« Obtenir l'adhésion de la direction à la sécurité des aliments », source article d'Andrew Thomson et de Matthew Wilson paru dans Food Safety Magazine.
À retenir
La sécurité des aliments suscite l'intérêt de la direction lorsque les risques sont traduits en termes commerciaux : perturbations opérationnelles, coûts de rappel, exposition réglementaire et confiance des clients.
L'accord de principe ne garantit pas l'action ; des décisions claires, une répartition des responsabilités, des échéanciers et un suivi rigoureux sont nécessaires pour concrétiser l'engagement de la direction.
- La formation seule ne suffit pas à développer les compétences ; les connaissances enjustify matière de sécurité des aliments doivent être consolidées par des systèmes, la pratique, la communication et les comportements de la direction.
- Intégrer la sécurité des aliments aux indicateurs clés de performance, aux évaluations et aux décisions d'investissement de la direction permet d'établir une responsabilité partagée à l'échelle de l'organisation.
La sécurité des aliments ne se définit pas par les discours des entreprises, mais par les décisions et les actions concrètes, en particulier dans les situations de forte pression. L'adhésion de la direction est souvent réduite aux programmes de formation, aux budgets ou à la conformité réglementaire. En réalité, l'enjeu est bien plus profond.
Trop souvent, la sécurité des aliments est encore perçue comme une simple exigence de conformité, un élément juxtaposé à l'activité plutôt qu'un facteur déterminant de son fonctionnement. Cette vision est étroite et limitée. La sécurité des aliments est au cœur du management des risques, avec des répercussions sur la performance opérationnelle, la confiance des clients et, surtout, la santé des consommateurs.
Les conséquences d'une défaillance en matière de sécurité des aliments sont considérables : arrêts de production, rappels de produits, atteinte à la réputation et perte de confiance des autorités réglementaires et des consommateurs. Une défaillance de la sécurité des aliments devient une défaillance de l'entreprise elle-même. Notre précédent article, « L'argument économique en faveur du développement des compétences en sécurité des aliments » (The Business Case for Building Food Safety Skills), met en lumière ce changement de perspective, en présentant la sécurité des aliments comme un levier de performance, de confiance et de croissance. Pourtant, l'évolution nécessaire pour intégrer la sécurité des aliments dans la prise de décision quotidienne reste un défi majeur pour tous les secteurs de l'industrie alimentaire.
Pour changer la donne, les échanges avec la haute direction doivent s'aligner sur les priorités de l'entreprise, tant actuelles que futures. La sécurité des aliments doit être appréhendée sous l'angle du risque, de la performance et de la responsabilité. Sans ce changement d'approche, elle reste un élément géré en marge de l'activité ; avec elle, elle devient partie intégrante du management même de l'entreprise.
Cet article s'appuie sur les éclairages de Ben Chapman (professeur à l'Université d'État de Caroline du Nord), d'Adam Wilkinson (responsable conformité RH/santé et sécurité au travail chez Fleurieu Milk Company), de Jovana Komlenic (responsable de la culture de la sécurité des aliments chez FRoSTA), de Kerstin Janson (responsable qualité chez FRoSTA), de Friederike Ahlers (relations publiques chez FRoSTA) et d'Alodia Bourke (directrice des opérations chez Diageo Australia) ; leur expérience collective couvre la stratégie, les comportements de leadership et l'évolution de la culture d'entreprise. Bien que chaque entreprise évolue dans un contexte différent, leurs approches sont complémentaires.
Si les exemples cités dans cet article proviennent de divers secteurs de l'industrie alimentaire, les défis sous-jacents ne sont pas spécifiques à un secteur donné. Qu'il s'agisse de production industrielle, de restauration, de distribution ou de production à petite échelle, une même tension persiste : celle de concilier impératifs de production, coûts et risques liés à la sécurité des aliments. Les principes abordés ici concernent la manière dont les décisions sont prises, et non simplement la conception de systèmes.
Cet article se concentre spécifiquement sur la prise de décision au niveau de la haute direction. Bien que les pratiques de terrain et les compétences des équipes soient cruciales, elles sont façonnées par les conditions instaurées par les dirigeants, à travers les priorités définies, l'allocation des ressources et les décisions prises. L'objectif n'est pas ici de revenir sur ce qui se passe en atelier, mais d'examiner comment les décisions de la direction déterminent si les exigences en matière de sécurité des aliments peuvent être appliquées de manière cohérente sur le terrain.
Du savoir à la prise de décision
Les connaissances techniques demeurent une exigence fondamentale. Toutefois, la capacité à influencer les décisions, à communiquer sur les risques en termes économiques et à mobiliser la haute direction s'avère tout aussi cruciale. Ces compétences ne sont pas toujours développées explicitement dans le cadre de la formation initiale ou des forums professionnels. Par conséquent, de nombreux professionnels compétents maîtrisent la science et les normes, mais sont moins préparés aux échanges qui, en fin de compte, déterminent les résultats. Ce décalage est particulièrement manifeste dans la manière dont on obtient l'adhésion de la direction. Comme le souligne Ben Chapman, chercheur en sécurité des aliments : « Une véritable adhésion se traduit par les actes des dirigeants, et non par leurs paroles. »
C'est là que réside le changement : passer d'un engagement affiché à une action concrète et observable. Cela exige bien plus que des échanges ponctuels ; cela nécessite de la constance.
Cela signifie intégrer les obligations légales en alimentation et les exigences de certification dans les discussions avec la direction, en les reliant directement aux risques, à la performance et à la responsabilité.
Prise de décision sous pression
Le problème est que l'urgence opérationnelle peut réduire le temps disponible pour caractériser pleinement le risque, notamment sa cause, son ampleur et ses conséquences potentielles. Dans ces conditions, les décisions peuvent être influencées par ce qui semble le plus urgent sur le moment, plutôt que par une compréhension complète du risque lié à la sécurité des aliments.
Comment le risque est compris et hiérarchisé
La sécurité des aliments est abordée. Les obligations légales sont examinées, les risques sont identifiés et l'importance de protéger le consommateur est reconnue. Ces échanges aboutissent souvent à un accord ; cependant, accord ne rime pas avec action, et bien souvent, la discussion s'arrête là. Aucune décision claire n'est prise. Aucune responsabilité n'est attribuée. Aucun délai n'est fixé. Le problème est reconnu, mais sans suite. Puis, d'autres priorités prennent le dessus. Les pressions sur la production persistent et l'attention se recentre sur la continuité des activités. Les principes convenus ne se traduisent pas en actions concrètes.
Au fil du temps, un schéma familier se dessine : les mêmes risques sont soulevés, les mêmes discussions se répètent et les mêmes lacunes persistent. Il ne s'agit pas d'un manque de volonté, mais plutôt d'une incapacité à transformer l'accord en actions par des décisions claires, une responsabilisation et un suivi rigoureux.
Entamer le dialogue avec la direction
Ce qui fait la différence, c'est la façon dont le message est présenté. Dans l'ensemble des entreprises alimentaires, les conversations efficaces tendent à se concentrer sur trois points : le risque, l'impact et l'action.
Risque. Non pas en termes abstraits, mais dans un langage clair et pratique :
- Que pourrait-il se passer ?
- Quelles seraient les conséquences pour l'entreprise ?
- Quelle est la probabilité et la conséquence ?
Impact. Cela inclut :
- Perturbation de la production
- Coût de la défaillance (rappels de produits, rework, temps d'arrêt)
- Confiance des clients et impact sur la marque.
Les dirigeants raisonnent déjà en ces termes. Aligner la sécurité des aliments sur ces priorités donne du sens à la conversation. Cela concorde avec les recherches de Ben Chapman, qui souligne que les dirigeants réagissent plus fortement lorsque les risques sont présentés en fonction de ce qu'ils gèrent : impact sur la marque, coûts de rappel, perturbations opérationnelles, exposition réglementaire et confiance des clients. Traduire la sécurité des aliments en ces termes la rend concrètement applicable.
Action. Que faut-il changer et quelles décisions s'imposent ? C'est là que de nombreuses conversations échouent. Soulever des problèmes sans définir les décisions nécessaires conduit souvent à un consensus sur la gravité potentielle, mais avec peu de suites concrètes. En pratique, l'action peut impliquer :
- Intégrer les obligations réglementaires alimentaires aux discussions de la direction
- Utiliser des exemples concrets, des incidents évités de justesse ou des données de tendances
- Lier directement les lacunes en matière de compétences aux risques opérationnels
- Identifier clairement les décisions actuelles susceptibles d'introduire des risques.
Il faut également persévérer. Une seule conversation est rarement suffisante ; ce qui est convenu en principe ne se traduit pas toujours en changements dans la pratique. L'adhésion se construit progressivement grâce à une communication cohérente, des preuves et un suivi rigoureux.
Même avec l'engagement des parties prenantes, la sécurité des aliments peut être reléguée au second plan par d'autres priorités et messages. Au fond, il ne s'agit pas de simplifier la sécurité des aliments, mais de la rendre accessible afin qu'elle puisse éclairer de meilleures décisions. En fin de compte, les résultats en matière de sécurité des aliments ne dépendent pas des procédures écrites, mais des actions et des décisions prises au quotidien.
Ce à quoi les dirigeants adhèrent réellement
Les dirigeants investissent dans la sécurité des aliments et la formation, mais pas dans la formation en elle-même. Ils investissent dans :
- La confiance dans la compréhension et la maîtrise des risques
- La cohérence des processus décisionnels au sein de l'entreprise
- Le développement des compétences des employés
- a protection du consommateur et de la marque.
C'est ce que représente l'adhésion du leadership.
Les travaux d'Alodia Bourke montrent comment mobiliser le leadership par le biais des risques et de la performance. FRoSTA démontre comment cette adhésion se pérennise grâce à la structure, la communication et les systèmes. Fleurieu Milk Company illustre concrètement comment les décisions prises par le leadership résistent aux pressions opérationnelles. Ensemble, ces exemples offrent un modèle pratique pour construire, renforcer et pérenniser l'adhésion de la direction. Ces contributeurs ont partagé leur expérience et fourni des conseils pratiques sur les bonnes et les mauvaises pratiques en matière de direction, de compétences et de prise de décision.
L'adhésion de la direction en pratique
- La participation directe aux formations en sécurité des aliments
- L'intégration de la sécurité des aliments à l'ordre du jour permanent des discussions de la direction
- La réalisation de visites de sites axées sur la sécurité des aliments
- La formulation de questions plus proactives et basées sur l'analyse des risques
- L'investissement dans le développement des compétences à tous les niveaux de l'entreprise, et pas seulement au sein du service Assurance Qualité et sécurité des aliments.
Tout aussi important, la communication évolue.
Chez FRoSTA, l'engagement en matière de sécurité des aliments est renforcé par une implication structurée et transversale. Les équipes dédiées à la culture de la sécurité des aliments réunissent les services Qualité, Production, Technique et Hygiène pour analyser les performances, discuter des difficultés rencontrées et impulser l'amélioration. Des canaux de communication ouverts, s'appuyant sur des outils tels que les logiciels de visioconférence et des interlocuteurs directs entre la production et l'assurance qualité, permettent des prises de décision plus rapides et une meilleure harmonisation au sein de l'entreprise. Cela crée une plus grande visibilité. La sécurité des aliments n'est plus cantonnée aux fonctions techniques ; elle devient partie intégrante du fonctionnement quotidien de l'entreprise. Cette visibilité s'accompagne d'une responsabilisation accrue. La sécurité des aliments est intégrée aux indicateurs clés de performance, aux discussions sur les performances et aux décisions d'investissement. Les attentes sont plus claires et la responsabilité est partagée. Chez Fleurieu Milk Company, cet engagement se traduit par un leadership constant, même en période de forte activité. Comme l'explique Adam Wilkinson : « Même en période de forte activité, la direction priorise la sécurité des aliments, sans compromis. » Ce n’est pas la perfection, mais une constance : les responsables doivent assurer le suivi, les processus doivent être appliqués et les problèmes doivent être traités avec rigueur plutôt que d'être ignorés.
Wilkinson explique : « La norme que nous tolérons est celle que nous sommes prêts à accepter. » Cet état d'esprit influence également l'engagement des employés en matière de sécurité des aliments. Lorsque les équipes comprennent le « pourquoi » des exigences en matière de sécurité des aliments, elles sont plus enclines à poser des questions, à signaler leurs préoccupations rapidement et à assumer leurs responsabilités. Les responsables peuvent encourager ce comportement par la reconnaissance, le retour d'information et un dialogue ouvert qui privilégie l'apprentissage et l'identification des causes profondes plutôt que la recherche de coupables. Il en résulte non seulement une meilleure conformité, mais aussi une prise de décision plus solide et plus cohérente en matière de sécurité des aliments à tous les niveaux de l'organisation.
Repenser la sécurité des aliments comme un enjeu commercial
Bourke a commencé par aligner la sécurité des aliments sur les préoccupations majeures de la direction : les coûts, les risques, la productivité, l'impact client et la réputation. Elle s'est appuyée sur des données opérationnelles, des conclusions d'audits et des incidents évités de justesse pour illustrer les conséquences d'un manque de renforcement des compétences. Ainsi, la formation n'est plus perçue comme un simple atout, mais comme un investissement crucial pour l'entreprise, une véritable adhésion aux bonnes pratiques, par exemple « passer de la parole aux actes ».
Une approche similaire est observée chez FRoSTA, où la sécurité des aliments est mise en avant à tous les niveaux : réunions de direction, forums d'usine et présence régulière sur le terrain. « L'objectif est d'expliquer en permanence son importance, en établissant un lien direct avec les risques pour l'entreprise, la confiance des clients et la stabilité opérationnelle », explique l'équipe FRoSTA. Dans certains cas, cela implique de rendre visible l'impact financier des défaillances, comme le coût des rappels de produits.
Les équipes apprennent à reconnaître les bonnes pratiques, comprennent les risques associés, les mettent en application et les renforcent au fil du temps grâce au partage régulier de données et d'indicateurs clés de performance. L'équipe FRoSTA a souligné : « Avec une communication ouverte et positive et l'implication de tous les niveaux de l'entreprise, la sécurité des aliments devient une responsabilité partagée. Cela crée les conditions nécessaires à des décisions plus rapides et mieux éclairées, notamment lorsque des changements en matière d'investissement ou d'exploitation sont requis. »
Chez Fleurieu Milk Company, il n'est pas nécessaire de « vendre » la sécurité des aliments à la direction ; elle fait partie intégrante du fonctionnement de l'entreprise depuis toujours. À mesure que l'organisation s'est développée, son approche s'est renforcée grâce à l'intégration de collaborateurs aux expériences et compétences variées. La formation continue, une communication régulière et des processus de reporting structurés en sont les clés. Cette constance maintient la sécurité des aliments au premier plan et garantit l'engagement de la direction, non pas parce que le sujet est imposé, mais parce qu'il est manifeste dans le fonctionnement quotidien de l'entreprise. Concrètement, la sécurité des aliments repose sur des actions constantes plutôt que sur des initiatives ponctuelles.
Le constat est identique chez les trois entreprises interrogées : la sécurité des aliments gagne du terrain lorsqu'elle est clairement liée à la performance de l'entreprise, et non lorsqu'elle est présentée comme une simple exigence de conformité.
Développer des compétences plutôt que se limiter à la formation
Comme le souligne Ben Chapman, la formation se concentre souvent sur les connaissances, alors que la performance dépend des comportements. Ce décalage s'explique par le fait que la formation a lieu de manière isolée, tandis que les décisions s'inscrivent dans des systèmes façonnés par les contraintes de temps, la conception des processus et des priorités concurrentes. Sans cohérence entre la formation, la conception du système et le renforcement des acquis, la formation reste au stade de l'information sans se traduire en pratique.
Chez FRoSTA, le développement des compétences repose sur une approche simple mais structurée : « Démontrer, expliquer, imiter, pratiquer ». Concrètement, il s'agit d'abord de montrer ce qu'est une bonne pratique de sécurité des aliments et d'en expliquer le contexte et les risques, puis de permettre aux équipes de mettre ces principes en application et de les consolider en continu grâce à la répétition et au retour d'information. Cette méthode reflète un principe plus large : les compétences se développent par la mise en pratique et le renforcement, plutôt que par des sessions de formation ponctuelles.
Chez Fleurieu Milk Company, cette démarche commence dès le premier jour. Comme l'a expliqué l'équipe : « Chaque membre de l'équipe, quel que soit son rôle, entame son parcours en matière de sécurité des aliments dès son intégration. » Cela établit d'emblée une attente claire : la sécurité des aliments est une responsabilité partagée, et non une simple exigence de conformité. L'accent est mis non seulement sur les connaissances, mais aussi sur la compréhension claire des attentes et leur application systématique sur le terrain.
Repérer les signes annonciateurs de changement
Comme l'a souligné Alodia Bourke, la sécurité des aliments était alors considérée comme relevant de la fonction technique plutôt que comme un domaine de responsabilité pour la direction. « Nous constations des non-conformités récurrentes lors des audits, des comportements incohérents et un engagement variable... l'appropriation du sujet par la direction n'était pas suffisante », a-t-elle expliqué.
Chez FRoSTA, une problématique différente mais connexe a émergé. L'équipe a dit : « Nous avons pris conscience que l'amélioration continue est essentielle, en particulier dans le contexte complexe des produits surgelés, où nous développons et fabriquons des plats préparés intégrant une grande variété d'ingrédients. » Des systèmes de sécurité des aliments étaient en place, mais leur logique sous-jacente n'était pas toujours pleinement comprise. Par conséquent, les enseignements tirés ne se traduisaient pas systématiquement par un changement de comportement.
« Nous avons identifié des opportunités pour renforcer la communication, la transparence et l'apprentissage à partir de petits écarts ou de quasi-incidents », a expliqué l'équipe de FRoSTA. « Notre objectif n'était pas de désigner des coupables, mais d'améliorer la manière dont nous abordons les défis, la clarté avec laquelle les attentes sont communiquées et la façon dont les leçons apprises sont partagées entre les équipes. »
Concilier des priorités concurrentes
Comme l'a observé Alodia Bourke : « Les contrôles de sécurité des aliments étaient parfois écourtés ou reportés pour atteindre les objectifs de production ; non pas par volonté délibérée, mais en raison de priorités concurrentes. »
C'est là que l'adhésion de la direction devient manifeste. Chez FRoSTA, le défi ne résidait pas dans l'absence de systèmes, mais dans la manière dont ils étaient compris et appliqués. Les discussions sur la sécurité des aliments restaient largement confinées aux services techniques, et la logique derrière les pratiques clés n'était pas toujours claire pour l'ensemble de l'entreprise. En conséquence, les procédures pouvaient sembler déconnectées des opérations quotidiennes et être appliquées de manière inégale.
En impliquant activement les dirigeants dans l'explication du « pourquoi » des décisions en matière de sécurité des aliments, la situation a commencé à évoluer. Les échanges sont devenus plus pratiques, l'engagement s'est accru et les équipes étaient mieux à même de relier les attentes aux réalités du travail. Il en a résulté une approche plus solide, plus cohérente et proactive.
Chez Fleurieu Milk Company, l'attente est plus claire : « Même en période de forte activité, la direction priorise la sécurité des aliments ... sans compromis.» Voilà à quoi ressemble une véritable adhésion.
Avec le temps, les conséquences de ces décisions deviennent évidentes. Comme l'a souligné Ben Chapman, si les entreprises alimentaires souhaitent prendre des décisions différentes sous pression, les incitations et les systèmes doivent être alignés afin que la sécurité des aliments devienne la norme et le choix le plus évident, et non l'exception.
Temps d'arrêt de production versus capacité
De l'engagement à la responsabilité
La responsabilité, en revanche, est différente. Elle se manifeste dans les critères d'évaluation des dirigeants, les décisions remises en question et les pratiques acceptées. Au sein des organisations, une tendance se dessine : la sécurité des aliments est rarement ignorée, mais elle est parfois négligée, non pas délibérément, mais par le biais de décisions quotidiennes. Les objectifs de production peuvent primer lorsque les délais sont raccourcis, et les risques sont acceptés ou reportés. C'est là que la responsabilité devient visible. Elle ne se définit pas par l'intention, mais par l'action.
- Au niveau organisationnel, la responsabilité est renforcée lorsque la sécurité des aliments est :
Intégrée aux indicateurs clés de performance de la direction - Régulièrement examinée par la direction générale
- Liée aux décisions d'investissement et opérationnelles
- Considérée comme une condition non négociable de la production.
Sans ces structures, la sécurité des aliments demeure une priorité affichée, mais pas toujours une priorité déterminante. Comme l'a souligné Ben Chapman, « on prête attention à ce que les dirigeants inspectent, pas à ce qu'ils attendent ».
Lorsque la sécurité des aliments est systématiquement mesurée, évaluée et prise en compte par la direction, les attentes sont renforcées au sein de toute l'organisation. Dans le cas contraire, d'autres priorités peuvent prendre le pas. Ceci illustre un principe mis en avant par le spécialiste de la qualité Edwards Deming : « Un mauvais système l'emportera toujours sur une bonne personne. » Autrement dit, la plupart des échecs ne sont pas imputables aux individus, mais aux systèmes dans lesquels ils évoluent. Dans le secteur alimentaire, ces systèmes sont façonnés par les décisions de la direction concernant les priorités, les ressources, les attentes et la responsabilité.
La responsabilité en matière de sécurité des aliments ne repose donc pas uniquement sur le service qualité, sécurité des aliments ; elle incombe également aux dirigeants qui déterminent ce qui est prioritaire, reporté ou accepté. Sans l'adhésion de la direction, la sécurité des aliments peut dépendre des efforts individuels au lieu d'être intégrée au processus décisionnel de l'entreprise.
S'exprimer ne suffit pas.
Chez FRoSTA, les valeurs se traduisent par des comportements clairs et observables qui guident les décisions quotidiennes.
- La communication permet de signaler les risques au plus tôt
- La responsabilisation garantit la mise en œuvre des actions
- L'apprentissage favorise l'amélioration continue
- L'alignement assure la cohérence.
C'est ainsi que les valeurs dépassent le stade des déclarations et influencent les décisions.
La communication comme levier de la communication
Les dirigeants n'investissent pas dans la formation pour elle-même ; Ils investissent dans les résultats. L'adhésion de la direction se construit grâce à :
- La compréhension des risques
- Des actions cohérentes
- Une responsabilisation visible
- Une communication continue
- Un lien clair et pratique entre la sécurité des aliments et les résultats de l'entreprise, facilitant ainsi la prise de décision.
Cependant, la communication doit être suivie d'actions. Si des préoccupations sont soulevées mais non prises en compte, ou si les priorités en matière de sécurité des aliments cèdent le pas à la pression opérationnelle, les employés constatent le décalage entre ce que disent les dirigeants et ce qu'ils font.
C'est là que la direction se manifeste le plus clairement. Lorsqu'une entreprise alimentaire est sous pression, des priorités concurrentes imposent de prendre des décisions ; or, ce sont ces décisions qui révèlent les véritables valeurs de l'organisation. Dans ces moments-là, la culture de la sécurité des aliments ne se définit pas par des politiques, des formations ou des engagements affichés. Elle se définit par les choix opérés par les dirigeants et par les comportements que ces choix renforcent.
