vendredi 21 décembre 2018

Graines de sarrasin bio et datura, attention danger !


Le bio peut ne pas être toujours aussi beautiful !

Plusieurs rappels viennent de montrer que « des graines de sarrasin certifiées bio originaire de France sont suspectées d’être contaminées par une plante : la datura. »


La DGCCRF a publié le 20 décembre 2018 un affichage en magasin daté du 18 décembre 2018 sur le rappel de farine de sarrasin complète biologique.
Cliquez sur l'image pour l'agrandir

A ces produits rappelés s’ajoutent des rappels récents de farine de sarrasin complète bio signalés le 22 novembre 2018 et le 13 décembre 2018, voir ce lien.

Un article de Vigil’Anses n°5, Le bulletin des vigilances de l’Anses de juin 2018, traitait de Datura ou les « fleurs du mal », c'est dire ...

Sur le plan des contrôles, 
  • la DGCCRF a présenté le 21 novembre 2016 les résultats 2015 du « Plan de surveillance de la contamination de certaines denrées alimentaires par les mycotoxines et de la contamination des céréales et des produits céréaliers par l’ergot, les alcaloïdes de l’ergot et les alcaloïdes tropaniques ».
En 2015, 319 établissements ont été visités et 355 échantillons ont été analysés en laboratoire, dont 7% qui présentaient des anomalies. 
L’enquête de la DGCCRF démontre un taux d’anomalie supérieur à celui de l’année 2014 (7% en 2015 contre 3% en 2014). Ce plan de surveillance et de contrôle a été reconduit en 2016. Parallèlement, les discussions se poursuivent sur le renforcement de ces règles : en 2017, elles porteront notamment sur l’opportunité de fixer des teneurs en alcaloïdes tropaniques dans d’autres denrées alimentaires que les aliments pour nourrissons et enfants en bas âge contenant du millet, du sorgho, du sarrasin ou leurs produits dérivés et des teneurs en alcaloïdes de l’ergot dans les céréales et les denrées dérivées ou composées de céréales 
  • la DGCCRF a présenté le 27 août 2018 les résultats 2016 du « Plan de surveillance de la contamination de certaines denrées alimentaires par les mycotoxines, l’ergot, les alcaloïdes de l’ergot et les alcaloïdes tropaniques ».
Les résultats de la campagne 2016 indiquent un taux global de non-conformité de 4,3 %, proche de celui relevé en 2015 (5 %).
Un article de 2016 rappelle aussi qu’il existe désormais une limite pour les alcaloïdes tropaniques dans l’alimentation pour bébés.

Complément du 21 décembre 2018. Une notification d'alerte par la France a été publiée par le RASFF de l'UE le 20 décembre 2018, référence 2018.3720, concernant la présence dans de la farine de sarrasin bio pour cause d’atropine (53 µg/kg) et de scopolamine (20 µg/kg). Des communiqués de rappels ont été publiés par la Belgique et le Luxembourg.

Complément du 4 janvier 2019. On peut lire ci-dessous un tweet de la DGCCRF du 31 décembre 2018 (mais oui !), Avis de rappel de farine de sarrasin complète biologique et de spécialités au sarrasin (pâtes).

Vous noterez la bonne réponse d'un consommateur lambda ... décidément quand on ne fait pas les choses bien du premier coup, ça traine et ça fait désordre, voir l'article du 16 décembre 2018, Mais que c'est compliqué d'avoir des informations sur les rappels des produits alimentaires !
A l’occasion de la chandeleur, la DGCCRF invite les consommateurs à vérifier s’ils ne possèdent pas dans leurs placards de la farine de sarrazin complète bio des marques Naturaline et Moulin des Moines.
Voir le détail des lots dans l'information de la DGCCRF.
Mise à jour du 13 octobre 2019. Selon France info du 13 octobre 2019Le datura, une plante invasive hallucinogène, est-il le poison de l'agriculture bio ?
Des farines de sarrasin bio font régulièrement l'objet de retraits des rayons pour des contaminations ou des soupçons de contamination au datura, une plante contenant des alcaloïdes.

jeudi 20 décembre 2018

Baies de goji, il peut y avoir du bon mais aussi du bio parfois pire !


Wikipédia rapporte :
Le goji ou baie de goji est le nom commercial de la baie du lyciet commun et du lyciet de Chine. C'est un produit originaire et principalement produit dans la région autonome du Ningxia, en Chine.
Wikipédia indique qu’il y a des controverses concernant ce produit :
De nombreux scientifiques qualifient de « surévalués » les bienfaits attribués aux baies de goji sur la santé ; le récent engouement pour ce produit serait plus lié au marketing qu'à la science. Selon eux, ce fruit ne contient pas plus de vitamines que l'orange ou la pomme, et moins que les baies d'argousier.
De plus, des traces de pesticides, supérieures aux normes européennes, ont été relevées dans de nombreuses importations de baies de goji vendues sous la forme de baies séchées. Il s'agit essentiellement de l'acétamipride, un insecticide utilisé dans la lutte contre les pucerons. 
Vient de paraître dans le bulletin de l’AFSCA de Belgique n°73 un article, « Les baies de goji contrôlées de plus près par l’AFSCA ! »,
Depuis quelques années, les baies de goji (censées avoir des qualités nutritionnelles exceptionnelles) connaissent un certain succès auprès des consommateurs à la recherche de « superaliments ». L’AFSCA, qui a déjà effectué 8 rappels de divers lots de ces baies depuis le début de l’année 2018, intensifie les contrôles pour ce produit.

Les baies de goji, un superaliment ?

Ces baies sont principalement produites en Chine. Elles ont la forme de petites baies rouges, allongées, de saveur légèrement sucrée ; elles sont souvent commercialisées sous forme séchée ou sous forme de jus (généralement mélangé à d’autres jus de fruits).
On leur accorde en Asie des vertus médicinales exceptionnelles.
Depuis quelques années, elles sont également appréciées en Occident.
Relativement riche en vitamines, en minéraux et en oligoéléments, la baie est souvent présentée comme un« superfruit ». De nombreux scientifiques estiment toutefois que les bienfaits sur la santé qui lui sont attribués sont surévalués.

Une teneur parfois (trop) élevée en résidus de pesticides…

Si les super-qualités nutritionnelles des baies de goji sont discutables, le risque de leur teneur trop élevée en résidus de pesticides l’est moins. Depuis 2017, suite à l’augmentation de la consommation de ces baies et aux divers signaux indiquant la possible présence de résidus de pesticides à des teneurs supérieures aux limites maximales fixées dans la législation européenne, l’AFSCA a prélevé et analysé des échantillons de ces denrées. Suite à ces analyses, l’Agence a procédé au retrait du marché belge de plusieurs lots de baies en vue de leur destruction et à leur rappel auprès des consommateurs, vu le risque potentiel pour la santé des consommateurs (voir les communiqués de presse du 7, 9 et 27 avril, du 10 et 26 juillet et du 3 et 31 octobre 2018 sur www.afsca.be/rappelsdeproduits/).
Une enquête de Test-Achat sur ces mêmes produits a révélé le même type de problème.

Un programme (belge) de contrôle adapté, un règlement européen revu

Le programme de contrôle des résidus de pesticides 2018 de l’AFSCA prévoyait déjà l’analyse d’échantillons supplémentaires de baies de goji séchées. Au vu des non-conformités observées, l’AFSCA a décidé d’accélérer les échantillonnages et analyses programmés.
De plus, au niveau européen, suite à la demande insistante de l’AFSCA notamment, le Règlement (CE) n°669/2009 sur les importations de denrées alimentaires à risque élevé a été adapté : les contrôles à l’importation des baies de goji dans tous les Etats Membres ont été harmonisés. Plus aucune frontière européenne ne laisse entrer ces baies sans un contrôle à fréquence fixée par l’Union européenne.
Et l’AFSCA reste sur son qui-vive…
Soucieuse de la santé des amateurs de ces petites baies rouges, l’AFSCA poursuivra ses échantillonnages et analyses. 
En effet, un article de Test-Achats du 30 octobre 2018 indique à propos des baies de goji, « Superaliments : le bio parfois pire ».
Baies de goji et graines de chia. Deux superaliments que nous avons analysés. Vu la quantité de résidus de pesticides trouvés dans certains produits, mieux vaut parfois les éviter. 
La revue 60 millions de consommateur indique le 14 novembre 2018, « Baies de goji : riches en nutriments… et en pesticides ».
Les trois quarts des baies de goji analysées par nos confrères belges contiennent des pesticides. Certaines excèdent même la concentration autorisée.
Enfin, l’hebdomadaire Paris Match rapporte le 29 octobre 2018, « Du remède au poison : Les baies de goji nous auraient-elles menti ? »

Ce qui est étonnant c’est qu’aucun rappel n’a eu lieu en France, vraiment étonnant ?

Pourtant, il y a eu 14 notifications au réseau d‘alerte rapide de l’UE, RASFF, en 2018 et la France a été concernée par quatre notifications publiées au RASFF.

Parmi ces quatre notifications, il y avait une notification d’alerte par la Belgique pour des baies de goji séchées bio de France, référence 2018.1133, en raison de la présence de nicotine (550 µg/kg), substance non autorisée.
On en cultive en France dans plusieurs régions, 1, 2 et 3

A propos d'un rappel de reblochons au lait cru contaminés par Escherichia coli O26


Pendant ces fêtes de fin d’année, je mangerais du reblochon !
Et pourtant, l’actualité des avis de rappels montre que l’année 2018 n’a pas été une bonne année pour le reblochon, qu’on en juge …
  • 11 mai 2018 : Reblochon au lait cru AOP 450 g de marque Nos régions ont du talent (E.Leclerc), pour cause de Escherichia coli O26.
  • 14 mai 2018 : Fromage AOP reblochon laitier au lait cru de toutes marques commerciales, pour cause de présence de Escherichia coli O26.
  • 15 mai 2018 : Reblochon de Savoie laitier 450g LS de marque Reflets de France (Carrefour), pour cause de Escherichia coli O26.
  • 15 mai 2018 : Reblochon de Savoie 450g LS de marque Fruitières Chabert, pour cause de Escherichia coli O26.
  • 15 mai 2018 : Reblochon de Savoie 450g LS de marque Itinéraires des Saveurs (Intermarché), pour cause de Escherichia coli O26.
  • 15 mai 2018 : Reblochon de Savoie 450g LS de marque Fruitières Chabert), pour cause de Escherichia coli O26.
  • 15 mai 2018 : Reblochon de Savoie 450g LS de marque Itinéraires des Saveurs (Intermarché), pour cause de Escherichia coli O26.
  • 2 juin 2018 : Demi-fromage AOP reblochon laitier de marque Chabert (vendu chez Auchan, Intermarché), pour cause de Escherichia coli O26.
  • 2 juin 2018 : Demi-fromage AOP reblochon laitier de marque Nos Régions Ont du Talent (E. LECLERC), pour cause de Escherichia coli O26.
  • 2 juin 2018 :
  • Rappel produit : Demi-fromage AOP reblochon laitier de marque Saveurs de nos Régions (Lidl), pour cause de Escherichia coli O26.
  • 22 juin 2018 : Demi reblochon de Savoie AOP, environ 240g de marque Saveurs de nos Régions (Lidl), pour cause de Escherichia coli O26.
  • 22 juin 2018 : Demi-Reblochon de Savoie laitier de marque AUCHAN Mmm, pour cause de Escherichia coli O26.
  • 22 juin 2018 : 1/2 Reblochon de Savoie laitier de marque REFLETS DE France (Carrefour), pour cause de Escherichia coli O26.
  • 22 juin 2018 : Reblochon de Savoie Fruitières de marque CHABERT, pour cause de Escherichia coli O26.
  • 22 juin 2018 : 1/2 Reblochon de Savoie laitier de marque CHABERT, pour cause de Escherichia coli O26.
  • 25 novembre 2018 : Fromage AOP reblochon laitier au lait cru de différentes marques, pour cause de présence de salmonelles.
  • 20 décembre 2018 : Reblochon de Savoie AOP de marque Pochat et Fils, pour cause de Escherichia coli O26.
Un communiqué du ministère de l’agriculture rapporte le 20 décembre 2018 un « Retrait et rappel de reblochons commercialisés sous les marques Pochat et Beulet estampillés FR 74.116.050 CE contaminés par la bactérie Escherichia coli ».

Suite à l’identification de deux cas d’infection sévère à Escherichia coli de type O26 chez de jeunes enfants ayant consommé du reblochon entier au lait cru produit sur le site d'Eteaux en Haute-Savoie par la Société Fromagère d'Eteaux, les autorités sanitaires ont pris toutes les mesures nécessaires à la protection des consommateurs.

Cette mention « les autorités sanitaires ont pris toutes les mesures nécessaires à la protection des consommateurs » ne me paraît pas correcte dans la mesure où le rappel a été déclenché sitôt connu des cas de contamination …

Il me semble que les « cas d’infection sévère à Escherichia coli de type O26 » sont liés au syndrome hémolytique et urémique, voir ce lien de l’InVS pour en savoir plus.

Deux enfants âgés de moins de trois ans présentant un syndrome hémolytique et urémique (SHU) et domiciliés dans la même région ont été signalés à Santé publique France par un service  hospitalier de pédiatrie. Le Centre national de référence E. coli et son laboratoire associé (Institut Pasteur, Paris, et Laboratoire de microbiologie de l’hôpital Robert Debré, Paris) ont confirmé qu’ils étaient infectés par une bactérie Escherichia coli (E. coli) O26 ayant les mêmes caractéristiques.
Les investigations menées par Santé publique France et la Direction Général de l’Alimentation (DGAl) ont montré que le point commun entre ces deux enfants était la consommation de reblochon au lait cru, appartenant à un même lot de production. Des analyses réalisées par le producteur sur ce lot en début du processus de fabrication n’avaient pas mis en évidence de contamination par la bactérie E. coli O26. Toutefois, des analyses réalisées rétrospectivement, sur un échantillon de fromage conservé par le producteur, ont permis de mettre en évidence une contamination par la bactérie E. coli O26.

Suite à ces  résultats, les autorités sanitaires en lien avec le producteur ont décidé le  retrait et rappel du lot de production commercialisé sous 2 marques, Pochat et Beulet (2 références).
Pour un autre fabricant, rappelons que plus tôt cette année, Santé Publique de France avait diffusé un point au 31 mai 2018 à propos d’une « Epidémie de syndrome hémolytique et urémique pédiatrique à Escherichia coli O26 en France métropolitaine en lien avec la consommation de reblochon ». Voir aussi ce lien.
Entre les mois de février et mai 2018, plusieurs enfants atteints de syndrome hémolytique et urémique (SHU), infectés par une bactérie Escherichia coli (E. coli) O26 ayant les mêmes caractéristiques, ont été identifiés par le Centre national de référence E. coli et son laboratoire associé (Institut Pasteur, Paris, et Laboratoire de microbiologie de l’hôpital Robert Debré, Paris). Les investigations menées par Santé publique France ont confirmé un lien épidémiologique entre ces cas et la consommation de reblochons au lait cru produits sur le site de Cruseilles (Haute-Savoie) de l’entreprise Chabert.

Un autre point au 15 juin 2018, communiqué de Santé publique France, « Epidémie de syndrome hémolytique et urémique pédiatrique à Escherichia coli O26 en France métropolitaine en lien avec la consommation de reblochon ».
15 enfants âgés de un à cinq ans sont inclus dans l’investigation de cette épidémie et on apprenait qu’un enfant était décédé

S'agissant des reblochons au lait cru contaminés par E. coli O26, un article de Monique Cérou de PROCESS Alimentaire du 14 mai 2018 fait le point sur des critères européens toujours en attente ...
La bactérie productrice de shigatoxines (STEC) E. coli O26 figure dans le top 5 européen des bactéries hautement pathogènes. Elle est définie dans l’avis de 2010 de l’Anses qui précise les critères pour qu'une souche soit pathogène ou hautement pathogène. Les produits les plus sensibles sont la viande hachée et les produits à base de lait cru. A l’heure actuelle, il n’existe pas de critère réglementaire pour les STEC, faute de consensus de la part des États-membres. Ces derniers doivent s’entendre autour d’une définition commune car, à l’heure actuelle, les mesures de retrait diffèrent selon les pays (recherche de gènes stx ou confirmation de la coprésence des gènes de virulence et du sérotype par exemple).
La Fédération du commerce et des distributeurs (FCD) a quant à elle fixé un critère d’absence dans 25 grammes. D’après le dernier plan de surveillance de la contamination des fromages au lait cru par Listeria monocytogenes, par Salmonella spp. et par E. coli STEC établi par la DGAL : « un fromage détecté positif vis-à-vis de la présence d'une souche STEC hautement pathogène est considéré comme « dangereux » au sens de l'article 14 du règlement (CE) n°178/2002. A ce titre, le guide d'aide à la gestion des alertes définit un seuil d'alerte pour les souches STEC hautement pathogènes, dans toutes les denrées alimentaires, de « présence dans 25 g ». » 
Si l’on suit ce qui est passé pour les rappels de reblochons de la marque Chabert en mai 2018 et juin 2018, il a fallu attendre un mois avant de redémarrage de la commercialisation de reblochons. De plus ce redémarrage a fait l’objet d’un avis de l’Anses relatif au protocole de reprise de la commercialisation de reblochons proposé par l’entreprise Chabert.

A suivre … et tout mon soutien aux producteurs de reblochons au lait cru !

NB : Food Safety News rapporte que la fromagerie est la propriété du groupe Lactalis.