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lundi 24 août 2026

Royaume-Uni : Leçons tirées de cas de listériose associés à des plats cuits et réfrigérés livrés à domicile

Éclosion nationale d'un foyer à Listeria monocytogenes CC4 t5.248 associée à des plats cuits et refroidis, source gov.uk

Le 15 avril 2025, la Gastrointestinal Bacteria Reference Unit (GBRU) a notifié à la Food Safety and One Health (GIFSOH) un foyer de deux cas de listériose, signalés les 17 mars et 14 avril 2025 et prélevés en mars 2025. Les souches de Listeria monocytogenes isolées chez ces patients présentaient une forte similarité génétique, mise en évidence par séquençage du génome entier (WGS), suggérant une source d'infection commune. L'analyse initiale des données épidémiologiques disponibles a révélé une exposition commune à des aliments fournis par un exploitant alimentaire basé à Londres, proposant à ses clients des plats cuisinés à réchauffer avant consommation. Le GIFSOH a notifié aux deux autorités sanitaires compétentes, à savoir la Food Standards Agency (FSA) et le conseil municipalde Havering, qui supervise l'exploitation de cet établissement.

Enquêtes sur la chaîne alimentaire

Le 10 avril 2025, le conseil municipal de Havering a inspecté les locaux de l'exploitant alimentaire. L'autorité locale a également demandé à l'entreprise de soumettre tout isolat de Listeria monocytogenes issu de ses tests internes au GBRU de l'UKHSA (UK Health Services Agency) pour séquençage du génome entier. Le 9 décembre 2025, le conseil municipal de Havering a effectué une inspection inopinée des locaux.

Des prélèvements officiels ont été effectuéss ur le site de production par le Conseil de Havering, avec le soutien de la Food Water and Environmental Microbiology (FWEM) unit . Le 23 avril 2025, le Conseil de Havering a réalisé un prélèvementnage formel sur le site, prélevant 12 prélèvements environnementaux et 2 prélèvements alimentaires, dont un prélèvement de persil destiné à être saupoudré sur certains plats. Des visites de prélèvements successifs ont été menées sur le site de production les 1er mai 2025 (15 prélèvements environnementaux et 6 prélèvements alimentaires), 20 mai (4 prélèvements environnementaux et 13 prélèvements alimentaires), 19 juin (20 prélèvements environnementaux et 9 prélèvements alimentaires) et 15 octobre (22 prélèvements environnementaux et 6 prélèvements alimentaires). Les visites des 1er mai et 19 juin ont été réalisées en collaboration avec FWEM. Au total, 109 prélèvements (73 prélèvements environnementaux et 36 prélèvements alimentaires) ont été prélevés sur le site.

Une souche de Listeria monocytogenes correspondant à la souche responsable de l'épidémie, CC4 t5.248, a été isolée dans un prélèvement alimentaire et cinq prélèvements environnementaux prélevés dans l'établissement. L'isolat alimentaire a été détecté dans du persil lavé utilisé comme garniture, prélèvement réalisé le 1er mai 2025, à une concentration inférieure à 10 UFC/g. Les cinq isolats environnementaux ont été détectés dans un siphon de cuisine froide le 23 avril 2025, sur un mur/sol de la cuisine chaude le 1er mai 2025, sur des chariots sales le 19 juin 2025 et deux isolats ont été prélevés à la jonction sol/mur de la cuisine chaude, également le 19 juin 2025.

Cette entreprise britannique de restauration produit et livre des plats cuits et réfrigérés ainsi que certains plats préparés prêts à être consommé dans tout le Royaume-Uni. Au moment de l'enquête, le conseil municipal de Havering a indiqué que l'entreprise comptait environ 22 000 clients actifs, répartis en Angleterre, au Pays de Galles et en Écosse. Elle s'adresse principalement aux personnes soucieuses de leur santé et aux adeptes du fitness. L'entreprise utilise le modèle de bouillon ComBase pour évaluer la durée de conservation, ce qui permet de simuler la survie d'un organisme dans différentes conditions au sein de certains aliments. Une société de livraison partenaire supervise et suit les livraisons, effectuées deux fois par semaine. L'entreprise réalise régulièrement des prélèvements internes sur ses produits et dans son environnement de production, et tous les tests microbiologiques sont effectués par un laboratoire accrédité UKAS. Le conseil municipal de Havering a été informé fin 2024 et début 2025 de trois plaintes pour intoxication alimentaire présumée concernant l'entreprise.

Lors de sa visite des lieux le 10 avril 2025, le Conseil de Havering a constaté plusieurs problèmes d'hygiène alimentaire, notamment de la condensation sous l'auvent, des flaques d'eau stagnante et un sol endommagé. Il a suggéré que des analyses complémentaires soient nécessaires pour déterminer la cause de la contamination à Listeria. Entre le 23 juillet et le 31 août 2025, le Conseil de Havering a adressé à l'établissement concerné trois mises en demeure d'hygiène en raison de conditions non conformes aux normes dans les zones de préparation des aliments, liées à un drainage et une ventilation insuffisants, ainsi qu'à un mauvais état des surfaces. La note d'hygiène alimentaire de l'établissement est passée de 4 à 1. L'autorité locale a recommandé que l'exploitant réalise les travaux de mise en conformité avant le 31 août 2025. L'établissement a transmis à l'autorité locale des mises à jour hebdomadaires sur l'avancement des travaux et la gestion de Listeria, ainsi que les résultats des analyses microbiologiques des prélèvements effectués en interne. Le 5 septembre 2025, le Conseil de Havering a confirmé que les mises en demeure avaient été respectées et que tous les travaux de mise en conformité étaient terminés.

Suite à l'identification de Listeria monocytogenes correspondant à la souche responsable du foyer de cas dans un prélèvement de persil en garniture, il a été établi que ce dernier était conditionné avec les repas et destiné à être réchauffé avec le plat avant consommation, et non conditionné séparément et saupoudré sur le plat après réchauffage. Il a été confirmé qu'au moins une personne avait consommé un repas contenant du persil en garniture.

Rien n'indiquait l'existence de liens communs dans la chaîne d'approvisionnement entre les deux hôpitaux où les cas avaient été admis pendant leur période d'incubation de la listériose.

Investigations épidémiologiques

Au moment du prélèvement de leurs premiers échantillons positifs, les personnes atteintes résidaient respectivement dans les régions des East Midlands et de l'Est de l'Angleterre. Il s'agissait de deux hommes ; l'âge médian était de 60 ans, l'un des patients appartenant à la tranche d'âge 50-59 ans et l'autre à la tranche 60-69 ans.

Les deux patients présentaient des comorbidités sous-jacentes et avaient été hospitalisés dans les semaines précédant l'apparition des symptômes de la listériose. Le décès de l'un des patients a été confirmé, l'infection à Listeria monocytogenes figurant comme cause du décès sur le certificat correspondant.

Communication

Suite à la première évaluation des risques, le 16 avril 2025, le conseil municipal de Havering a demandé à l'entreprise de diffuser un rappel à ses clients concernant les procédures de chauffage correctes, les températures de stockage appropriées et le respect des dates limites de consommation de ses produits.

Le 7 mai 2025, l'entreprise a mis en œuvre une campagne sur plusieurs canaux de communication afin de renforcer les bonnes pratiques de réchauffage et de décongélation auprès de ses clients. Cette campagne comprenait un dépliant imprimé inclus dans chaque colis, des courriels clients, ainsi que la mise à jour des FAQs, des conditions générales de vente sur son site internet et des étiquettes des emballages. Une nouvelle instruction a été ajoutée sur le site internet et envoyée par courriel aux clients, précisant que les plats doivent être réchauffés jusqu'à ce que de la vapeur s'échappe de la surface et du centre lorsqu'on les coupe.

Des recommandations générales sur l’importance de suivre les instructions de cuisson des aliments à haut risque ont également été incluses dans le communiqué de presse accompagnant la publication du rapport annuel de l’UKHSA sur la listériose en mai 2025, dans lequel ce sujet a été mentionné.

Comme ils nécessitent une remise en température, ces produits ne sont pas techniquement considérés comme des aliments prêts à consommer. Il n'existe pas de seuil réglementaire pour L. monocytogenes dans les plats cuisinés réfrigérés. La FSA recommande de cuire ou de réchauffer les aliments à 75°C pendant au moins 30 secondes afin de détruire L. monocytogenes éventuellement présente. Les plats peuvent être livrés sous forme d'éléments séparés et, indépendamment des instructions de réchauffage, certains composants sont plus ou moins susceptibles d'être réchauffés par les consommateurs. Ce foyer de cas met en évidence les risques associés aux plats cuisinés réfrigérés livrés à domicile ; bien que commercialisés auprès de personnes actives et soucieuses de leur santé, ils peuvent néanmoins séduire un public plus large, incluant des personnes moins autonomes et plus vulnérables.

Commentaire

Remarquable étude qui intervient peu après les faits, du bon travail d'investigation ! C'est à prendre en exemple.

Des germes de luzerne contaminées par E. coli et Salmonella rendent 55 personnes malades dans 15 États des États-Unis

Des germes de luzerne contaminées par E. coli et Salmonella rendent 55 personnes malades dans 15 États des États-Unis, source FSM du 21 août 2026.

Une épidémie touchant plusieurs États, causée par des infections à Escherichia coli producteurs de shigatoxines (STEC) et à Salmonella liées à des germes de luzerne, ou alfafa, a rendu 55 personnes malades dans 15 États.

Les produits en cause ont été distribués par l'entreprise Everything Sprouts LLC, basée à Minneapolis (Minnesota).

Les souches responsables de l'épidémie comprennent les sérotypes STEC O26:H11, O103:H25 et O168:H8, ainsi qu'une souche de Salmonella Agona. Certaines personnes ont été infectées par plus d'une souche épidémique.

Sur les 55 cas recensés, 46 personnes ont été infectées par E. coli, sept par Salmonella et deux par les deux pathogènes. Au total, quatre personnes ont été hospitalisées ; aucun décès n'a été signalé.

Les dates d'apparition des symptômes s'échelonnent du 31 mai au 8 août 2026. Sur les 34 personnes interrogées par les autorités de santé publique locales et étatiques concernant les aliments consommés avant l'apparition de la maladie, 26 (soit 76 %) ont déclaré avoir mangé des germes de luzerne.

Les éléments recueillis lors de l'enquête de traçabilité menée auprès de restaurants et de magasins d'alimentation ont permis d'identifier les germes de luzerne distribuées par Everything Sprouts comme étant la source des infections liées à cette épidémie.

Le 19 août, la FDA a entrepris une inspection et un prélèvement d'échantillons chez Everything Sprouts. La FDA et le CDC ont indiqué que leur investigation se poursuivait afin de déterminer la source de la contamination et d'établir si d'autres produits ou entreprises étaient liés aux cas de maladie.

La FDA a recommandé à Everything Sprouts de procéder à un rappel de produits. Dans l'intervalle, il a été conseillé aux consommateurs et aux détaillants de ne pas consommer, servir ni vendre de pousses de luzerne commercialisées sous les marques Calco et Everything Sprouts.

Commentaire

Les germes ou les graines germées, un aliment à haut risque ?

Belgique : Le « filet américain » est-il un aliment à haut risque ?

Dans son rapport d'activités 2025 Santé humaine, animale et végétale, l’AFSCA de Belgique nottait à propos d’une toxi-infection alimentaire collective à « STEC : chercher une aiguille dans une botte de foin » :

Sur base des données de traçabilité et du traitement statistique des informations recueillies lors des interviews des résidents des maisons de repos et de soins concernées (EPHAD en France -aa), il a été présumé que du filet américain contaminé constituait la source de l’infection à l’origine de cette épidémie à Escherichia coli producteurs de shigatoxines (STEC). Cette hypothèse n’a toutefois pas pu être confirmée par des analyses. Cela montre une nouvelle fois que l’enquête visant à identifier la cause d’une maladie d’origine alimentaire revient souvent à chercher une aiguille dans une botte de foin : les micro organismes pathogènes sont souvent présents en faibles quantités et se répartissent de manière hétérogène dans les denrées alimentaires.

Mais dans une rubrique Plus d’informations concernant le recensement des cas, des impacts sur la santé et des aliments impliqués de ce rapport, on découvre qu’il y a eu auprès des résidents de cette maison de soins et de repos, 88 personnes malades, 13 personnes hospitalisées et 10 décès. On sait aujourd’hui que le coupable, si l’on peut dire, est bien le « filet américain », sorte de steak tartare à bas de viande de bœuf où la mayonnaise remplace le ketchup.

« Le nombre de décès dus à des maladies infectieuses d'origine alimentaire a doublé en Belgique en 2025 », source Food Safety Magazine du 24 juin 2026.

Selon le rapport 2025 de l'Agence fédérale pour la sécurité de la chaîne alimentaire (AFSCA), le nombre de décès liés à des maladies d'origine alimentaire a doublé, passant de six en 2024 à 12 en 2025. Des décès attribuables à une épidémie à STEC.

C’est dans ce contexte que vient de paraître cet article, « Large outbreak of severe Shiga toxin-producing E. coli O157:H7 infections in multiple nursing homes in Belgium, August 2025 ».

Résumé

En août 2025, plusieurs maisons de repos et de soins en Belgique ont signalé des cas de gastro-entérite parmi les résidents, confirmés par la suite comme étant dus à des STEC O157. Une équipe nationale d'investigation des épidémies a été mise en place pour identifier la source et mettre en œuvre des mesures de contrôle. Les autorités sanitaires régionales ont mené des enquêtes de terrain, incluant des visites dans les établissements, des entretiens et une évaluation des expositions. Les investigations microbiologiques et celles portant sur la chaîne alimentaire ont été coordonnées au niveau national. Nous avons comparé les menus et initié des enquêtes de traçabilité pour les aliments présentant un risque élevé de contamination par les STEC. À l'aide d'une étude cas-témoins rétrospective, nous avons calculé des rapports de chances (odds ratios) spécifiques aux aliments ainsi que des intervalles de confiance à 95 %. Par ailleurs, nous avons classé les expositions selon leur importance de permutation dans un modèle de prédiction de type « forêt aléatoire » (random forest). Les investigations ont désigné le « filet américain », consommé le 13 août, comme la source la plus probable. Aucun reste d'aliment n'était disponible pour une confirmation microbiologique. Nous avons identifié un lot de viande hachée de bœuf crue distribué à 104 établissements, dont les maisons de repos et de soins touchées, et avons mis en évidence des échantillons positifs aux STEC liés à ce lot. Avec 71 cas et 10 décès, il s'agissait de l'une des plus importantes épidémies à STEC survenues en Belgique ; cet événement a incité les autorités à diffuser des messages déconseillant aux populations à risque la consommation de viande crue et à souligner la nécessité de réviser les recommandations existantes concernant les aliments à haut risque d'infections d'origine alimentaire.

Conclusion

Il s'agissait de l'une des épidémies à STEC les plus graves signalées en Belgique ; elle a suscité une attention médiatique nationale considérable en raison de son taux de létalité élevé et de son impact étendu à toutes les régions. Durant l'enquête, la priorité a été d'identifier le plus rapidement possible les maisons de soins et de repos touchées, ce qui nécessitait une confirmation rapide par le Centre national de référence (CNR) d'au moins un cas de STEC O157 par établissement. Au moment où la viande hachée crue a été identifiée comme la source la plus probable des infections à STEC O157, l'épidémie était déjà terminée. Le lot suspect de viande de bœuf hachée crue ayant déjà été consommé ou retiré, aucune mesure de rappel ou de retrait n'a été nécessaire. À la suite de l'épidémie, l'AFSCA a diffusé des recommandations conseillant aux personnes à risque d'infections d'origine alimentaire sévères (personnes âgées, jeunes enfants, femmes enceintes et personnes immunodéprimées) d'éviter de consommer des produits carnés crus ou insuffisamment cuits. Le « filet américain » est un plat traditionnel de la cuisine belge, souvent considéré comme un mets de choix. Dans ce contexte, les recommandations en matière de gestion des risques doivent concilier les impératifs de sécurité des aliments et la qualité de vie des personnes vivant en collectivité, en tenant compte des facteurs culturels et sociaux. Cet équilibre doit être recherché grâce à une communication ciblée et à des groupes de travail pluridisciplinaires. En Belgique, cette épidémie a mis en évidence la nécessité de revoir les pratiques existantes, conduisant à la création d'un groupe de travail associant toutes les parties prenantes concernées afin d'élaborer des recommandations sur les aliments présentant un risque élevé d'infections d'origine alimentaire.

Commentaire
Etait-il raisonnable de donner du filet américain à des résidents de maisons de soins et de repos ? La question reste posée ...

ECDC : Vue d'ensemble de l'épisode dans plusieurs pays à Salmonella Enteritidis ST11

On connaissait, d’après l’EFSA, le foyer épidémique multinational d'infections à Salmonella Stanley liée à des produits à base de nouilles aromatisées ainsi que les foyers épidémiques dans plusieurs pays de salmonellose liés à des graines de luzerne germées, voici désormais une suite de l’épisode dans plusieurs pays à Salmonella Enteritidis ST11 (2025-2026).

Dans la communication de l’ECDC, il est question d’œufs importés, mais le blog vous avait indiqué le 12 août 2026 que « Des œufs de Pologne sont à l'origine de quatre foyers de cas d'intoxication alimentaire à Salmonella en France ». Il s’agissait de Salmonella Enteritidis ST11.

Dans le Communicable disease threats report, 15 - 21 August 2026, week 34 de l’ECDC, il est question d’une « Vue d'ensemble de l'épisode dans plusieurs pays à Salmonella Enteritidis ST11 (2025-2026) » :

Un foyer dans plusieurs pays à  Salmonella Enteritidis ST11 a été identifié dans sept pays européens. Entre mai 2025 et août 2026, 341 cas confirmés ont été signalés, avec une augmentation notable des notifications depuis mai 2026.

Des cas ont été recensés en Autriche (2), en Belgique (15), au Danemark (1), en France (4), en Allemagne (6), aux Pays-Bas (106) et au Royaume-Uni (207).

Sur le nombre total de cas liés à l'épidémie, 152 (45 %) ont été signalés depuis mai 2026. À l'exception de sept cas, tous ont été signalés aux Pays-Bas et au Royaume-Uni. L'âge des cas varie de 0 à 90 ans (médiane : 31 ans).

Au moins 34 cas ont nécessité une hospitalisation.

Les enquêtes épidémiologiques menées au Royaume-Uni désignent des œufs importés comme source suspectée de l'infection. Les Pays-Bas ont observé un pic en août-septembre 2025. L'enquête réalisée aux Pays-Bas en 2026 a orienté les soupçons vers la viande de poulet, bien que cette conclusion repose sur un nombre limité d'entretiens avec des patients.

Au 20 août, huit isolats présents dans la base de données WGS (séquençage du génome entier) de l'ECDC présentaient une distance allélique inférieure ou égale à 5 (méthode de liaison simple) par rapport à la séquence représentative de l'épidémie (identifiant d'accès SRR38967854).

Ces isolats datent de 2025-2026 et proviennent de quatre pays européens. La souche épidémique a été impliquée dans un foyer précédent signalé par les Pays-Bas à l'ECDC (référence 2025-FWD-00071). À l'époque, les œufs ou la volaille étaient suspectés d'être à l'origine de l'infection. Aucun isolat correspondant (distance allélique inférieure ou égale à 10) n'a été identifié dans la base de données WGS de l'EFSA.

Évaluation de l'ECDC

L'épidémie dans plusieurs pays à Salmonella Enteritidis ST11 se poursuit, avec une augmentation du nombre de cas depuis mai 2026, en particulier aux Pays-Bas et au Royaume-Uni. Les investigations épidémiologiques sont en cours et désignent les œufs et les produits de poulet comme des sources potentielles d'infection. D'autres cas sont à prévoir tant que des mesures de maîtrise appropriées ne seront pas mises en œuvre à la source.

samedi 22 août 2026

Une enquête italienne révèle des risques pour la sécurité des aliments et la fraude liés aux produits alimentaires importés illégalement dans l'UE

« Une enquête italienne révèle des risques pour la sécurité des aliments et la fraude liés aux produits alimentaires importés illégalement dans l'UE », source FSM.

  • Des inspections menées dans des commerces vendant des produits alimentaires internationaux en Italie ont permis d'identifier cinq magasins d'alimentation chinoise proposant des snacks d'origine animale non conformes, certains étant faussement étiquetés comme étant à base de blé ou de soja.
  • Les enquêteurs ont constaté un étiquetage trompeur ou incomplet, notamment des traductions inexactes, l'absence de déclaration des allergènes, l'absence de date limite de consommation et l'omission d'informations sur l'exploitant de l'entreprise alimentaire.
  • Les autorités ont saisi environ 4 tonnes de denrées alimentaires interdites et ont engagé des poursuites judiciaires contre cinq opérateurs.
  • Ces constatations ont donné lieu à une campagne d'inspection coordonnée à l'échelle nationale ciblant les importations alimentaires illégales, en particulier la viande et les produits carnés.
  • Des chercheurs ont expliqué que les produits interdits peuvent échapper aux contrôles de l'UE sur les importations en provenance de pays tiers grâce à la dissimulation, au faux étiquetage et à l'entrée par des points de passage moins réglementés.

Une enquête italienne menée auprès de détaillants de produits alimentaires internationaux a mis au jour un trafic organisé de denrées importées de Chine. Certaines de ces denrées étaient vendues frauduleusement comme des snacks végétaux alors qu'elles contenaient des ingrédients d'origine animale. Des analyses ont également révélé la présence d'allergènes non déclarés, du virus de la peste porcine africaine et d'espèces interdites. Ces découvertes ont incité les autorités nationales à lancer une campagne d'inspection coordonnée à l'échelle nationale.

L'enquête a été détaillée dans un nouvel article, Global trade: is the European Union ready to manage the potential risks of ethnic food?, publié dans Italian Journal of Food Safety, dans lequel des chercheurs de l'Autorité sanitaire locale de Naples et de l'Université de Naples ont examiné comment les aliments interdits peuvent contourner les contrôles de l'UE sur les produits importés de pays tiers.

L'enquête a été initiée dans le cadre du Plan de contrôle régional pluriannuel 2023-2027 de la région italienne de Campanie et suite aux préoccupations soulevées lors du contrôle de l'identification des espèces dans les produits carnés provenant de pays non membres de l'UE.

Les enquêteurs ont effectué 17 visites dans des commerces alimentaires ethniques – principalement pakistanais, ukrainiens, philippins et chinois – à Naples, en Italie. Ils ont notamment constaté que cinq commerces chinois vendaient des aliments d'origine animale dont la composition était douteuse, présentés comme des « en-cas salés sucrés « , des produits à base de blé ou de soja.

Les inspecteurs ont utilisé des applications de traduction automatique basées sur l'intelligence artificielle (IA) pour comparer les emballages en chinois avec les étiquettes italiennes. Selon les chercheurs, les étiquettes italiennes suivaient un modèle standardisé, listant systématiquement des ingrédients végétaux similaires tout en omettant ou en présentant de manière erronée des informations sur la composition réelle des produits.

Des informations obligatoires manquaient également, notamment l'identification de l'exploitant responsable de ces informations, les déclarations relatives aux allergènes et les dates limites de consommation ou de durabilité minimale. En revanche, les informations numériques, telles que le poids net, les dates de production, les numéros de lot et les valeurs nutritionnelles, correspondaient généralement à celles de l'emballage d'origine.

Des analyses détectent des espèces interdites, des allergènes non déclarés et de l'ADN du virus de la peste porcine africaine (PPA)

Les autorités ont prélevé 46 échantillons pour analyse en laboratoire ; 17 d'entre eux ont fait l'objet d'une identification d'espèce, incluant neuf produits à base de viande et huit produits de la pêche transformés. Vingt-neuf autres produits contenant du porc ont été analysés pour détecter le virus de la peste porcine africaine (PPA) par la technique de réaction en chaîne par polymérase en temps réel (RT-PCR).

L'analyse des espèces pour les neuf produits à base de viande a révélé la présence de matrices d'origine animale, notamment du porc et du bœuf, dont l'importation était interdite selon les chercheurs.

L'analyse des huit produits de la pêche a également mis en évidence des espèces de poissons et de mollusques non déclarées, représentant un risque allergène qui n'était pas mentionné sur les étiquettes italiennes.

Par ailleurs, 12 des 29 échantillons à base de porc se sont révélés positifs à l'ADN viral de la PPA. Les chercheurs ont souligné que la détection par PCR en temps réel démontrait la présence d'ADN viral, sans toutefois confirmer la présence d'un virus infectieux capable de provoquer la maladie.

Ces constats incitent à la mise en place de contrôles nationaux

Suite à la confirmation de l'importation illégale de produits animaux, les autorités ont partagé l'information via la plateforme en ligne du système d'alerte rapide de l'UE pour les denrées alimentaires et les aliments pour animaux (iRASFF). Le ministère italien de la Santé a ensuite publié, en décembre 2023, une directive instituant une campagne d'inspection nationale coordonnée ciblant les détaillants et les marchés locaux vendant des produits alimentaires importés présentant des non-conformités similaires.

La campagne prévoyait au moins 30 inspections par région et 15 par province autonome au cours du premier trimestre 2024. Les autorités ont reçu pour instruction d'accorder une attention particulière aux viandes et produits carnés importés illégalement en raison de leur rôle potentiel dans la transmission d'agents pathogènes zoonotiques. Face à l'urgence sanitaire liée à la peste porcine africaine (PPA) en Italie, la surveillance a également été étendue à des tests exceptionnels de dépistage du virus de la PPA dans les aliments non conformes contenant des matières porcines.

Les éléments recueillis lors de l'enquête de Naples suggèrent que les détaillants pourraient n'être que les maillons finaux d'un vaste réseau de distribution illicite, plutôt que les importateurs principaux. Les enquêteurs ont trouvé des rouleaux et des paquets d'étiquettes adhésives stockés avec des produits emballés, y compris à l'intérieur de cartons, ce qui corrobore leur hypothèse selon laquelle les produits illicites et les matériaux d'étiquetage falsifiés étaient fournis ensemble, les étiquettes étant potentiellement apposées au niveau du point de vente.

Les chercheurs ont conclu que les efforts de contrôle devraient s'étendre au-delà des points de vente au détail et s'appuyer davantage sur les enquêtes fondées sur les données, la coopération interinstitutionnelle et internationale, les réseaux d'alerte et les technologies telles que l'IA . Selon eux, ces outils pourraient améliorer la traçabilité, l'analyse des données et l'identification rapide des nouveaux risques pour la sécurité des aliments liés au commerce international frauduleux.

vendredi 21 août 2026

Cadmium généalogie d'une méga-désinformation

Le blog agriculture & environnement (A&E) vous propose un article publié le 17 août 2026 sobrement intitulé, « Cadmium genealogie d'une méga-désinformation »

Voici quelques courts extraits et je vous invite à lire cet article documenté en intégralité. Le blog vous avait proposé, il y a peu, quelques articles sur le cadmium, 1, 2 et 3.

L’Assemblée a voté l’abaissement de la teneur du cadmium dans les engrais en invoquant « une bombe sanitaire ». Or, une enquête de A&E révèle que le chiffre évoqué pour justifier cette urgence sanitaire repose sur un seuil théorique que l’Anses est la seule agence à avoir retenu.

« Censé apporter un éclairage objectif sur la question, l’Anses produit un discours résolument anxiogène qui surprend certains journalistes présents lors de la conférence de presse. »

« Les Français ne sont pas plus atteints d’ostéoporose, d’insuffisance rénale ou de cancers attribuables au cadmium que les populations des pays dont les seuils d’imprégnation sont inférieurs. »


jeudi 20 août 2026

Du fromage de chèvre au lait cru et de la mâche à l'origine d'une éclosion de 166 cas en France en 2025

Avoir des informations sur la sécurité des aliments en France relève parfois du parcours du combattant. Ainsi en est-il aussi des éclosions de maladies infectieuses d’origine alimentaire, jugez plutôt !

Santé publique France met en ligne une information publiée le 6 juin 2026 sur une enquête sur une éclosion d'origine alimentaire à Cryptosporidium parvum en France en 2025. Cette information est publiée uniquement en anglais. No comment.

Ce texte renvoie à un article paru dans Food and Waterborne Parasitology et intitulé « Addition of multi-locus variable number tandem repeat analysis (MVLA) to assist Cryptosporidium parvum foodborne outbreak investigation - France, 2025 ».

En clair, cela signifie que le Centre National de Référence a mené des analyses poussées (profils MLVA) pour déterminer l'origine de la contamination, liée à de potentiels vecteurs alimentaires ou hydriques.

Entre janvier et septembre 2025, 166 cas d'infection par C. parvum ont été identifiés, contre moins de 20 cas annuels les années précédentes.
Cryptosporidium spp. est un parasite responsable de gastro-entérites chez l'homme et associé à des épidémies d'origine hydrique et alimentaire.

Les autorités chargées de la sécurité des aliments ont obtenu des données d'achat issues de cartes de fidélité, effectué une traçabilité des produits alimentaires et communiqué avec les producteurs. Les enquêtes épidémiologiques ont révélé une consommation élevée de fromage au lait de chèvre pour le premier profil (17 des 23 cas interrogés) et de la mâche préemballée pour le second (19 des 21 cas interrogés). La traçabilité a permis d'identifier l'origine des produits ; les producteurs ont été informés et des mesures préventives ont été recommandées. Le typage MLVA a apporté une précision accrue au sein du génotype C. parvum IIdA24G1, facilitant ainsi l'enquête sur l'épidémie et l'identification de la source. Il convient d'envisager une surveillance spécifique de Cryptosporidium ainsi que des mesures d'hygiène préventives pour les produits laitiers non pasteurisés et les produits végétaux frais.

En conclusion, les auteurs notent :

Nous rapportons ces deux foyers de toxi-infection alimentaire à Cryptosporidium parvum afin de sensibiliser les professionnels de tous les maillons de la chaîne alimentaire à ce type d'événement : producteurs de fruits et légumes frais et de produits laitiers, autorités de sécurité sanitaire, cliniciens, laboratoires et autorités de santé publique. La précision accrue offerte par la méthode MLVA pour distinguer des clusters (cas groupés) au sein d'un même génotype s'est avérée précieuse, permettant de mener une investigation épidémiologique ciblée pour identifier les sources probables d'infection. Les pistes de prévention incluent la sensibilisation et la promotion de bonnes pratiques agricoles et d'hygiène sur les sites de production alimentaire. Un plan de surveillance, mis en œuvre par la Direction générale de l'alimentation (DGAL) pour évaluer la présence d'oocystes de C. parvum dans les produits laitiers au lait cru (il s’agissait ici de fromage de chèvre non pasteurisé -aa)et les fruits et légumes frais, permettrait d'approfondir nos connaissances sur la contamination par C. parvum des denrées alimentaires à risque en France.

Complément

L’affaire ne s’arrête pas là.
Aux 166 cas d'infection à C. parvum (Cryptosporidium parvum IIa A15G2R, génotype majoritaire en France) entre janvier et septembre 2025, il faudrait peut-être y ajouter les sept cas d’enfants contaminés lors d’une épidémie de cryptosporidiose dans une crèche en Auvergne-Rhône-Alpes entre le 3 septembre et le 7 octobre 2025. Dans cette étude, « Les origines alimentaire ou hydrique ont été écartées. ».

En conclusion, les auteurs notent :

En France, les cas groupés de cryptosporidiose sont rarement identifiés et investigués, d’où l’intérêt de la description et l’investigation autour de cette épidémie en crèche en Auvergne-Rhône Alpes. Bien qu’aucun lien épidémiologique entre les différents cas (crèche et autres cas) n’ait été mis en évidence, le génotype identique était en faveur d’une circulation du parasite dans la population dans un secteur géographique limité. Cet épisode souligne l’importance d’une coordination réactive entre les partenaires de santé publique. Le strict respect des mesures d’hygiène habituelles en collectivité, et en particulier le lavage des mains, est essentiel pour limiter la transmission interhumaine.

mercredi 19 août 2026

Un décès et plus de 200 personnes malades suite à une épidémie de salmonellose au Royaume-Uni liée à des œufs importés

« Un décès et plus de 200 personnes malades suite à une épidémie de salmonellose au Royaume-Uni », source BBC du 18 août 2026.

Une personne est décédée et des centaines d'autres ont été malades d'une intoxication alimentaire à la salmonelle lors d'une épidémie que les experts britanniques attribuent à la consommation d'aliments préparés avec des œufs importés.

L'UKHSA a ouvert une enquête sur les 207 cas recensés au cours de l'année écoulée, la plupart ayant été enregistrés ces dernières semaines.

Plus d'un tiers des personnes touchées, des nourrissons et des personnes âgées de 90 ans, ont nécessité une hospitalisation, deux d'entre elles ayant développé une septicémie grave. La plupart guérissent cependant spontanément.

Bien que les cas de salmonellose puissent survenir à tout moment, cette épidémie concerne une souche spécifique et identique.

Quels sont les symptômes ?

Les symptômes incluent des crampes d'estomac, de la diarrhée, des vomissements ou de la fièvre. Ils apparaissent généralement entre 12 et 72 heures après l'infection.

Toute personne inquiète doit contacter en premier lieu son médecin traitant ou le service de garde, indique l'UKHSA.

La plupart des cas, 199 sur 207, ont été recensés en Angleterre, dont 47 à Londres et 38 dans le Yorkshire et le Humber.

On dénombre six cas en Écosse, un au Pays de Galles et un autre en Irlande du Nord.

Hannah Charles, épidémiologiste en chef pour les infections gastro-intestinales à l'UKHSA, a déclaré : « Nous travaillons avec la Food Standards Agency et d'autres agences de santé publique pour enquêter sur une épidémie de salmonellose qui pourrait être liée à des œufs importés de l'extérieur du Royaume-Uni. »

Salmonella peut être présent dans de nombreux aliments, notamment la volaille ou la viande crues ou insuffisamment cuites et les œufs.

Bien préparer et cuire les aliments permet de prévenir les infections, tout comme se laver les mains après être allé aux toilettes et avant de manipuler des aliments.

Chaque année au Royaume-Uni, des milliers de cas d'intoxication alimentaire sont causés par de nombreuses souches différentes de salmonelles.

Il est plus inhabituel de voir une épidémie de ce type liée à une souche spécifique de la bactérie affectant plusieurs personnes simultanément.

Il s’agit d’une augmentation du nombre de cas de salmonellose due à une souche unique grâce au séquençage du génome entier. Salmonella enteritidis est le sérovar de Salmonella le plus fréquent en Angleterre et la principale cause de salmonellose chez l'homme. Cette épidémie à Salmonella enteritidis est phylogénétiquement liée (à 25 SNP près) à une épidémie précédente survenue en 2025, elle aussi liée à des œufs importés.

Les experts estiment qu'il est probable que d'autres cas surviennent et que certaines personnes aient pu être malades sans le signaler.

L'UKHSA indique que des enquêtes épidémiologiques et sur la chaîne alimentaire « approfondies » sont en cours pour identifier la source, mais que la consommation d'œufs reste la plus élevée à ce jour.

Une épidémie de salmonellose en Belgique atteint les 300 cas

« Une épidémie de salmonellose en Belgique atteint les 300 cas », source article de Joe Whitworth paru dans Food Safety News et adapté par mes soins -aa.

Lors de l'incident initial, Salmonella a été découvert dans un prélèvement de poussière prélevé dans un poulailler Laerco, et des analyses ultérieures ont révélé qu'il s'agissait du même type que celui détecté chez les patients.

L'Agence fédérale pour la sécurité de la chaîne alimentaire (AFSCA) a confirmé à Food Safety News que 300 personnes sont malades dans le cadre de l'épidémie à Salmonella enteritidis, contre 236 en mai.

Les patients sont âgés de moins d'un an à 96 ans, les femmes représentant 45 % des cas. Les symptômes incluent vomissements et diarrhée.

Les patients sont tombés malades entre le 19 février 2025 et le 25 juillet 2026. Il existe un délai de quelques semaines correspondant au temps nécessaire pour envoyer les échantillons au laboratoire et effectuer l'analyse de séquençage du génome entier, de sorte que des cas plus récents pourraient encore être signalés.

La société Laerco BV a procédé le 10 août à un deuxième retrait et rappel d'œufs portant certains codes en raison de la présence possible de salmonelles. Un premier rappel avait eu lieu le 11 mai 2026.

Les codes concernés sont « 2-BE-1073-01 », « 2-BE-1073-02 », « 2-BE-1073-03 » et « 2-BE-1073-04 ». Après la ponte, les œufs doivent être livrés au consommateur dans un délai de 28 jours ; la date limite concernée est donc le 4 septembre.

En mai, la contamination était circonscrite à un seul poulailler et les restrictions ne concernaient que cette unité. Récemment, Salmonella a été détecté dans un autre poulailler du même site ; les mesures ont donc été étendues à l’ensemble de l’établissement.

Lors de l'incident initial, Salmonella a été découvert dans un échantillon de poussière prélevé dans un poulailler Laerco, et des analyses ultérieures ont révélé qu'il s'agissait du même type que celui détecté chez les patients.

Selon une notification du système d'alerte rapide pour les denrées alimentaires et les aliments pour animaux (RASFF) du 18 mai 2026, les œufs ont également été distribués en France, au Luxembourg, en République tchèque, en Italie, en Pologne, au Portugal, en Espagne et aux Pays-Bas. La notification au RASFF notait alors la présence de 190 personnes affectées.

mardi 18 août 2026

Suisse : Une analyse de la présence de Listeria monocytognes de 2019 à 2024

Publiée dans Journal of Consumer Protection and Food Safety, voici une analyse récente sur six ans (2019-2024) réalisée par des scientifiques suisses, « Occurrence of Listeria monocytogenes in the Swiss food supply (2015–2024) ».

Cette étude révèle de multiples épidémies nationales et des cas sporadiques de listériose liés à des événements internationaux, soulignant le besoin crucial du séquençage du génome entier dans la surveillance de routine des agents pathogènes.

Résumé

La listériose, causée par Listeria monocytogenes (Lm), est une infection alimentaire grave qui touche principalement les groupes à risque et présente un taux de mortalité élevé. La Suisse a connu plusieurs épidémies, mais il n'existe pas de vue d'ensemble nationale des aliments incriminés. Nous avons examiné les cas de listériose d'origine alimentaire en Suisse, en étudiant la présence de Lm dans les aliments et les aliments liés aux épidémies. Les données épidémiologiques, les données d'échantillonnage officiel, les données de notification et les données relatives aux épidémies ont été recueillies auprès des organismes gouvernementaux et dans la littérature scientifique. Entre 2015 et 2024, 53 cas de listériose ont été signalés en moyenne chaque année (incidence de 0,61/100 000), les incidences les plus élevées étant observées chez les adultes de plus de 65 ans et les enfants de moins d'un an. Les prélèvements officiels ont révélé la présence de Lm le plus souvent dans de la viande et des produits carnés (38 % des échantillons positifs), les plats cuisinés (22 %) et le poisson et les produits de la pêche (7,9 %). Parmi les cantons disposant de données (13 sur 26), les sérogroupes et sérotypes les plus fréquents étaient le sérogroupe IIa (sérotypes 1/2a ou 3a ; 31 %), le sérotype 1/2a (20 %), le sérogroupe IVb (sérotypes 4b, 4d, 4e ; 19 %) et le sérotype 4b (14 %). On a dénombré 25 rappels de produits et 36 alertes publiques concernant la présence de Lm. Onze éclosions de listériose, avec un lien confirmé avec des aliments, ont été identifiées en Suisse depuis 1983. Le taux de létalité a atteint 29 %, et ces épidémies concernaient aussi bien des aliments prêts à consommer que des aliments transformés, d’origine animale et végétale. Les aliments transformés étaient probablement impliqués dans les éclosions par contamination croisée.

La législation nationale devrait être renforcée afin de mieux prendre en compte les risques de contamination croisée liés aux produits transformés. Un nouveau système national d'information génomique est prévu, qui permettra d'améliorer les enquêtes sur les épidémies et d'optimiser la prévention et le contrôle de la listériose.

Conclusion

Les éclosions de listériose en Suisse étaient souvent associées à une forte létalité et à un impact national ou international, et peuvent persister à long terme. De nombreux aliments étaient impliqués, et la contamination persistante des aliments contaminés par des toxines est préoccupante. Un programme de surveillance uniforme et systématique ainsi qu'une communication publique claire sont nécessaires pour renforcer la prévention. La contamination croisée par des aliments non prêts à consommer représente un risque, et les lois et pratiques nationales devraient être étendues pour y remédier. Une plateforme de gestion des données transparente et harmonisée est nécessaire, et le nouveau système national d'analyse génomique prévu comblera cette lacune, permettant un partage rapide des données entre les agences et améliorant les enquêtes et le contrôle des épidémies.

A noter que la plus récente éclosion, qui a duré de 2022 à 2024, a été liée à de la levure de boulangerie, un aliment non prêt à consommer. La souche responsable (ST 3141 cgMLST CT 18049) a été isolée dans divers aliments, et pas seulement dans la levure, ce qui suggère une contamination croisée. Les aliments non prêts à consommer peuvent donc présenter des risques importants, comme l'a également montré une épidémie survenue dans l'UE entre 2015 et 2018 et liée à des légumes surgelés blanchis (BIOHAZ et al., 2020).

De plus, cette épidémie devrait sensibiliser à l'importance du respect des mesures d'hygiène élémentaires pour prévenir la contamination croisée lors de la manipulation d'aliments non prêts à consommer.

NB : Merci à Joe Whitworth de Food Safety News d’avoir signalé cette information.

La FDA renforce le rappel d'œufs en raison des «conséquences graves pour la santé, voire mortelles»

La FDA renforce le rappel d'œufs en raison des « conséquences graves pour la santé, voire mortelles », source CIDRAP News du 17 août 2026.

La FDA a reclassé le rappel de 19 millions d'œufs, effectué en juillet en raison d'une contamination à Salmonella, en rappel de classe 1, soit le niveau de risque le plus élevé. Ce reclassement vise à indiquer « une situation dans laquelle il existe une probabilité raisonnable que l'utilisation d'un produit non conforme, ou l'exposition à celui-ci, entraîne des conséquences graves pour la santé, voire le décès ».

Le mois dernier, Midwest Poultry Services a procédé au rappel volontaire d'environ 19 millions d'œufs vendus dans des supermarchés de six États américains : Texas, Oklahoma, Arkansas, Louisiane, Mississippi et Nouveau-Mexique. Ces œufs étaient principalement vendus dans les supermarchés Kroger et Brookshire. 

Le Texas concentre la part du lion des cas

Les œufs ont été produits et distribués par des fermes du Texas entre le 6 juin 2026 et le 3 juillet 2026, avec des dates limites de vente ou de consommation optimale comprises entre le 20 juillet 2026 et le 17 août 2026. 

Au moment du rappel initial, la FDA a fait état de 26 hospitalisations et d'aucun décès parmi les 98 personnes infectées par la souche de Salmonella esponsable de l'épidémie et liée aux œufs. Des cas ont été signalés dans 17 États, mais la FDA n'a pas mis à jour le nombre de cas depuis ce premier rapport. Le Texas enregistre de loin le plus grand nombre de cas, avec 73 cas. La Louisiane arrive ensuite, avec cinq cas.

La FDA a indiqué que les consommateurs qui possèdent encore ces œufs doivent les jeter ou les rapporter au lieu d'achat. 

Le Royaume-Uni prévoit une baisse significative des infections à Cryptosporidium en 2025

« Le Royaume-Uni prévoit une baisse significative des infections à Cryptosporidium en 2025 », source Food Safety Magazine.

Le nombre de cas de cryptosporidiose signalés en laboratoire en Angleterre a diminué de plus d'un quart en 2025, revenant à des niveaux comparables à ceux observés avant la pandémie de COVID-19, selon de nouvelles données de UKHSA.

L'UKHSA a rapporté 4 149 cas à Cryptosporidium confirmés en laboratoire en Angleterre en 2025, contre 5 703 cas en 2024. La diminution de 1 554 cas (27,2 %) a inversé l'activité accrue enregistrée en 2023 et 2024.

À l'échelle régionale, les taux les plus élevés de déclarations de cas en laboratoire ont été enregistrés dans le Nord-Est (10,6 cas pour 100 000 habitants) et le Sud-Ouest (10,3 cas pour 100 000 habitants). Le Sud-Ouest a enregistré le plus grand nombre de foyers épidémiques, suivi du Nord-Est. Les enfants de 0 à 9 ans représentaient la plus grande proportion des déclarations de cas en laboratoire (26,2 %), suivis des adultes de 30 à 39 ans (22,5 %).

L'UKHSA a recensé 29 foyers de cryptosporidiose en 2025, un chiffre comparable aux 32 foyers signalés en 2024, malgré une diminution du nombre de cas associés à ces foyers. Les exploitations agricoles sont restées le principal lieu de transmission, représentant 18 des cas (62,1 %) signalés. Un foyer de faible ampleur a été lié à du lait pasteurisé vendu dans un distributeur automatique d'une ferme.

Cryptosporidium et sécurité des aliments

Bien que Cryptosporidium puisse se transmettre par d'autres voies que les aliments, ce parasite demeure un enjeu majeur pour la sécurité des aliments. Comme l'explique Larry Keener, dans Food Safety Magazine, Cryptosporidium spp. figure parmi les parasites d'origine alimentaire potentiellement importants qui ne font pas l'objet de contrôles systématiques. Les parasites peuvent contaminer les aliments à différents stades de la chaîne d'approvisionnement, notamment par l'eau d'irrigation contaminée et par contact avec des excréments animaux ou humains lors de la culture, de la récolte et de la manipulation. De plus, la détection, le diagnostic, la traçabilité et le contrôle des parasites d'origine alimentaire posent des défis importants. Pour Cryptosporidium et les autres parasites transmis par voie fécale, des méthodes de détection validées, des tests de survie et d'infectiosité, ainsi que des protocoles de typage moléculaire consensuels sont nécessaires pour étayer les évaluations quantitatives des risques et les mesures de contrôle efficaces.

La laitue entière est-elle plus sûre que la salade en sachet ?

Un article d’Eric Wilhelmsen, paru dans Food Safety Magazine, se pose la question dan le contexte de l’épidémie à Cyclospora liée à de la laitue iceberg, « La laitue entière est-elle plus sûre que la salade en sachet ? » 

Bigre, vaste question dont l’auteur tente de répondre et le court extrait ci-après donne la tonalité de l’article ...

Suite à des incidents liés à la sécurité des aliments concernant la laitue, les conseils prodigués recommandent parfois de choisir des laitues entières ou d'éviter les salades en sachet. Cependant, ces recommandations peuvent simplifier à l'excès les facteurs qui déterminent réellement le risque sanitaire. Les consommateurs ont besoin de davantage d'informations pour ne pas se laisser influencer par l'opinion publique et les rumeurs qui circulent sur Internet, où la désinformation prolifère. Si les « experts » donnent de mauvais conseils, leur crédibilité est compromise. Sans crédibilité, même les bons conseils seront ignorés.

La question posée est influencée par les émotions, les valeurs personnelles et la perception des risques liés à la sécurité alimentaire. Le conseil d'éviter les salades en sachet peut sembler séduisant, car préparer une laitue entière procure aux consommateurs un plus grand sentiment de maîtrise. Laver et préparer une salade peut être comparé à la conduite automobile en termes de sentiment de contrôle : dans les deux cas, avoir le contrôle peut rassurer, même si cela n'élimine pas le risque.

Lire l’article est utile mais il me semble que l’auteur ne répond pas la question simple, les laitues entières achetées dans le commerce ont-elles par le passé entraîné des éclosions de maladies infectieuses d’origine alimentaire ?

samedi 15 août 2026

Thriller de l'été aux États-Unis : La FDA entame enfin une inspection chez Taylor Farms au Mexique ; le nombre officiel de cas à Cyclospora approche les 10 000 ; où l'on découvre les liens troubles entre Taylor Farms et le président Trump

Bonne fête du 15 août 2026

L’article ci-après met non seulement à jour le nombre de cas provisoire à Cyclospora aux États-Unis, mais aussi les relations pour le moins troubles entre Taylor Farms et l’entourage du président Trump. Un vrai scénario de thriller et la suite vaudra prochainement son pesant de cacahuètes

« La FDA entame une inspection chez Taylor Farms Mexico alors que le nombre officiel de cas d'épidémie à Cyclospora approche les 10 000 », source article de Bailee Henderson dans Food Safety Magazine du 14 août 2026.

Résumé

  • La FDA a entamé des inspections sur place et des prélèvements chez Taylor Farms au Mexique, où la laitue iceberg à l'origine de l'épidémie a été cultivée, alors que le nombre officiel de cas atteint 9 481 dans 17 États, dont deux décès.
  • Au-delà de cette épidémie, le CDC signale 13 895 cas de transmission locale confirmés en laboratoire et a connaissance de milliers d'autres cas nécessitant une analyse, tandis que la FDA enquête sur six autres épidémies dont les vecteurs alimentaires sont inconnus.
  • Des législateurs et des acteurs de la sécurité des aliments s'interrogent sur la réponse de Taylor Farms et demandent instamment la fin du retard pris dans l'application de la règle de la FDA sur la traçabilité des aliments , ainsi que des financements et des effectifs adéquats pour la surveillance.

Le 13 août 2026, la FDA des États-Unis a annoncé qu'elle avait commencé des inspections et des prélèvements sur place chez Taylor Farms au Mexique, où était cultivée la laitue iceberg impliquée dans l'épidémie de cyclosporose en cours dans plusieurs États, en coordination avec les autorités mexicaines.

L'agence a également mis à jour le nombre officiel de cas de l'épidémie pour inclure 9 481 cas de maladie rapportés dans 17 États : Arkansas, Iowa, Illinois, Indiana, Kansas, Kentucky, Massachusetts, Maine, Michigan, Missouri, Nebraska, New Hampshire, Caroline du Nord, Ohio, Oklahoma, Pennsylvanie et Virginie-Occidentale.

De plus, deux décès dus à une déshydratation induite par la cyclosporose chez des patients présentant des problèmes de santé sous-jacents ont été associés à cette épidémie.

La distribution du produit rappelé a été confirmée dans 31 États : Alabama, Arkansas, Connecticut, Floride, Géorgie, Iowa, Illinois, Indiana, Kansas, Kentucky, Louisiane, Massachusetts, Maryland, Maine, Michigan, Missouri, Mississippi, Caroline du Nord, Nebraska, New Hampshire, New Jersey, New York, Ohio, Oklahoma, Pennsylvanie, Caroline du Sud, Tennessee, Texas, Virginie, Wisconsin et Virginie-Occidentale.

La FDA a également dit qu'elle était « convaincue que toute la laitue iceberg rappelée en lien avec cette épidémie spécifique de Cyclospora a été retirée du marché ».

Autres cas et épidémies de cyclosporose à l'échelle nationale

Parallèlement, le nombre d'infections à Cyclospora rapportées par le CDC et les États, y compris celles associées à l'épidémie de laitue de chez Taylor Farms et les cas sporadiques ou ceux liés à d'autres épidémies, est beaucoup plus élevé.

D'après une mise à jour du 11 août, le CDC a reçu des signalements de 13 895 cas de cyclosporose contractés aux États-Unis et confirmés en laboratoire depuis le 1er mai de cette année. L'agence a également eu connaissance d'au moins 10 455 cas supplémentaires d'infection à Cyclospora nécessitant des investigations et des analyses complémentaires.

Au Michigan seulement, où le plus grand nombre de cas a été signalé, le ministère de la Santé a connaissance de 13 909 infections à Cyclospora  , ayant entraîné 314 hospitalisations et deux décès (vraisemblablement les deux mêmes décès qui font partie de l'épidémie de laitue de Taylor Farms).

Dans l'Ohio, un autre État fortement touché, un total de 3 299 cas de cyclosporose a été signalé rien que dans les comtés du nord-ouest de l'État.

Outre l'épidémie survenue chez Taylor Farms, la FDA enquête actuellement sur six autres foyers de cyclosporose, responsables respectivement de deux, huit, 11, 18, 25 et 112 cas. Aucun aliment vecteur de la maladie n'a encore été identifié pour aucun de ces six foyers.

Taylor Farms critiquée pour sa gestion de l'épidémie ; les parties prenantes demandent l'application des règles de traçabilité.

Les législateurs et le public s'interrogent sur la réaction de Taylor Farms face à l'épidémie de cyclosporose.

Le 27 juillet, le représentant américain Robert Garcia, démocrate, membre du comité de surveillance et de la réforme gouvernementale de la Chambre des représentants des États-Unis, a exigé des réponses de Taylor Farms concernant sa réponse à l'épidémie, citant des rapports sur les tentatives présumées de Taylor Farms d'influencer la Maison Blanche et la FDA, ainsi que les déclarations publiques « contradictoires et confuses » de l'entreprise.

La lettre soulevait notamment des questions quant aux dons de Taylor Farms au président Donald Trump et à ses activités de lobbying liées à la législation sur la sécurité des aliments, en précisant qu'un don d'un million de dollars à un Trump super PAC* avait eu lieu une semaine avant que l'administration ne reporte l'entrée en vigueur du règlement de la FDA sur la traçabilité des aliments au 20 juillet 2028. Sans ce report, la règle serait entrée en vigueur en janvier 2026, facilitant ainsi la traçabilité des aliments contaminés impliqués dans des épidémies d'intoxication alimentaire et permettant leur retrait plus rapide du marché.

Faisant écho à cela, le 12 août, la Safe Food Coalition a adressé une lettre aux dirigeants du Congrès, les exhortant à abroger un amendement budgétaire qui empêche la FDA d'utiliser des fonds fédéraux pou administrer ou appliquer sa Food Traceability Rule avant le 20 juillet 2028. Cette disposition enjoignait également la FDA à identifier d'éventuelles flexibilités supplémentaires pour satisfaire aux exigences de suivi au niveau des lots, ce qui, selon la Safe Food Coalition, « incite la FDA à abandonner la pierre angulaire de son cadre de traçabilité et à revoir sa copie ».

La Safe Food Coalition s'est également jointe à des experts, des législateurs et au public pour demander le rétablissement de financements et des personnels adéquats au sein du CDC et des États pour la surveillance des maladies d'origine alimentaire et la réponse aux épidémies.

Par ailleurs, suite à l'annonce de l'ouverture d'une enquête sur place par la FDA chez Taylor Farms au Mexique, Consumer Reports, membre de la Safe Food Coalition, a déclaré : « Il est alarmant que la FDA ait mis autant de temps à se rendre sur place et à identifier les facteurs potentiels ayant pu contribuer à cette épidémie. Elle aurait dû dépêcher des enquêteurs immédiatement après l'établissement du premier lien entre Taylor Farms et l’épidémie. Une présence sur le terrain permet aux enquêteurs d'observer de près les opérations, ce que les tests seuls ne peuvent reproduire, et d'identifier les conditions susceptibles d'avoir contribué à cette épidémie. Les enquêteurs peuvent également en tirer des enseignements importants qui pourraient contribuer à prévenir de futures épidémies. »

* Trump Super PAC désigne un comité d'action politique ndépendant autorisé à collecter et dépenser des sommes d'argent illimitées auprès de donateurs riches ou d'entreprises pour soutenir Donald Trump.

MàJ du 16 août 2026. La date limite de consommation des laitues iceberg rappelées suite à l'importante épidémie à Cyclospora est dépassée, selon une mise à jour publiée le 13 août 2026 par la FDA. Par conséquent, les laitues de Taylor Farms contaminées par Cyclospora ne devraient plus être disponibles dans les commerces et les restaurants. Source CIDRAP News.