« Les données d’un essai clinique expliquent l’échec d’un vaccin contre les infections invasives à E. coli », source article de Chris Dall dans CIDRAP News.
De nouvelles données, publiées cette semaine dans la revue The Lancet Infectious Diseases, révèlent les raisons pour lesquelles un essai de phase 3 portant sur un vaccin ciblant les souches de Escherichia coli pathogènes extra-intestinaux (connus sous l'acronyme ExPEC, de l'anglais extraintestinal pathogenic E. coli) a été interrompu prématurément l’an dernier.
Ces résultats sont issus de l’étude E.mbrace, un essai clinique randomisé, en double aveugle et contrôlé par placebo, qui évaluait l’efficacité, la sécurité et l’immunogénicité du vaccin ExPEC9V. Ce vaccin a été développé conjointement par Janssen Pharmaceuticals et Sanofi pour prévenir les infections invasives à E. coli (IIE) chez les personnes âgées. Le vaccin ExPEC9V cible neuf souches de E. coli responsables de la majorité des cas d’IIE, des infections survenant lorsque la bactérie pénètre dans la circulation sanguine, les voies urinaires ou d’autres sites normalement stériles de l’organisme.
Les souches ExPEC sont à l’origine d’environ 10 millions de cas d’IIE par an et constituent une cause majeure de septicémie, en particulier chez les personnes âgées atteintes de maladies chroniques. Par ailleurs, le traitement est rendu plus complexe par l’antibiorésistance : une étude internationale a estimé qu’au moins 10 % des souches de E. coli isolées dans le sang sont multirésistantes. Le développement de vaccins permettant de prévenir les IIE répond à un besoin médical majeur non satisfait.
Une réponse immunitaire qui ne s’est pas traduite par une efficacité clinique
Une dose unique d’ExPEC9V a suscité une réponse anticorps robuste et durable, sans poser de problème de sécurité. Un an après la vaccination, le taux d’anticorps spécifiques restait plus élevé chez les personnes ayant reçu le vaccin ExPEC9V que chez celles ayant reçu le placebo. En l’absence de corrélats de protection établis, l’immunité induite par le vaccin pourrait avoir été d’une ampleur ou d’une qualité insuffisantes pour assurer une protection clinique contre les infections extra-intestinales à E. coli (IED) et les événements associés.
Toutefois, une analyse prédéfinie du critère d’évaluation principal, réalisée par un comité indépendant de surveillance des données, a révélé 11 cas d’IED dans le groupe ayant reçu le vaccin ExPEC9V et 13 cas dans le groupe placebo, soit une efficacité vaccinale de 14,6 %, ce qui indique une absence d’effet protecteur. Une absence d’efficacité similaire a été observée dans les analyses par sous-groupes.
« Bien que la réponse immunitaire se soit maintenue pendant au moins la première année, elle ne s’est pas traduite par une efficacité vaccinale, la plupart des cas d’IED étant survenus au cours de cette première année », ont écrit les chercheurs. « En l’absence de corrélats de protection établis, l’immunité induite par le vaccin pourrait avoir été d’une ampleur ou d’une qualité insuffisantes pour assurer une protection clinique contre les IED et les événements associés. »
Ils ajoutent qu’une analyse plus approfondie des données, incluant l’étude des souches de E. coli isolées chez les participants ayant développé une IED au cours de l’essai, est nécessaire pour comprendre pleinement pourquoi le vaccin n’a pas permis d’offrir une protection contre les IED.
Johnson & Johnson, société mère de Janssen Pharmaceuticals, a annoncé le 13 février 2025 que le vaccin n’atteindrait vraisemblablement pas son critère d’évaluation principal et que l’essai clinique était par conséquent interrompu.