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samedi 3 octobre 2026

L’EFSA définit ses besoins scientifiques en matière de préparation réglementaire et d’évaluation des risques

« L’EFSA définit ses besoins scientifiques en matière de préparation réglementaire et d’évaluation des risques », source Food Safety Magazine.

Le 29 septembre, l’Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA) a publié un document décrivant les capacités scientifiques et les investissements nécessaires pour suivre le rythme de l’innovation dans le système alimentaire, des risques émergents et de l’évolution des politiques de l’UE, tout en permettant une évaluation des risques efficace et efficiente.

Ce document identifie les besoins scientifiques selon six axes interdépendants :

1. Innovation et compétitivité
2. Progrès méthodologiques et techniques
3. Durabilité et approche « Une seule santé »
4. Préparation et réponse rapide
5. Communication des risques et sciences sociales
6. Intelligence artificielle (IA) et données.

Ce document vise à alimenter la future stratégie 2034 de l’EFSA et les discussions lors de la conférence de l’agence, Safe Food, One Future (ou Des aliments sûrs, un avenir pour tous), qui se tiendra du 29/09 au 01/10/2027 à Parme, Italie.

Défis réglementaires liés à l'innovation alimentaire

L'EFSA a mis en lumière plusieurs domaines où l'innovation engendre de nouveaux défis en matière de réglementation, notamment les aliments issus de cultures cellulaires, la fermentation de précision, l'agriculture moléculaire végétale, les produits à base de microbiote, les biopesticides, les bactériophages, les nouvelles techniques génomiques (NGT), l'économie circulaire des aliments pour l'alimentation humaine et animale, les nouveaux matériaux en contact avec les aliments et les systèmes agricoles émergents.

Parmi les défis spécifiques décrits dans le document figurent l'évaluation des produits à base de cellules animales cultivées, des additifs alimentaires innovants, des biopesticides, ainsi que des nouveaux matériaux recyclés en contact avec les aliments et des technologies de recyclage.

L'EFSA a également souligné des lacunes scientifiques concernant l'allergénicité et la sécurité des protéines, les microbiomes, l'évaluation des risques environnementaux et les risques potentiels pour la santé associés aux microplastiques et nanoplastiques.

L'agence a indiqué que des méthodes d'évaluation des risques adaptées seront nécessaires pour traiter les nouveaux produits, les matériaux avancés, les nouvelles données probantes et les scénarios impliquant de multiples dangers.

Appel à des progrès dans les nouvelles approches méthodologiques, la science de l'exposition et l'évaluation probabiliste des risques

L'EFSA a identifié des besoins continus en matière de recherche et d'investissement concernant les nouvelles approches méthodologiques (NAMs), susceptibles de faciliter la transition vers l'abandon des tests sur les animaux. Malgré les progrès réalisés, l'EFSA a indiqué que les méthodes alternatives isolées sont insuffisantes pour une évaluation complète des dangers. Des travaux supplémentaires sont nécessaires sur les batteries de tests intégrées, les méthodes toxicocinétiques, les chemins menant à des effets néfastes de façon quantitative (qAOP pour quantitative adverse outcome pathways), les approches omiques et l'intégration de nouveaux types de données et de preuves dans l'évaluation réglementaire des risques.

Le document appelle également à des progrès dans la science de l'exposition, notamment une meilleure intégration de la biosurveillance humaine, de l'exposition agrégée, des informations sur l'exposome, de la modélisation de l'exposition tout au long de la vie et du dépistage non ciblé.

De plus, l'EFSA a déclaré que les approches probabilistes pourraient améliorer les évaluations de l'exposition combinée à plusieurs substances chimiques et d'autres scénarios d'exposition complexes pour lesquels les approches basées sur des seuils sont insuffisantes.

Une seule santé, surveillance et risques liés au climat pour la sécurité des aliments

L'EFSA a identifié la coopération « Une seule santé » comme un autre élément important de la préparation réglementaire future. Les domaines nécessitant des investissements supplémentaires incluent la résistance aux antimicrobiens (RAM), les microbiomes, les biomarqueurs d'effet, le bien-être animal, les maladies vectorielles, la surveillance intégrée, l'évaluation des risques environnementaux et le changement climatique.

Par exemple, l'EFSA a préconisé le développement de systèmes de surveillance interopérables et étendus, capables d'intégrer les informations de différents secteurs et de les diffuser suffisamment rapidement pour faciliter l'émission d'alertes. L'EFSA a également identifié la nécessité de mieux quantifier les effets du changement climatique sur la sécurité des aliments, notamment ses impacts sur les aflatoxines et la propagation des maladies vectorielles.

L'EFSA a indiqué que la préparation future devrait progressivement passer d'une réponse réactive aux crises à un modèle anticipatif et systémique. Parmi les capacités proposées figurent la veille stratégique assistée par l'IA, l'apprentissage automatique et le traitement automatique du langage naturel, les systèmes d'alerte précoce, la prospective par scénarios, la modélisation prédictive et les jumeaux numériques (digital twins) pour simuler les vulnérabilités des systèmes alimentaires.

L'EFSA envisage une évaluation des risques pilotée par l'humain et assistée par l'IA

L'IA et les données occupent une place prépondérante dans la vision de l'EFSA pour l'avenir de la science réglementaire. L'agence a déclaré qu'elle devrait passer d'une évaluation des risques largement basée sur des documents à un modèle piloté par l'humain et s'appuyant sur l'IA, dans lequel l'autorité scientifique reste entre les mains des experts, des groupes d'experts, du personnel et des structures de gouvernance responsables de l'EFSA.

Dans un tel modèle, l'IA pourrait appuyer des tâches telles que la formulation du problème, les recherches bibliographiques, la recherche et le tri des preuves, l'extraction de données, l'évaluation critique, la synthèse des preuves, l'analyse de l'incertitude, l'examen des dossiers, la rédaction et les contrôles de qualité. L'EFSA a souligné que l'IA viendrait appuyer, et non remplacer, le jugement scientifique.

L'EFSA envisage également de passer des avis scientifiques au format PDF à des dossiers d'évaluation des risques structurés et lisibles par machine, contenant des preuves et des données et des références aux modèles, des informations sur l'incertitude, des liens de traçabilité, des étapes de validation humaine et des résultats réutilisables.

L'EFSA a conclu que le maintien de l'excellence scientifique et de la préparation réglementaire nécessiterait une recherche et une innovation soutenues en matière de méthodes, d'infrastructures de données, d'expertise spécialisée, de renforcement des capacités, de partenariats et d'engagement dans la recherche. Selon l'EFSA, l'intégration de ces capacités pourrait permettre de fournir des avis scientifiques plus rapides et davantage tournés vers l'anticipation, tout en préservant la rigueur scientifique, la transparence et la confiance du public.

Crédit image : Magnific.

jeudi 24 septembre 2026

La FAO expose les risques de la pollution plastique pour la sécurité des aliments et préconise une approche Une seule santé

« La FAO expose les risques de la pollution plastique pour la sécurité des aliments et préconise une approche « Une seule santé » (One Health) », source Food Safety Magazine.

Ce qu'il faut retenir

La pollution plastique peut se propager au sein des systèmes agroalimentaires, engendrant des risques interconnectés pour la sécurité des aliments. Les microplastiques et nanoplastiques (MNPs) ainsi que les substances chimiques associées aux plastiques peuvent contaminer les sols, les cultures, les animaux et les denrées alimentaires ; par ailleurs, les particules de plastique peuvent favoriser la colonisation microbienne, la formation de biofilms et la propagation d'agents pathogènes ainsi que de gènes de résistance aux antimicrobiens (RAM).

L'exposition humaine peut survenir par le biais de l'alimentation et des matériaux en contact avec les aliments, mais d'importantes incertitudes subsistent. Plus de 16 000 substances chimiques ont été identifiées dans les plastiques ; un quart d'entre elles sont considérées comme dangereuses et 66 % ne font l'objet d'aucune classification officielle de dangerosité. Parallèlement, les conséquences pour la santé de l'exposition actuelle aux MNPs via l'alimentation restent mal connues.

La FAO a appelé à l'adoption d'une approche « Une seule santé » prenant en compte les plastiques tout au long de leur cycle de vie. Les experts ont souligné la nécessité de renforcer la surveillance et la coordination intersectorielles, de prévenir et réduire la pollution plastique, et d'évaluer rigoureusement la sécurité des solutions de remplacement, notamment les plastiques biosourcés et biodégradables.

L'Organisation des Nations Unies pour l'alimentation et l'agriculture (FAO) a publié une note technique examinant la manière dont la pollution plastique circule dans les systèmes agroalimentaires et crée des risques interconnectés pour la sécurité sanitaire des aliments ainsi que pour la santé humaine, animale, végétale et environnementale.

La publication intitulée, Plastic Pollution in Agrifood Systems and One Health: Impact Pathways and Policy Implications (La pollution plastique dans les systèmes agroalimentaires et l'approche « Une seule santé » : voies d'impact et implications politiques), applique le concept Une seule santé pour illustrer comment les plastiques et les polluants associés peuvent circuler entre les sols, les cultures, les animaux, les aliments, les populations humaines et l'environnement. Ce document a été élaboré à la suite d'un atelier organisé en novembre 2025 par la FAO.

Des millions de tonnes de plastiques utilisés dans les systèmes agroalimentaires

La FAO a relevé que les plastiques sont utilisés tout au long des chaînes de valeur agroalimentaires, notamment pour les films agricoles, les paillis, les bâches de serres, les engrais enrobés, les films d'enrubannage pour l'ensilage, les conteneurs de stockage, les équipements de transformation et les emballages alimentaires. On estime que 13,4 millions de tonnes de plastiques agricoles sont utilisées chaque année, auxquelles s'ajoutent 37,3 millions de tonnes pour les emballages alimentaires. L'utilisation de plastiques agricoles devrait atteindre 19 millions de tonnes d'ici 2040, tandis que la demande en emballages devrait augmenter de 38 % sur la même période.

Parallèlement, les systèmes agroalimentaires peuvent être contaminés par une pollution plastique provenant de l'extérieur du système alimentaire via les eaux usées, le ruissellement, les dépôts atmosphériques, l'eau d'irrigation contaminée et les amendements du sol.

Microplastiques et substances chimiques : des préoccupations pour la sécurité des aliments (formation de biofilms, résistance aux antimicrobiens)

La note d'information a décrit quatre voies illustrant comment la pollution plastique peut entraîner des effets en cascade selon l'approche Une seule santé :
1. Impacts via les sols
2. Risques pour les animaux dans les environnements terrestres et aquatiques
3. Exposition humaine et rétroactions du système
4. Pressions sur le climat et la nature.

Dans les sols agricoles, les microplastiques et nanoplastiques (MNPs) peuvent affecter la structure du sol, le microbiote ainsi que les cycles des nutriments et du carbone. La publication a cité des données montrant que les plantes peuvent absorber des MNPs et des substances chimiques associées aux plastiques (par exemple, les substances per- et polyfluoroalkylées [PFAS], les bisphénols, les phtalates, les retardateurs de flamme, etc.) par leurs racines, y compris dans les tissus comestibles destinés à la consommation humaine et animale.

De plus, des microplastiques ont été détectés chez plus de 1 300 espèces animales, et des produits d'origine animale terrestre se sont révélés en contenir à la suite de l'exposition du bétail. La FAO a indiqué que ces voies d'exposition ont des implications potentielles pour la contamination de la chaîne alimentaire, la sécurité des aliments et la propagation de la résistance aux antimicrobiens (RAM).

De nouvelles données montrent que la pollution plastique peut aggraver les risques microbiologiques liés à la sécurité sanitaire des aliments. Les MNPs peuvent offrir des surfaces propices à la colonisation microbienne et à la formation de biofilms, facilitant potentiellement le transfert horizontal de gènes ainsi que la persistance et la propagation d'agents pathogènes et de gènes de résistance aux antimicrobiens.

Exposition humaine à des milliers de substances chimiques encore mal connues

L'exposition humaine peut survenir par le biais d'aliments contaminés, de la migration de substances depuis des matériaux en contact avec les aliments, de l'inhalation, du contact cutané et d'expositions professionnelles. Plus de 16 000 substances chimiques ont été identifiées dans les plastiques, dont un quart est considéré comme dangereux en raison de leur persistance, de leur bioaccumulation, de leur mobilité et/ou de leur toxicité. Parmi les substances chimiques connues, 66 % ne font l'objet d'aucune classification officielle de danger de la part des organismes de réglementation ou de l'industrie.

La publication a également noté que des MNPs ont été identifiés dans plusieurs groupes d'aliments et dans des tissus humains. De nouvelles données suggèrent des liens possibles avec des altérations du microbiome, des réponses inflammatoires et immunitaires, des lésions tissulaires et une toxicité pour la reproduction. Toutefois, la FAO a souligné qu'il subsiste des incertitudes quant aux conséquences pour la santé et la sécurité sanitaire des aliments des niveaux actuels d'exposition alimentaire, en partie parce que les études expérimentales pourraient ne pas refléter fidèlement l'exposition o particules de plastique (micro- et nanoplastiques) altérées par les conditions environnementales.

La FAO appelle à une approche Une seule santé (One Health) face à la pollution plastique

Pour traduire les données probantes en politiques, les auteurs ont identifié quatre axes d'action :
1. Établir une base de données probantes commune à tous les secteurs
2. Co-concevoir des solutions avec les communautés concernées
3. Coordonner les actions entre les politiques et les accords internationaux
4. Réviser continuellement les politiques à mesure que les connaissances scientifiques évoluent.

La note d'orientation suggérait notamment que les plateformes nationales Une seule santé pourraient intégrer la surveillance des aspects environnementaux, de la sécurité des aliments, de la santé vétérinaire et de la santé publique. Ces plateformes pourraient également renforcer les normes relatives aux microplastiques et aux substances chimiques associées aux plastiques dans les aliments, tout en améliorant la surveillance de la contamination plastique des sols et des eaux.

Les alternatives biosourcées ne sont pas nécessairement plus sûres que les plastiques conventionnels

La FAO a également mis en garde contre l'idée reçue selon laquelle les plastiques biosourcés ou biodégradables constitueraient intrinsèquement des alternatives plus sûres. Les données disponibles n'ont pas encore démontré que ces matériaux sont nécessairement meilleurs pour l'environnement en termes de toxicité et de dégradation ; par ailleurs, les matériaux de substitution peuvent contenir des substances chimiques dangereuses. Les auteurs ont appelé à réaliser des évaluations toxicologiques et environnementales rigoureuses de ces matériaux de remplacement et ont souligné la nécessité d'intégrer des garanties de sécurité sanitaire des aliments dans les démarches d'économie circulaire, afin d'éviter que des contaminants ne soient réintroduits dans des applications en contact avec les aliments.

En conclusion, les auteurs estiment que la gestion des déchets plastiques en fin de cycle ne suffira pas à résoudre le problème. La publication préconise plutôt de prévenir et de réduire la pollution plastique tout au long du cycle de vie des plastiques, en s'appuyant sur une surveillance renforcée, une coordination intersectorielle et une évaluation des alternatives, afin d'éviter de déplacer les risques vers d'autres maillons du système alimentaire.

lundi 21 septembre 2026

Surfaces antimicrobiennes pour emballages alimentaires réutilisables, selon une étude complète sur le sujet

« Surfaces antimicrobiennes pour emballages alimentaires réutilisables : un examen complet de leur fonctionnalité et de leur adéquation » est un article de 36 pages, en accès libre, paru dans Comprehensive Review in Food Science and Food Safety.

Cet article vise à passer en revue les différentes stratégies de fabrication de surfaces antimicrobiennes, à évaluer leur pertinence pour les applications d'emballages réutilisables et à mettre en lumière les lacunes actuelles des connaissances, tout en identifiant des pistes de recherche futures.

Etant donné la longueur de l’article, je ne vous propose que le résumé et la conclusion.

Résumé

Avec l'entrée en vigueur, en février 2025, du règlement européen relatif aux emballages et aux déchets d'emballages, les systèmes d'emballages plastiques réutilisables suscitent un intérêt croissant en tant qu'alternative plus circulaire et durable aux plastiques à usage unique. Toutefois, un obstacle majeur à leur adoption à grande échelle réside dans la difficulté à garantir une désinfection efficace après chaque réutilisation. Le risque de contamination croisée entre les cycles d'utilisation présente un risque de maladies d'origine alimentaire, susceptible d'éroder la confiance des consommateurs et de les dissuader d'utiliser ces systèmes. Les surfaces antimicrobiennes constituent une solution prometteuse pour renforcer la sécurité microbiologique et améliorer la nettoyabilité des emballages réutilisables. Ces surfaces sont conçues pour inhiber la croissance et la survie des micro-organismes tels que les bactéries, les virus et les champignons, responsables de la détérioration des aliments et des maladies d'origine alimentaire. Leur intégration dans les systèmes d'emballage pourrait potentiellement renforcer la confiance des consommateurs et accélérer l'adoption de ces systèmes en facilitant la désinfection et en réduisant le risque de contamination croisée microbienne. Il existe différentes stratégies de fabrication de surfaces antimicrobiennes, que l'on peut globalement classer en approches chimiques et physiques, chacune présentant des avantages et des limites spécifiques dans le contexte de l'emballage alimentaire. Cette étude examine de manière critique la fonctionnalité de ces types de surfaces et évalue leur potentiel pour les applications d'emballage alimentaire réutilisables.

Conclusion

Les surfaces antimicrobiennes représentent une stratégie prometteuse pour améliorer la sécurité microbiologique et la durée de conservation des produits alimentaires conditionnés dans des emballages réutilisables. Leur intégration pourrait renforcer l'engagement des consommateurs et accélérer l'adoption de ces emballages en facilitant une décontamination et une désinfection efficaces, réduisant ainsi le risque de contamination croisée par des agents pathogènes d'origine alimentaire. En inhibant la croissance et la survie des micro-organismes responsables de l'altération des aliments et des maladies, les surfaces antimicrobiennes offrent une garantie supplémentaire que les aliments sont livrés dans un environnement sûr et hygiénique.

Comme évoqué tout au long de cette étude, plusieurs stratégies permettent de fabriquer des surfaces antimicrobiennes sur divers matériaux. Les surfaces fonctionnalisées, supermouillables et intelligentes, ou « à libération contrôlée », généralement obtenues par revêtement chimique ou incorporation d’agents antimicrobiens, ont démontré une forte efficacité contre un large éventail d’espèces microbiennes. Cependant, leur application dans les emballages alimentaires soulève des préoccupations majeures, notamment la migration potentielle de composants toxiques dans les aliments, les répercussions sur le recyclage et l’économie circulaire, la contribution à la résistance aux antimicrobiens et le relargage d’additifs susceptible de nuire à leur performance à long terme.

À l'inverse, les surfaces antimicrobiennes obtenues par modification physique de la rugosité et de la texture, souvent inspirées des systèmes naturels, s'affranchissent de ces inconvénients en reposant exclusivement sur des caractéristiques structurales à l'échelle micro- et nanométrique. Selon leur géométrie, ces surfaces peuvent soit empêcher l'adhésion microbienne grâce à des propriétés anti-salissures et superhydrophobes, soit détruire les cellules par contact grâce à une action mécanobactéricide. Bien que ces approches soient très prometteuses pour les emballages alimentaires réutilisables, des défis restent à relever. En particulier, la durabilité des caractéristiques de surface après des lavages et réutilisations répétés, leur efficacité antimicrobienne à long terme et leur contribution potentielle à la formation de microplastiques doivent être étudiées en profondeur avant toute adoption à grande échelle.

À l'avenir, l'intégration réussie de surfaces antimicrobiennes dans les systèmes d'emballage alimentaire réutilisables dépendra d'un équilibre entre fonctionnalité, sécurité et durabilité. Si les approches chimiques ont démontré leur efficacité, leurs risques potentiels soulignent l'importance de développer des approches alternatives, telles que les motifs topographiques de surface antimicrobiens, plus conformes aux principes de l'économie circulaire et aux priorités des consommateurs en matière de santé et de sécurité des emballages. Par conséquent, les solutions basées sur la topographie de surface offrent une voie prometteuse, mais leur mise en œuvre pratique nécessite une évaluation rigoureuse en conditions réelles. L'amélioration de la durabilité et des performances à long terme sera essentielle pour réduire l'écart entre l'innovation en laboratoire et son adoption industrielle à grande échelle.

Enfin, du point de vue de la mise en œuvre industrielle, il est peu probable que les surfaces antimicrobiennes soient adoptées comme technologie de conservation unique. Elles pourraient plutôt s'intégrer à une stratégie globale visant à prolonger la durée de conservation des produits. L'association de surfaces antimicrobiennes à des technologies de conservation éprouvées, telles que le conditionnement sous atmosphère modifiée, le conditionnement sous vide, les systèmes d'emballage actifs, les absorbeurs d'oxygène et les indicateurs de fraîcheur, pourrait offrir des avantages complémentaires en réduisant simultanément la contamination microbienne et en inhibant la croissance microbienne. Cette intégration pourrait également réduire le niveau d'activité antimicrobienne requis de la surface elle-même, atténuant ainsi les inquiétudes concernant son efficacité à long terme et facilitant le développement de systèmes d'emballage alimentaire réutilisables plus sûrs, plus durables et commercialement viables.

mercredi 16 septembre 2026

Allemagne : une enquête révèle des lacunes dans les connaissances des consommateurs sur les moisissures et les risques sanitaires potentiels associés

Les toxines de moisissures présentes dans les aliments ne sont pas détruites à la cuisson ; une enquête révèle des lacunes dans les connaissances des consommateurs sur les moisissures et les risques sanitaires potentiels associés. Source BfR.

De quoi s'agit-il ?

Les toxines de moisissures (mycotoxines) présentes dans les aliments ne sont pas neutralisées par la chaleur générée lors de la cuisson ou de la pâtisserie et peuvent donc conserver leurs propriétés dangereuses. De nombreux consommateurs ignorent ce fait, comme le montre une enquête récente menée par l'Institut fédéral allemand d'évaluation des risques (BfR). « Les moisissures étant omniprésentes dans la nature, il n'est pas toujours possible d'éviter totalement la contamination des aliments », explique le professeur Andreas Hensel, président du BfR. « Il est donc d'autant plus important de savoir comment minimiser autant que possible les risques pour la santé à domicile. Cela implique notamment de conserver les aliments dans un endroit propre et sec, de jeter entièrement les aliments moisis et d'utiliser rapidement les épices. » Pour réduire les risques sanitaires liés aux mycotoxines et autres substances indésirables dans les aliments, le BfR recommande généralement d'adopter une alimentation aussi variée et équilibrée que possible. Dans le cadre de cette enquête représentative, le BfR a interrogé en ligne 1 000 personnes âgées de 16 ans et plus sur leurs connaissances et leurs habitudes concernant les moisissures au sein du foyer.

Les moisissures sont présentes presque partout dans la nature et se retrouvent donc sur les plantes que nous consommons directement ou que nous transformons. Dans des conditions favorables, elles peuvent produire des toxines, notamment pour se défendre contre leurs prédateurs naturels. Au total, les scientifiques ont identifié à ce jour environ 650 mycotoxines différentes, produites par quelque 400 espèces de moisissures. Selon la fréquence et la quantité ingérées, celles-ci peuvent provoquer des symptômes aigus chez l'homme, tels que des troubles gastro-intestinaux, mais aussi entraîner des lésions hépatiques ou accroître le risque de cancer.

Un lien en allemand renvoie à l’étude dont il va être question ci-après.

L'enquête, réalisée en avril de cette année, révèle que seule une faible proportion de la population (29 %) se préoccupe des risques sanitaires potentiels liés aux moisissures, tandis que la majorité (51 %) n'y prête aucune attention. Selon les résultats, les microplastiques ou les résidus de métaux lourds dans les aliments sont des sujets qui suscitent davantage d'inquiétude chez les consommateurs quant aux risques potentiels pour la santé. Malgré cette perception relativement faible du risque, la quasi-totalité des personnes interrogées adoptent un comportement conforme aux recommandations du BfR pour éviter les mycotoxines : environ 96 % d'entre elles ont déclaré conserver leurs aliments dans un endroit propre, sec et frais, tandis que 95 % ont indiqué jeter immédiatement les aliments moisis sans les laisser traîner à l'air libre. En revanche, des mesures de protection plus spécifiques, comme le fait de secouer régulièrement les stocks de farine et de céréales, sont moins connues : seules 17 % des personnes interrogées ont déclaré les appliquer.

Une marge de progression existe concernant la gestion des aliments déjà moisis. En effet, un peu moins d'un tiers des répondants ont indiqué qu'ils se contentaient de retirer les parties atteintes des fruits ou légumes frais moisis pour en consommer le reste. Or, le BfR recommande de jeter entièrement les aliments moisis, car les moisissures peuvent avoir pénétré en profondeur dans l'aliment, même si elles ne sont pas visibles en surface. Cette recommandation concerne tout particulièrement les aliments à forte teneur en eau, comme les fruits et légumes, mais aussi le pain, par exemple.

Beaucoup de gens ignorent également que des mycotoxines peuvent être présentes dans des aliments ne présentant aucun signe visible de moisissure. Cela concerne notamment les aliments transformés, tels que les boissons végétales ou les épices séchées. Afin de protéger au mieux les consommateurs contre les risques sanitaires liés à cette contamination « invisible », des teneurs maximales en mycotoxines ont été fixées à l'échelle de l'UE pour de nombreux aliments, et leur respect fait l'objet d'un contrôle régulier par les autorités.

BfR : Des BD en français pour dire « Que dit la science? »

Mais non, ce n’est pas une brève de vacances ou un 1er avril, le BfR, l’institut fédéral allemand pour l’évaluation des risques, se lance dans la BD, et qui plus est, le rêve devient réalité avec plusieurs BD scientifiques en français !

Des tubes à essai qui parlent et des microscopes qui ont le virus de la vérification : la science rencontre la bande dessinée dans « Que dit la science? », la BD scientifique du BfR, avec, dans le rôle principal, la professeure Berta Freund. Biochimiste, la professeure Freund a réuni dans son laboratoire une équipe avec laquelle on ne risque pas de s’ennuyer. Sa devise: « Il n’y a pas de questions stupides, il n'y a que des mauvaises réponses. » Ayant sa personnalité bien à elle, chacun des membres contribue de façon unique à la recherche et à l’évaluation des risques. Avec eux, savoir expert et imagination font bon ménage, et les questions scientifiques les plus complexes sont expliquées avec clarté pour le plus grand bonheur de tous.

Liste des BD proposées en français par le BfR

vendredi 11 septembre 2026

Microplastiques dans des tissus de tumeurs cérébrales : une étude ne permet pas de tirer des conclusions quant au développement du cancer, selon leBfR.

Microplastiques dans des tissus de tumeurs cérébrales : une étude ne permet pas de tirer des conclusions quant au développement du cancer. Source BfR.

Une équipe de recherche a procédé à la détection de micro- et nanoplastiques (MNP) dans des cerveaux humains. Des tissus sains ont été comparés à des tissus pathologiques. Il a été constaté que la concentration de MNP dans les tumeurs cérébrales et dans les tissus environnants était plus élevée que dans les tissus sains.

Toutefois, cela ne prouve pas que les MNP influencent la croissance des tumeurs cérébrales ou qu'ils en sont la cause. Les auteurs soulignent également que les données ne révèlent aucun lien de causalité : il est impossible de démontrer, sur la base des données disponibles, si les MNP provoquent une tumeur cérébrale ou si la tumeur cérébrale entraîne une accumulation de microplastiques.

Les précédentes détections de MNP dans des cerveaux humains ont suscité des controverses en raison de lacunes méthodologiques (voir ici).

L'étude examinée ici se distingue de ces travaux, notamment par le fait qu'elle porte sur un nombre plus important d'échantillons et que les auteurs eux-mêmes signalent, dans leur publication, les limites des méthodes de détection utilisées. Il est également frappant de constater que les concentrations de microplastiques mesurées dans les échantillons de cerveau lors de cette étude sont nettement inférieures.

Aucun lien entre les MNP et la formation ou la croissance de tumeurs cérébrales ne peut être établi à partir de cette étude. En l'état actuel des connaissances, il n'existe aucune preuve toxicologique fiable indiquant que l'ingestion de microplastiques via l'alimentation présente des risques pour la santé. Le BfR fournit des informations complémentaires sur l'état actuel des connaissances dans sa foire aux questions (FAQs).

lundi 7 septembre 2026

Influence de la morphologie des microplastiques en PVC sur la survie bactérienne lors de l'inactivation par des UVC

« Influence de la morphologie des microplastiques en polychlorure de vinyle (PVC) sur la survie bactérienne lors de l'inactivation par ultraviolets C dans des systèmes aqueux, source article paru dans Applied and Environmental Microbiology.

Résumé

Les microplastiques sont de plus en plus détectés dans l'eau et les environnements liés à l'alimentation ; toutefois, la manière dont la morphologie des particules influence la persistance microbienne lors des procédés d'inactivation reste mal comprise.

Cette étude vise à élaborer des particules de microplastiques en polychlorure de vinyle (PVC) présentant des morphologies distinctes et des plages de taille contrôlées, ainsi d’évaluer l'influence de la morphologie des particules sur l'adhésion et la survie bactériennes lors de l'inactivation thermique et par ultraviolets C (UVC) en milieu aqueux.

Dans un premier temps, nous avons mis au point un système modèle de microplastiques en PVC aux morphologies distinctes et aux fractions granulométriques contrôlées. Les particules de PVC d'origine étaient relativement lisses et arrondies, tandis que des particules irrégulières ont été produites par mélange, granulation et broyage cryogénique du même matériau PVC, suivis d'un tamisage pour obtenir des plages de taille définies.

Dans un second temps, à l'aide de ce système modèle, nous avons évalué l'impact de la morphologie des particules de PVC sur l'adhésion et la survie bactériennes lors de l'inactivation thermique et par UVC en milieu aqueux. Escherichia coli O157:H7 et Listeria innocua ont été utilisées respectivement comme bactéries modèles Gram négatif et Gram positif. La microscopie confocale a révélé une adhésion de E. coli aux deux types de particules, avec une association plus marquée sur les particules de PVC broyées. En présence de particules de PVC, les réductions logarithmiques thermiques ont diminué pour atteindre environ 4,0 à 5,1 log UFC/mL (contre environ 5,9 log UFC/mL pour les témoins sans microplastiques), tandis que les réductions logarithmiques avec des UVC sont passées à environ 3,9 à 4,6 log UFC/mL (contre environ 5,2 à 6,0 log UFC/mL pour les témoins sans microplastiques). Le PVC broyé a offert une protection accrue lors du traitement thermique, alors que les deux types de particules ont réduit l'efficacité de l'inactivation par les UVC de manière similaire.

Ces résultats démontrent que les microplastiques en PVC peuvent interférer avec les procédés de maîtrise microbienne et soulignent le rôle de la morphologie des particules comme facteur déterminant de la survie bactérienne en milieu aqueux.

Importance

Les microplastiques sont de plus en plus présents dans l'eau et les environnements liés à l'alimentation, mais leurs effets sur les procédés de contrôle microbien restent mal compris. Cette étude démontre que les microplastiques en PVC peuvent réduire l'efficacité de l'inactivation thermique et par des UVC des pathogènes d'origine alimentaire dans les systèmes aqueux. En élaborant des particules de PVC aux morphologies distinctes et définies, nous démontrons que la forme des particules et les caractéristiques de leur surface influencent l'adhésion et la survie bactériennes, notamment lors des traitements thermiques. Ces résultats apportent un nouvel éclairage mécaniste sur la manière dont les microplastiques peuvent modifier la persistance des bactéries dans des conditions de désinfection ou de transformation alimentaire. Ces travaux mettent en évidence le rôle de la morphologie des microplastiques, un facteur jusqu'ici sous-estimé, dans l'inactivation microbienne et établissent un modèle d'étude pertinent (à base de microplastiques de PVC) pour de futures recherches sur les interactions entre microplastiques et micro-organismes, tant dans l'environnement que dans le secteur alimentaire.

Conclusion
Globalement, ces résultats démontrent que les microplastiques de PVC peuvent perturber l'inactivation microbienne en milieu aqueux et que la morphologie des particules joue un rôle important, notamment lors des traitements thermiques.

Ce travail fournit non seulement un modèle utile de microplastiques de PVC à morphologie définie et à taille contrôlée, mais souligne également la nécessité de prendre en compte les caractéristiques des microplastiques lors de l'évaluation des procédés de contrôle microbien dans les environnements alimentaires. Les recherches futures pourraient s'attacher à élucider les mécanismes physico-chimiques régissant les interactions entre les microplastiques et les cellules bactériennes, en particulier l'influence de la chimie de surface sur l'adhérence et la résistance à l'inactivation.

mercredi 29 juillet 2026

PFAS, microplastiques et retardeurs de flamme bromés et leurs effets sur l'exposition alimentaire

PFAS

Les experts surveillent de près les PFAS et les microplastiques. L'OMS a récemment mené une étude pour appuyer l'élaboration de valeurs sanitaires pour les « polluants éternels », identifiant 18 PFAS prioritaires et six catégories d'effets sur la santé (cancer, effets sur le développement, effets hépatiques, effets sur le système immunitaire, effets métaboliques et effets sur la reproduction.) en fonction de l'exposition alimentaire. Voir la suite ici.

Microplastiques

Aux États-Unis, le Government Accountability Office (GAO) des États-Unis (le GAO est l’équivalent américain à notre cour des comptes) a publié un rapport sur la présence croissante de microplastiques dans l'environnement et le corps humain, soulignant l'incertitude scientifique persistante quant à leurs effets sur la santé et présentant les efforts fédéraux récents déployés pour mieux comprendre et réduire l'exposition. Voir la suite ici.

Retardeurs de flamme bromés

L'EFSA a mis à jour son évaluation des risques liés aux retardateurs de flamme bromés (RFB) émergents dans les aliments. Le manque de données a empêché une évaluation complète des risques pour la plupart des 27 substances chimiques évaluées. Les RFB sont des substances chimiques de synthèse utilisées dans les plastiques, les textiles, l'électronique et d'autres produits pour réduire leur inflammabilité. On les détecte le plus souvent dans les aliments d'origine animale. Voir la suite ici.

mercredi 22 juillet 2026

Une nouvelle étude suggère que les particules de plastique renforcent les biofilms de E. coli ; les chercheurs soulignent les implications pour la sécurité sanitaire de l'eau potable

« Une nouvelle étude suggère que les particules de plastique renforcent les biofilms de E. coli ; les chercheurs soulignent les implications pour la sécurité sanitaire de l'eau potable », source Food Safety Magazine.

Les microplastiques et les nanoplastiques pourraient aider les bactéries pathogènes à survivre aux efforts d'élimination, leur permettant ainsi de persister dans les systèmes d'eau potable, selon une nouvelle étude publiée dans Water Research.

Plus précisément, les chercheurs ont constaté que les nanoplastiques peuvent renforcer les biofilms bactériens qui se développent à l'intérieur des canalisations d'eau potable et autres infrastructures hydrauliques. Ces biofilms deviennent plus résistants à la désinfection au chlore, ce qui peut rendre l'éradication des bactéries pathogènes des systèmes de traitement et de distribution d'eau plus difficile.

Les microplastiques et les nanoplastiques constituent déjà une préoccupation croissante de santé publique en raison de l'exposition alimentaire via l'eau et les aliments, dont l'ampleur et les conséquences sanitaires restent encore mal connues. L’étude récente suggère que ces particules de plastique pourraient affecter indirectement la santé humaine en influençant le comportement de pathogènes comme Escherichia coli dans les systèmes aquatiques.

« Il est crucial de mieux comprendre les effets néfastes des nanoplastiques sur la santé humaine, mais aussi sur l'environnement, ce qui a une incidence indirecte sur la santé humaine », a déclaré Jingqiu Liao, co-auteur de l'étude. « Les nanoplastiques peuvent favoriser la survie des agents pathogènes résistants aux antimicrobiens, ce qui pourrait nuire à l'environnement et avoir des conséquences sur la santé publique. »

L'étude a été réalisée par des chercheurs de Virginia Tech, de l'Université Rice, de l'Académie chinoise des sciences, de l'Institut fédéral suisse des sciences et technologies aquatiques et de l'Université du Zhejiang

Les nanoplastiques renforcent les biofilms de E. coli et de Pseudomonas

Les biofilms sont des communautés de bactéries qui adhèrent aux surfaces et s'entourent d'une matrice protectrice appelée substances polymériques extracellulaires (extracellular polymeric substances pour EPS). Ces communautés microbiennes qui se développent dans les réseaux de distribution d'eau potable peuvent héberger des pathogènes opportunistes et rendre leur élimination plus difficile.

Pour comprendre l'influence des nanoplastiques sur la dynamique des biofilms, les chercheurs ont exposé des biofilms composés de deux espèces bactériennes, Escherichia coli et Pseudomonas aeruginosa, à des nanoplastiques de polystyrène chargés positivement et négativement, à des concentrations environnementales pertinentes allant de 100 à 1 000 nanogrammes par litre (ng/L). Les nanoplastiques chargés positivement ont produit les effets les plus marqués.

Les chercheurs ont constaté que les nanoplastiques pénétraient dans les cellules bactériennes et augmentaient le stress oxydatif, faisant augmenter les niveaux de dérivés réactifs de l'oxygène d'environ 2,2 fois. Ce stress activait les bactériophages dormants, des virus infectant les bactéries, provoquant une lyse partielle des cellules de E. coli et la libération de matériel intracellulaire dans le biofilm environnant.

Parallèlement, des analyses transcriptomiques et protéomiques ont montré que les nanoplastiques activaient les réponses au stress chez les bactéries, stimulaient la réplication des bactériophages et renforçaient le quorum sensing, un système de communication chimique utilisé par les bactéries pour coordonner leur comportement collectif. En communiquant entre elles, les bactéries sécrétaient de plus grandes quantités d'EPS, produisant ainsi des biofilms plus épais, plus denses et plus protecteurs.

Les chercheurs ont également observé l'activation des systèmes de défense antiviraux bactériens en réponse aux prophages, des bactériophages qui insèrent leur génome dans l'ADN de bactéries hôtes et détruisent les cellules bactériennes qu'ils infectent tout en produisant un grand nombre de nouvelles particules virales. Pour se défendre contre ces prophages, les bactéries utilisent le système CRISPR (Clustered Regularly Interspaced Short Palindromic Repeats), un ensemble de séquences d'ADN ou d'ARN.

Ensemble, ces processus ont augmenté la quantité d'ADN extracellulaire au sein du biofilm, amélioré sa résistance mécanique d'environ 1,5 fois et accru significativement sa résistance à la désinfection au chlore. L'analyse métagénomique des biofilms présents dans les pipelines a suggéré que ces interactions bactéries-phages favorisaient également le développement de communautés de biofilms multi-espèces plus résilientes.

Les auteurs ont conclu que des biofilms plus résistants et plus robustes aux désinfectants pourraient créer de nouveaux défis pour les systèmes de traitement et de distribution d'eau potable en rendant les biofilms plus difficiles à éradiquer des surfaces des infrastructures.

Des recherches futures sont nécessaires pour identifier les processus moléculaires qui régissent les réponses des biofilms complexes contenant plusieurs espèces microbiennes aux particules de plastique, ainsi que pour comprendre le rôle de la taille des particules (c.-à-d. microplastiques vs nanoplastiques) sur la dynamique bactéries-phages.

Ces conclusions s'appuient sur des preuves émergentes liant les plastiques aux risques microbiens.

Ces nouvelles découvertes viennent s'ajouter à un ensemble croissant de recherches suggérant que les microplastiques et les nanoplastiques peuvent modifier le comportement bactérien de manière à accroître la persistance microbienne, la résistance aux antimicrobiens (RAM) et la virulence.

Par exemple, une étude menée en 2025 par l'Université de Boston a révélé que les microplastiques augmentaient la résistance aux antimicrobiens et la formation de biofilms chez E. coli, ce qui soulève des inquiétudes quant au fait que la pollution plastique pourrait contribuer à la propagation de la résistance aux antimicrobiens parmi les agents pathogènes d'origine alimentaire.

Des chercheurs de l'Université de l'Illinois à Urbana-Champaign avaient rapporté des résultats similaires concernant les nanoplastiques. Cette étude avait révélé que les nanoplastiques chargés modifiaient la croissance, la viabilité, les réponses au stress physiologique, la virulence et la formation de biofilm de E. coli pathogène. Une autre étude avait également montré que les nanoplastiques augmentaient la virulence de Salmonella, favorisaient la formation de biofilm et exacerbaient la résistance aux antimicrobiens, les effets étant plus marqués à des concentrations plus élevées.

Prises ensemble, ces études suggèrent que les particules de plastique peuvent influencer les communautés microbiennes par de multiples voies biologiques, augmentant potentiellement la persistance des bactéries pathogènes dans les matrices alimentaires et les systèmes aquatiques.

mercredi 3 juin 2026

Faire la vaisselle et ses effets secondaires : quand les éponges de cuisine libèrent des microplastiques ...

De la libération de microplastiques par les éponges de cuisine et effets environnementaux potentiels ou La vaisselle et ses effets secondaires : les éponges de cuisine libèrent des microplastiques ...

Les éponges de cuisine sont des ustensiles indispensables dans la plupart des foyers, mais elles pourraient aussi être une source insoupçonnée de pollution par les microplastiques. Une nouvelle étude menée par des chercheurs de l'Université de Bonn a examiné la quantité de minuscules particules de plastique libérées par les éponges lors de la vaisselle quotidienne et leur impact sur l'environnement. Source ScienceDaily. Référence : Environmental Advances, From sink to Sea: Microplastic release from kitchen sponges and potential environmental effects.

Les résultats montrent que les éponges de cuisine libèrent effectivement des quantités mesurables de microplastiques au fil du temps. Cependant, les chercheurs ont constaté que le principal impact environnemental du lavage de la vaisselle à la main ne provient pas des particules de plastique elles-mêmes, mais plutôt de la consommation d'eau 

Les éponges de cuisine comme source de microplastiques

Bien que les éponges de cuisine soient utilisées quotidiennement dans des millions de foyers, leur rôle en tant que source de microplastiques a été relativement peu étudié. L'équipe de recherche a entrepris de mesurer la quantité de plastique libérée par l'usure des éponges lors d'une utilisation normale et d'évaluer les conséquences environnementales grâce à une analyse du cycle de vie.

Pour recueillir des données réalistes, l'étude a combiné des tests en laboratoire et une démarche participative. Des ménages en Allemagne et en Amérique du Nord se sont portés volontaires pour utiliser l'un des trois types d'éponges dans le cadre de leur routine de vaisselle habituelle, tout en documentant leur utilisation.

Les chercheurs ont pesé chaque éponge avant et après utilisation afin de déterminer la quantité de matière perdue au fil du temps. Ils ont également mené des expériences contrôlées en laboratoire à l'aide d'un système de test automatisé appelé « SpongeBot », qui reproduit les contraintes mécaniques subies par les éponges lors du lavage de la vaisselle.

Quelle quantité de microplastiques les éponges libèrent-elles ?

L'étude a révélé que toutes les éponges testées perdaient de la matière lors de leur utilisation, entraînant la libération de microplastiques. Selon le type d'éponge, les émissions annuelles variaient d'environ 0,68 gramme à 4,21 grammes de microplastiques par personne.

Les éponges fabriquées avec moins de plastique ont libéré nettement moins de particules que celles ayant une teneur en plastique plus élevée.

La science participative a joué un rôle important dans ce projet, car les participants ont utilisé les éponges dans des conditions domestiques réelles. Cela a permis aux chercheurs de saisir les habitudes et les modes d'utilisation réalistes en matière de lavage de la vaisselle, ce qui a conduit à des estimations plus précises que celles obtenues par les seuls tests en laboratoire.

La consommation d'eau a le plus grand impact environnemental

Bien que la quantité de microplastiques libérée par une seule éponge puisse paraître faible, les quantités totales augmentent considérablement à grande échelle. Les chercheurs ont estimé que si un certain type d'éponge était utilisé dans chaque foyer allemand, les émissions annuelles pourraient atteindre 355 tonnes de microplastiques.

Bien que les stations d'épuration des eaux usées captent une grande partie de ces particules, plusieurs tonnes pourraient tout de même se retrouver chaque année dans les rivières, les lacs, les océans et les sols.

Néanmoins, les microplastiques n'étaient pas la principale cause des dommages environnementaux observés dans l'étude. L'évaluation environnementale a révélé qu'environ 85 à 97% de l'impact total du lavage manuel de la vaisselle provient de la consommation d'eau. Comparées à cette dernière, les émissions de microplastiques contribuent beaucoup moins aux dommages globaux causés à l'écosystème.

Comment les consommateurs peuvent réduire leur empreinte écologique ?

  • Les chercheurs ont identifié plusieurs mesures pratiques que les consommateurs peuvent prendre pour réduire l'impact environnemental du lavage de la vaisselle :
  • Utilisez moins d'eau pour faire la vaisselle, car c'est ce qui présente le plus grand avantage pour l'environnement.
  • Choisissez des éponges à faible teneur en plastique afin de réduire la libération de microplastiques.
  • Conservez les éponges en bon état plus longtemps, car prolonger leur durée de vie réduit la consommation globale de ressources.
Commentaire. La question n'est pas posée, mais faut-il utiliser un lave-vaisselle ?