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samedi 26 septembre 2026

L’Écosse actualise sa stratégie de réduction des maladies infectieuses d’origine alimentaire

« L’Écosse actualise sa stratégie de réduction des maladies infectieuses d’origine alimentaire ; confrontée au taux le plus élevé de STEC O157 du Royaume-Uni », source Food Safety Magazine.

La Food Standards Scotland (FSS) a présenté ses plans visant à réduire l'incidence nationale des maladies infectieuses d'origine alimentaire au cours des trois prochaines années, en donnant la priorité à Campylobacter, Listeria monocytogenes et Escherichia coli producteurs de shigatoxines (STEC), ainsi qu'à ses objectifs de recherche connexes.

Dans un présenté lors de la réunion du conseil d'administration de la FSS en septembre, l'agence a fait le point sur la situation des maladies infectieuses d'origine alimentaire en Écosse et sur ses actions visant à réduire la transmission des pathogènes par la chaîne alimentaire. La stratégie de la FSS en matière de maladies infectieuses d'origine alimentaire se concentre sur cinq agents pathogènes responsables de la plus grande part de la morbidité : Campylobacter, Salmonella, STEC, L. monocytogenes et norovirus.

L'incidence des maladies d'origine alimentaire est restée stable au cours des dix dernières années.

En Écosse, de 2015 à 2024, hors période de pandémie de COVID-19, le nombre de cas d'infections intestinales d'origine alimentaire signalés en laboratoire est resté relativement stable. Campylobacter représente la majorité des cas déclarés, avec une moyenne d'environ 6 000 par an, tandis que le pays enregistre environ 20 cas de listériose par an. Sur cette période de dix ans, le nombre annuel moyen d'infections à norovirus et à Salmonella recensées en Écosse était respectivement, d'environ 1 400 et 700,. Le nombre total de cas de E. coli entérohémorragique (EHEC) a varié entre 215 et 460 par an (soit environ 300 cas en moyenne).

Des progrès sont nécessaires pour réduire les infections à Campylobacter et à STEC.

Bien que l'industrie agroalimentaire britannique ait réduit la contamination du poulet réfrigéré par Campylobacter, la FSS indique que les infections humaines n'ont pas diminué en conséquence. Des études antérieures d'attribution des sources, financées par la FSS, ont montré que la majorité des cas cliniques de campylobactériose en Écosse sont liés au poulet. La FSS et la Food Standards Agency (FSA) du Royaume-Uni collaborent pour mieux comprendre les sources de transmission, qu'elles soient liées ou non à la volaille, et identifier des interventions efficaces.

Par ailleurs, l'Écosse continue d'enregistrer le taux d'infection à STEC O157 le plus élevé du Royaume-Uni, et les infections à d'autres souches ont augmenté ces dernières années, dépassant le nombre de cas de O157 en Écosse depuis 2023. Le nombre de cas de STEC déclarés a atteint un pic en 2022 en raison de deux épidémies à E. coli O157 non liées à l'alimentation dans des crèches (440 cas au total), et de nouveau en 2024 lors d'une épidémie nationale à E. coli O145 associée à la consommation de salades (460 cas au total). La FSS a indiqué que les aliments d'origine ruminante et les produits réfrigérés contaminés par l'environnement constituent un risque important de transmission de STEC ; bien que la prévalence du STEC O157 chez les bovins soit similaire dans toute la Grande-Bretagne, les troupeaux écossais sont plus fréquemment porteurs de souches associées à des maladies humaines graves, ce qui pourrait expliquer les taux d'infection plus élevés en Écosse.

La FSS collabore avec Public Health Scotland (PHS) sur une étude reliant les données épidémiologiques, d'exposition, cliniques, d'hospitalisation et de prescription des patients aux informations génomiques des isolats de STEC collectés entre 2015 et 2023. L'agence prévoit de publier des rapports épidémiologiques sur les infections à STEC et à Salmonella début 2027.

L’Écosse décide de ne pas mettre en place ses propres seuils de surveillance des pathogènes.

Le FSS a également décidé de ne pas poursuivre la mise en place de seuils de surveillance des pathogènes spécifiques à l'Écosse, utilisés pour signaler les augmentations des cas de maladies intestinales infectieuses déclarées et déterminer quand une enquête ou une action peut être justifiée dans le pays, et continuera plutôt à utiliser l'approche de seuil à l'échelle du Royaume-Uni.

En 2023, le conseil d’administration de la FSS avait convenu d’étudier la possibilité d’établir des seuils spécifiques à l’Écosse pour les agents pathogènes d’origine alimentaire. Après consultation du PHS et du FSA, le FSS a conclu que des seuils spécifiques à l’Écosse « ne seraient pas appropriés » en raison de l’intégration de la chaîne d’approvisionnement alimentaire du Royaume-Uni et des difficultés à identifier des variations statistiquement significatives pour les agents pathogènes à faible incidence, tels que L. monocytogenes.

Le FSS définit ses priorités de recherche sur les maladies d'origine alimentaire malgré un budget réduit.

Au cours des trois prochaines années, la FSS prévoit d'examiner les mesures de lutte contre Campylobacter mises en œuvre dans les élevages de volailles écossais et à l'abattoir . L'agence entend également mener des recherches afin de classer les aliments en fonction du risque de contamination par Listeria monocytogenes et d'élaborer des recommandations sur les alternatives plus sûres pour les consommateurs à risque.

Les autres priorités comprennent la recherche sur la manipulation et la préparation par les consommateurs des aliments crus pour animaux de compagnie, que la FSS a identifié comme un produit à haut risque de pathogènes d'origine alimentaire et de résistance aux antimicrobiens (RAM), la poursuite des messages sur la sécurité des aliments destinés aux populations à risque et le développement de directives et d'outils techniques pour les secteurs alimentaires prioritaires.

La FSS prévoit également de continuer à soutenir une approche Une seule santé en matière de surveillance des agents pathogènes. Ses travaux dans le cadre du programme britannique quadriennal de surveillance des agents pathogènes dans l’agriculture, l’alimentation et l’environnement (PATH-SAFE), qui s’est achevé en 2025, ont permis de générer des données de séquençage du génome entier (SGE) pour environ 6 000 isolats de E. coli provenant de sources animales, environnementales, alimentaires et cliniques en Écosse. Ces données ont contribué au développement de modèles d’intelligence artificielle (IA) destinés à prédire les sources d’agents pathogènes et à identifier des interventions préventives de gestion des risques.

La FSS a reconnu que ses activités prévues devront être priorisées compte tenu de la réduction de son budget de recherche. L'agence a indiqué que les investissements futurs seront évalués en fonction des risques pour la santé publique, des domaines où la FSS peut apporter une contribution unique et des possibilités de tirer parti des données probantes et de l'expertise des organisations partenaires.

mardi 22 septembre 2026

Suède : Une étude révèle l'ampleur des maladies infectieuses d'origine alimentaire non signalées

Un article paru dans iScience décrit le fardeau des maladies infectieuses d’origine dans une approche Une seule santé (Foodborne disease burden in Sweden with a One Health perspective).

Merci à Joe Whiworth de Food Safet News de m’avoir signalé cet article.

  • De 2013 à 2022, les maladies infectieuses d'origine alimentaire ont causé 1,2 million de cas et 37 665 DALYs* en Suède.
  • La campylobactériose et la salmonellose présentent la charge de DALYs la plus élevée parmi les autres
  • Des liens étroits existent entre les cas de campylobactériose humaine et les épidémies dans les élevages de volailles.
  • Des associations sont observées entre les variables bioclimatiques et les cas annuels de maladies infectieuses d'origine alimentaire.

* Le DALY (année de vie corrigée de l'incapacité) représente la perte de l'équivalent d'une année de vie en bonne santé.

Résumé

Les maladies infectieuses d'origine alimentaire représentent un fardeau considérable pour la santé publique mondiale. Pourtant, leur ampleur et leurs facteurs déterminants en Suède n'ont pas fait l'objet d'une évaluation exhaustive. Dans le cadre de l'approche « Une seule santé », nous avons estimé le fardeau national des maladies infectieuses d'origine alimentaire de 2013 à 2022 et exploré les liens avec les sources zoonotiques et les facteurs climatiques. Nous avons recensé plus de 1,2 million de cas, pour la plupart non déclarés, correspondant à 37 665 années de DALYs. La campylobactériose représente la part la plus importante des cas et du fardeau de morbidité, avec de fortes corrélations avec les foyers épidémiques dans les élevages de volailles et la consommation de viande de poulet contaminée. La salmonellose se classe au deuxième rang en termes de fardeau de morbidité. La listériose a causé relativement peu de cas, mais un fardeau de morbidité disproportionné. L'augmentation des températures et des précipitations était associée à une incidence annuelle plus élevée. Un fardeau plus élevé, ajusté à la population, a été observé dans les comtés du nord. Ces résultats permettent de mieux comprendre la dynamique des maladies infectieuses d'origine alimentaire en Suède et soulignent la nécessité de renforcer les stratégies de prévention et de surveillance tout au long de la chaîne de production alimentaire.

Nous y voilà, comme dans d’autres pays, la Suède fait face à une sous déclaration des cas de maladies infectieuses d'origine alimentaire.

Introduction

Cette étude vise à explorer six maladies transmises par les animaux (zoonoses) courantes en Suède : la campylobactériose, la cryptosporidiose, l’infection à Escherichia coli entérohémorragique (EHEC), l’hépatite A, la listériose et la salmonellose non typhoïdique. Cette sélection reflète les pathogènes pour lesquels la Suède dispose de données de surveillance nationale fiables et de haute qualité, permettant l’estimation des DALYs. Plusieurs pathogènes pertinents, tels que norovirus, n’ont pu être inclus car ils n’étaient pas soumis à déclaration obligatoire durant la période d’étude. L’analyse se concentre donc sur les pathogènes susmentionnés pour lesquels des données nationales robustes existent, garantissant ainsi la comparabilité et la validité des résultats. Cette étude quantifie d’abord le fardeau des DALYS associé aux zoonoses en Suède, puis applique une approche « Une seule santé » afin de comprendre les interactions complexes entre les humains, les animaux et l’environnement. À partir des données disponibles, nous cherchons à examiner les liens entre l’incidence des zoonoses et l’incidence humaine, et à identifier comment les facteurs bioclimatiques influencent l’incidence des zoonoses.

Incidence estimée de la maladie et DALY

En Suède, entre 2013 et 2022, l'incidence déclarée des maladies d'origine alimentaire (MOA) pour les six maladies étudiées était de 107 972 cas, tandis que le nombre de cas estimés dépassait les 2 millions, dont environ 1,2 million suspectés d'être d'origine alimentaire. Au total, les maladies infectieuses d’origine alimentaire ont été responsables de 37 665 DALYs. La campylobactériose était la maladie infectieuse d’origine alimentaire présentant l'incidence et la charge de morbidité la plus élevée, avec près d'un million de cas d'origine alimentaire estimés, contre une incidence déclarée d'un peu moins de 75 000 cas. Sa charge de morbidité représentait plus de la moitié de la charge totale des maladies infectieuses d’origine alimentaire, soit 19 415 DALYs. L'hépatite A était la maladie infectieuse d’origine alimentaire présentant la charge de morbidité estimée la plus faible, avec 173 DALYs et environ 1 700 cas. La listériose présentait l'incidence la plus faible, estimée à moins de 1 000 cas. Cependant, fortement amplifiée par son DALY élevé par cas, elle s’est classée troisième dans la charge globale des maladies infectieuses d’origine alimentaire.

Discussion

Dans l’étude, il a été montré que la campylobactériose, la salmonellose et la listériose étaient les principales causes de maladies d'origine alimentaire en Suède. La listériose se distingue par son impact disproportionné malgré sa faible incidence. Nous avons constaté que plus d'un million de cas de maladies d'origine alimentaire n'ont pas été déclarés pendant la période étudiée.

Il a été aussi constaté que le portage de Campylobacter chez les poulets de chair dans les élevages avicoles suédois était étroitement lié à la campylobactériose humaine endémique, soulignant le lien fort entre la viande de poulet contaminée et la campylobactériose.

Conclusion

Cette étude offre un aperçu précis de la répartition sur dix ans de six maladies d'origine alimentaire en Suède. La campylobactériose, la salmonellose et la listériose sont les principales causes de morbidité liée à ces maladies dans le pays. Bien que la listériose soit peu fréquente, elle représente une part disproportionnée de la morbidité, soulignant ainsi son importance en santé publique. Sur le plan spatial, le DALY était la plus élevé dans le sud de la Suède, tandis que plusieurs comtés du nord présentaient des charges plus élevées, ajustées à la population, ce qui met en évidence une hétérogénéité régionale importante. Ces schémas géographiques pourraient être en partie influencés par des facteurs climatiques, tels que les variations de température et de précipitations, qui étaient associés à l'incidence des maladies d'origine alimentaire dans nos analyses. Par ailleurs, la forte association entre le portage de Campylobacter chez les poulets de chair et la campylobactériose humaine contractée dans un contexte endémique renforce le rôle de la viande de volaille contaminée comme voie de transmission majeure en Suède.

Globalement, ces résultats soulignent l'importance d'une approche intégrée « Une seule santé » qui prend en compte conjointement la santé humaine, animale et les facteurs environnementaux lors de l'évaluation et de la gestion des risques liés aux maladies d'origine alimentaire. À la lumière de nos conclusions, les priorités à court terme devraient porter sur : (1) le renforcement des contrôles tout au long de la filière avicole, de la biosécurité à la ferme à l'hygiène d'abattage et à la manipulation en point de vente, afin d'endiguer la campylobactériose endémique ; (2) l'intégration d'une gestion des risques tenant compte du climat (par exemple, un renforcement de la surveillance et des contrôles d'hygiène pendant les périodes chaudes et humides) ; et (3) le renforcement de la surveillance des aliments non issus de l'élevage, en particulier les légumes frais (par exemple, les légumes à feuilles, les salades composées, les herbes aromatiques) et les fruits et légumes/baies importés, en intégrant les flux de données actuellement fragmentés entre les différents organismes. Les données relatives aux sources d'épidémies devraient continuer d'être utilisées comme indicateurs de vecteurs traçables plutôt que comme mesures de l'exposition au niveau de la population, et les comtés présentant des taux d'exposition plus élevés, ajustés à la population, pourraient bénéficier de stratégies de surveillance et de prévention adaptées aux systèmes alimentaires locaux et aux capacités de dépistage. À l'avenir, les plateformes de données partagées One Health, qui relient systématiquement les données humaines, animales, alimentaires et climatiques, associées à des enquêtes microbiologiques et sur la chaîne alimentaire ciblées, permettront des tests de sensibilité plus rigoureux et une meilleure compréhension des causes, guidant ainsi des actions préventives plus précises en matière de sécurité des aliments en Suède.

jeudi 17 septembre 2026

Une phagothérapie préventive inédite donne des résultats prometteurs contre Salmonella

« Une phagothérapie préventive inédite donne des résultats prometteurs contre Salmonella », source phys.org.

Le microbiote intestinal des mammifères abrite un équilibre délicat entre les bactéries et les virus qui les régulent, appelés bactériophages ou phages. Chaque espèce bactérienne possède généralement son propre ensemble de partenaires phagiques.

Lorsque des bactéries pathogènes pénètrent dans cet écosystème, les phages sont généralement absents, ce qui leur permet de semer le chaos. Au moment où l'hôte tombe malade, il est trop tard pour les phages ; ils finissent par trouver un équilibre avec les bactéries pathogènes.

Mais que se passerait-il si les phages présents dans l'intestin pouvaient se préparer au pathogène ingéré par voie orale et le neutraliser dès son entrée dans l'intestin, évitant ainsi la nécessité d'un combat ?

Le professeur Bryan Hsu, et son équipe ont récemment démontré que cette approche prophylactique, utilisant une bactérie, E. coli non pathogène, modifiée génétiquement, protégeait efficacement les souris contre une infection orale à Salmonella. Leurs travaux ont été publiés dans Nature Microbiology.

L'équipe estime qu'il s'agit d'un pas vers une arme supplémentaire contre les maladies.

« À terme, cette méthode pourrait servir à traiter d'autres maladies », a déclaré Rogerio A. Bataglioli, chercheur postdoctoral au Département des sciences biologiques et auteur principal de l'étude. « Il ne s'agit pas de remplacer les antibiotiques, mais d'offrir une option supplémentaire pour lutter contre les infections. »

Pourquoi la phagothérapie intestinale est inefficace

Les bactériophages, ou phages, sont des virus de bactéries et n'infectent ni les humains, ni les animaux. Hsu a indiqué que la phagothérapie, qui consiste à utiliser des phages pour traiter les infections bactériennes, est particulièrement difficile à mettre en œuvre avec succès pour le traitement des pathogènes intestinaux.

« C’est un défi, surtout au niveau intestinal, car les phages et les bactéries ont tendance à coexister pendant de longues périodes », a déclaré Hsu.

Cette coexistence rend difficile l'obtention du ratio élevé phages/bactéries nécessaire au traitement des infections intestinales.

« C’est extrêmement difficile à réaliser dans l’intestin », a déclaré Hsu. « De plus, une fois qu’une infection bactérienne s’est déclarée dans l’intestin, bien souvent, les phages ne peuvent même pas y accéder. Les bactéries sont déjà cachées dans la muqueuse ou les cellules de l’organisme ; elles ne circulent pas librement là où les phages pourraient les atteindre. »

Une usine à phages avec E. coli

Pour contourner ces obstacles, l'équipe a modifié génétiquement une bactérie E. coli non pathogène afin qu'elle porte un phage qui n'infecte que Salmonella. Ainsi, lorsque le phage est produit, il cible spécifiquement le pathogène.

Normalement, ce type de phage de Salmonella reste dormant dans le génome de la bactérie. Cependant, l'équipe de Hsu a effectué plusieurs modifications génétiques afin qu'il soit porté par Escherichia coli et qu'une fois libéré dans l'intestin, il détruise automatiquement Salmonella par un processus appelé lyse. Ce processus augmente rapidement le nombre de phages pour combattre la bactérie. Les chercheurs ont nommé ce nouveau type de combinaison phage-bactérie, « lytic phage-producing lysogen* » ou lyto-lysogen.

Normalement, Salmonella peut détecter l'ADN de phages produits par des bactéries autres que Salmonella et empêcher sa réplication. Mais dans ce cas précis, les chercheurs sont parvenus à dissimuler le phage.

« Nous sommes parvenus à tromper Salmonella en lui faisant croire que le phage de E. coli n'était pas étranger, grâce à l'insertion d'un gène de Salmonella dans le génome de E. coli », explique Bataglioli. « Un phage issu de notre souche de E. coli peut infecter Salmonella, s'y propager facilement, la lyser, et tous les phages produits par Salmonella peuvent ensuite se répliquer indéfiniment. »

Cette reproduction rapide conduit finalement à l'éradication de l'infection intestinale.

« Ce qui se passe, c'est que cette bonne bactérie, E. coli, produit tous ces phages antipathogènes, et qu'il existe désormais une couche protectrice de sorte que lorsque Salmonella pénètre dans l'organisme, juste après son passage dans l'estomac et à son point le plus vulnérable, elle rencontre cette forte densité de phages mortels », a expliqué Hsu.

Au-delà d'un seul pathogène

Les chercheurs expliquent avoir ciblé Salmonella en raison de son impact considérable à l'échelle mondiale, car elle peut être mortelle pour les personnes âgées, les enfants et les personnes immunodéprimées; elle présente une forte prévalence de résistance aux antibiotiques ; et elle a été classée comme pathogène prioritaire par les CDC des États-unis. Ils estiment toutefois que ces travaux ont des implications importantes pour d'autres maladies.

« Nous commençons par Salmonella, mais il serait évidemment intéressant d'explorer une voie plus large, avec les adaptations nécessaires, pour cibler d'autres maladies et d'autres agents pathogènes bactériens », a dit Bataglioli.

« Nous disposons d'un cadre qui montre que nous pourrions potentiellement y introduire d'autres phages et cibler d'autres bactéries », a déclaré Hsu.

* lytic phage-producing lysogen désigne une bactérie (un lysogène) qui héberge le génome d'un phage tempéré (sous forme de prophage) et qui, suite à l'induction de ce dernier, produit activement de nouveaux phages par un cycle lytique (qui détruit la cellule). Source.

En français, cette expression devient « bactérie lysogène productrice de phages lytiques. »

MàJ du 20 septembre 2026. On lira cet article du 26 août 2026, 'Bacteriophages: Nature’s little helpers' ou 'Bactériophages : les petites aides de la nature' sur le site de la Food Standard Agency.

mercredi 2 septembre 2026

Eclairage sur Campylbacter en Nouvelle-Zélande et en France

1. Un article récemment paru dans Journal of the Royal Society of New Zealand, traite de la « Detection of Antibiotic‐Resistant Campylobacter on Retail Chicken in New Zealand: A Sentinel Survey » ou Détection de Campylobacter résistant aux antibiotiques dans le poulet vendu au détail en Nouvelle-Zélande : une enquête sentinelle.

Résumé

Les antibiotiques sont essentiels pour traiter et prévenir les infections chez l'homme, l'animal et les végétaux. Toutefois, l'utilisation d'antimicrobiens, en particulier lorsqu'elle est inutile ou inappropriée, a contribué à l'émergence et à la propagation de l'antibiorésistance. La transmission par voie alimentaire de bactéries résistantes aux antibiotiques constitue une préoccupation croissante de santé publique, notamment via la volaille contaminée par Campylobacter jejuni.

Cette étude a examiné la prévalence de la contamination par Campylobacter et l'antibiorésistance associée dans du poulet réfrigéré acheté dans le commerce en Nouvelle-Zélande. Campylobacter a été détecté dans 50 % (12/24 ; IC à 95 % : 31,3 %-68,7 %) des échantillons grâce à des méthodes de culture sélective, de PCR et de séquençage.

Parmi les isolats confirmés, des taux élevés de résistance à la tétracycline (92 %) et à la ciprofloxacine (83 %) ont été observés, tandis que 83 % des isolats étaient sensibles à l'érythromycine. Aucun isolat ne s'est révélé totalement sensible à l'ensemble des antibiotiques testés. Ces résultats préliminaires indiquent que des souches de Campylobacter résistantes aux antibiotiques peuvent être détectées dans le poulet réfrigéré vendu au détail en Nouvelle-Zélande ; ils soulignent la nécessité de mener des études de surveillance probabilistes de plus grande envergure afin d'établir des estimations nationales de la prévalence et de la résistance. La poursuite de la surveillance, l'adoption de politiques plus strictes concernant les produits avicoles contaminés et le développement d'alternatives aux antibiotiques classiques sont recommandés pour protéger la santé publique.

Discussion

Les auteurs soulignent, « nos données indiquent que la résistance aux antimicrobiens de première intention reste fréquente dans les produits de volaille vendus au détail. Les implications de ces résultats en matière de politique publique doivent être examinées dans le contexte du cadre actuel de sécurité sanitaire des aliments en Nouvelle-Zélande. Des études antérieures ont souligné la faible sensibilisation des consommateurs à la contamination des volailles crues par Campylobacter et ont proposé l'apposition d'un étiquetage d'avertissement obligatoires comme stratégie potentielle de réduction des risques. Si l'étiquetage peut attirer l'attention sur le risque au moment de l'achat, des campagnes d'éducation du public complètes, axées sur les bonnes pratiques de préparation des aliments, seraient probablement plus efficaces pour prévenir la campylobactériose. D'autres mesures réglementaires envisageables incluent le durcissement des objectifs de performance concernant Campylobacter sur les carcasses lors de la transformation et/ou la restriction de la vente de poulet réfrigérés dépassant les seuils de contamination convenus. Il a été démontré que la congélation réduit considérablement la charge en Campylobacter ; certaines juridictions encouragent donc les consommateurs à privilégier l'achat de volaille surgelée afin de limiter les risques. L'optimisation des contrôles industriels, le renforcement de l'éducation des consommateurs et le développement d'alternatives à l'utilisation traditionnelle d'antimicrobiens ou les peptides antimicrobiens pourraient contribuer à réduire la pression de sélection antibiotique tout en préservant le bien-être animal. »

En conclusion, le poulet vendu au détail en Nouvelle-Zélande demeure un vecteur potentiel de transmission de souches de Campylobacter résistantes aux antimicrobiens. Une surveillance continue et des réponses coordonnées de la part du secteur seront essentielles pour limiter la propagation de Campylobacter résistant et protéger la santé publique.

2. Un peu auparavant l’article en Nouvelle-Zélande, un article paru Antimicrobial Agents and Chemotherapy traite de la « Contributions of whole-genome sequencing to the epidemiological monitoring of Campylobacter spp. in France » ou Apport du séquençage du génome entier à la surveillance épidémiologique de Campylobacter spp. en France.

Résumé

Les techniques de séquençage de nouvelle génération ont révolutionné l'épidémiologie et la compréhension des infections à Campylobacter spp. Dans cette étude, nous présentons les résultats d'une analyse par séquençage de nouvelle génération (NGS) réalisée en 2024 sur 2 360 souches de Campylobacter spp. isolées en France, incluant 1 959 souches de Campylobacter jejuni, 358 de Campylobacter coli et 43 de Campylobacter fetus. Nous décrivons la diversité des souches en circulation et dressons un panorama des principaux mécanismes de résistance aux antibiotiques. Nous avons identifié divers mécanismes de résistance, notamment vis-à-vis des pénicillines du groupe A. Il convient de souligner l'identification d'un nouveau promoteur en amont du gène codant pour une bêta-lactamase. À l'aide de marqueurs d'attribution de source pour C. jejuni et C. coli, nous avons identifié la volaille comme le principal vecteur d'infection par ces deux espèces. Toutefois, la viande de ruminant est à l'origine d'une proportion significative d'infections à C. jejuni en France. Cette étude démontre comment une stratégie de séquençage permet de générer des données à grande échelle et à haute résolution pour mieux comprendre les infections à Campylobacter spp.

Dans l’introduction à cet article, les auteurs indiquent, « Grâce à la culturomique, le rôle de Campylobacter spp. dans l'épidémiologie des diarrhées infectieuses aiguës est mieux compris. Campylobacter est désormais considéré comme la principale étiologie, occupant une place encore plus centrale que la salmonellose. »


Dans la discussion, les auteurs rapportent :
C. jejuni était l'espèce prédominante dans notre étude, ce qui concorde avec l'épidémiologie des infections à Campylobacter spp. en France et dans d'autres pays industrialisés.

La volaille constitue la principale source d'infection par C. jejuni et C. coli. En France, les ruminants sont à l'origine d'une proportion importante des infections à C. jejuni, tandis que les porcs sont responsables d'une part plus limitée des infections à C. coli. Ces données concordent avec nos analyses antérieures et diffèrent de celles observées dans d'autres pays.

La surveillance stricte des clones de Campylobacter spp. se poursuit et sera encore renforcée dans les années à venir grâce à des études menées en collaboration avec Santé publique France et l'Anses.

Nous estimons que les données présentées apportent un éclairage nouveau sur les infections à Campylobacter spp., en particulier en France. Dans les années à venir, nous suivrons les données relatives à l'antibiorésistance et à l'attribution des sources ; celles-ci pourront servir de base à des études comparatives pour d'autres laboratoires souhaitant mettre en œuvre une approche de séquençage de nouvelle génération (NGS) dans le cadre de l'étude systématique des infections à Campylobacter spp.

lundi 31 août 2026

Pologne : Les foyers de toxi-infections alimentaires à la hausse sur la période 2021-2023

Un article, publié en 2025, Foodborne Infections and Intoxications in Poland in 2021-2023, rapporte l’évaluation de la situation épidémiologique des infections et intoxications d'origine alimentaire en Pologne sur la période 2021-2023. Au niveau des périodes, on en est au même niveau en France, où les données les plus récentes sont celles de 2023, mais publiées en mars 2026 …

Par ailleurs, le blog vous a narré récemment les aventures des œufs de Pologne ici et là en Europe, notamment au Royame-Uni, mais aussi en France.

L’objectif de cette étude était d’évaluer la situation épidémiologique des infections et des intoxications d’origine alimentaire en Pologne entre 2021-2023 (période post Covid-19), et sa comparaison avec les années 2015-2019.

Les données de surveillance systématique ont été recueillies par le PSSE (Powiatowa Stacja Sanitarno-Epidemiologicalna ou Station sanitaire et épidémiologique du district) via le registre des foyers épidémiques ont été analysées.

Résumé

Entre 2021 et 2023, une augmentation du nombre de cas d'infections et d'intoxications bactériennes a été enregistrée (plus de 90 000 cas, incidence de 80,2 pour 100 000 habitants), liée à la hausse des infections à Clostridioides difficile (56,4 pour 100 000 en 2023 contre une moyenne de 29,5 pour 100 000 sur la période 2015-2019). Une augmentation de l'incidence de la listériose a également été observée. Parmi les infections virales, les infections à rotavirus étaient les plus fréquentes, avec une hausse en 2022 suivie d'une baisse en 2023, et une incidence comprise entre 15,7 et 20,1 pour 100 000 habitants. Entre 2021 et 2023, 2 722 foyers d'origine alimentaire ont été signalés, impliquant 20 102 cas (contre 2 767 foyers et 22 681 cas entre 2017 et 2019). La majorité des foyers étaient d'étiologie bactérienne (53 %) ; parmi ceux-ci, les foyers de salmonellose prédominaient, avec 80 % de cas dus à S. Enteritidis. La proportion de foyers à Clostridioides difficile s'élevait à 21,5 % (représentant 16,5 % de l'ensemble des cas liés à des foyers) ; dans les établissements de santé, les foyers de cette étiologie représentaient 78 % du total des foyers. Au total, 27,9 % des cas d'épidémie ont nécessité une hospitalisation, principalement lors d'épidémies d'infections à Clostridium difficile et d'hépatite A. Les épidémies sont survenues surtout au sein des foyers, mais la plupart des cas ont été recensés dans les établissements de restauration et les établissements de santé. En résumé, entre 2021 et 2023, le nombre d'infections et d'intoxications d'origine alimentaire était comparable à celui de la période prépandémique, mais leur structure étiologique a évolué (augmentation des infections à Clostridium difficile et des épidémies d'origine virale). Ces résultats confirment la nécessité de renforcer la surveillance et les capacités de diagnostic en laboratoire.

Dans le cadre de la surveillance des épidémies d'origine alimentaire entre 2021 et 2023, une augmentation constante de leur nombre a été observée après la baisse liée à la pandémie du COVID-19. Au total, 2 722 foyers de cas ont été signalées, impliquant 77 452 personnes exposées, dont 20 102 personnes malades. À titre de comparaison, durant la période précédant la pandémie (2017-2019), 2 767 foyers de cas avaient été enregistrées, touchant 22 681 personnes. Le nombre de foyers de cas a augmenté entre 2021 et 2023, passant de 618 en 2021 à 884 en 2022, puis à 1 220 en 2023, soit une augmentation de près du double sur cette période. Cette tendance s'est également reflétée dans le nombre de cas : 6 114 en 2021 et 7 699 en 2023, un chiffre comparable à la moyenne observée entre 2017 et 2019 (7 416 cas).

Sur le plan étiologique, les foyers de cas d'origine bactérienne ont été les plus fréquents entre 2021 et 2023, représentant 53,3 % des foyers et 46,4 % des cas associés (n = 9 326). Par rapport à la période de trois ans précédant la pandémie, la proportion de foyers et de cas relevant de ce groupe étiologique était plus faible (44,3 % des épidémies et 40,9 % des cas). Tant avant qu'après la pandémie, Salmonella a été l'agent étiologique le plus fréquent des foyers de cas d'origine alimentaire en Pologne.

En 2021, 2022 et 2023, cette bactérie a été à l'origine de, respectivement, 37,1 %, 29,8 % et 31,6 % des foyers de cas L'agent le plus fréquemment en cause était S. Enteritidis (80 % de toutes les éclosions de salmonellose) ; en 2023, 304 éclosions et 2 107 cas associés à cette étiologie ont été signalés, contre 173 éclosions et 1 451 cas en 2021 (soit une augmentation de 76 %).

En 2023, la proportion d'éclosions de salmonellose par rapport au nombre total d'éclosions d'origine alimentaire était comparable à celle observée durant les années précédant la pandémie (environ 30 %). À titre de comparaison, cette proportion était plus élevée en 2020-2021 (plus de 40 %). Entre 2021 et 2023, on a observé une augmentation de la proportion d'éclosions à Clostridioides difficile, qui ont représenté 21 % de l'ensemble des éclosions d'origine alimentaire (n = 585) et 16,5 % (n = 3 326) de tous les cas associés à ces éclosions.

En comparaison, sur la période 2017-2019, ces éclosions représentaient 9,2 % des éclosions et 5,1 % des cas. En 2022, 209 éclosions à Clostridioides difficile et 1 072 cas ont été recensés, faisant de cette étiologie la plus fréquente à cette époque. Sur la période 2017-2023, des éclosions à Clostridioides difficile ont été signalées par 111 des 318 stations PSSE (contre 44 stations sur la période 2017-2019 et 94 sur la période 2021-2023). Les infections virales ont été à l'origine de 18,2 % (n = 490) des éclosions et de 28,3 % (n = 5 510) des cas associés sur la période 2021-2023, une proportion inférieure à celle observée avant la pandémie (sur la période 2017-2019 : 38,4 % des éclosions et 33,2 % des cas).

Parmi les foyers d'origine virale survenus entre 2021 et 2023, norovirus est prédominant, représentant 7,7 % de l'ensemble des foyers et 20,3 % des cas. À titre de comparaison, en 2017-2019, norovirus était à l'origine de 7,4 % des foyers et de 17,7 % des cas associés à ces foyers. Le nombre de foyers dus à rotavirus a considérablement fluctué au cours de la période étudiée. En 2021, 17 foyers impliquant 81 cas ont été recensés, tandis qu'en 2022, on a observé une multiplication par huit du nombre de foyers et par six du nombre de cas, se rapprochant ainsi des niveaux prépandémiques. En 2023, le nombre de foyers et de cas a diminué par rapport à l'année précédente (31 foyers, 114 cas). Malgré leur nombre limité, ces foyers se caractérisaient par un nombre relativement élevé de cas par foyer. La part des foyers liés aux rotavirus dans le total des foyers est restée faible, passant de 13,8 % en 2017-2019 à 6,9 % en 2021-2023. Sur la période 2021-2023, une proportion élevée de foyers était d'étiologie inconnue (24,2 % des foyers et 25,8 % des cas), une proportion qui a progressivement augmenté pour atteindre 34,3 % (n = 419) en 2023. À titre de comparaison, ce chiffre était de 20 % en 2019.

En 2023, une augmentation des foyers d'étiologie inconnue a été signalée par le PSSE de Gdańsk (125 foyers), contre seulement 4 en 2019. Il s'agissait pour la plupart de foyers de petite taille survenus dans un cadre familial. Entre 2021 et 2023, un total de 5 609 cas liés à des foyers ont nécessité une hospitalisation (soit 27,9 % de l'ensemble des cas associés à des foyers sur cette période). La proportion de personnes hospitalisées au cours de la période susmentionnée se situait entre 26 % et 31 %, un taux comparable à celui observé avant la pandémie de COVID-19 (31 %). Sur le plan étiologique, les taux d'hospitalisation les plus élevés ont été enregistrés lors d'éclosions causées par Clostridioides difficile (78,4 %), le virus de l'hépatite A (69,4 %) et rotavirus (63,8 %). Pour les éclosions à Salmonella, cette proportion était de 25,6 %, contre 8,7 % pour celles d'origine norovirale. Entre 2021 et 2023, comme les années précédentes, les éclosions d'origine alimentaire sont le plus souvent survenues dans un cadre familial : 1 392 foyers ayant entraîné 4 863 cas, soit plus de la moitié de l'ensemble des foyers. La part de cette catégorie était légèrement inférieure à celle observée avant la pandémie, époque où les foyers familliaux représentaient 60,5 % du total ; toutefois, une nouvelle augmentation a été constatée en 2023, ramenant ce taux à un niveau proche de celui d'avant la pandémie (59,8 %). Les infections d'origine bactérienne prédominaient parmi les foyers familliaux, en particulier ceux causés par Salmonella spp., responsables de 50 % des éclosions (n = 697). Une faible

Une faible autre part des infections était causée par des virus : rotavirus (8,5 %, n = 118) et norovirus (3,9 %, n = 54). Il convient de souligner la proportion relativement élevée d'éclosions d'étiologie indéterminée, qui représentaient 28,7 % de l'ensemble des éclosions survenues au sein des foyers familliaux (n = 399). Le deuxième cadre le plus fréquent pour ces foyers était celui des hôpitaux et autres établissements de santé, où 26,6 % des foyers (n = 724) et 5 562 cas ont été recensés. La part de ce groupe a légèrement augmenté par rapport à la période 2017-2019 (20,3 % des éclosions).

Contrairement aux éclosions survenues au sein des foyers familliaux, cette catégorie était dominée par des infections à Clostridioides difficile, responsables de près de 78 % de toutes les éclosions en établissements de santé (n = 564). Les éclosions dans les établissements de restauration collective, les restaurants et les hôtels étaient moins fréquentes (11,6 % de l'ensemble des éclosions et 5 673 cas) ; leur proportion (24,2 %) était comparable à celle observée avant la pandémie.

L'étiologie de ces infections était variée : Salmonella Enteritidis prédominait, tandis que norovirus était également observés de manière sporadique. Dans les crèches et les écoles maternelles, où les éclosions représentaient environ 5 % du total, les infections d'origine virale prédominaient, principalement celles dues à norovirus et rotavirus. En termes de nombre de cas, le chiffre le plus élevé a été enregistré lors d'éclosions survenues dans des établissements de restauration (28,2 % de l'ensemble des cas), suivis par les hôpitaux et autres établissements de santé (27,2 %).

Les vecteurs les plus fréquemment identifiés étaient les œufs et les ovoproduits (94 foyers, soit 2,8 % des foyers sur la période analysée), suivis des gâteaux à la crème sans œufs (n = 31, soit 3 % des foyers) et de la viande et des produits à base de viande (n = 27 ; 0,6 %). En 2023, on a observé une augmentation du nombre de foyers liés aux gâteaux à la crème (20 contre 6 en 2022), tandis que le nombre de foyers impliquant des œufs et des ovoproduits (42 foyers) est resté relativement stable. L'agent étiologique prédominant dans l'ensemble des foyers à vecteur connu était Salmonella Enteritidis (70,4 % de ces foyers). Cette étiologie était particulièrement fréquente dans les foyers impliquant des œufs et des ovoproduits (81,9 %), des gâteaux à la crème (100 %) ainsi que de la viande et des produits à base de viande (85,2 %). Bien qu'ils ne représentent qu'une faible proportion de l'ensemble des foyers, ceux à vecteur connu se caractérisaient par un nombre élevé de cas : 718 cas en 2023, soit 9,4 % du total des cas cette année-là.

En Pologne, des différences ont été observées dans les proportions d'étiologies virales spécifiques à l'origine des foyers. Le taux global d'étiologies virales à l'origine des foyers a diminué, passant de 32,8 % (période pré-pandémique) à 18,2 % (2021-2023). Cette baisse était particulièrement marquée pour les foyers à rotavirus, une tendance à interpréter dans le contexte de la mise en place de la vaccination obligatoire contre le rotavirus en 2021.

Conclusion

L'analyse des données de la période 2021-2023 révèle des modifications de la structure étiologique des foyers de maladies d'origine alimentaire par rapport à la période pré-pandémique, alors que le nombre total de foyers est revenu à un niveau comparable à celui des années précédant la pandémie. Ces changements incluent une proportion croissante de foyers à Clostridioides difficile (CDI), une proportion légèrement plus élevée de foyers d'étiologie inconnue et une diminution de la proportion de foyers d'origine virale, en partie liée à l'introduction de la vaccination contre le rotavirus. Ces résultats soulignent la nécessité de renforcer davantage la surveillance épidémiologique systématique des maladies d'origine alimentaire et d'étendre les capacités de diagnostic en laboratoire dans ce domaine, tout en maintenant des normes élevées d'hygiène hospitalière.

A ce contexte, il faut aussi ajouter des épidémies d'origine zoonotique et agricole en 2026.

- Peste porcine africaine (PPA) : Le nombre de foyers dans les élevages commerciaux a triplé en 2026. Des foyers majeurs ont touché de grandes exploitations, notamment une ferme de très grande taille dans la voïvodie de Poméranie-Occidentale abritant plus de 21 000 porcs, parallèlement à la persistance de cas chez les sangliers.
- Maladie de Newcastle : La Commission européenne a mis à jour en avril 2026 les zones de restriction et de surveillance dans des régions telles que Lubuskie, Śląskie et Wielkopolskie, à la suite de foyers d'infection chez les volailles survenus plus tôt cette année.

lundi 24 août 2026

Belgique : Le « filet américain » est-il un aliment à haut risque ?

Dans son rapport d'activités 2025 Santé humaine, animale et végétale, l’AFSCA de Belgique nottait à propos d’une toxi-infection alimentaire collective à « STEC : chercher une aiguille dans une botte de foin » :

Sur base des données de traçabilité et du traitement statistique des informations recueillies lors des interviews des résidents des maisons de repos et de soins concernées (EPHAD en France -aa), il a été présumé que du filet américain contaminé constituait la source de l’infection à l’origine de cette épidémie à Escherichia coli producteurs de shigatoxines (STEC). Cette hypothèse n’a toutefois pas pu être confirmée par des analyses. Cela montre une nouvelle fois que l’enquête visant à identifier la cause d’une maladie d’origine alimentaire revient souvent à chercher une aiguille dans une botte de foin : les micro organismes pathogènes sont souvent présents en faibles quantités et se répartissent de manière hétérogène dans les denrées alimentaires.

Mais dans une rubrique Plus d’informations concernant le recensement des cas, des impacts sur la santé et des aliments impliqués de ce rapport, on découvre qu’il y a eu auprès des résidents de cette maison de soins et de repos, 88 personnes malades, 13 personnes hospitalisées et 10 décès. On sait aujourd’hui que le coupable, si l’on peut dire, est bien le « filet américain », sorte de steak tartare à bas de viande de bœuf où la mayonnaise remplace le ketchup.

« Le nombre de décès dus à des maladies infectieuses d'origine alimentaire a doublé en Belgique en 2025 », source Food Safety Magazine du 24 juin 2026.

Selon le rapport 2025 de l'Agence fédérale pour la sécurité de la chaîne alimentaire (AFSCA), le nombre de décès liés à des maladies d'origine alimentaire a doublé, passant de six en 2024 à 12 en 2025. Des décès attribuables à une épidémie à STEC.

C’est dans ce contexte que vient de paraître cet article, « Large outbreak of severe Shiga toxin-producing E. coli O157:H7 infections in multiple nursing homes in Belgium, August 2025 ».

Résumé

En août 2025, plusieurs maisons de repos et de soins en Belgique ont signalé des cas de gastro-entérite parmi les résidents, confirmés par la suite comme étant dus à des STEC O157. Une équipe nationale d'investigation des épidémies a été mise en place pour identifier la source et mettre en œuvre des mesures de contrôle. Les autorités sanitaires régionales ont mené des enquêtes de terrain, incluant des visites dans les établissements, des entretiens et une évaluation des expositions. Les investigations microbiologiques et celles portant sur la chaîne alimentaire ont été coordonnées au niveau national. Nous avons comparé les menus et initié des enquêtes de traçabilité pour les aliments présentant un risque élevé de contamination par les STEC. À l'aide d'une étude cas-témoins rétrospective, nous avons calculé des rapports de chances (odds ratios) spécifiques aux aliments ainsi que des intervalles de confiance à 95 %. Par ailleurs, nous avons classé les expositions selon leur importance de permutation dans un modèle de prédiction de type « forêt aléatoire » (random forest). Les investigations ont désigné le « filet américain », consommé le 13 août, comme la source la plus probable. Aucun reste d'aliment n'était disponible pour une confirmation microbiologique. Nous avons identifié un lot de viande hachée de bœuf crue distribué à 104 établissements, dont les maisons de repos et de soins touchées, et avons mis en évidence des échantillons positifs aux STEC liés à ce lot. Avec 71 cas et 10 décès, il s'agissait de l'une des plus importantes épidémies à STEC survenues en Belgique ; cet événement a incité les autorités à diffuser des messages déconseillant aux populations à risque la consommation de viande crue et à souligner la nécessité de réviser les recommandations existantes concernant les aliments à haut risque d'infections d'origine alimentaire.

Conclusion

Il s'agissait de l'une des épidémies à STEC les plus graves signalées en Belgique ; elle a suscité une attention médiatique nationale considérable en raison de son taux de létalité élevé et de son impact étendu à toutes les régions. Durant l'enquête, la priorité a été d'identifier le plus rapidement possible les maisons de soins et de repos touchées, ce qui nécessitait une confirmation rapide par le Centre national de référence (CNR) d'au moins un cas de STEC O157 par établissement. Au moment où la viande hachée crue a été identifiée comme la source la plus probable des infections à STEC O157, l'épidémie était déjà terminée. Le lot suspect de viande de bœuf hachée crue ayant déjà été consommé ou retiré, aucune mesure de rappel ou de retrait n'a été nécessaire. À la suite de l'épidémie, l'AFSCA a diffusé des recommandations conseillant aux personnes à risque d'infections d'origine alimentaire sévères (personnes âgées, jeunes enfants, femmes enceintes et personnes immunodéprimées) d'éviter de consommer des produits carnés crus ou insuffisamment cuits. Le « filet américain » est un plat traditionnel de la cuisine belge, souvent considéré comme un mets de choix. Dans ce contexte, les recommandations en matière de gestion des risques doivent concilier les impératifs de sécurité des aliments et la qualité de vie des personnes vivant en collectivité, en tenant compte des facteurs culturels et sociaux. Cet équilibre doit être recherché grâce à une communication ciblée et à des groupes de travail pluridisciplinaires. En Belgique, cette épidémie a mis en évidence la nécessité de revoir les pratiques existantes, conduisant à la création d'un groupe de travail associant toutes les parties prenantes concernées afin d'élaborer des recommandations sur les aliments présentant un risque élevé d'infections d'origine alimentaire.

Commentaire
Etait-il raisonnable de donner du filet américain à des résidents de maisons de soins et de repos ? La question reste posée ...

vendredi 14 août 2026

TIAC : Les approximations de Santé publique France

On savait que Santé publique France se foutait (je ne vois pas d'autre terme) des données des toxi-infections alimentaires collectives. En effet, aucun résultat des données de 2022 et 2023 paru respectivement le 21 février 2024 et le 20 mars 2026 n’a eu droit à la rubrique actualités du site internet de l’agence, c’est dire, donc, ne parlons pas de ce qui fâche ...

Autre preuve ce qui rapporté, ce qui est indiqué dans la rubrique « la maladie ».


- En 2023, 2 231 TIAC ont été déclarées en France, affectant 22 282 personnes.
- En 2022, 1 924 TIAC ont été déclarées en France, affectant 16 763 personnes.

Selon les résultats publiés par l’EFSA pour 2024, les chiffres sont du même ordre de grandeur. Il serait peut-être temps de prendre la mesure du problème !

Last but not the least, à quelle date aura-t-on les données de 2024 par Santé publique France ? Rien ne presse !

jeudi 13 août 2026

Autriche : Situation des toxi-infections alimentaires collectives en 2025

En Autriche, AGES publie une situation en 2025 des toxi-infections alimentaires collectives. Rappelons qu’en France, nous n’en sommes qu’en 2023. Pour les données de 2025, il vous faudra attendre 2028, au bas mot !

En 2025, 33 foyers de cas d'intoxication alimentaire ont été recensés, soit un de moins qu'en 2024.

Au total, 354 personnes ont été touchées, soit 45 % de plus qu'en 2024 avec 194, mais nettement moins qu'en 2019 avec 793 personnes, avant la pandémie de COVID-19.

110 personnes ont dû être hospitalisées (2024 : 77 ; 2023 : 38 ; 2022 : 57 ; 2021 : 27 ; 2020 : 17 ; 2019 : 159).

Aucun décès n'a été déploré (2024 : 2 décès ; 2023 : 1 décès ; 2022 : 4 décès ; 2021 : 2 décès ; 2020 : 0 décès ; 2019 : 1 décès). Le nombre moyen de personnes par foyer de cas était de 10,7, allant de deux à 86 personnes. 

En 2025, 16 foyers de cas ont été recensés (48 %), dont deux foyers internationaux et deux foyers persistant depuis 2023. Dix-sept foyers (52 %) ont été enregistrés au sein des foyers. 

Comme les années précédentes (2024 : 10 foyers ; 2023 : 15 foyers), huit de ces foyers étaient liés à des séjours à l’étranger.

Salmonella était l'agent causal le plus fréquent (13 foyers de cas et 278 personnes atteintes). Campylobacter était le deuxième pathogène le plus fréquent (9 foyers et 39 cas), suivi de trois foyers à norovirus (14 personnes) et de deux foyers à Shigella spp. (5 personnes). Un foyer de cas a été causé par chacun des pathogènes suivants : Escherichia coli non typé (deux personnes), STEC (deux personnes), virus de l'hépatite A (trois cas), Listeria monocytogenes (six personnes), céréulide (trois cas) et Entamoeba histolytica (deux personnes).

Une importante et prolongée épidémie transfrontalière de maladies infectieuses d'origine alimentaire a été causée par Salmonella Strathcona ST2559 CT3910. Cette épidémie a touché 52 personnes en Autriche en 2025, entraînant 20 hospitalisations. Entre 2023 et le 30 septembre 2025, 437 cas confirmés d'infection à S. Strathcona ST2559 ont été recensés dans 17 pays de l'UE/EEE. Des tomates de petite taille provenant de Sicile ont été identifiées comme source de l'infection. En réponse, l'Autorité italienne de sécurité des aliments a mené des investigations approfondies. La détection de Salmonella Strathcona dans un prélèvement d'eau d'irrigation de l'exploitation d'un producteur de tomates en Sicile a confirmé le rôle de l'environnement comme source de contamination des tomates. Ces résultats ont également mis en évidence la nécessité d'une approche multidisciplinaire intégrant des évaluations environnementales aux enquêtes liées aux aliments afin de réduire efficacement le risque de contamination par Salmonella. Voir ECDC et EFSA, 2025. Épidémie prolongée à Salmonella Strathcona ST2559 touchant plusieurs pays et liée à la consommation de tomates dans l'UE/EEE. Première mise à jour au 23 octobre 2025.

Une autre épidémie d'origine alimentaire, solidement étayée, a touché l'Autriche et l'Allemagne. Elle était due à la souche de Salmonella Infantis ST603 CT28911. En Autriche, cette éclosion a entraîné 20 cas de maladie et dix hospitalisations.

Les investigations ont permis d'identifier rapidement la source de l'infection, confirmée microbiologiquement : du beurre de noix de cajou bio aux framboises, produit par une entreprise allemande. Cette dernière a par la suite retiré les produits du marché et a procédé à plusieurs rappels publics de produits concernant du ‘beurre de noix de cajou dmBio aux framboises’. Le rappel concernait tous les lots dont la date limite de consommation était fixée au 28 avril 2026.

Une autre éclosion d'intoxication alimentaire, solidement étayée, était déjà en cours depuis 2023. Elle était due à Listeria monocytogenes Sg IIa/ST101/CT7699. En 2023, une personne a été infectée après avoir consommé des aliments contaminés. En 2024, quatre personnes ont été touchées lors de cette éclosion ; toutes ont dû être hospitalisées et l'une d'elles est décédée des suites de l'infection. En 2025, six nouveaux cas ont été recensés, nécessitant également une hospitalisation. La viande et les produits carnés ont été identifiés comme étant les aliments contaminés.