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samedi 8 août 2026

En cas de rappel, pourquoi il faut pouvoir disposer d'informations en temps réel sur l'ensemble de la chaîne alimentaire ?

L'article « The Missing Link in Outbreak Response: Why Distributors Need Real-Time Supplier Intelligence, Not Just Recall Notices » (Le chaînon manquant dans la réponse aux épidémies : pourquoi les distributeurs ont besoin d’informations en temps réel sur leurs fournisseurs, et pas seulement d’avis de rappel) souligne l'importance pour les distributeurs de disposer d'informations en temps réel sur leurs fournisseurs afin de réagir efficacement aux épidémies d’origine alimentaire. Il met en lumière le cas de l'épidémie de cyclosporose liée à la laitue iceberg, où la rapidité et la précision des informations ont été cruciales pour limiter la propagation de la maladie. Il plaide pour une collaboration renforcée entre les distributeurs, les fournisseurs et les services réglementaires, en mettant l'accent sur la nécessité d'une communication efficace et d'une transparence accrue pour améliorer la sécurité des aliments. 

Voici ci-dessous une traduction adaptée par mes soins de cet article. 

L'éclosion de cyclosporose de cet été est l'une des plus importantes jamais documentées aux États-Unis : au 5 août, le CDC avaient recensé plus de 10 400 cas confirmés en laboratoire dans 47 États, dont au moins 6 358 cas de maladie et 278 hospitalisations spécifiquement liés à de la laitue iceberg provenant de 15 États. À titre de comparaison, le CDC enregistre généralement entre 200 et 1 000 cas de cyclosporose à l'échelle nationale sur une année entière.

Le 17 juillet, l'entreprise Taylor Farms de Mexico a procédé au rappel de toutes les laitues iceberg provenant du centre du Mexique. Les données épidémiologiques et de traçabilité ont mis en cause de la laitue iceberg découpée produite par Taylor Farms de Mexico et servie dans des restaurants Taco Bell de l'Indiana, du Kentucky, du Michigan, de l'Ohio et de la Virginie-Occidentale.

Quelques jours plus tard, dans un rebondissement ayant davantage semé la confusion qu'apporté de la clarté, la FDA a annoncé que l'un des prélèvements de laitue initialement incriminés s'était révélé être un faux positif pour Cyclospora cayetanensis.

La FDA a toutefois pris soin de préciser que Taylor Farms restait impliquée sur le plan épidémiologique dans l'éclosion. Cette simple précision en dit long sur l'incertitude qui peut entourer la gestion d'une épidémie en cours, ainsi que sur la manière très différente dont cette incertitude est ressentie selon la position de l'entreprise dans la chaîne d'approvisionnement.

Un autre point important est que Cyclospora est un parasite, et non une bactérie. Il n'est pas détecté lors des analyses de selles courantes à moins qu'un médecin ne prescrive spécifiquement un test de dépistage ; c'est l'une des principales raisons pour lesquelles le décompte officiel des cas lors d'une épidémie à Cyclospora a tendance à sous-estimer le nombre réel de personnes touchées. De plus, le parasite ne peut être éliminé par un lavage standard des produits agricoles, ni par les désinfectants habituels ; seule une cuisson à 70°C permet de l'éliminer de manière fiable.

Ces infections peuvent provoquer une diarrhée aqueuse et une fatigue persistant plusieurs semaines, avec un risque élevé de rechute ; le coût humain et économique d'un seul cas dépasse donc largement la durée de la maladie initiale. Pour un produit comme les légumes à feuilles, vendus réfrigérés et rarement cuits, cette combinaison de résilience du pathogène et de difficulté de diagnostic est précisément ce qui rend une épidémie de ce type si difficile à contenir rapidement.

L'échelon souvent ignoré dans la couverture médiatique des épidémies

Lorsqu'une épidémie de ce genre éclate, on entend généralement parler de deux choses : le producteur ou le fournisseur à l'origine présumée de la contamination, et l'enquête gouvernementale visant à le confirmer. On prête beaucoup moins d'attention à l'étape intermédiaire. C'est là qu'intervient le grossiste distributeur, qui gère simultanément des centaines de relations avec des fournisseurs de produits réfrigérés et tente de déterminer en temps réel lesquels pourraient être concernés. Pendant ce temps, les commerçants se posent la même question et attendent de leur distributeur une réponse rapide et fiable.

Lorsqu'une épidémie survient, la question n'est pas de savoir si nous sommes touchés, mais plutôt : « Quels fournisseurs traitent ce produit et cette zone de culture, et quelle réponse étayée pouvons-nous fournir à nos distributeurs ? »

Pourquoi la documentation statique de conformité ne suffit pas

L'arsenal standard du secteur pour évaluer et gérer les risques liés aux fournisseurs a longtemps reposé essentiellement sur des documents papier : certifications GFSI, lettres de garantie, attestations d'assurance et avis de rappel émis une fois les problèmes survenus. Ces documents sont importants et restent fondamentaux pour tout programme crédible de sécurité des aliments. Toutefois, au mieux, ils ne reflètent la situation d'un fournisseur qu'à un instant T. Ils ne permettent pas au distributeur d'identifier un risque accru dès l'apparition d'une nouvelle épidémie.

L'exemple de Taylor Farms illustre bien cette limite. L'entreprise a dû procéder à plusieurs rappels ces dernières années, notamment en mars 2024 pour des salades au poulet prêtes à consommer contenant un allergène (blé) non déclaré, et en octobre 2024 pour des oignons jaunes liés à une épidémie à E. coli associée à des hamburgers servis dans une chaîne de restauration rapide. Chacun de ces événements a fini par générer un document dans le dossier du fournisseur. Aucun de ces éléments n'aurait permis de signaler l'entreprise comme présentant un risque élevé en amont, car la documentation de conformité statique n'a pas de valeur prédictive ; elle se contente de confirmer ce qui s'est déjà produit.

Les légumes à feuilles figurent sur la liste de la FDA relative à la traçabilité des aliments ; la réglementation imposera à terme un suivi normalisé au niveau du lot, avec des registres devant être transmis à la FDA dans les 24 heures suivant une demande. L'entrée en vigueur de cette règle, initialement prévue pour janvier 2026, a été repoussée de 30 mois, au 20 juillet 2028. Cela signifie que, pour les deux prochaines années au moins, les distributeurs ne pourront pas compter sur une infrastructure de traçabilité imposée par le gouvernement fédéral pour combler cette lacune. En attendant, des outils permettant d'identifier et de gérer les risques avant qu'ils ne débouchent sur un rappel de produits doivent être mis en place volontairement, au niveau de chaque entreprise.

Mise en place du maillon manquant

Lorsqu'une épidémie survient, nous savons déjà quels fournisseurs appartiennent à la catégorie de risque la plus élevée pour le produit concerné, et nous disposons déjà de documents à jour, sans avoir à les réclamer dans l'urgence. C'est ce changement d'approche que les distributeurs du secteur doivent opérer.

La question pertinente à se poser

La réponse à une épidémie au sein d'une entreprise de distribution ne doit pas commencer au moment où l'avis de rappel est reçu. Elle doit s'appuyer sur un système capable d'identifier en amont où se concentrent les risques parmi les fournisseurs ; ainsi, lorsqu'un incident survient, la question n'est pas « Qui devons-nous appeler en premier ? », mais plutôt « Quels fournisseurs, parmi ceux que nous surveillions déjà, sont concernés ? ».

La surveillance automatisée des fournisseurs selon une classification des risques ne permet ni d'empêcher une épidémie, ni de se substituer au travail de traçabilité effectué par la FDA et le CDC ; en revanche, elle modifie la rapidité et la précision avec lesquelles un distributeur peut agir pendant le déroulement de l'enquête. C'est précisément à ce stade que les distributeurs, et, in fine, les consommateurs, comptent sur un acteur de la chaîne d'approvisionnement pour agir vite et avec justesse.

Alors que l'épidémie à Cyclospora continue d'évoluer, les distributeurs ont l'occasion de se poser une question plus complexe que « Avons-nous été touchés ? ». La question pertinente est plutôt : « Aurions-nous déjà la réponse avant même la réception de l'avis de rappel ? »

Un autre article va, me semble-t-il, dans le même sens. Publié par Bill Marler dans Food Safety News, « Publisher’s Platform: Recall readiness is assumed, never measured. The people who price the risk can change that » (La disponibilité pour le rappel est présumée, jamais mesurée. Les personnes qui évaluent le risque peuvent changer cela), il discute aussi de la rapidité ou non de la réponse en cas de rappel lié à une épidémie d’origine alimentaire.

Le concept de disponibilité en cas de rappel est donc inscrit au dossier comme une hypothèse. Cette hypothèse est formulée lors de la souscription, lors du renouvellement, et on découvre qu'elle était erronée le troisième jour d'un événement réel, soit le moment le plus coûteux pour s'en apercevoir.

On pourrait plutôt mesurer ces données, et les mesures ne sont pas complexes. Combien de temps faut-il, à partir d'un seul résultat positif, pour obtenir la liste complète des codes de lot concernés ? Quel pourcentage de destinataires directs peut être contacté et confirmé sous 24 heures (pas par e-mail, mais par téléphone) ? Les codes de lot sont-ils conservés après le reconditionnement, ou l'identité est-elle compromise lors du premier reconditionnement ? Existe-t-il un moyen de contacter le transporteur, ou la chaîne de traçabilité s'arrête-t-elle au quai de chargement ? Quand a eu lieu le dernier exercice de simulation de rappel ? A-t-il été observé ? Des partenaires commerciaux externes étaient-ils impliqués ? Quel a été le résultat ? Il faut tenir compte de ces éléments pour fixer le prix de la police d'assurance. Il faut accorder un véritable crédit à l'entreprise qui peut le prouver et exiger de celles qui ne le peuvent pas qu'elles en comprennent les raisons.

Et il faut le faire pour l'ensemble de la chaîne, et non pas assurer un assuré à la fois, car la préparation n'est pas l'apanage d'une seule entreprise, mais celui d'un réseau. Un producteur aux registres impeccables reste tributaire d'un distributeur qui fonctionne uniquement sur documents papier. C'est ce qui donne tout son sens à l'expression « Communautés prêtes à faire face aux rappels de produits ».

Aucune entreprise agroalimentaire ne peut avoir une vision globale de sa chaîne d'approvisionnement. Un assureur qui couvre l'ensemble de cette chaîne peut en avoir une quasi-certitude.

vendredi 7 août 2026

Après Cyclospora dans des laitues Iceberg, voici désormais Salmonella dans des piments jalapeños

Aux États-Unis, une éclosion chasse l’autre !

Après des cas d’infection à Cyclospora présent dans des laitues Iceberg, il y aurait selon le CDC en date du 5 ooût 2026, 6 358 personnes malades, 278 personnes hospitalisées et 2 décès.

L’éclosion concerne désormais 15 États des États-Unis. Il n’y a pas que les États-Unis qui soient touchés, au Canada, 51 cas ont été rapportés par les autorités sanitaires.

Au Royaume-Uni, Public Health England met en garde les voyageurs se rendant au Mexique. 204 cas de cyclosporose ont été recensés depuis le 1er juin, dont 148 chez des touristes ayant séjourné dans des hôtels et complexes touristiques de la Riviera Maya.

Le 5 août 2026, le CDC et la FDA signale une éclosion de cas de salmonellose liée aux piments jalapeños servis dans les restaurants Chipotle et Qdoba à travers le pays, qui s’étend désormais s’étend à 27 États.

Au 6 août 2026, des cas ont été signalés dans 27 États, et au moins 345 personnes ont été infectées. Au total, 36 personnes ont été hospitalisées, mais aucun décès n'a été rapporté. Le Colorado et le Minnesota ont chacun recensé 110 cas, et l'Illinois 30. Source CIDRAP.

« Sur les 191 personnes interrogées, 177 (93 %) ont déclaré avoir mangé dans un restaurant de style mexicain avant leur maladie, notamment Chipotle Mexican Grill et QDOBA, avec des dates de repas allant du 14 juin 2026 au 14 juillet 2026 », a dit le CDC.

La FDA a indiqué que les piments jalapeños provenaient de Sinaloa, au Mexique, et étaient distribués aux restaurants par Coast Citrus Distributors. Le distributeur a procédé au rappel des piments, et les restaurants Qdoba et Chipotle ont cessé de les proposer.

« Le CDC et la FDA estiment qu’il n’existe plus de risque actuel pour les consommateurs lié à cette épidémie provenant de ces établissements », selon le CDC.

samedi 1 août 2026

Forte augmentation des infections à Cyclospora chez des touristes britanniques liées à des voyages au Mexique

Des cas d’infections à Cyclospora sont survenues au Royaume-Uni en liaisons à des complexes touristiques mexicains, source CIDRAP News.

Le 29 juillet 2026, l'UK Health Security Agency (UKHSA) a annoncé une augmentation du nombre de personnes diagnostiquées avec une cyclosporose. L'agence a indiqué que 67 personnes ayant voyagé ont reçu un diagnostic de cyclosporose. Parmi les personnes ayant voyagé au Mexique, les cas ont fait état de séjours dans divers hôtels des régions de la Riviera Maya et de Cancún, ainsi que de la consommation d'aliments et de boissons variés dans le cadre de formules de vacances « tout compris ».

En une année ordinaire, le Royaume-Uni enregistre environ 93 cas de cyclosporose.L' UKHSA s'attend à une recrudescence des cas chez des personnes contractant Cyclospora lors de voyages au Mexique et aux États-Unis.

En raison de la forte augmentation des infections à Cyclospora liées à des voyages au Mexique, les voyageurs sont invités à suivre les recommandations d'hygiène alimentaire et de l'eau pour réduire le risque d'infection.

Les dernières données, publiées ce jour, indiquent que 67 cas ont été signalés chez des voyageurs de retour en Angleterre (30 cas), au Pays de Galles (10 cas) et en Écosse (27 cas) entre le 30 avril et le 15 juillet 2026 ; il s'agit d'une forte augmentation cette année par rapport à la moyenne annuelle de 93 cas enregistrée entre 2022 et 2025.

Des informations sur les déplacements sont disponibles pour 52 de ces 67 cas ; parmi eux, 48 ont signalé un séjour au Mexique, dont l'un a également mentionné un voyage aux États-Unis. Un autre cas a signalé un voyage uniquement aux États-Unis, et un dernier, un voyage au Kenya.

Des investigations complémentaires concernant ces cas sont en cours.

L'UKHSA prévoit une augmentation continue des cas liés aux voyages, en raison de la hausse des déplacements estivaux vers le Mexique et d'une augmentation potentielle des cas liés aux voyages aux États-Unis, où une épidémie généralisée a été signalée.

Commentaire

S’agissant de la France, je pense qu’il n’y a pas eu de touristes tant au Mexique qu’aux Etats-Unis ou bien Santé publique France ne s’est encore pas saisie du sujet, étonnant, non ?

NB : L'image est issue de cet article ici.

mardi 28 juillet 2026

États-Unis : L'épidémie à Cyclospora a été, et reste, un échec en matière de communication

« L'épidémie à Cyclospora a été, et reste, un échec en matière de communication », source article de Jess Steier paru le 27 juillet 2026 dans CIDRAP News.

La réponse à l'importante épidémie actuelle de maladies infectieuses d'origine alimentaire causées par un parasite microscopique constitue un échec de communication, et non un échec de l'investigation.

Certaines caractéristiques de Cyclospora rendent sa traque complexe. Comme le parasite ne peut pas être cultivé en laboratoire, les procédures habituelles ne s'appliquent pas. Pour la plupart des bactéries d'origine alimentaire, le laboratoire cultive l'organisme, le séquence et verse son empreinte génétique sur PulseNet, le réseau national qui signale lorsqu'un cas dans un État correspond à un cas dans un autre.

Le Centers for Disease Control and Prevention (CDC) des États-Unis a dû se baser sur un génotypage partiel, car le génome de Cyclospora est trop complexe pour les méthodes de séquençage efficaces sur les bactéries. La contamination des produits agricoles par Cyclospora est souvent faible et inégalement répartie ; elle se situe généralement à la limite des capacités de détection des tests, ce qui explique pourquoi de la laitue contaminée peut s'avérer négative lors de l'analyse. Les enquêteurs ont donc dû recourir aux méthodes les plus anciennes : des entretiens et l'examen des registres d'expédition.

Des indices précoces importants largement passés inaperçus

Le Dr Mike Osterholm, directeur du Center for Infectious Disease Research and Policy de l'Université du Minnesota, m'a appris que lorsque les cas commencent à affluer, le profil démographique des personnes touchées peut fournir un indice précoce précieux. Ces cas concernaient majoritairement des adultes, le CDC situant l'âge médian à 44 ans, dans une fourchette allant de 1 à 89 ans, et l'absence relative de jeunes enfants orientait les soupçons vers les légumes verts plutôt que vers les fruits.

Si vous avez de jeunes enfants, vous en comprenez parfaitement la raison : ce sont de grands amateurs de fruits, alors qu'ils sont plus réticents à l'égard des légumes.

Cela permet de restreindre le champ des recherches, mais la traque se poursuit. Il existe également d'autres facteurs importants, comme la compréhension de la manière dont une zone de culture est divisée en parcelles, la date et qui récolte de chaque produit, la façon dont les produits issus de différents champs sont regroupés chez le transformateur, le temps nécessaire pour acheminer les produits d'un champ du centre du Mexique jusqu'à un restaurant du Michigan, ainsi que la vitesse à laquelle un produit périssable s'écoule dans les rayons. Ces informations ne servent pas uniquement à désigner un coupable ; elles permettent aussi d'estimer combien de personnes ont pu être exposées et où. Elles indiquent à quel moment les produits contaminés auraient dû disparaître des rayons et les nouvelles expositions cesser, même si le nombre de cas signalés continue d'augmenter pendant les semaines suivantes. Comme le typage moléculaire ne permet pas d'obtenir une empreinte génétique aussi précise que lors d'une épidémie bactérienne, ces données sont cruciales pour déterminer si un cas survenu dans un État est lié à un autre cas dans un État différent. La traçabilité est une démarche qui relève autant du management de la chaîne d'approvisionnement que de l'épidémiologie.

Les autorités du Michigan ont analysé l'historique de consommation (ingrédient par ingrédient) de 190 personnes ayant mangé chez Taco Bell avant de tomber malades ; 90 % d'entre elles avaient consommé de la laitue iceberg. L'enquête de traçabilité menée par la FDA a remonté la piste documentaire jusqu'à un fournisseur, puis jusqu'à une exploitation agricole indépendante du centre du Mexique qui, selon Taylor Farms, représente moins de 1 % de l'approvisionnement américain en laitue iceberg. Le rappel des produits a été ordonné le 17 juillet.

Une épidémie touchant neuf États, mais 41 États au total ont été concernés

Il s'agit de la plus vaste épidémie à Cyclospora jamais documentée aux États-Unis, un point que la couverture médiatique a bien saisi. Le public a surtout retenu un chiffre alarmant qui ne cesse d'augmenter.

Ce qui échappe au public, c'est que si la cyclosporiase, nom donné à l'infection par Cyclospora, a été signalée dans 41 États, l'épidémie elle-même ne concerne que neuf États. Les chiffres communiqués reflètent des réalités différentes. Le CDC et la FDA ont recensé 1 947 cas confirmés liés à l'épidémie dans les neuf États liés à l’épidémie de Taco Bell, que les preuves épidémiologiques et la traçabilité relient à la laitue iceberg, tandis que le CDC signale par ailleurs plus de 4 000 cas confirmés contractés sur le territoire national depuis le mois de mai.

Par ailleurs, des milliers d'échantillons prélevés sur des patients attendent encore la confirmation du CDC, auxquels s'ajoutent plusieurs centaines de cas concernant des voyageurs tombés malades ailleurs. Certains États comptabilisent conjointement les cas probables et confirmés, ce qui porte leurs totaux à des niveaux encore plus élevés.

Si l'on additionne le tout, comme l'ont fait de nombreux médias, on obtient l'image d'une épidémie nationale unique qui, en réalité, n'existe pas.

Prenons l'exemple de ce qui s'est passé lorsque le CDC a ajouté quatre États à la liste des zones touchées par l'épidémie, le 24 juillet. On aurait pu croire que l'épidémie s'était propagée, mais les enquêteurs estiment que ces patients sont peut-être tombés malades à peu près au même moment que ceux des cinq premiers États, et qu'il a simplement fallu plus de temps pour établir le lien avec la même source.

La cyclosporose survient chaque été, suivant un schéma saisonnier bien établi, même si ses causes exactes demeurent inconnues, et les épidémies sont fréquemment liées à la consommation de produits frais. Plusieurs États, dont la Californie et le New Jersey, ont indiqué que les chiffres enregistrés cette année correspondent aux niveaux saisonniers habituels. La Caroline du Nord attribue sa propre hausse au persil et à la coriandre, deux aliments qui ne sont pas apparus comme des facteurs déterminants à l'échelle nationale, tandis que la FDA enquête parallèlement sur des cas groupés d'infection touchant au moins 72 personnes, sans qu'aucune source n'ait pu être identifiée.

Regrouper toutes ces données en un total cumulé nous coûte bien plus que la simple tranquillité publique : cela masque la possibilité que plusieurs foyers d'infection soient actifs simultanément.

L'Illinois, l'un des quatre États ajoutés à la liste la semaine dernière, signale que le nombre de cas recensés en juillet atteint des niveaux inédits depuis 2018. L'Illinois a raison de se référer à 2018, bien que le nombre de cas ne constitue pas la leçon la plus importante à retenir. Cet été-là avait vu apparaître 511 cas liés à un mélange de salades Fresh Express servi chez McDonald's, 250 cas associés à des plateaux de légumes de chez Del Monte, ainsi qu'un troisième foyer au Texas dont la source n'a jamais été identifiée.

Si le décompte cumulé constitue un outil de surveillance essentiel, il ne permet pas de savoir si l'on court un risque au cours de la semaine en cours, ce qui est pourtant l'information que le public recherche avant tout.

Prenons l'exemple d'une personne incluse dans ce décompte. Elle consomme une salade fin juin et ne ressent aucun symptôme pendant une semaine. Après quelques jours supplémentaires passés à croire à une simple gastro-entérite, elle consulte un médecin au cours de la deuxième semaine de juillet ; elle ne subit un test de dépistage que parce qu'un professionnel de santé pense à rechercher Cyclospora, un parasite souvent absent des analyses de selles et des panels gastro-intestinaux de routine. Le laboratoire confirme le diagnostic vers la fin du mois, et l'entretien épidémiologique a lieu ultérieurement. Il faudra peut-être attendre le mois d'août pour déterminer si son cas est lié à cette épidémie ou s'il relève de l'incidence estivale habituelle.

Chaque cas figurant sur ces graphiques reflète, à des degrés divers, ce décalage temporel ; c'est pourquoi la FDA a prévenu que le nombre de cas confirmés continuerait d'augmenter bien après le rappel des produits.

Probablement plusieurs vagues d'exposition

Le 24 juillet, le CDC a enfin publié la courbe épidémique de cette flambée, en classant les 1 947 cas associés selon la date d'apparition des symptômes plutôt que selon la date de signalement. On observe deux pics distincts : le premier (correspondant à l'apparition des symptômes chez les personnes touchées) culmine vers le 25 juin, et le second (lié au signalement de la maladie) vers le 10 juillet, avec un creux marqué entre les deux.

Cet intervalle est suffisamment important pour suggérer que l'exposition a pu se produire en plusieurs vagues. En remontant le fil à partir de la période d'incubation habituelle de Cyclospora, environ une semaine, on situe ces expositions vers la mi-juin, puis à nouveau au début du mois de juillet. Contrairement au maïs ou au soja, la laitue n'est pas récoltée en une seule fois pour être ensuite stockée ; elle est découpée de manière quasi continue et consommée dans les jours qui suivent. Par conséquent, la maladie survient peu de temps après la circulation du produit contaminé. Un tel écart suggère donc davantage de périodes d'exposition distinctes qu'une exposition prolongée et ininterrompue.

Le décompte cumulatif est un outil de surveillance essentiel, certes, mais il ne permet pas de savoir si vous courez un risque au cours de la semaine en cours.

Le premier pic de contamination était déjà retombé avant que le CDC ne publie leur avis sanitaire le 14 juillet, et avant que la FDA ne désigne publiquement la laitue comme source du problème deux jours plus tard. La courbe ne permet pas à elle seule de déterminer si ces deux vagues correspondent à des épisodes de contamination distincts, un produit contaminé par intermittence sur différents lots de récolte, ou une autre cause, et personne d'autre n'a pu l'établir non plus. Cette information a été communiquée le jour même où l'épidémie s'étendait à neuf États, une semaine après le rappel des produits et bien après que l'affaire ait été principalement présentée sous l'angle d'un chiffre national en constante augmentation.

L'élaboration de cette vue d'ensemble est la seule chose qu'aucun État n'aurait pu réaliser seul. Le Michigan publie le nombre de cas par date de signalement, avec une mise à jour hebdomadaire clairement indiquée comme telle. D'autres États publient des courbes d'apparition des symptômes, des cartes par comté ou des décomptes bihebdomadaires. Chacune de ces méthodes répond à une question concernant une juridiction spécifique, mais aucune ne permet de savoir si deux États sont touchés par la même épidémie ; en effet, aucun État ne peut répondre à une question dans plusieurs États à partir de ses seules données, aussi soigneusement soient-elles recueillies. Cette synthèse s'opère à un niveau supérieur, et il a fallu attendre la quatrième semaine de juillet pour y parvenir.

Trop tard, puis trop vite

La communication a aggravé la situation. L'avis du réseau d'alerte sanitaire (Health Alert Network) du CDC a été diffusé le 14 juillet, soit environ dix semaines après que l'agence ait commencé à recevoir des signalements faisant état d'une augmentation des cas à l'échelle nationale.

Quelques jours plus tard, le samedi 18 juillet, la FDA a annoncé la détection de Cyclospora dans un échantillon de laitue, avant de se rétracter le lendemain et sans toutefois expliquer le déroulement des faits avant l'après-midi du 20 juillet. Cet échantillon provenait d'un contrôle de routine aux frontières et non d'un produit faisant l'objet d'un rappel ; par ailleurs, les éléments épidémiologiques et les données de traçabilité incriminant la laitue de Taylor Farms ne reposaient nullement sur ce prélèvement. Entre-temps, l'information faisant état d'un « faux positif » avait déjà largement circulé dans les médias, laissant nombre de personnes croire que l'entreprise avait été mise hors de cause dans une enquête qui suscitait déjà l'attention des autorités politiques.

Osterholm, qui, j'en suis convaincu, possède peut-être un don de clairvoyance, avait exposé cet argument dans le New England Journal of Medicine en 1997, après que les autorités du Texas et de Houston eurent désigné les fraises de Californie comme source d'un foyer de cyclosporose qui s'est finalement avéré lié à des framboises du Guatemala. L'obligation d'avertir le public est bien réel, écrivait-il, et il doit être mis en balance avec le coût de l'erreur, un coût qui se paie deux fois : une première fois par la personne accusée à tort, et une seconde fois par chaque futur avertissement auquel le public cesse, en silence, de croire. Il a repris ce même argument en 1999, sous le titre « Lessons Learned Again » (Leçons apprises à nouveau), après une nouvelle épidémie du même type.

Ce second coût n'a rien d'abstrait. Il se traduit par des consommateurs qui cessent d'acheter de la laitue, quelle qu'elle soit, pour le reste de l'été ; par des producteurs qui perdent une saison de récolte ; et par des personnes qui vont ignorer le prochain avis de rappel parce que le précédent a semblé être démenti par la suite. Il se traduit aussi par un public incapable de faire la distinction entre une épidémie à source ponctuelle (où les cas sont reliés à un aliment précis) et le niveau habituel, saisonnier, d'une maladie à déclaration obligatoire ; résultat : chaque été finit par ressembler à une situation d'urgence.

Deux réponses justes, un seul message

Il y avait deux réponses justes dans cette situation, mais un seul message a été diffusé. Pour une personne sous chimiothérapie ou greffée, la cyclosporose ne se résume pas à une semaine difficile. La maladie dure plus longtemps, récidive et entraîne des complications nécessitant une véritable prise en charge médicale. Conseiller à une telle personne de s'abstenir totalement de consommer de la laitue, alors que la source de contamination était encore inconnue, était une bonne chose.

En revanche, ce n'était pas le cas pour la majeure partie de la population. Craig Hedberg de l'Université du Minnesota, défend ce point de vue depuis le début du mois ; il a raison d'affirmer que recommander une éviction alimentaire généralisée sans connaître la source du problème fait plus de mal que de bien. Diffuser ces deux messages simultanément implique de savoir à qui l'on s'adresse et de le dire clairement.

Le travail d'enquête sur cette épidémie a été mené par les services de santé des États, et il a été bien fait. M. Hedberg a décrit la suite des événements : les États repèrent une augmentation des cas bien avant que les données ne soient centralisées au niveau fédéral pour permettre aux autorités d'agir.

Il en résulte une situation hétérogène où certains États assurent une surveillance efficace tandis que d'autres en sont incapables ; or, ce système est inadapté pour un produit cultivé dans de nombreuses exploitations, mélangé dans des centres de transformation et distribué partout dans le pays.

Ce délai n'est pas inévitable, mais il devient de plus en plus difficile à éviter. Il faut bien que quelqu'un collecte, normalise et synthétise les données recueillies par les États ; or, des chercheurs de Johns Hopkins ont mis en évidence l'érosion des effectifs, du financement et des capacités d'application de la réglementation au niveau fédéral, autant d'éléments dont dépend ce travail. Il en résulte une situation hétérogène où certains États assurent une surveillance efficace tandis que d'autres en sont incapables ; une telle disparité est inadaptée pour un produit cultivé dans de nombreuses exploitations, regroupé dans une unité de transformation centrale et distribué partout.

Tous ceux qui gèrent cette épidémie font de leur mieux à partir d'informations fragmentaires, face à un public légitimement inquiet qui cherche chaque jour à savoir quels aliments sont sans danger.

Ici, la nuance et les détails revêtent une importance capitale, mais tout cela a été réduit à un chiffre unique en constante augmentation. Prendre un peu de recul pour adopter une vue d'ensemble aurait permis une communication plus fluide, plus précise et bien plus utile aux personnes cherchant à savoir quoi donner à manger à leur famille.

MàJ du 29 juillet 2026. On lira l’article paru dans CIDRAP News, « A difficult-to-trace parasite, messaging missteps contribute to summer of overwhelming Cyclospora outbreaks » (Un parasite difficile à suivre et des erreurs de communication contribuent à un été marqué par une vague massive d'épidémies à Cyclospora).

mercredi 15 juillet 2026

Ce que nous savons vraiment de l'importante épidémie à Cyclospora aux États-Unis et ce que nous ignorons

« Ce que nous savons vraiment de l'importante épidémie à Cyclospora aux États-Unis et ce que nous ignorons », source article de Meghan Holohan du 14 juillet 2026 dans CIDRAP News.

Alors que le nombre de cas de cyclosporose (infection par Cyclospora) augmente aux États-Unis et que les témoignages de diarrhées explosives se répandent, beaucoup de gens ne savent pas comment se protéger. Cette grande incertitude les laisse avec de nombreuses questions et peu de réponses claires. 

Faut-il éviter de manger des légumes verts à feuilles ? Et qu’en est-il du lavage des fruits et légumes ? D’où vient ce parasite microscopique appelé Cyclospora ?

Le manque de communication des autorités de santé publique a contribué à la confusion générale. Aujourd'hui, les Centres pour le contrôle et la prévention des maladies (CDC) ont finalement publié un avis du Health Alert Network (HAN) concernant l'épidémie, alors qu'ils ont reçu des signalements de cas dès le 1er mai, voire auparavant. 

« C’est vraiment regrettable », a dit Michael T. Osterholm, directeur du Center for Infectious Disease Research and Policy de l’Université du Minnesota, qui publie CIDRAP News. « Nous sommes beaucoup trop en retard pour informer le public. Le temps que nous recevions des recommandations pour réduire les risques, l’épidémie serait terminée. »

Comment se propage Cyclospora ?

On contracte généralement la cyclosporose après avoir consommé des aliments contaminés. La maladie ne se transmet pas d'une personne à l'autre et la période d'incubation (le délai entre l'exposition au parasite et l'apparition des premiers symptômes) est d'environ une à deux semaines. Il est donc difficile de déterminer quel(s) aliment(s) contaminé(s) a/ont pu provoquer la maladie.

« Lorsqu’une personne est infectée par ce parasite, elle excrète les kystes, les organismes, dans ses selles », explique Craig Hedberg, docteur en sciences de la santé environnementale et professeur à l’École de santé publique de l’Université du Minnesota. « Les matières fécales des personnes infectées constituent la source initiale de contamination de l’environnement. » 

Mais lorsqu'ils quittent le corps, les kystes ne sont pas infectieux. Ils ont besoin de temps pour mûrir avant de pouvoir contaminer l'environnement. 

« Si de l'eau contaminée entrait en contact avec les produits, cela pourrait constituer une source de contamination », a dit Hedberg. « Une contamination pourrait également se produire dans les champs où les produits sont cultivés. » 

Ampleur de l'épidémie

Le Michigan est confronté à une importante épidémie de cyclosporose : le Michigan Department of Health and Human Services (MDHHS) a recensé 3 309 cas et 44 hospitalisations à ce jour. L’Ohio enregistre également un nombre élevé de cas : le Toledo-Lucas County Health Department a signalé 1 119 cas et 46 hospitalisations dans le nord-ouest de l’État. 

À eux deux, ces États totalisent plus de 4 000 cas de cyclosporose, ce qui en fait l'une des pires années pour cette infection. À ce jour, 31 États ont signalé des cas, certains faisant état de chiffres supérieurs à la normale. 

L’origine de l’épidémie demeure inconnue. Cyclospora a tendance à se propager davantage en été et a été détectée sur « divers produits frais, fruits et légumes », a dit Hedberg. 

Dans son HAN publié le 14 juillet, le CDC fait état de seulement 1 645 cas confirmés, dont 141 personnes hospitalisées. L'agence précise que 5 100 cas supplémentaires restent à confirmer. Hier, plus de 400 cas recensés dans le Michigan, l'Ohio, la Virginie-Occidentale et le Kentucky pourraient constituer un seul foyer épidémique, selon le CDC, ce qui signifie que les infections pourraient être liées à une source commune. 

Le défi du suivi de la cyclosporose

Lorsqu'ils enquêtent sur des intoxications alimentaires, comme celles causées par Salmonella, Listeria ou Escherichia coli O157, les experts en santé publique peuvent, grâce à un laboratoire, créer une culture, cultiver la bactérie et la sous-typer par séquençage du génome entier », explique Hedberg. Le CDC peut ensuite tracer le pathogène grâce à un système de surveillance en laboratoire appelé PulseNet.

« En cas d’épidémie à E. coli O157 ou à Salmonella touchant plusieurs États, de nombreux cas seront détectés par le système de surveillance des CDC via PulseNet », a dit Hedberg. « Si le CDC constate une épidémie en cours dans plusieurs États, ils coordonneront les enquêtes avec tous les États concernés. » 

Mais Cyclospora , dit-il, « est un peu différent ». 

« Cyclospora n’est pas un organisme que nous pouvons cultiver en laboratoire », a dit Hedberg. « Le sous-typage qui nous permettrait d’identifier les cas apparentés n’est pas facilement accessible. » 

Le CDC s'appuie sur un génotypage partiel pour relier les cas de cyclosporose, car « le génome du parasite est beaucoup plus complexe », a dit Gwen Biggerstaff, directrice adjointe de la Division des maladies d'origine alimentaire, hydrique et environnementale du CDC, lors d'un point de presse le 14 juillet 2026. 

Il y a souvent un délai dans la transmission des informations de l'État au CDC, ce qui peut compliquer les enquêtes.

« Comme nous l'avons constaté avec cette épidémie de Cyclospora, dans de nombreux cas, ces augmentations seront constatées au niveau de l'État avant que les données ne soient compilées au niveau national pour permettre à nos responsables fédéraux d'avoir une image claire de la situation », a dit Hedberg. 

Changements au sein du CDC et réponse à l'épidémie

L'an dernier, le réseau de surveillance active des maladies d'origine alimentaire (FoodNet) du CDC a réduit à deux le nombre d'agents pathogènes suivis : Salmonella et Escherichia coli producteurs de shigatoxine (STEC). La déclaration des cas de maladies dues à Campylobacter, Cyclospora, Listeria, Shigella, Vibrio et Yersinia via FoodNet est désormais facultative pour les États participants. Le réseau couvre 10 sites, où vivent environ 16 % de la population américaine. 

Certains ont émis l'hypothèse que ce changement au niveau fédéral contribue à la gravité de l'épidémie. Or, FoodNet n'a jamais été utilisé pour détecter les nouvelles maladies d'origine alimentaire. 

« FoodNet n’a pas vraiment de rôle à jouer dans l’identification systématique des épidémies de maladies à déclaration obligatoire au niveau national », a dit Hedberg. « Son objectif est plutôt de contribuer au suivi des tendances d’incidence de ces maladies afin de pouvoir observer d’une année sur l’autre si le nombre de cas augmente ou diminue, et ainsi mieux estimer la charge de morbidité associée à ces agents pathogènes. » 

La cyclosporose est une maladie à déclaration obligatoire auprès du CDC. En cas d'épidémie d'origine alimentaire, le groupe des maladies d'origine alimentaire et hydrique du CDC mène généralement l'enquête. « Ils sont vraiment très compétents », a dit Osterholm.

Cependant, comme Cyclospora est un parasite, c'est une autre unité du CDC qui mène l'enquête.

« Cette épidémie est gérée par le service des maladies parasitaires, composé de personnes relativement inexpérimentées pour ce type d'enquête », a ajouté Osterholm. 

Un examen approfondi est nécessaire pour stopper la propagation de Cyclospora

« Nous devons absolument redoubler d'efforts pour déterminer la source exacte de l'épidémie », a dit Hedberg. « Face à une telle épidémie, il s'agit d'une véritable urgence de santé publique, et les agences de santé publique étatiques, locales et fédérales doivent réagir en conséquence. » 

Que faire pour éviter l'infection ?

Il est difficile de dire aux gens ce qu'ils doivent faire lorsque la cause de l'épidémie reste inconnue.

« Nous ne disposons pas d'informations précises sur la source probable de la contamination. Par conséquent, formuler des recommandations très générales, comme celle d'éviter de consommer des fruits et légumes frais, risque de faire plus de mal que de bien », a dit Hedberg. « La grande majorité des fruits et légumes frais que l'on consomme ne sont pas la source du parasite. » 

En cas de diarrhée persistante ou sévère, il est conseillé de consulter un médecin. Il existe un test de dépistage de la cyclosporose et des traitements médicamenteux. 

« Il existe des traitements antibiotiques contre Cyclospora », a dit Hedberg. « Cela peut constituer un moyen important de limiter la durée de la maladie. »  

De plus, consulter un médecin augmente les chances que le cas soit comptabilisé dans les statistiques officielles. Les autorités sanitaires contacteront les personnes infectées, et leur participation à l'enquête est précieuse. 

« Toutes les informations dont nous disposons pour résoudre les épidémies proviennent des personnes directement concernées », a dit Hedberg. Les responsables de la santé publique analyseront « les habitudes alimentaires des personnes au cours des deux semaines précédant l'apparition des symptômes. Où ont-elles voyagé ? À quels autres risques ont-elles été exposées ? » 

MàJ du 17 juillet 2026

- Le Michigan signale 550 nouveaux cas d'infection par Cyclospora au 16 juillet 2026. Cela porte le total pour cet État à 4 312 cas. Source Food Safety News.
La FDA indique que la laitue iceberg servie chez Taco Bell est à l'origine d'une épidémie de cyclosporose touchant cinq États aux États-Unis. Source Food Safety Magazine.
MàJ du 18 juillet 2026. Pour Bill Marler, l'avocat bien connu aux États-Unis, et fondateur de Food Safety News, il s'agit de l'épidémie la plus importante de ces 50 dernières années.
On connait aussi le nom de l'exploitation agricole mise en cause dans cette épidémie liée à des laitues.
MàJ du 21 juillet 2026Après le retrait d'un test faussement positif, la FDA indique que la laitue de l'exploitation agricole, Taylor Farms, reste au cœur de l'enquête sur cyclospora. Source CIDRAP News.
MàJ du 24 juillet 2026. L'épidémie de cyclosporose liée aux laitues de chez Taylor Farms s'étend désormais à neuf États ; le CDC signale près de 2 000 cas, tandis que le nombre total de cas recensés par les États dépasse les 10 000 cas. Au moins 1 947 personnes infectées par Cyclospora et ayant fréquenté des établissements Taco Bell ont été signalées dans neuf États. Le Michigan et l'Ohio totalisent à eux deux plus de 10 000 cas de cyclosporose. La FDA enquête sur trois autres foyers épidémiques. Source FSM.

vendredi 26 juin 2026

La Cour Suprême des États-Unis donne raison au fabricant de Roundup

Je relaie bien volontiers l’article d’André Heitz paru sur son blog Agriculture, alimentation, santé publique... soyons rationnels , « Décision de la Cour Suprême des États-Unis d'Amérique sur le glyphosate et « information » selon l'AFP ».

Ce jeudi 25 juin 2026, la Cour Suprême des États-Unis d'Amérique a rendu un verdict attendu par les uns, redouté par les autres.

Prenons cet article du Monde qui a repris une dépêche de l'AFP : « Roundup : la Cour suprême des Etats-Unis donne raison à Bayer face aux milliers de plaintes pour risque de cancer ».

« Le géant allemand s’est félicité de la décision en faveur de son herbicide, à base de glyphosate, accusé d’être cancérigène et à l’origine de procès coûtant plus de 10 milliards de dollars au groupe. »

La décision a été prise par sept juges sur neuf. Il faudra voir ce qu'elle dit dans le détail. L'AFP écrit :

« La Cour suprême a cassé les décisions des juridictions inférieures. La loi fédérale prévoit que les avertissements sanitaires apposés sur les pesticides soient uniformes sur le territoire américain. »

Sous-entendu : les États fédérés ne peuvent pas imposer un étiquetage différent – à voir de plus près compte tenu notamment des exigences californiennes relatives aux produits « connus pour causer le cancer » – et, en tout cas, il ne saurait être reproché à un fabricant de produits phytosanitaires de ne pas avoir apposé un avertissement de danger non prévu par le système d'homologation fédéral.

L'AFP écrit :

« Or l’Agence fédérale de protection de l’environnement (EPA) n’impose pas d’avertissement en matière de cancer pour le Roundup, dans la mesure où elle ne considère pas le glyphosate comme cancérogène. La molécule reste très contestée. Elle est classée "cancérogène probable" par le Centre international de recherche sur le cancer de l’Organisation mondiale de la santé (OMS). »

Il y a une première subtilité dans le choix du verbe et de la position de la forme négative :

« [L'EPA] ne considère pas le glyphosate comme cancérogène » n'est pas la même chose que « l'EPA a établi que le glyphosate n'est pas cancérogène ».

La deuxième formule est plus exacte, mais il faut ajouter un bémol car « absence de preuve [de cancérogénicité] ne vaut pas preuve de l'absence [de cancérogénicité]. Cela se traduit par une formule souvent utilisée et difficile... à traduire.

Ainsi, « L'EPA a conclu que l'utilisation du glyphosate, conformément aux instructions figurant sur son étiquette actuelle, ne présente aucun risque préoccupant pour la santé humaine. L'EPA a également conclu qu'il était peu probable que le glyphosate soit cancérigène pour l'homme. »

Y a-t-il eu travail approximatif ou choix délibéré à l'AFP ? En tout cas, cela s'accorde parfaitement avec la « chute » : « La molécule reste très contestée. Elle est classée "cancérogène probable" par le Centre international de recherche sur le cancer de l’Organisation mondiale de la santé (OMS). »

Quel intérêt y avait-il à remettre une pièce dans le bastringue de la contestation et du dénigrement du glyphosate ?

Entretenir cette contestation et ce dénigrement, pardi !

Le Parisien (repris par MSN) a en quelque sorte succombé à la tentation avec un intertitre, « Une molécule très contestée ».

On ne fera pas l'injure à l'auteur de la dépêche (quoique...) d'affirmer qu'il ne sait pas que la décision du CIRC est, dans les faits, contestée par toutes les agences d'évaluation et d'homologation qui se sont prononcées sur le glyphosate, ainsi que, du reste, par l'OMS.

On ne sort décidément pas d'un écosystème médiatique qui pratique le matraquage médiatique.

Post scriptum

La décision de la Cour Suprême est ici (53 pages).

Voici la conclusion de la majorité :

« En ce qui concerne l’étiquetage des pesticides, la loi FIFRA [loi fédérale sur les insecticides, fongicides et rodenticides] exige "[l’]uniformité" et prévaut expressément sur les exigences d’étiquetage des États qui s’ajoutent aux exigences fédérales ou qui en diffèrent. § 136v(b). L’action intentée par M. Durnell au titre de la loi de l’État pour défaut d’avertissement impliquerait l’apposition d’un avertissement concernant le cancer sur l’étiquette du Roundup – une exigence "s’ajoutant à" et "différente de" l’étiquetage requis par l’EPA en vertu de la loi FIFRA. La loi FIFRA prévaut donc expressément sur l’action de M. Durnell. Nous annulons l’arrêt de la Cour d’Appel du Missouri et renvoyons l’affaire pour qu’elle fasse l’objet d’une nouvelle procédure qui ne soit pas incompatible avec le présent avis.
Il en est ainsi ordonné. »

Dans un autre article, « Monsanto remporte le procès sur l’étiquetage », il est rapporté ce qui suit :

« La Cour suprême a statué que les étiquettes exigées par l'Agence de protection de l'environnement du gouvernement fédéral sont suffisantes. »

Les étiquettes de l'EPA n'exigent aucune mention du risque de cancer.

La National Wheat Growers Association (Association nationale des producteurs de blé) a salué cette décision.

« Cette décision est une victoire pour les agriculteurs et l’ensemble de la communauté agricole », a déclaré Sam Kieffer, directeur général de la National Wheat Growers Association.

« Les agriculteurs comptent sur une réglementation claire, prévisible et fondée sur des données scientifiques, ainsi que sur un accès continu à des outils efficaces de protection des cultures. La décision d'aujourd'hui confirme que l'étiquette de l'EPA, basée sur un processus rigoureux d'examen scientifique, fait foi. La NAWG continue de soutenir un système réglementaire fondé sur des données scientifiques solides, la transparence et la cohérence. »

Un troisième article rapporte que « La Cour suprême statue que les réglementations de l'EPA prévalent sur les lois des États concernant les avertissements sanitaires relatifs aux pesticides. »

Enfin, pour Food Safety News, « La Cour suprême donne raison au fabricant de Roundup ».

La Cour suprême des États-Unis a tranché en faveur du fabricant de pesticides Bayer dans l'affaire Monsanto Company c. Durnell, statuant que la législation fédérale prévaut sur les poursuites engagées par des patients atteints de cancer qui imputent leur maladie au Roundup.

Le site donne la parole à l'organisation Food and Water Watch, « La Cour suprême accorde aux fabricants de pesticides une immunité contre les poursuites liées au cancer. »

A suivre ...