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lundi 2 novembre 2026

France : le nombre de rappels de produits alimentaires importe moins que le nombre de personnes qui tombent malades

La mémoire du blog signale que des rappels de produits alimentaires existaient bien avant la mise place de RappelConso. Il n’y avait à l’époque que des estimations, car le nombre de rappels était, semble-t-il, un secret défense.

Toujours est-il qu’on arrivait à avoir quelques données, ainsi, 332 avis de rappel en 2018 versus 133 en 2017 (+ 59 %), 354 en 2019 et 997 en 2020.

Le blog citait les données diffusées par le site internet Oulah! de Franck Valayer, qui hélas, n’existe plus aujourd’hui, un ancêtre sans doute du nouveau site (et de l’application) alerte-conso …

Le mois d’octobre 2026 a apporté son lot conséquent de rappels, un peu plus de 200, dès lors il est utile de signaler que l’année 2026 se terminera avec plus de 2 000 rappels de produits alimentaires au compteur !

Quelques chiffres

- Janvier, 97
- Février, 181
- Mars, 220
- Avril, 215
- Mai, 158
- Juin, 159
- Juillet, 253
- Août, 173
- Septembre, 189
- Octobre, 204

Comme vu ici, les données des rappels de produits alimentaires, selon le site des données du ministère de l’économie, se présentent désormais comme suit,

- 3 243 en 2021 (de mars à décembre 2021)
- 2 441 en 2022
- 2 022 en 2023
- 2 086 en 2024
- 2 323 en 2025
- 1888 en octobre 2026

Alors à la question récurrente pourquoi tant de rappels surtout eu égard à nos voisins européens ?

Le nombre de rappels est effectivement très important, mais il est le reflet d'un thermomètre français devenu extrêmement sensible et d'une obligation de tout afficher, là où d'autres pays européens cassent le thermomètre ou cachent une partie des données sous le tapis.

En effet, face à des exigences réglementaires plus strictes et à une moindre tolérance aux risques pour la sécurité des aliments, les entreprises sont incitées à prendre des mesures de rappel plus proactives dès l'identification de problèmes potentiels.

En France, il a aussi le modèle de la "fiche" ...

Si un industriel distribue un fromage contaminé dans 15 chaînes de supermarchés différentes (Leclerc, Carrefour, Auchan, etc.), RappelConso va souvent publier 15 fiches de rappels distinctes adaptées à chaque distributeur pour que le consommateur s'y retrouve. Les chiffres gonflent ainsi de manière artificielle, selon alerte-conso.

En matière de sécurité des aliments, les rappels ne constituent pas toute l'histoire …

En effet, le nombre de rappels de produits alimentaires importe moins que le nombre de personnes qui tombent malades. Ainsi, les toxi-infections alimentaires collectives qui ont atteint un ‘record’, selon Santé publique France, depuis trois ans, sans oublier aussi les maladies infectieuses d’origine alimentaire …

- 2024, 2 096 TIAC affectant 20 045 personnes

- 2023, 2 231 TIAC affectant 22 282 personnes,
- 2022, 1 924 TIAC affectant 16 763 personnes
- 2021, 1 309 TIAC affectant 11 056 personnes
- 2020, 1 010 TIAC affectant 6 814 personnes
- 2019, 1 783 TIAC affectant 15 641 personnes

Selon Santé publique France,

En 2022, le nombre de TIAC notifiées est le plus élevé enregistré depuis la mise en place de la surveillance en 1987 et dans la continuité de la tendance à la hausse observée avant la pandémie de Covid-19. Il a dépassé la hausse déjà constatée en 2019 après une diminution en 2020-2021, très certainement liée avec la mise en place de mesures de distanciation physique et de l’application des gestes barrières pendant la pandémie.

C’est donc une tendance à la hausse qui vient de loin.

Le mutisme de la DGAL et de l’Anses vis-à-vis de ces résultats n’est pas de bon augure pour savoir comment réduire ce fléau des TIAC. Pas d’objectif défini, mais du chiffre, toujours plus de chiffre d’inspections en sécurité des aliments, mais pas de ligne directrice  ...

dimanche 6 septembre 2026

Les clostridia sporulés, des bactéries pathogènes souvent négligés dans la réutilisation des eaux usées

« Les clostridia sporulés : des déterminants souvent négligés du risque microbien dans les systèmes de réutilisation des eaux usées », source article paru dans Applied and Environmental Microbiology.

Résumé

L'utilisation d'eaux usées municipales traitées pour l'irrigation des cultures constitue une stratégie clé pour lutter contre la pénurie d'eau induite par la sécheresse. Toutefois, les normes actuelles de valorisation des eaux usées sous-estiment systématiquement les risques liés aux pathogènes sporulés. Comme le souligne une récente mini-synthèse publiée par A. Mrozinski, C. Le Maréchal et E. Topp dans la revue Applied and Environmental Microbiology (92:e00173-26, 2026) Clostridioides difficile et Clostridium perfringens survivent aux procédés de désinfection conventionnels, persistent indéfiniment dans les sols agricoles et sont porteurs de gènes critiques de résistance aux antibiotiques. Afin de garantir la sécurité des aliments et de protéger la santé publique, les cadres réglementaires doivent évoluer : ils ne doivent plus se fonder uniquement sur les indicateurs bactériens végétatifs classiques, mais inclure la surveillance des pathogènes sporulés résistants.

La récente mini-synthèse de Mrozinski et al. aborde spécifiquement cette question et résume de manière concise un corpus croissant de travaux démontrant que les pathogènes sporulés persistants, tels que Clostridioides difficile et Clostridium perfringens, représentent une menace importante et sous-estimée, que les pratiques actuelles de traitement des eaux usées ne parviennent pas à éliminer efficacement. En raison de différences biologiques fondamentales par rapport aux micro-organismes indicateurs actuels, ces pathogènes sporulés, aisément isolables à partir des eaux usées brutes (et traitées), présentent un avantage considérable pour survivre aux procédés de traitement et de désinfection en vigueur, lesquels réduisent pourtant efficacement d'autres indicateurs courants tels que les coliformes fécaux, Escherichia coli et Salmonella. Suite à la réutilisation des eaux usées traitées pour l'agriculture (irrigation), les spores de C. difficile et de C. perfringens persistent et peuvent s'accumuler dans les sols lors d'épandages répétés, tout en étant susceptibles d'être transportées vers les environnements voisins. Certaines cultures se développant près du sol ou dans le sol, comme les légumes-feuilles ou les légumes-racines, présentent un risque de contamination particulièrement élevé : les spores survivent au lavage initial lors de la transformation alimentaire, contaminent les chaînes de production et finissent par exposer et infecter les humains ou d'autres animaux.

Solutions proposées : appel à l’action destiné aux communautés scientifiques et réglementaires

Mrozinski et al. fournit une base solide pour repenser la manière dont les pathogènes sporulés sont évalués et pris en compte dans les systèmes de réutilisation des eaux usées. Clostridioides difficile et Clostridium perfringens sont persistants, mobiles et adaptables, un risque que les cadres de surveillance actuels ne saisissent pas de manière adéquate. À l'avenir, la communauté scientifique devra impérativement développer des outils de surveillance spécifiques aux Clostridia pathogènes toxinogènes, affiner les modèles d'évaluation des risques et produire les données mécanistes nécessaires pour étayer des politiques fondées sur des preuves. Les autorités réglementaires et les gestionnaires de ressources en eau, tant en Europe que dans le reste du monde, ont besoin de ces informations pour renforcer les directives relatives à la réutilisation des eaux et intégrer la surveillance des pathogènes sporulés aux contrôles de routine. En agissant sur ces priorités, les chercheurs et les décideurs peuvent contribuer à garantir que la réutilisation des eaux usées favorise le développement agricole sans compromettre la sécurité des aliments, ni la santé humaine et animale.