mardi 18 décembre 2018

Rappel de tahini bio de marque Achva pour cause de présence de Salmonella en France. Ce même produit a déjà fait l’objet d’une investigation en Israël, Canada et Etats-Unis depuis trois semaines, étonnant, non ?


Décidément en cette fin d'année, les rappels de produits alimentaires nous font tourner en bourrique car après Rappel d'un produit alimentaire éparpillé façon puzzle au sein de l’UE ! et Un rappel perdu dans l’incroyable nombre d’avis de rappel en France en 2018, voici un rappel qui arrive chez nous avec un passé de maladies infectieuses d'origine alimentaire ...

Voici in extenso, ci-dessous, le communiqué de rappel du 18 décembre 2018 publié par la DGGCRF concernant le « rappel de Tahina naturelle de marque ACHVA ».
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Les termes tahini, tahin, tahina, téhina ou tahiné signifient la même chose. La mention « naturelle » doit signifier que le produit est bio …
La marque Achava est commercialisée par Achdut Ltd. d’Ariel, Israël.

Comme vous l’avez remarque c’est un communiqué minimaliste, exit ainsi les mentions pourtant obligatoires dans un avis de rappel sur les conséquences éventuelles pour le consommateur, telles que :
Ne pas consommer et détruire ou ramener le produit en magasin pour remboursement.
Il est demandé aux personnes qui détiendraient des produits appartenant au lot décrit ci-dessous de ne pas les consommer, de les détruire, ou de les ramener au point de vente pour remboursement.
Les toxi-infections alimentaires causées par les salmonelles se traduisent par des troubles gastro-intestinaux, diarrhées, vomissements et douleurs abdominales, souvent accompagnés de fièvre ; ces symptômes peuvent être plus graves chez les jeunes enfants, les sujets immunodéprimés et les personnes âgées. Le délai d’incubation peut aller de 6 à 72 heures. Les personnes qui auraient consommé les produits mentionnés ci-dessous et qui présenteraient ces symptômes sont invitées à consulter leur médecin traitant en lui signalant cette consommation. 
Pourtant, il y aurait des choses à dire sur ce rappel car il n’est inconnu dans d’autres pays … jugez plutôt …

Le 22 novembre 2018, le ministère de la santé d’Israël informe du « rappel de tahini par la société Achdut Ltd. en raison d’analyses conduites sur du tahini cru en Amérique du Nord dans lesquelles Salmonella a été retrouvé. ». Un autre communiqué du 29 novembre rapporte que « le ministère de la santé est en train d’investiguer sur l’origine probable de la morbidité d’une contamination à Salmonella. »

On apprend aussi par un communiqué de l'Agence canadienne d'inspection des aliments (ACIA) du 28 novembre 2018 d’un « Avis de rappel d'aliments - Rappel de produits de tahini de marques Achva et S&F en raison de la bactérie Salmonella ».

Ce produit est un produit issu de l’agriculture biologique à base de 100% de graines de sésame bio.
Ce rappel découle de renseignements obtenus par l'Agence canadienne d'inspection des aliments (ACIA) au cours d'une enquête sur une éclosion de maladie d'origine alimentaire. L'ACIA procède actuellement à une enquête sur la salubrité des aliments qui pourrait entraîner le rappel d'autres produits. Tout autre rappel de produit à haut risque sera signalé à la population au moyen d'une mise à jour de l'avis de rappel d'aliments.
L'ACIA veille à ce que l'industrie retire du marché les produits faisant l'objet du rappel.
Le 29 novembre 2018, l’ACIA publie « une mise à jour d'un avis de rappel d'aliments - Rappel de produits de tahini de marque Soom en raison de la bactérie Salmonella » et mentionne que « Des cas de maladie associés à la consommation de ces produits ont été signalés. »

Le 28 novembre, le CDC des Etats-Unis publie l’information suivante : « Le CDC, les responsables de la santé publique et des services réglementaires de plusieurs Etats et la Food and Drug Administration (FDA) sont en train d’investiguer une éclosion de plusieurs cas dans plusieurs Etats à Salmonella Concord liée à du tahini produit par Achdut Ltd. »

Le 11 décembre 2018, la FDA des Etats-Unis rapporte le rappel suivant : « Achdut Recalls Multiple Brands of « Tahini » Because It May Be Contaminated with Salmonella ».

Ces produits ont été fabriqués par Achdut Ltd. d’Ariel, Israël.

Une information du réseau CORE aux Etats-Unis (Coordinated Outbreak Response and Evaluation) du 11 décembre rapporte que « La FDA est entrain d’investiguer sur une éclosion à Salmonella Concord dans plusieurs Etats liée au tahini produit par Achdut Ltd. »

On lira ici une analyse du sujet par la Food Standards Australia New Zealand de novembre 2016 sur « Graines de sésame et produits à base de graines de sésame et Salmonella spp. »
Les produits de graines de sésame et de graines de sésame prêts à être consommés. Cela comprend les graines de sésame et les produits à base de graines de sésame moulues ou entières, telles que le tahini, le halva et le houmous. L'huile de sésame et les produits ayant subi un traitement thermique secondaire pour atténuer la contamination post-transformation, tels que les produits en conserve, torréfiés, cuits ou enfournés ne sont pas couverts par le présent communiqué à propos des risques.
Merci à Franck du site Oulah! de m'avoir fourni des informations.

Mise à jour du 21 décembre 2018. Selon un communiqué du 21 décembre 2018 des autorités sanitaires du LuxembourgLa société AUCHAN a informé les autorités de sécurité alimentaire luxembourgeoises du rappel du produit Téhina naturelle Achva dû à la présence possible de salmonelles.

Rappel d'un produit alimentaire éparpillé façon puzzle au sein de l’UE !


Des lettres en chocolat au lait sont à l’origine de ce cafouillage, la preuve avec ce qui suit …

Le 10 décembre 2018 est publié au RASFF de l’UE une notification d’alerte par les Pays-Bas, référence 2018.3582, en raison de la présence de morceaux de plastique dans des lettres en chocolat au lait des Pays-Bas. Distribution Autriche, Belgique, France, Allemagne, Luxembourg, Espagne, Royaume-Uni.
Viennent ensuite classiquement des communiqués de rappel suite à la notification au RASFF de l’UE :
  • Allemagne. 11 décembre 2018, rappel par Hema de lettres au chocolat au lait et aux noisettes, 160 g (morceaux de plastique).
  • Luxembourg. 11 décembre 2018, rappel de lettres en chocolat au lait aux noisettes de Hema.
  • Royaume-Uni. 14 décembre 2018, Hema rappelle des lettres de chocolat au lait aux noisettes parce qu'elles peuvent contenir des morceaux de plastique.
Rien que de banal me direz-vous, et pourtant à y regarder de plus près, cette notification et ces communiqués de rappels sont curieux, à plus d’un titre …

Voici, par date, reconstitué le puzzle de ce rappel, à ma connaissance …

En fait, tout a commencé le 22 novembre 2018, en France. Le site Oulah ! rapporte un rappel produit, « Lettres en chocolat au lait noisettes de marque HEMA ».
18 jours avant la notification au RASFF de l’UE, un premier rappel a lieu en France !

Le 23 novembre, UFC Que Choisir signale ce rappel.

Huit jours après, un message sur twitter d’Oulah ! du 30 novembre 2018 signale que « Suite au rappel publié le 22 novembre 2018, HEMA a décidé de faire un nouveau rappel produit par mesure de précaution pour toutes les lettres en chocolat au lait aux noisettes. »
10 jours avant la notification au RASFF de l’UE, un second rappel a lieu en France !

Mais toujours pas d’informations sur les sites de nos autorités sanitaires en France …

Puis, voici qu’intervient un communiqué du 5 décembre 2018 de l’AFSCA qui informe du rappel de lettres en chocolat au lait aux noisettes de Hema.
Cette date n’a semble-t-il pas de rapport avec la notification au RASFF qui n’aura lieu que cinq jours plus tard par les Pays-Bas, certains (hypothèse) auraient-ils eu des informations avant les autres ?

Le 5 décembre 2018, la revue '60 millions de consommateurs' informe du rappel de lettres en chocolat au lait aux noisettes.

Ces éléments prouvent que tout le monde ne joue pas la même partition en matière de communication des rappels de produits alimentaires au sein de l’UE.

Si Hema France a été à l’origine du rappel en France, selon Oulah !, en revanche la communication en France et avec les autres pays de l’UE s’est faite en ordre dispersée, façon puzzle, chacun pour soi, … étonnant, non ?

Que s’est-il passé entre le 22 novembre date du premier rappel en France et de la notification au RASFF de l’UE le 10 décembre, on ne saura pas, faute d’une investigation déclenchée par la Commission européenne, mais qui se soucie de cela au sein de l’UE ?

La fameuse transparence dans la communication des rappels dont on nous rabat les oreilles à longueur de temps aurait bien été utile dans ce cas-ci.

Ce cafouillage est symptomatique de ce qui pourrait se passer de nouveau, mais cette fois-ci, avec une crise sanitaire plus grave …

lundi 17 décembre 2018

Le bio aussi a ses limites : l’exemple du sucre


Dans un lexique sur les sucres bio, on apprend qu’« En général, Il n’est pas disponible en magasin bio. »


Par ailleurs, on apprenait en mai 2018, « Pour la première fois, l’Institut technique de la betterave (ITB) mène une étude en plein champ sur la culture de la betterave bio. ». Source Le Bettravier.

Le 17 décembre 2018, le journal Les Marchés (article réservé aux abonnés) rapporte, « Sucre bio : les essais se poursuivent en France », mais sans semble-t-il, on bute sur des problèmes des coûts …

C’est de cela dont il va être question ci-après avec « Le bio aussi a ses limites : l’exemple du sucre ».

Merci à Gil Rivière-Wekstein d’avoir signalé cette « vidéo sympathique et très pédagogique » mis en ligne le 16 décembre 2018 par Emmanuelle Ducros, journaliste au quotidien L’Opinion.
« Le champ des possibles », le vlog d’Emmanuelle Ducros, épisode 6. 
Acheter bio semble souvent une garantie d’écologie et de respect de l’environnement. Mais les solutions simples ont leur limite. Un exemple avec le sucre : acheter du sucre bio signifie importer du sucre de canne produit aux antipodes, transporté en produisant du CO2 et cultivé en encourageant la déforestation. Certes, le sucre de betterave n’est pas bio en soi: on ne sait pas protéger les betteraves de façon totalement bio. Mais pour autant, le produit final et local est quasiment dépourvu de traces de pesticides, puisqu’un cristal de sucre est pur à 99,9%. L’exemple simple du sucre doit encourager à se poser des questions de bon sens avant de se ruer sur les labels !