, malgré toutes les critiques ?

Dans le conte de Blanche-Neige, c'est la méchante belle-mère qui empoisonne sa belle-fille avec une pomme. De nos jours, ce sont les résidus de produits phytosanitaires qui représentent un danger pour les consommateurs non avertis au rayon fruits et légumes des supermarchés. Bon, j'exagère un peu ...

Mais à peine. Car récemment, peu de gens dans ce pays semblent avoir une crainte plus grande que celle de ces résidus de pesticides. L'« Observatoire des consommateurs » de l'Institut fédéral allemand d'évaluation des risques ( BfR ) constate régulièrement dans ses enquêtes que deux tiers de la population sont préoccupés par ces résidus de pesticides.

Ces inquiétudes sont-elles justifiées ? Et d'où viennent-elles ?

« Substance toxique dans votre assiette », « Pesticides : quels aliments éviter ? », « Un danger dans votre panier » et « 140 pesticides dangereux découverts dans les aliments » sont des titres courants dans les médias grand public.

Au vu de ces informations alarmantes, il n'est pas étonnant que certaines personnes en aient des frissons dans le dos.

En règle générale, cependant, ce genre d'articles de presse cache un phénomène tout à fait banal. Même utilisés conformément aux instructions, il n'est pas rare de détecter des traces de produits phytosanitaires ou de leurs produits de dégradation dans ou sur les fruits, les légumes et autres aliments. Le facteur déterminant pour établir la dangerosité d'une substance n'est pas sa présence, mais sa concentration. 

La dose fait le poison

Le médecin Paracelse l'avait déjà compris, il y a environ 500 ans lorsqu'il affirmait : la dose fait le poison. Cela signifie qu'une très faible dose d'une substance toxique en soi (comme l'atropine contenue dans la belladone) n'entraîne pas nécessairement d'atteinte à la santé. En revanche, une forte dose d'une substance inoffensive, voire essentielle (comme le sel de table), peut s'avérer dangereuse. Et lorsque les médias « découvrent » la présence de pesticides dans les aliments, il s'agit presque toujours de quantités infimes (et donc inoffensives).

Comment en être si sûr ?, pourraient se demander certains. La raison est que les substances actives des pesticides font l'objet de tests approfondis afin de détecter d'éventuels effets sur la santé. Ce n'est que lorsque ces tests ne révèlent aucun effet néfaste qu'une substance active est autorisée au niveau de l'UE. L'Institut fédéral allemand d'évaluation des risques (BfR) participe également à cette évaluation des risques.

Pour cette évaluation, le demandeur doit notamment fournir des études dans lesquelles la substance a été testée sur des animaux. Sur la base de ces informations, des valeurs guides toxicologiques (ou quelques fois appelées valeurs limites) sont établies pour la substance. Ces valeurs indiquent la quantité maximale de la substance qui ne provoque aucune modification dangereuse détectable chez l'être humain.

Une fois autorisée, une substance peut entrer dans la composition d'un produit phytopharmaceutique (PPP). Les PPP sont des préparations disponibles dans le commerce qui peuvent contenir une ou plusieurs substances et additifs. Contrairement à l'autorisation européenne de la substance, l'autorisation d'un PPP est délivrée au niveau national, dans le pays où il sera commercialisé ou utilisé.

L'Institut fédéral allemand d'évaluation des produits phytopharmaceutiques (BfR) évalue les produits phytopharmaceutiques en termes de santé humaine et animale, de prévention des risques sanitaires liés à la contamination des sols et de méthodes d'analyse des résidus. Tous les groupes de personnes potentiellement concernés sont pris en compte : consommateurs, utilisateurs, travailleurs, riverains et personnes présentes à proximité (comme les promeneurs). La substance, dans le cadre de l'utilisation prévue du PPP, fait l'objet d'un nouvel examen approfondi en vue de son autorisation. Celle-ci n'est pas accordée de manière générale, mais uniquement pour une culture spécifique, comme les pommes, les raisins ou les tomates.

Limite maximale de résidus (LMR) : ce qui est encore autorisé

Il est impératif de garantir que les résidus de substances actives présents dans ou sur les denrées alimentaires ne présentent aucun risque pour la santé, que ce soit par ingestion quotidienne tout au long de la vie ou par la consommation de grandes quantités d’aliments en une seule occasion. À cette fin, le BfR réalise une évaluation complète des risques sanitaires des PPPs dans le cadre de la procédure d’autorisation et, sur cette base, établit des propositions de limites maximales de résidus (LMR). Il s’agit de concentrations maximales autorisées de substances actives de pesticides et de leurs produits de dégradation pouvant subsister dans les aliments. Le respect d’une limite maximale de résidus (LMR) détermine si un produit alimentaire est commercialisable ou doit être retiré du marché.

Comment le BfR détermine-t-il une limite maximale de résidus (LMR) ? Deux facteurs sont pris en compte,: premièrement, les valeurs guides mentionnées précédemment concernant l’apport de la substance active du pesticide contenue dans le produit phytopharmaceutique. Un exemple important est la DJA (Dose Journalière Admissible). La DJA correspond à la quantité d'une substance qu'une personne peut ingérer quotidiennement tout au long de sa vie sans risque sanitaire perceptible. La dose de référence aiguë (Acute reference dose ou ARfD) est également importante. Il s'agit de la quantité d'une substance qu'une personne peut ingérer avec des aliments au cours d'une journée sans risque sanitaire perceptible.

Par ailleurs, il est essentiel de prendre en compte la quantité d'une substance ingérée par un consommateur via son alimentation. Cette quantité est appelée « exposition ». En effet, la fréquence de consommation d'un aliment, comme les tomates ou les pommes de terre, ou sa rareté, comme les choux de Bruxelles ou les petits pois, a une incidence considérable. Des études de consommation fournissent des informations sur la consommation en Allemagne.

Autant que nécessaire, aussi peu que possible

L'exposition du consommateur est déterminée à partir de la quantité d'aliments habituellement consommés et du niveau de résidus présents dans ces aliments. Ce dernier peut être déterminé grâce à des études utilisant des produits phytopharmaceutiques (PPP) dans des conditions réalistes. Lors de la détermination du dosage d'une substance et de sa limite maximale de résidus (LMR) dans le produit, le principe ALARA («,aussi bas que raisonnablement possible »

ouAs Low As Reasonably Achievable ») s'applique. Une substance doit être efficace, bien entendu, mais elle ne doit pas non plus nuire à la santé.

En résumé, le BfR n'autorise l'utilisation d'un produit phytopharmaceutique que si les résidus susceptibles de subsister sur les denrées alimentaires après utilisation prévue sont inoffensifs pour la santé et si des méthodes d'analyse appropriées existent pour contrôler ces résidus. C'est finalement la principale raison pour laquelle, malgré les nombreuses informations inquiétantes, nous pouvons encore croquer à pleines dents dans une pomme.

Danger ou risque : la nuance subtile

Il convient à présent d'aborder la différence entre les termes « danger » et « risque ». Dans le langage courant, ces deux termes sont souvent utilisés comme synonymes.

En toxicologie – la science des substances toxiques –, ces termes ont des significations différentes. Le danger désigne la possibilité (théorique) qu'une substance puisse causer un dommage. Le risque, quant à lui, désigne la probabilité (pratique) que ce dommage se produise réellement.

Exemple : Un tigre est dangereux, cela ne fait aucun doute. C'est une propriété intrinsèque. Mais il ne devient une menace réelle, et donc un risque, que lorsqu'il est en liberté. C'est seulement à ce moment-là que les médias en parlent. Un tigre en cage, en revanche, n'intéresse personne, aussi fort qu'il soit. Il en va de même pour la dose d'une substance, comme mentionné précédemment. La dose détermine si une substance est toxique, s'il existe un risque réel. Une dose élevée est synonyme d'exposition élevée. De nombreuses publications et articles de presse importants négligent ce lien. Ils parlent de pesticides « dans le panier d'achat » sans mentionner la dose, pourtant essentielle. L'accent est toujours mis sur le danger, et non sur le risque.

La controverse autour du glyphosate

Vous vous souvenez peut-être du vif débat suscité par l'herbicide glyphosate. Là encore, l'accent a été mis sur les notions de « danger » et de « risque ». Au cœur de ce débat se trouvait la classification du glyphosate comme « probablement cancérogène pour l'homme » par le Centre international de recherche sur le cancer (CIRC) en mars 2015. Cette classification reposait principalement sur le fait que le CIRC ne classe que les dangers. Une telle évaluation (qui est controversée dans le cas du glyphosate) identifie la propriété d'une substance susceptible de provoquer un cancer. Cependant, la classification du CIRC ne tient pas compte de la probabilité de survenue effective d'un cancer, car celle-ci dépend de la quantité ingérée. Il convient également de noter que l'Agence européenne des produits chimiques (ECHA) a déjà jugé à deux reprises qu'il n'était pas nécessaire de classer le glyphosate comme cancérogène.

En revanche, l'Institut fédéral allemand d'évaluation des risques (BfR) réalise une évaluation des risques dans le cadre de la procédure d'autorisation des pesticides. Outre l'analyse des dangers liés à une substance, cette évaluation prend également en compte l'apport estimé de cette substance. L'institut utilise ces informations pour déterminer le risque de développer un cancer. Après avoir examiné son évaluation des risques sanitaires, le BfR a conclu que, sur la base des connaissances actuelles, il est impossible d'établir un risque cancérogène pour l'homme lorsque le glyphosate est utilisé conformément à sa destination. Toutes les autorités d'évaluation du monde entier ayant eu accès aux données originales sont parvenues à la même conclusion. En un mot : l'écart entre le danger et le risque peut être considérable.

Alors pourquoi tant de personnes s'inquiètent-elles encore ? Plusieurs facteurs sont à prendre en compte. D'une part, il existe une peur instinctive de l'empoisonnement, inhérente à chacun d'entre nous. L'idée d'ingérer une substance toxique par le biais d'une pomme est, bien sûr, alarmante. Le fait que notre alimentation soit aujourd'hui plus sûre que jamais ne contribue guère à apaiser cette crainte. La peur est une émotion puissante qui, en cas de doute, l'emporte sur la raison. Cela est particulièrement vrai lorsqu'elle est associée à une méfiance envers l'« industrie agricole ».

Le mythe de la nature bienveillante

« Industrie agricole » est un mot-clé pertinent. Ce terme est souvent associé à une profonde méfiance envers l'agriculture moderne, fondée sur la technologie, avec ses machines, l'utilisation d'engrais et de pesticides synthétiques et la « stérilité » apparente des champs. Ce monde façonné et contrôlé par l'homme est opposé à une nature intacte, sauvage et primitive. J'appelle cela le mythe de la « nature bienveillante ». C'est un cliché largement utilisé en publicité. Il se complaît dans des images romantiques d'une vie rurale idyllique. Compréhensible, certes, mais bien loin de la réalité.

C'est un cadre conceptuel riche en contrastes. « Nature » et « humanité » s'affrontent. « Bio » se mesure au « chimique », le « naturel » à l'« artificiel », le « pur » à l'« impur », le « sain » au « nocif », le « spirituel » au « mécanique ». Bien sûr, à y regarder de plus près, ce ne sont que des contradictions apparentes. Après tout, l'être humain fait partie de la nature, toute vie est aussi une affaire de chimie, et Mère Nature produit les substances toxiques les plus puissantes ; elle peut donc assurément nous rendre malades.

Essence de la pomme

Le fait qu'une telle vision « dichotomique » des choses soit néanmoins très influente tient à ce que les psychologues appellent « l'essentialisme ». Il s'agit de la tendance humaine à attribuer une « essence » spécifique et immuable à toute chose. Dans le cas d'objets « naturels » comme une pomme issue de l'agriculture biologique, cette essence est pure, authentique et intacte. Si la pomme est traitée chimiquement, en revanche, son aura est impure, suspecte et de qualité inférieure. Peu importe que les deux pommes soient probablement identiques en tous points quant à leur composition. C'est leur essence qui les distingue, et cela comporte même une dimension morale : la nature innocente se heurte à la civilisation « corrompue » par l'homme. Le jeu du « bien » et du « mal » est clairement tranché.

Le monde réel n'est pas aussi manichéen que ces affirmations le laissent entendre. L'une des missions essentielles du BfR est d'informer le public sur les risques sanitaires. Pour ce faire, nous nous efforçons de dresser un tableau nuancé, plus complexe – ou coloré – que manichéen. Et nous n'occultons pas les lacunes de ce tableau, car il se doit d'être mis en lumière, la science étant un processus continu. Le vif intérêt que portent de nombreux citoyens et les médias à notre travail témoigne de l'importance accrue d'une éducation fondée sur les faits. Profitons des bienfaits de la connaissance !


Commentaire
Article plus que bienvenu !
Il me semble que toutes les agences de sécurité sanitaire devrait publier cet article, et même, rêvons un peu, la Commission européenne ...
Une simple recherche sur un moteur de recherche avec les mots, ‘pomme et pesticides’ donne ce résultat de désinformation ignorant des réalités scientifiques.

vendredi 6 mars 2026

2025 : Les notifications au RASFF de l’UE toujours en hausse et les rappels en France de produits alimentaires en net rebond

Brève note factuelle ...

En 2025, il y a eu 5 344 notifications de produits alimentaires et de boissons au RASFF de l’UE versus 5 250 pour l'ensemble de l'année 2024, qui elles-mêmes avaient augmentées de 8% par rapport à 2023, un nouveau palier donc

Selon mes informations, pour les produits d’origine France, il y a eu 265 notifications au RASFF de l’UE cours de l’année 2025 versus 272 en 2024 et la France a été à l’origine de 535 notifications en 2025 versus 614 en 2024.

Par ailleurs, les données récupérées sur RappelConso montrent un net rebond des rappels en 2025, comme le montre le bilan des cinq dernières années:

- 3 243 en 2021
- 2 441 en 2022
- 2 023 en 2023
- 2 087 en 2024
- 2 323 en 2025

Une analyse de l'année 2025 des notifications de produits alimentaires et des boissons selon le Sedgwick’s 2026 State of the Nation Product Safety and Recall Index report vient d'être publiée. Prudence lors de la lecture car les chiffres proposés ne sont pas toujours en adéquation avec les données de l’UE, même si les chiffres proposés indiquent une hausse des notifications.

Enfin, vous lirez avec intérêt l’analyse de Joe Whitworth dans Food Safety News, European analysis finds rise in recalls.

MàJ du 14 mars 2023. Comparaison n'est pas raison dit-on, mais tout de même, chez nos voisins allemands, il y a eu respectivement pour 2022, 2023, 2024 et 2025, 311, 310, 310 et 323 rappels de produits alimentaires.

mercredi 4 mars 2026

De l'importance du nettoyage régulier du réfrigérateur, selon une étude

Tout consommateur connaît bien les études de l’Anses sur les réfrigérateurs dont Comment garantir l'hygiène des aliments dans son réfrigérateur ?

« Garder les aliments à basse température permet de ralentir la croissance des micro-organismes et de limiter la survenue de toxi-infections alimentaires, tout en préservant les qualités nutritionnelles et organoleptiques des aliments ».

Une autre étude de l’Anses avait étudié la température des réfrigérateurs des Européens pour mieux protéger les consommateurs.

« La température moyenne des réfrigérateurs domestiques en Europe est de 6,4°C et 95 % des réfrigérateurs étudiés ont une température inférieure à 10°C ».

Cela étant, si la maîtrise de la température est essentielle, « Une mauvaise hygiène a plus d'influence sur la diversité microbienne que la maîtrise de la température ».

Par « mauvaise hygiène », entendez mauvais nettoyage et désinfection ou une fréquence de nettoyage-désinfection insuffisante ...

Une étude récente menée sur la température des réfrigérateurs domestiques a confirmé ce problème déjà connu : seuls 38% des réfrigérateurs examinés affichaient une température inférieure au seuil recommandé de 5°C. De plus, 24% présentaient des températures supérieures à 7°C.

Mais cette étude a surtout souligné les risques sous-estimés liés aux réfrigérateurs : communautés microbiennes, résistance aux antimicrobiens, hygiène insuffisante

L’étude de l'Université de médecine vétérinaire de Vienne (Vetmeduni) a révélé que les réfrigérateurs hébergent des communautés microbiennes complexes qui peuvent présenter un risque pour la sécurité des aliments plus important qu'on ne le pensait auparavant, et que le nettoyage du réfrigérateur est peut-être plus important que la maîtrise de la température dans la gestion de ces communautés.

À partir de leurs conclusions, les chercheurs ont souligné l'importance de prendre en compte les réfrigérateurs privés dans le cadre de l'approche « Une seule santé » ; le réfrigérateur ne doit pas être considéré comme un espace de stockage passif, mais comme une interface active entre les humains, les aliments et les micro-organismes.

Résumé

Les réfrigérateurs domestiques sont indispensables à la conservation des aliments, mais constituent également des réservoirs pour diverses communautés microbiennes, y compris des pathogènes potentiels. Les recommandations internationales préconisent une conservation à une température inférieure à 5°C, mais fournissent peu d'indications sur l'hygiène (nettoyage et désinfection) des réfrigérateurs domestiques. Cette étude examine comment la température et l'hygiène influencent la charge microbienne, la résistance aux antimicrobiens et la structure des communautés microbiennes dans les réfrigérateurs domestiques, grâce au séquençage par métagénomique shotgun. Des prélèvements effectués sur 45 réfrigérateurs ont révélé une diversité importante, avec Acinetobacter, Pseudomonas et Staphylococcus comme genres dominants. Seuls 38% des réfrigérateurs avaient des températures inférieures à 5°C, tandis que 24% dépassaient 7°C. La fréquence de nettoyage était le principal facteur associé à la charge microbienne et à la diversité, la charge élevée étant liée à un nettoyage peu fréquent. Des espèces pathogènes, notamment Bacillus cereus et Staphylococcus aureus, ont été détectées dans 60% des réfrigérateurs ; Listeria monocytogenes et Yersinia intermedia ont été observées sporadiquement. L'analyse du résistome a permis d'identifier des gènes de résistance aux antimicrobiens, notamment des variants de blaOXA, en particulier dans les réfrigérateurs plus anciens, révélant un potentiel réservoir domestique de résistance. Ces résultats soulignent la nécessité de recommandations plus claires concernant l'hygiène et la maîtrise de la température des réfrigérateurs domestiques, et contribuent à une meilleure compréhension des communautés microbiennes présentes dans ces appareils et de leurs implications pour la santé des consommateurs, participant ainsi à l'amélioration de la sécurité des aliments à la maison.

Références

- Moritz Hartmann, Monika Dzieciol, Cameron R. Strachan, Narciso M. Quijada, Evelyne Selberherr. Cold storage, hot spots: Household refrigerators as under-recognized hubs of microbial diversity. LWT.

vendredi 6 février 2026

France: Les données des toxi-intoxications alimentaires collectives 2023 et 2024 vues par l'IA

Quand les données des Tiac en France sont confirmées par l'IA. Le blog vous avait proposé un article mettant en évidence une nette augmentation des Tiac en France en 2023 et 2024, ici, et cela semble être confirmé par l'IA. Rappelons que nous ne disposons que des données officielles de 2022, et  pourtant, nous sommes en février 2026...

Évolution des TIAC en France (2022-2024) selon l’IA de Google

Indicateurs

2022 (Consolidé)

2023 (Estimations partielles)

2024 (Tendance provisoire)

Nombre de foyers déclarés

1 924

~1 950

> 2000

Nombre de malades

16 763

~17 000

~18 500