Affichage des articles dont le libellé est santé. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est santé. Afficher tous les articles

lundi 14 septembre 2026

Éclairage sur des produits laitiers fabriqués selon des méthodes traditionnelles et la maîtrise de Listeria monocytogenes

Un article autrichien paru dans International Journal of Food Microbiology fait le point sur un fromage, le kajmak, et sa fabrication traditionnelle dans les Balkans. Il rapporte des stratégies pour limiter la recontamination par Listeria monocytogenes. Tout un programme pour des produits laitiers locaux avec une typicité et une authencité bien ancrées parmi les habitants mais aussi à l’extérieur de ces pays.

Le kajmak est un produit riche, de type crème, obtenu en faisant chauffer lentement puis refroidir du lait, traditionnellement issu de vaches, de bufflonnes ou de brebis. Il existe une variété jeune qui est blanche, et une variété plus âgée, jaune.

Les faits décrits montrent tout le chemin à accomplir pour maîtriser Listeria monocytogenes dans le produit et son environnement.

Cela étant, ces progrès restent encore à concrétiser, et selon les auteurs, le Kajmak ne serait pas le seul en cause, « Entre 2020 et 2024, la France (48,1 %), l'Italie (17,1 %) et les Pays-Bas (6,9 %) ont été les pays ayant enregistré le plus grand nombre de rappels de lait et de produits laitiers associés à L. monocytogenes (n = 233). En Autriche, L. monocytogenes a été identifié comme étant l’agent causal dans 100% des rappels de lait et de produits laitiers de 2020 à 2025. » Bref, y’a du boulot !

Cet article vise à sensibiliser aux enjeux d'hygiène alimentaire liés au kajmak traditionnel des Balkans et à illustrer comment des produits très vulnérables à courte durée de conservation peuvent être préservés grâce à de bonnes pratiques d'hygiène, des procédés de fabrication robustes, une surveillance environnementale efficace et le respect de la démarche HACCP.

Résumé

Entre 2020 et 2022, une épidémie de listériose est survenue en Autriche, entraînant dix cas, dont trois mortels. L'épidémie a été attribuée à un produit laitier traditionnel d'Europe du Sud appelé Kajmak, une crème légèrement salée. Le séquençage ultérieur d'isolats cliniques et alimentaires appartenant au complexe clonal (CC) 1 et au type clonal (CT) 6568 a permis d'identifier l'origine de l'épidémie. Le CT6568 est classé au sein du CC1, un groupe qui présente une diversification notable parmi les isolats humains, avec 14 CT distincts identifiés entre 2020 et 2022.

La clientèle de la fromagerie se composait principalement de restaurants balkaniques locaux, de comptoirs de charcuterie et de petites boulangeries. Le système d'autocontrôle en place ainsi que le programme HACCP ne répondaient pas aux normes d'adéquation requises. Listeria monocytogenes a été détectée dans la salle de production et d'affinage, indiquant une recontamination potentielle du Kajmak lors des étapes de conditionnement manuel et d'affinage. Le produit hautement périssable en question portait également un étiquetage incorrect, indiquant une date de durabilité minimale (supérieure à 21 jours) au lieu d'une date limite de consommation. De plus, des informations cruciales pour les consommateurs, telles que la nécessité d'une réfrigération stricte à 4°C, étaient absentes.

L'épidémie a probablement été favorisée par la production discontinue de Kajmak, ce qui a conduit à une hygiène environnementale insuffisante. Le rapport rétrospectif sur cette épidémie met en évidence l'absence d'analyse des risques dans les études portant sur la sécurité des aliments produits à petite échelle selon des méthodes traditionnelles. Il est essentiel que les producteurs alignent leurs pratiques sur les principes de la méthode HACCP et sur des systèmes d'autocontrôle efficaces.

Remarques finales

Dans le contexte de la production traditionnelle de Kajmak, il est nécessaire que les fabricants, les autorités publiques et les groupes d'experts-conseils coordonnent leurs positions afin d'assurer la sécurité sanitaire du produit. Cette collaboration est essentielle pour garantir la sécurité de ce produit très apprécié. Il est pertinent d'établir des comparaisons et de prendre en compte les enseignements tirés des épidémies de listériose liées aux fromages de type mexicain, ces derniers étant considérés comme des produits à haut risque. Il existe également un potentiel pour élaborer des formations destinées aux fabricants ainsi que des programmes éducatifs pour les transformateurs (restaurants, épiceries fines et boulangeries), leur permettant de tirer des conclusions utiles de ces études.

Quelques références

La bibibliographie de l'article est très utile pour mieux appréhender la maîtrise de Listeria monocytogenes et j’ai extrait ci-dessous quelques références utiles pour les fabricants :

Quand l’IA apprend à ‘lire’ les bactéries pour lutter contre l’antibiorésistance

« Pasteur IA : quand l’intelligence artificielle apprend à « lire » les bactéries pour lutter contre l’antibiorésistance », source Institut Pasteur du 9 septembre 2026.

Les bactéries résistantes aux antibiotiques pourraient causer plus de 10 millions de décès par an d'ici 2050. Pour trouver de nouvelles molécules efficaces, des scientifiques de l'Institut Pasteur ont entraîné une intelligence artificielle à reconnaître le mode d'action d’antibiotiques, simplement en analysant des images de bactéries au microscope, sans aucun marquage chimique fluorescent.

Pourquoi découvrir de nouveaux antibiotiques est si difficile ?

Trouver une molécule qui tue des bactéries, c’est compliqué. Comprendre comment elle les tue, c’est encore plus difficile. Pourtant, c’est cette question du « mode d’action » qui fait toute la différence : elle permet de savoir si un antibiotique candidat est vraiment innovant et donc capable de contourner les résistances déjà existantes.

Les méthodes actuelles utilisent souvent des marqueurs fluorescents, coûtent cher, et ne détectent un effet que lorsque la molécule est suffisamment concentrée pour bloquer la croissance ou éliminer des bactéries. Résultat : certaines molécules prometteuses, actives à très faible dose, passent complètement inaperçues. 

Une IA qui « voit » l’effet des antibiotiques

Plusieurs équipes de l’Institut Pasteur ont travaillé de pair pour contourner ces limites grâce au deep learning*. Leur modèle d’intelligence artificielle, un réseau de neurones convolutifs inspiré de la façon dont notre cerveau traite les images, a été entraîné à repérer les modifications minimes de forme qu’un antibiotique provoque chez les bactéries.

Pour entraîner leur modèle d’IA, les scientifiques ont utilisé des images de microscopie en lumière blanche (brightfield), sans marquage fluorescent sur des bactéries Escherichia coli exposées à 22 antibiotiques avec huit modes d’action différents. 

Des résultats très prometteurs, même à très faible dose

Les résultats sont particulièrement encourageants. En effet, l’intelligence artificielle reconnaît le mode d’action d’un antibiotique avec une précision quasi parfaite. Mieux encore, elle détecte l’effet d’une molécule à des concentrations sub-inhibitrices, c’est-à-dire avant même que la bactérie ne cesse de se multiplier. Cette capacité constitue un atout majeur pour repérer des candidats que les tests classiques auraient écartés.

Plus surprenant encore, le modèle est capable d’indiquer quand une molécule agit d’une manière inédite. Cette faculté pourrait s’avérer décisive pour découvrir de nouvelles classes d’antibiotiques, celles dont on a le plus besoin pour vaincre les résistances actuelles.

L’approche a aussi été validée sur une autre bactérie, Klebsiella pneumoniae, responsable d’infections graves et souvent multirésistante. Une première preuve que la méthode pourrait s’appliquer à d’autres micro-organismes

* Deep learning (apprentissage profond ou apprentissage en profondeur en français est un sous-domaine de l’intelligence artificielle qui utilise des réseaux neuronaux artificiels composés de nombreuses couches pour résoudre des tâches complexes. Cette méthode permet à la machine d'apprendre des représentations hiérarchisées directement à partir des données, sans qu'un expert humain n'ait à expliciter les règles. Source Wikipédia.

dimanche 13 septembre 2026

Brève de vacances : Quand un restaurateur informe le consommateur du risque Anisakis

Il existe une plaquette éditée par le ministère de l’agriculture, « Maîtriser le risque Anisakis dans les produits de la pêche. Les précautions à prendre par les professionnels ».


On y trouve quels sont les moyens de maîtrise ?

Deux types de mesures, simples et complémentaires, existent : 
- une première mesure permet de réduire le risque de parasitose : l’éviscération pratiquée dès la capture du poisson ou du céphalopode associée au respect de la chaîne du froid. Elle limite la migration des larves dans la chair et par conséquent la présence d’allergènes;
- un second type de mesures permet de détruire les larves d’Anisakidés, sensibles à la chaleur et au froid, à condition de respecter les traitements assainissants suivants :
  • congélation à cœur à une température inférieure ou égale à -20°C pendant au moins 24 heures ;
  • cuisson à cœur (1 minute à 60°C ou pour une cuisson au micro-ondes 1 minute à 70°C) => la chair ne doit pas être rose à l’arête ;
  • fumage à chaud (température supérieure à 60°C) ;
  • marinage et/ou salage suivant des procédés traditionnels.

Ce genre d’information destinée aux professionnels ne croise que très rarement la route du consommateur, et pourtant, dans ce restaurant de l’agglomération de Valence (Espagne), il est indiqué en Valencien avec le menu affiché près de la porte d’entrée, cet encadré :

Information au consommateur

Les produits de la mer servis crus, marinés ou légèrement cuits ont été préalablement congelés conformément à la réglementation sanitaire en vigueur afin de garantir leur sécurité et de prévenir tout risque d'infection par Anisakis.
Merci beaucoup pour votre confiance.
Excellente initiative de ce restaurateur qui indique par là qu’il suit les bonnes pratiques d’hygiène. Comme pour la mention des allergènes présents dans les aliments, la maîtrise du risque Anisakis doit faire partie de l'inforation à fournir au consommateur.

États-Unis : L'épidémie de cyclosporose liée à la laitue de Taylor Farms s'achève avec près de 13 000 cas et deux décès recensés

L'épidémie de cyclosporose liée à la laitue de Taylor Farms s'achève avec près de 13 000 cas et deux décès recensés, source article de Bailee Henderson paru dans Food Safety Magazine.

Le 11 septembre 2026, le CDC des États-Unis a indiqué que l'épidémie nationale de cyclosporose liée à la laitue iceberg de chez Taylor Farms a décliné de façon significative. La laitue contaminée n'est plus disponible dans les commerces ni les restaurants. Au total, 12 883 cas ont été recensés dans 21 États, entraînant 570 hospitalisations et deux décès.

Selon le CDC, une baisse significative des infections récentes liées à l'épidémie a été observée. Au plus fort de l'épidémie, avant le rappel des produits, plus de 1 000 cas d’infection survenaient en une seule journée. En août, la moyenne était inférieure à deux cas par jour. L'agence a conclu : « À l'heure actuelle, il n'y a plus de risque de contracter la cyclosporose à partir de cette source. » 

Des cas liés à l'épidémie ont été signalés dans les États suivants : Arkansas, Géorgie, Iowa, Illinois, Indiana, Kansas, Kentucky, Massachusetts, Maine, Michigan, Missouri, Nebraska, New Hampshire, Caroline du Nord, Ohio, Oklahoma, Pennsylvanie, Tennessee, Texas, Virginie et Virginie-Occidentale.

La FDA poursuit son enquête sur les causes profondes et les activités de réponse à l'épidémie

L'enquête de la FDA sur l'épidémie se poursuit toutefois, en se concentrant sur Taylor Farms of Mexico/Taylor Fresh Foods, le producteur et fournisseur de la laitue incriminée. L'agence entame également des activités de suivi post-épidémie. Les actions récentes et en cours de la FDA concernant cette épidémie comprennent :
  • L'achèvement des inspections sur site et du prélèvement d'échantillons chez les producteurs de laitue iceberg et à l'usine de transformation au Mexique ; l'analyse des échantillons est en attente.
  • Des activités d'enquête sur les causes profondes chez Taylor Farms of Mexico ; les conclusions seront intégrées au plan d'action de la FDA en matière de prévention, de réponse et de recherche sur Cyclospora, ainsi qu'aux efforts de prévention menés dans le cadre du partenariat Mexique-États-Unis sur la sécurité des aliments.
  • L'envoi d'une lettre au secteur appelant à la collaboration pour lutter contre la contamination par Cyclospora tout au long de la chaîne d'approvisionnement.
  • Des réunions avec de hauts responsables mexicains de la santé publique et de l'agriculture pour encourager un engagement continu envers un cadre axé sur la prévention afin de traiter les épidémies liées aux produits agricoles cultivés au Mexique.

En juillet, la FDA a déterminé que la laitue cultivée par Taylor Farms au Mexique était le vecteur de la maladie à l'origine de l'épidémie, en se fondant sur des preuves épidémiologiques solides, à savoir que des milliers de patients touchés avaient déclaré avoir consommé des aliments de la chaîne Taco Bell contenant de la laitue iceberg, et sur des activités de traçabilité convergeant vers un fournisseur unique. Plus tôt cette semaine, les autorités de santé publique du Michigan ont publié un rapport provisoire sur les premières étapes de l'enquête menée par l'État, ce qui a contribué à orienter les efforts de traçabilité et la réponse de santé publique de la FDA. Selon ce rapport, sur les 3 114 patients interrogés par les enquêteurs du Michigan, 2 168 (soit 69,6 %) ont déclaré avoir consommé des aliments achetés auprès d'une seule chaîne de restauration (vraisemblablement Taco Bell), la laitue étant l'ingrédient le plus fréquemment consommé par les personnes interrogées. Des éléments indiquaient également une exposition à la laitue chez des personnes n'ayant pas fréquenté cette chaîne de restauration.

Par la suite, Taco Bell a cessé de s'approvisionner en laitue auprès de Taylor Farms, et Taylor Farms/Taylor Fresh Foods a annoncé un rappel de produits touchant diverses marques de la restauration et de la distribution. À ce stade, la FDA s'est déclarée « convaincue que toute la laitue iceberg rappelée en lien avec cette épidémie spécifique à Cyclospora a été retirée du marché ».

D'autres enquêtes sur des épidémies à Cyclospora sont toujours en cours

Les cas de maladie associés à l'épidémie liée à la laitue de Taylor Farms ne représentent qu'une partie du nombre inhabituellement élevé de cas de cyclosporose signalés aux États-Unis en 2026. Entre le 1er mai et le 31 août, le CDC ont reçu des signalements concernant 19 595 cas confirmés en laboratoire et contractés sur le territoire national, entraînant 1 043 hospitalisations et deux décès (les deux mêmes décès que ceux liés à l'épidémie de Taylor Farms). Ce total inclut les cas associés à l'épidémie liée à la laitue de Taylor Farms, ceux liés à d'autres épidémies, ainsi que les cas isolés (non liés à une épidémie). À titre de comparaison, 1 180 cas avaient été signalés aux États-Unis au cours de la même période en 2025.

La FDA poursuit ses enquêtes sur d'autres foyers épidémiques à Cyclospora à travers les États-Unis. Actuellement, outre l'épidémie liée à la laitue de Taylor Farms, l'agence enquête sur quatre épidémies de cyclosporose comptant respectivement 231, 38, 22 et 18 cas. Aucun vecteur de transmission n'a encore été identifié pour aucune de ces quatre épidémies.

L’épidémie de cyclosporose a suscité des inquiétudes quant à l'infrastructure de santé publique aux États-Unis

L'épidémie de cyclosporose liée aux laitues de Taylor Farms a été largement médiatisée en raison de son ampleur inédite et du nombre de cas recensés. Face à cette situation, experts en sécurité des aliments, législateurs et grand public se sont demandé si le sous-investissement dans l'infrastructure et la recherche en santé publique aux États-Unis, ainsi que les coupes budgétaires imposées aux agences fédérales sous la seconde administration Trump, avaient ralenti la détection de l'épidémie et la réponse apportée. Ainsi, en août, il a été révélé que le Congrès avait supprimé deux des trois projets fédéraux de recherche sur Cyclospora dans le cadre de l'exercice budgétaire 2026, et le troisième sera perturbé par la réorganisation de l’USDA prévue par l'administration Trump.

Lors de l'épidémie, des membres de la commission de surveillance de la Chambre des représentants ont demandé des explications à Taylor Farms concernant sa gestion de la crise, ainsi que sur les dons versés à un Super PAC soutenant Trump une semaine avant que l'administration ne reporte l'application de la règle de la FDA sur la traçabilité des aliments. Si elle avait été mise en œuvre en janvier 2026 comme prévu initialement, cette règle aurait facilité la traçabilité de la laitue à l'origine de l'épidémie de cyclosporose, permettant ainsi des rappels de produits et des interventions plus rapides.

Par ailleurs, en août, la Safe Food Coalition, qui regroupe des acteurs de la sécurité des aliments et de la protection des consommateurs, a exhorté le Congrès à abroger une disposition budgétaire interdisant à la FDA d'utiliser des fonds fédéraux pour administrer ou faire appliquer son règlement sur la traçabilité des aliments avant le 20 juillet 2028.

La Safe Food Coalition s'est également jointe à des experts, des législateurs et au grand public pour réclamer le rétablissement de financements et d'effectifs suffisants pour le CDC et les États, afin d'assurer la surveillance des maladies d'origine alimentaire et la gestion des épidémies.

samedi 12 septembre 2026

Santé publique France et le traitement de l'information

J’avais déjà évoqué le traitement de l’information par Santé publique France dans « TIAC : Les approximations de Santé publique France ».

Je poursuis cette quête d’une information fiable et documentée et voici ce que je trouve …

Toxi-infections alimentaires collectives

Est publié sur le site de Santé publique France, dans les thématique « toxi-infections alimentaires collectives », ce qui suit :

- Le 21 février 2024, nous avons eu la publication des données des toxi-infections alimentaires collectives déclarées en France en 2022 avec « près de 2 000 cas ».

- Le 20 mars 2026 (avec une mise à jour au 01/09/2026), nous avons eu la publication des données des toxi-infections alimentaires collectives déclarées en France en 2023, avec ce titre très sobre, « Bilan 2023 », dont on sait que ce bilan dépasse celui de 2022 ...

A ce rythme-là, on n’est pas prêt d’avoir de nouvelles informations, en particulier les données de 2024. Pourtant, Santé publique France a diffusé les données de 2024 à l’EFSA qui les a publiées en décembre 2025. La pesanteur administrative bien connue chez nous, voir un récent exemple ici, nous fait dire que pour avoir les données de 2024, il nous faudra attendre au mieux 2027, voire au moins encore deux ans …

Maladies infectieuses d’origine alimentaire

Autre point à mettre en évidence le traitement subi par la thématique « maladies infectieuses d’origine alimentaire » à Santé publique France.

Si on liste les dernières actualités, l’actualité du 4 septembre 2026 sur les « Cas groupés de salmonellose en lien avec la consommation de graines de courge » a disparu de la liste des actualités

Comme vous pourrez le découvrir sur ce lien, qui filtre les actualités de Santé publique France, selon la thématique « maladies infectieuses d’origine alimentaire », l’information du 4 septembre 2026 sur les « Cas groupés de salmonellose en lien avec la consommation de graines de courge » a, quant à elle, totalement disparu des actualités, et elle se retouve uniquement dans la sous rubrique ‘Données’ sur la Salmonellose. Il faut le dire ce traitement de l’information n’est pas nouveau, mais il ne m’apparait pas normal !

vendredi 11 septembre 2026

Microplastiques dans des tissus de tumeurs cérébrales : une étude ne permet pas de tirer des conclusions quant au développement du cancer, selon leBfR.

Microplastiques dans des tissus de tumeurs cérébrales : une étude ne permet pas de tirer des conclusions quant au développement du cancer. Source BfR.

Une équipe de recherche a procédé à la détection de micro- et nanoplastiques (MNP) dans des cerveaux humains. Des tissus sains ont été comparés à des tissus pathologiques. Il a été constaté que la concentration de MNP dans les tumeurs cérébrales et dans les tissus environnants était plus élevée que dans les tissus sains.

Toutefois, cela ne prouve pas que les MNP influencent la croissance des tumeurs cérébrales ou qu'ils en sont la cause. Les auteurs soulignent également que les données ne révèlent aucun lien de causalité : il est impossible de démontrer, sur la base des données disponibles, si les MNP provoquent une tumeur cérébrale ou si la tumeur cérébrale entraîne une accumulation de microplastiques.

Les précédentes détections de MNP dans des cerveaux humains ont suscité des controverses en raison de lacunes méthodologiques (voir ici).

L'étude examinée ici se distingue de ces travaux, notamment par le fait qu'elle porte sur un nombre plus important d'échantillons et que les auteurs eux-mêmes signalent, dans leur publication, les limites des méthodes de détection utilisées. Il est également frappant de constater que les concentrations de microplastiques mesurées dans les échantillons de cerveau lors de cette étude sont nettement inférieures.

Aucun lien entre les MNP et la formation ou la croissance de tumeurs cérébrales ne peut être établi à partir de cette étude. En l'état actuel des connaissances, il n'existe aucune preuve toxicologique fiable indiquant que l'ingestion de microplastiques via l'alimentation présente des risques pour la santé. Le BfR fournit des informations complémentaires sur l'état actuel des connaissances dans sa foire aux questions (FAQs).

EFSA : L'utilisation du sel d’aspartame-acésulfame ou E 962 ne soulève pas de préoccupations en matière de sécurité sanitaire

Autant le dire de suite, Que Choisir juge que le sel d’aspartame-acésulfame (E962) est ‘peu recommandables, il est préférable d’éviter d’en consommer’. Pour être complet, si l’on peut dire, je lis dans 20minutes, « C’est scandaleux », tempêtent les ONG foodwatch, Yuka et la Ligue contre le cancer ».

Passons donc plus sereinement à l’information scientifique du 10 septembre 2026 de l’EFSA qui conclut que le sel d’aspartame-acésulfame (E 962) est sans danger aux niveaux d’exposition actuels.

L’EFSA a achevé la réévaluation de l’additif alimentaire « sel d’aspartame-acésulfame » (E 962) et a conclu que son utilisation ne soulève pas de préoccupations en matière de sécurité sanitaire.

Le sel d’aspartame-acésulfame est un édulcorant autorisé dans divers aliments et boissons sans sucre ou à teneur énergétique réduite. Une fois ingéré, il se dissocie en ses composants individuels : l’aspartame et l’acésulfame.

Le groupe d’experts n’a relevé aucune préoccupation en matière de sécurité sanitaire associée aux usages et aux niveaux d’utilisation actuellement déclarés pour l’acésulfame K (E 950), l’aspartame (E 951) et le sel d’aspartame-acésulfame (E 962).

Cette conclusion repose sur la dose journalière admissible (DJA) pour l’aspartame, fixée précédemment à 40 mg/kg de poids corporel par jour (et désormais confirmée), ainsi que sur la DJA pour l’acésulfame K, récemment révisée à 15 mg/kg de poids corporel par jour. Les estimations actuelles de l’exposition pour toutes les tranches d’âge restent inférieures à ces DJA.

Les experts recommandent de mettre à jour les spécifications de l’UE pour le E 962 afin de garantir leur conformité avec celles de l’aspartame et de l’acésulfame K utilisés dans sa fabrication.

Conformément à l’approche appliquée à d’autres édulcorants réévalués, ils recommandent également de revoir les limites d’arsenic et de plomb figurant dans les spécifications de l’aspartame (E 951).

Contexte

L’avis scientifique a été adopté en juillet 2026 lors d’une réunion plénière publique du groupe d’experts de l’EFSA sur les additifs alimentaires et les arômes (FAF), permettant aux observateurs d’assister au processus décisionnel collectif du groupe.

L’évaluation a suivi le protocole d’identification et de caractérisation des dangers liés aux édulcorants (publié pour consultation publique en 2019) ainsi que le protocole d’évaluation de l’exposition aux édulcorants (publié pour consultation publique en 2020).

jeudi 10 septembre 2026

États-Unis : Une amélioration de la contamination des arachides par des aflatoxines, selon un rapport d'audit

De l’intérêt des audits en sécurité des aliments, une amélioration se dessine sur la présence d’aflatoxines dans les arachides issus des États-Unis.

Un rapport décrit les conclusions d’un audit réalisé par la Direction Générale de la santé et de la sécurité alimentaire de la Commission européenne aux États-Unis du 4 au 18 mars 2026.

Cet audit a été mené dans le cadre du programme de travail publié par la Direction Générale de la santé et de la sécurité alimentaire. Il visait à évaluer si les systèmes mis en place pour contrôler la contamination par des aflatoxines des arachides destinées à l’exportation vers l’Union européenne (UE) sont conformes à la législation de l’UE, ou du moins équivalents à celle-ci, afin de garantir le respect des limites fixées par ladite législation pour ces contaminants.

Cet audit a été programmé en raison de la persistance de notifications régulières dans le système d’alerte rapide pour les denrées alimentaires et les aliments pour animaux (RASFF) au cours des dernières années concernant la présence d’aflatoxines dans des arachides importées aux États-Unis vers l’UE.

Les autorités et le secteur américains ont déployé des efforts considérables pour donner suite aux recommandations de l’audit précédent réalisé aux États-Unis sur ce sujet en 2019.

La filière américaine de l’arachide a mis en place un programme volontaire d’exportation d’arachides, qui couvrirait entre 80 et 90 % des lots exportés vers l’UE. L’audit a révélé que de bonnes pratiques agricoles et de bonnes pratiques de fabrication sont appliquées lors de la production et de la transformation des arachides afin de réduire le risque de contamination par les aflatoxines. Des instructions détaillées en matière d’échantillonnage sont en place et effectivement appliquées. Il a été conclu que les prélèvements des arachides en vue de l’analyse des aflatoxines, auquel l’équipe d’audit a assisté, était équivalent aux règles de l’UE. Les laboratoires accrédités, agréés dans le cadre du programme d’agrément des laboratoires de l’USDA, qui analysent la teneur en aflatoxines de tous les lots d’arachides destinés à l’exportation vers l’UE, affichent un niveau de performance élevé et respectent les exigences du règlement d’exécution (UE) 2023/2782 de la Commission.

Le taux de notifications RASFF pour dépassement des limites d’aflatoxines dans les arachides et produits à base d’arachides américains exportés vers l’UE s’est maintenu entre 4 % et 6,6 % des lots au cours de la période 2021-2025.

Brève de vacances : En 2026, les rappels de produits alimentaires en France ont atteint leur vitesse de croisière

J’avais écrit cet article en mars 2026, ici, pour signaler le net rebond des rappels de produits alimentaires en France en 2025, avec 15 % d’augmentation.

Qu’en sera-t-il en 2026, vaste question ?

Il semble néanmoins acquis que le chiffre dépassera les 2000 rappels, une constante depuis 2022, car depuis le début de l’année, les rappels mensuels oscillent entre 150 et plus de 200.

- 3 243 en 2021 (de mars à décembre 2021)

- 2 441 en 2022
- 2 022 en 2023
- 2 086 en 2024
- 2 323 en 2025
- 1 572 (au 9 septembre)
Les données mentionnées ne concernent que les produits alimentaires avec un code-barre. 
Que peut-on en dire ?

- Y a-t-il beaucoup de rappels ?

Oui, incontestablement.

- Y en a-t-il davantage qu'avant ?

Ce que l’on peut dire, c'est que le nombre de rappels enregistrés est élevé depuis la création en 2021 de RappelConso, auparavant, c’était assez hétéroclite ...

- Notre alimentation est-elle devenue moins sûre ?

Bien sûr que non ! Le nombre de rappels ne suffit pas à le démontrer, mais c'est un élément dans le contexte de la sécurité des aliments en France.

mercredi 9 septembre 2026

Les bactéries présentes dans la poussière des salles de classe sont associées à une réduction de la fonction pulmonaire chez les enfants

« Des bactéries présentes dans la poussière des salles de classe peuvent contribuer à une légère diminution de la fonction pulmonaire chez les enfants », source CIDRAP News.

Précision

Le titre initial du communiqué de la Société européenne de pneumologie (ERS) est « Les bactéries présentes dans la poussière des salles de classe sont associées à une réduction de la fonction pulmonaire chez les enfants ». Celui de CIDRAP News est le suivant : « Des bactéries présentes dans la poussière des salles de classe peuvent contribuer à une légère diminution de la fonction pulmonaire chez les enfants. »

Une nouvelle étude souligne l'importance de la qualité de l'air intérieur dans les écoles, suggérant que les enfants exposés à la poussière des salles de classe présentant des niveaux plus élevés de deux pathogènes bactériens courants ont une fonction pulmonaire légèrement altérée.

Pour cette étude, présentée au congrès de la Société européenne de pneumologie (ERS) à Barcelone, en Espagne, les chercheurs ont analysé les données du projet SINPHONIE (Schools Indoor Pollution and Health: Observatory Network in Europe). 

L'étude a mesuré les concentrations de Streptomyces et de Mycobacterium dans la poussière de près de 300 salles de classe réparties dans 22 pays européens. Ces deux types de bactéries sont fréquemment présents dans les sols, la poussière et les systèmes d'eau.

L'équipe a également utilisé la spirométrie pour tester la fonction pulmonaire des enfants de chaque classe afin de calculer le volume d'air que les poumons peuvent contenir et la vitesse à laquelle ce volume d'air peut être expiré. 

« Nous savons que la qualité de l'air intérieur dans les écoles peut être affectée par les polluants, l'humidité, la ventilation, la température, l'humidité ambiante et des agents biologiques comme les champignons et les bactéries> », a déclaré Soutrik Banerjee de l'Université de Ferrare en Italie et de la société d'ingénierie française Alten, dans un communiqué de presse de l'ERS. « Cependant, on sait beaucoup moins de choses sur le lien entre les types de bactéries présentes dans la poussière des salles de classe et la fonction pulmonaire des enfants. »

L'altération était modeste

Les enfants scolarisés dans des classes présentant des concentrations plus élevées de Streptomyces avaient une capacité vitale forcée légèrement inférieure, une mesure de la quantité d'air qu'une personne peut expulser après une inspiration profonde.

Les enfants sont exposés chaque jour de la semaine à l'environnement intérieur des écoles, et une réduction légère à modérée de la fonction pulmonaire aujourd'hui peut être un précurseur de maladies pulmonaires évitables plus tard dans la vie. Selon Soutrik Banerjee.

De même, les élèves des classes présentant des niveaux plus élevés de mycobactéries  avaient un volume expiratoire maximal en une seconde (VEMS) et un débit expiratoire de pointe (DEP) légèrement inférieurs. Le VEMS mesure la quantité d'air qu'une personne peut expirer en une seconde, et le DEP correspond au débit expiratoire maximal qu'une personne peut expirer le plus rapidement possible.

« Bien que les réductions observées soient modestes pour chaque enfant, elles sont statistiquement significatives et pourraient avoir des conséquences importantes pour l'ensemble de la population », a déclaré Banerjee. « Les enfants sont exposés quotidiennement à l'environnement intérieur des écoles, et une légère à modérée réduction de leur fonction pulmonaire aujourd'hui pourrait être un facteur de risque de maladie pulmonaire évitable à l'âge adulte. »

« Ces bactéries peuvent avoir un effet biologique direct, ou bien elles peuvent être des indicateurs d’autres facteurs environnementaux intérieurs qui influencent la fonction pulmonaire », indique Banerjee.

Le professeur Alexander Möller, président de l'assemblée pédiatrique de la Société européenne de pneumologie et professeur de pneumologie pédiatrique à l'hôpital universitaire pour enfants de Zurich, Suisse, qui n'a pas participé à la recherche, a déclaré : « Cette vaste étude européenne montre que les poumons des enfants semblent souffrir lorsque deux types courants de bactéries se développent dans la poussière de leurs salles de classe. »

Bien que toutes les bactéries ne soient pas nocives, ces résultats suggèrent que l'environnement scolaire joue un rôle important dans la santé pulmonaire des enfants et confirment l'importance de bâtiments scolaires sains. Concrètement, il ne s'agit pas de transformer les écoles en environnements stériles, mais plutôt de privilégier une bonne qualité de l'air intérieur : une ventilation adéquate, la maîtrise de l'humidité et des moisissures, un nettoyage régulier et un entretien approprié des bâtiments.

Une étude montre que les allergènes alimentaires peuvent se retrouver dans les insectes comestibles après avoir été donnés à manger dans l'alimentation des insectes

« Une étude montre que les allergènes alimentaires peuvent se retrouver dans les insectes comestibles après avoir été donnés à manger dans l'alimentation des insectes. », source Food Safety Magazine.

D'après une étude récente publiée dans la revue Foods, les insectes comestibles élevés sur des substrats contenant des allergènes alimentaires peuvent conserver des résidus d'allergènes même après une période de jeûne de 48 heures avant la récolte. Ces résultats soulignent l'importance de prendre en compte la composition du substrat d'élevage lors de l'évaluation de la sécurité allergénique et de l'étiquetage des aliments à base d'insectes .

Des chercheurs de l'Institut expérimental de zooprophylaxie du Piémont, de la Ligurie et de la Vallée d'Aoste (IZSPLV) et du Centre national de référence pour la détection des allergènes alimentaires et des substances provoquant une intolérance alimentaire (CReNaRiA) en Italie ont étudié si les allergènes d'origine végétale pouvaient être transférés de l'alimentation des insectes aux larves de Hermetia illucens (mouche soldat noire).

Les larves de la mouche soldat noire ont été élevées pendant 15 jours sur des substrats de riz et de maïs contenant 10 % d'arachide, d'amande, de soja, de céleri ou de gluten. Cette concentration de 10 % a été choisie pour représenter une exposition maximale, correspondant au scénario le plus défavorable. Les chercheurs ont prélevé des larves à la fin de l'alimentation, après 24 heures de jeûne et après 48 heures de jeûne. Les échantillons ont été séchés et broyés afin de simuler les procédés industriels standards, puis analysés par PCR en temps réel et par la méthode ELISA.

Le soja a présenté les preuves les plus évidentes de persistance d'allergènes. De l'ADN de soja a été détecté dans les neuf échantillons de traitement, et ce, aux trois moments de prélèvement, contrairement aux témoins. Les tests ELISA ont également révélé la présence de protéines de soja à une concentration supérieure à la limite de détection de 2,5 parties par million (ppm) dans tous les échantillons de traitement, même après 48 heures de jeûne.

L'ADN de céleri a été détecté dans sept des neuf échantillons traités et est resté détectable après 48 heures de jeûne. Sa détection était significativement plus fréquente chez les larves traitées que chez les témoins. L'ADN d'amande a été détecté sporadiquement à la fin de l'alimentation et après 24 heures de jeûne, mais la différence avec les témoins n'était pas statistiquement significative. L'ADN d'arachide n'a été détecté dans aucun échantillon larvaire.

Les concentrations de gluten étaient inférieures à la limite de détection de 5 ppm de la méthode ELISA dans tous les échantillons. Les chercheurs ont toutefois précisé que ce résultat n'indiquait pas nécessairement une absence totale de gluten.

Il est important de noter que les chercheurs n'ont constaté aucune différence statistiquement significative dans la détection des allergènes entre les trois moments de prélèvement. Par conséquent, l'étude n'a pas démontré qu'un jeûne allant jusqu'à 48 heures puisse réduire systématiquement la persistance des allergènes. Les chercheurs suggèrent que cette persistance pourrait dépendre de l'allergène spécifique et être influencée par la composition du substrat, les conditions de transformation et la présence éventuelle de résidus dans le tube digestif ou leur association aux tissus larvaires.

Les auteurs indiquent que ces résultats ont des implications pour les exploitants alimentaires impliqués dans l'élevage d'insectes. Ils soulignent que l'utilisation de substrats exempts d'allergènes et un étiquetage préventif approprié des allergènes constituent des stratégies potentielles pour protéger les consommateurs. Ils insistent également sur le fait que la sécurité des produits à base d'insectes, en ce qui concerne les allergènes provenant de l'alimentation animale, doit être évaluée au cas par cas.

Les chercheurs ont reconnu la petite taille de l'échantillon de l'étude pilote, avec trois réplicats par point d'échantillonnage, et ont appelé à des recherches supplémentaires pour déterminer si les allergènes détectés proviennent du contenu intestinal ou des tissus des insectes.

Commentaire

Sur le sujet des insectes, on lira ici un récent article du blog.

mardi 8 septembre 2026

Les produits de nettoyage parfumés créent une pollution de l'air invisible, selon une étude

« Les produits de nettoyage parfumés créent une pollution de l'air invisible », source ACS.

Les nettoyants de surface enlèvent les germes et la saleté, mais leurs parfums réagissent avec l'ozone intérieur pour former des nanoparticules à des niveaux comparables à ceux de la circulation urbaine.

Quelle est l'odeur d'une pièce propre ? Beaucoup pensent aux agrumes, au pin ou aux fleurs, car ces parfums sont courants dans les produits de nettoyage. Une équipe de recherche dirigée par Brandon Boor a découvert que les composés odorants des produits de nettoyage, conventionnels et à base d'huiles essentielles végétales, réagissent rapidement dans l'air, formant des nanoparticules qui peuvent pénétrer profondément dans les poumons par inhalation. Pour réduire l'exposition à cette pollution invisible, l'équipe suggère d'utiliser des produits sans parfum, de faire fonctionner les ventilateurs d'extraction et d'éviter les appareils générant de l'ozone pendant le nettoyage.

Les chercheurs présenteront leurs résultats lors de la réunion d'automne de l'American Chemical Society (ACS), dans le cadre du symposium « Espaces intérieurs sains : le lien entre microbiome et chimie » (« Healthy Indoor Spaces: Bridging the Microbiome and Chemistry »). « Il est important de noter que le nettoyage enlève virus et bactéries des surfaces, mais il peut aussi générer une pollution de l'air invisible. On ne voit ni poussière, ni fumée dans l'air, mais ces particules se forment. », selon Brandon Boor.

« Nous avons démontré que les réactions de l'ozone intérieur avec les parfums des produits de nettoyage produisent des nanoparticules dont la dose respiratoire est comparable, voire supérieure, à celle que l'on subirait en se tenant à l'extérieur, près d'une route très fréquentée », explique Boor, professeur adjoint de génie civil et de la construction à l'Université Purdue, qui étudie la qualité de l'air intérieur. « La composition des particules est différente, mais la dose totale peut être plus élevée. On ne voit ni fumée, ni poussière, ni brume dans l'air. On a plutôt l'impression que l'air sent bon, donc qu'il est propre. »

Boor et sa collègue Nusrat Jung, également professeure adjointe de génie civil et de la construction à Purdue, ont commencé à étudier l'impact des produits de nettoyage et des désinfectants chimiques sur les environnements intérieurs pendant la pandémie du COVID-19. Dans le cadre de leurs travaux, ils ont observé que nombre de ces produits étaient fortement parfumés. « C'est souvent pour créer une ambiance olfactive agréable à l'intérieur », précise Boor. « Mais l'air pur ne devrait pas sentir les agrumes très concentrés. Il ne devrait pratiquement rien sentir. »

Des chimistes de l'atmosphère ont précédemment établi que les terpènes émis par les plantes, comme le pinène des pins, réagissent avec l'ozone pour créer des nanoparticules en suspension dans l'air. Ces nanoparticules s'agrègent et finissent par atteindre une taille suffisante pour ensemencer les nuages. Or, dans les forêts, les concentrations de terpènes sont relativement faibles, la formation de ces particules est donc lente.

L'utilisation de produits parfumés à l'intérieur libère des terpènes lorsque les composés odorants s'évaporent des surfaces ou des gouttelettes pulvérisées. Parmi les terpènes courants présents dans les liquides de nettoyage, on trouve le pinène, le limonène (citron), le thymol (thym) et le linalol (lavande), à des concentrations bien supérieures à celles que l'on trouve naturellement à l'extérieur. Par conséquent, les concentrations de terpènes dans l'air pendant le nettoyage peuvent atteindre des dizaines, voire des centaines de fois celles présentes dans une forêt, explique Boor.

Pour étudier ce qui se passe lors du nettoyage quotidien, les chercheurs ont testé des produits liquides parfumés classiques ainsi que des sprays et des lingettes désinfectantes à base de plantes dans une maison témoin sur le campus de Purdue. Cette minuscule maison est équipée d'une cuisine fonctionnelle, d'un parquet et d'une salle de bain. Les chercheurs ont découvert que les mêmes réactions chimiques qui forment des nanoparticules à l'extérieur se produisent à l'intérieur, mais plus rapidement et à des concentrations plus élevées, ce qui a des conséquences importantes pour la santé humaine.

Des activités comme laver les sols, vaporiser des produits sur les plans de travail et essuyer les surfaces avec des produits parfumés ont généré des milliards, voire des milliards de milliards de particules, selon le produit utilisé. La plupart de ces particules, appelées nanoparticules ou particules ultrafines, mesuraient entre 1 et 30 nanomètres, une taille souvent indétectable par les appareils de mesure de la qualité de l'air domestiques. En les suivant, les chercheurs ont observé que le nettoyage régulier peut générer une pollution par particules ultrafines à des niveaux supérieurs à ceux de l'extérieur. Cela représente un risque potentiel pour la santé, car ces particules sont suffisamment petites pour se déposer dans les voies respiratoires et profondément dans les poumons. Elles peuvent alors contribuer à l'irritation et à l'inflammation du système respiratoire, ou potentiellement pénétrer dans la circulation sanguine.

Le plus surprenant pour les chercheurs a été la rapidité avec laquelle ces particules se formaient et grossissaient : quelques minutes seulement. « Le temps de nettoyer un espace intérieur, on a déjà formé et inhalé une grande quantité de nanoparticules », explique Boor.

Plus récemment, Boor et Ernest Blatchley, professeur à Purdue, ont découvert que la désinfection simultanée de l'air avec des lampes germicides à ultraviolets lointains (UV-C) et le nettoyage des surfaces avec des produits parfumés créent un environnement propice à la formation de nanoparticules. En effet, les lampes interagissent avec l'oxygène de l'air et génèrent de l'ozone, ce qui porte les niveaux d'ozone dans la mini-maison à environ 20 à 40 parties par milliard, un niveau comparable, bien qu'un peu inférieur, aux niveaux extérieurs au moment des expériences. La combinaison d'une concentration élevée d'ozone et de fortes concentrations de terpènes a entraîné une formation de particules encore plus intense.

Boor souhaite que ces résultats éclairent les choix des consommateurs, et non les alarment. Il propose plusieurs mesures pour réduire l'exposition lors du nettoyage :

- Choisir des produits peu parfumés ou sans parfum.
- Éviter d'utiliser plusieurs produits parfumés au cours d'une même séance de nettoyage.
- Utiliser un ventilateur d'extraction ou ouvrir les fenêtres pour aérer la pièce.
- Ne pas nettoyer simultanément des surfaces avec des produits parfumés et des appareils générant de l'ozone, comme les lampes UV-C.

« Il est important de noter que le nettoyage enlève les virus et les bactéries des surfaces, mais il peut aussi générer une pollution atmosphérique invisible », explique Boor. « Il n'y a pas de poussière, ni de fumée visibles dans l'air, mais ces particules se forment. »