mardi 25 décembre 2018

Unilever achète une entreprise de fabrication de produits végétariens et végétaliens, une opération marketing ?


Il y a quelques années déjà, Gil Rivière-Wekstein publiait un livre sur Le bio, fausses promesses et vrai marketing

Faudra-t-il en faire un autre sur les produits étiquetés 'vegan' ? 

Y a-t-il là aussi de fausses promesses et assurément un vrai marketing, ce qui est certain, c'est qu'un mastodonte de l'agro-alimentaire, Unilever, prend date ...

Jim Romahn informe le 24 décembre 2018 sur son blog agri 007,« Unilever est l’une des plus grandes entreprises du secteur alimentaire au monde, connue pour son approche commerciale à long terme, va acheter une entreprise alimentaire végétarienne. »
Un communiqué d’Unilever du 19 décembre 2018 annonce « Unilever acquiert The Vegetarian Butcher. Quelque chose comme Le boucher végétarien …
L’acquisition s’inscrit dans la stratégie de Unilever d’étendre son portefeuille à des aliments à base de plantes plus sains et ayant un impact moindre sur l’environnement. Avec cette acquisition, Unilever répond à la tendance croissante des consommateurs à opter de plus en plus pour des repas végétariens et végétaliens. 
Pour The Vegetarian Butcher, l’acquisition est la prochaine étape de son ambition de devenir le ‘plus grand boucher du monde’. Jaap Korteweg, fondateur a dit, « Le réseau international d’Unilever dans 190 pays offre toutes les possibilités pour y parvenir. »Jaap Korteweg, éleveur de viande de la neuvième génération et grand amateur de viande, est devenu végétarien et a fondé The Vegetarian Butcher en 2007 pour répondre à son besoin de ‘viande’ de qualité, qui n’est pas produite à partir d’animaux. 
Les produits fabriqués par The Vegetarian Butcher sont vendus dans plus de 4 000 points de vente dans 17 pays. Selon Korteweg, l’acquisition est arrivée au bon moment. « Nous voulions franchir une nouvelle étape : conquérir le monde. Notre mission est de faire de la ‘viande’ à base de plantes la norme. Nous pensons qu'avec le réseau international d'Unilever, cette acquisition contribuera à accélérer notre mission. » 
Unilever et The Vegetarian Butcher ont commencé à travailler ensemble en 2016 lorsqu'ils ont lancé conjointement les « boulettes de viande végétariennes à la sauce satay » et des « boulettes de viande végétariennes à la sauce tomate », commercialisées sous la marque Unox. 
L’acquisition, qui a été annoncée, marque un pas en avant dans la marche d’Unilever vers un portefeuille comprenant davantage de produits à base de plantes. Actuellement, Unilever vend près de 700 produits portant le label V en Europe. Aux Pays-Bas, il s’agit des produits des marques Unox, Knorr, Hellmann, Conimex et Ben & Jerry. 
Pour Nitin Paranjpe, président de Foods & Refreshment Unilever : « The Vegetarian Butcher est une marque avec une mission claire, de nombreux ambassadeurs fidèles, une bonne clientèle sur les réseaux sociaux et une position forte sur le marché. La marque s’intégrera bien dans notre portefeuille de ‘marques avec un objectif », qui ont un impact social positif, sont mieux placées pour répondre aux besoins des consommateurs et se développent plus rapidement. Il est important de noter que cette acquisition nous aidera à accélérer notre cheminement vers plus d’aliments à base de plantes. » 
The Vegetarian Butcher emploie environ 90 personnes, qui devraient rester au sein de l'entreprise sous la propriété d'Unilever. L'acquisition est en cours pour une contrepartie non divulguée et devrait être finalisée avant la fin de 2018.
Selon The Guardian, L'acquisition d'une marque néerlandaise met en évidence la nécessité de conquérir le marché des substituts de viande.
Fondés par l'ancien éleveur Jaap Korteweg, les produits insolites de la marque néerlandaise - parmi lesquels des nuggets de « nochicken » et des « chickburgers », ont apparemment le même « goût et la même structure » que des galettes à base de poulet - lui ont valu un franc succès parmi les végétariens et les végétaliens ou vegans en anglais. 
Au Royaume-Uni, ses produits sont vendus principalement dans les magasins de produits de santé et chez Waitrose.L'accord intervient alors que les fabricants, les supermarchés et les restaurants se bousculent pour exploiter le marché naissant des végétaliens, qui s'est développé au fur et à mesure que de plus en plus de personnes abandonnent la viande pour des raisons de santé ou pour des raisons éthiques. 
On estime à 22 millions le nombre de « flexitariens » au Royaume-Uni, ceux qui aiment la viande mais ceux veulent réduire leur consommation. Le mois dernier, un hamburger à base de plantes « saignant » de la marque américaine Beyond Meat a fait ses débuts chez Tesco.
Il est assez curieux pour des végétariens ou des végétaliens d’utiliser des termes se rapportant à viande, boucher, boucherie végétarienne, goût bacon, merguez vegan, substitut de saucisse, steak, burger, etc., comme le rapporte cet amendement en France et adopté par les députés,
« Dans le cadre de l’examen du projet de loi agriculture et alimentation, les députés ont voté pour l’interdiction de commercialiser des produits d’origine végétale sous un nom évoquant un produit carné»
 « Un principe d’équivalence entre une saucisse pur porc et un « substitut de saucisse » végétarien est ainsi imposé au consommateur. »
Selon un arrêt de la cour de justice européenne
Les produits purement végétaux ne peuvent pas, en principe, être commercialisés avec des dénominations qui, telles les dénominations « lait », « crème », « beurre », « fromage » ou « yoghourt », sont réservées par le droit de l’Union aux produits d’origine animale. Cela vaut également si ces dénominations sont complétées par des mentions explicatives ou descriptives indiquant l’origine végétale du produit en cause. Il existe toutefois une liste d’exceptions.
De plus le fondateur se présente souvent en vêtement de boucher, alors ... argument marketing ou vide juridique ?

Dès lors on peu se poser la question : la marque « The Vegetarian Butcher » pourra-t-elle utilisée en France ou dans l’UE ?

NB : Même le nouveau logo d'Unilever se veut aussi à l'image de ses nouveaux produits ... vous avez dit marketing ...



Complément du 11 mai 2019. On lira dans Le Figaro.fr  la tribune de Mathieu Bock-Côté, Contre le radicalisme vegan.  

Complément du 23 juin 2019La viande artificielle serait « Une menace pour l’élevage (selon un sondage) », source La France Agricole.

La sécurité des aliments est-elle une variable d’ajustement de la politique économique de la France ?


Permettez-moi de prendre pour exemple, à propos des avis de rappel, ce que faisait dire Edmond Rostand à Cyrano de Bergerac dans la célèbre tirade du nez,
Descriptif : « C’est un roc ! … c’est un pic ! … c’est un cap !Que dis-je, c’est un cap ? … C’est une péninsule ! »
Eh, oui, c’est une explosion de rappels auxquels nous avons assisté en 2018, le pire c’est que s’est déroulé dans le plus grand anonymat, plus de 332 avis de rappel au 24 décembre 2018 contre 192 pour l’année 2017 !
Ces informations sont fournies par le site privé Oulah!, car, hélas, aucune autorité sanitaire ne diffuse l’intégralité des avis de rappel, pas même les associations de consommateurs, et encore moins les distributeurs et les entreprises alimentaires … un vrai fiasco !
La question n’est pas de savoir, encore que cela ait son importance, comment cela est arrivé, une réglementation tatillonne, un professionnalisme qui s’étiole, des analyses coûteuses, même le bio, si sain pour certains, n’échappe pas à la règle, la question donc est désormais, ferons-nous  mieux en 2019 ?

Certainement, si la politique en matière de sécurité des aliments en France n’évolue pas dans le bon sens …

Et combien de maladies infectieuses d’origine alimentaire à la clé … nous ne le saurons pas avec précision, sauf à lire les données publiées en janvier 2018 par l’InVS sur l’impact global sur la santé humaine en France, voir à ce sujet, « Estimation de la morbidité et de la mortalité liées aux infections d’origine alimentaire en France métropolitaine, 2008-2013 ».

Les données des toxi-infections alimentaires collectives, longtemps l’alpha et l’oméga en France, ne recouvrent que la partie émergée de l’iceberg …

L’Anses indique même qu’« Il convient donc de ne pas considérer les chiffres de déclaration infra comme une approche fiable de l’incidence des TIAC et de nuancer les éléments chiffrés à la lueur de cette sous-déclaration, … »

Quel coût pour nos entreprises alimentaire et quel gâchis alimentaire pour notre société …

Une mauvaise nouvelle n’arrivant jamais seule, le réseau d’alerte rapide pour les denrées alimentaires et les aliments pour animaux (RASFF), qui se veut « un outil essentiel pour assurer la circulation de l’information et permettre une réaction rapide lorsque des risques pour la santé publique sont détectés dans la chaîne alimentaire. », nous indique que les produits alimentaires d’origine France ont fait l’objet de 215 notifications contre 133 notifications en 2017.  

Nous sommes largement en tête des pays de l’UE en termes de notifications, ce n’est pas de l’industrie-bashing ou de l’agro-bashing, mais une triste réalité qui ne m’enchante guère …

Cette dégradation est lente et constante depuis des années et va de pair avec la baisse constante des inspections et des contrôles et des meilleurs plans de surveillance à améliorer en sécurité de aliments en France … des rapports indépendants sur les causes des problèmes sont presque annuellement publiés et sont aussitôt oubliés en raison de l’autisme de nos pouvoirs publics …

Un rapport de la Commission européenne de septembre 2018 a montré que « certaines causes ont été attribuées au taux élevé de rotation du personnel chez les exploitants du secteur de l’alimentation humaine et animale – lequel est souvent caractérisé par de faibles salaires et peu propice à la continuité des bonnes pratiques en matière d’hygiène – au manque de formation des exploitants du secteur alimentaire et/ou à la méconnaissance des exigences. »

Comment revenir aux fondamentaux de la sécurité des aliments ?

D’abord, en se (re)mettant au travail et même le rapport précité signale à juste titre,
… la Commission constate également des signaux clairs des États membres qui indiquent que les ressources en personnel affectées aux contrôles sont de plus en plus limitées et que toute nouvelle réduction des effectifs risque d’influer négativement sur les niveaux et la qualité des contrôles ainsi que sur la capacité à réagir aux situations d’urgence.
Mais en même temps ce même rapport indique la marche à suivre :
… les États membres devraient chercher à traiter la question au moyen de nouveaux systèmes informatiques, de la réorganisation et de l’optimisation des procédures, entre autres. 
Pourtant, des cas de non-conformité existent dans les domaines suivants:
les exigences opérationnelles, structurelles ou relatives aux équipements en matière d’hygiène; l’analyse des risques et la maîtrise des points critiques (HACCP); l’étiquetage des denrées alimentaires et des aliments pour animaux; les additifs dans les aliments pour animaux; l’insuffisance ou l’absence d’archivage des données et la contamination microbiologique. 
Mais comment interpréter ce que demande ce rapport ?
La réduction des ressources et des dépenses publiques dans tous les États membres constitue le principal moteur des efforts en faveur de l’amélioration de l’efficacité. 

Voilà où nous en sommes et contrairement à ce que prétend l’actuel ministre de l’agriculture, la solution ne viendra pas de Bruxelles …
S'agissant de la gouvernance de la sécurité sanitaire des aliments, le Gouvernement entend porter plusieurs propositions au niveau européen. La première est de proposer la création d'une force européenne d'enquête et de contrôle pour lutter contre les fraudes en sécurité sanitaire des aliments qui avaient été à l'origine par exemple de la contamination des œufs par le fipronil en 2017. 
Le bla-bla-bla, c’est bien, mais qu’en est-il précisément pour la France, on ne le saura pas !

J’avais pensé un temps que l’Anses jouerait un rôle de vigie (voir ma lettre au Père Noël) mais je ne vois rien venir …

Autre aspect avec cet article de Joe Whitworth, qui a eu la bonne idée de lister les principaux rappels (liste non exhaustive) en Asie et en Europe dans Food Safety News, « Europe, Asia posted recalls for products from infant formula to beer ».
Parmi ces rappels importants, certains ont été diversement pris en compte en France :
  • Listeria dans des légumes surgelés produits par Greenyard
107 pays ont été concernés. Les premiers rappels en France ont eu lieu dès le 5 ou le 6 juillet 2018, et Lidl France a diffusé le premier avis de rappel le 6 juillet 2018 ; c’est bien avant la DGCCRF qui n’a publié un communiqué que le 11 juillet 2018, de facture assez classique, et dont le contenu ne trompe personne : Rappel de légumes surgelés en provenance de Hongrie : la DGCCRF surveille la bonne application de la procédure par les entreprises françaises.
Notons que l’EFSA avait donné l’alarme par un communiqué du 22 mars 2018 (voir cet article ici)
  • Salmonella dans la préparation pour nourrissons de chez Lactalis
Sur ce sujet, plusieurs articles ont été publiés par le blog (1, 2, 3), mais notons que cela a donné lieu à un nouvel épisode de la « guerre des polices », voir cet article ici.
  • Stella Artois et Heineken font des rappels de bière
Une alerte au RASFF de l’UE par la Belgique a eu lieu le 22 novembre 2018 pour bris de verre de bouteilles de bière, référence 2018.0901, dans près de 50 pays. Pas d’information en France de la part de nos autorités, pourtant le produit a été distribué dans notre pays.
  • Emballage de café Illy défectueux
  • Rappel de produits sans gluten en raison de présence de gluten
La DGCCRF a informé de quatre rappels en France alors que le site Oulah! en a signalé 10 en 2018.
  • Plastique présent dans les lettres en chocolat
J’avais indiqué ce qu’il fallait pensé de ce rappel dans Rappel d’un produit alimentaire éparpillé façon puzzle au sein de l’UE ! Cela étant, pas d’informations sur les sites de nos autorités sanitaires en France …
  • Rappel de tahini en Europe
La DGCCRF a informé de ce rappel le 18 décembre 2018 mais la Belgique l’a fait le 28 novembre 2018, suite à une notification via le système d'alerte rapide RASFF.

Le blog en avait parlé dans Rappel de tahini bio de marque Achva pour cause de présence de Salmonella en France. Ce même produit a déjà fait l’objet d’une investigation en Israël, Canada et Etats-Unis depuis trois semaines, étonnant, non ?

Beaucoup de travail vraiment beaucoup de travail sera nécessaire avant de redresser la pente sur laquelle nous sommes engagés ...