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jeudi 27 août 2026

De la préparation de l'audit à la sécurité des aliments : prendre de meilleures décisions tout au long de la chaîne alimentaire (Partie2)

Voici la partie 2 de cet article intitulé, « De la préparation de l'audit à la sécurité des aliments : prendre de meilleures décisions tout au long de la chaîne alimentaire », source article d’Andrew Thomson et de Matthew Wilson paru dans FSM. La partie 1 est ici.

Leadership et superviseurs de terrain

L'assurance qualité ne peut y parvenir seul. La direction détermine si la capacité de prise de décision est encouragée ou étouffée.

Les dirigeants qui se contentent de demander « Sommes-nous conformes ? » renforcent involontairement une mentalité de simple « case de cocher ». Ils devraient plutôt demander : « Quelles décisions ont été prises aujourd'hui pour garantir la sécurité des aliments et éviter le gaspillage, les reprises ou les pertes de produits ? » Cette seconde question crée un environnement propice à l'apprentissage et à une prise de décision éclairée, protégeant ainsi la rentabilité.

Les superviseurs de terrain jouent un rôle crucial. Ils traduisent les attentes en comportements quotidiens grâce à :

  • Des échanges informels sur la sécurité axées sur les risques du jour
  • Un soutien aux employés quand ils prennent des décisions
  • La valorisation des bonnes décisions, et pas seulement le signalement des erreurs
  • L'encouragement à s'exprimer ouvertement.

Des attentes claires aident les équipes à se concentrer sur des décisions de qualité. Une approche pratique consiste à définir des comportements situés « au-dessus de la ligne » et « en dessous de la ligne ». Les comportements « au-dessus de la ligne » sont ceux qui préservent la sécurité des aliments et favorisent de bonnes décisions : s'exprimer rapidement, interrompre ou ralentir une tâche lorsque le risque augmente, faire remonter les préoccupations, poser des questions et opter pour la prudence en cas d'incertitude.

Les comportements « en dessous de la ligne » accroissent les risques et sont inacceptables, même en l'absence d'incident : contourner les contrôles, passer sous silence des anomalies, se fonder sur des suppositions, privilégier la rapidité au détriment de la sécurité ou poursuivre le travail alors que les conditions ont changé.

Expliciter ces comportements et les replacer dans le contexte spécifique du système de production alimentaire aide chacun à comprendre ce que sont de bonnes décisions dans la pratique, renforçant ainsi une culture où les décisions sûres et fondées sur une conscience des risques deviennent la norme.

La culture détermine si les individus se sentent en sécurité pour réfléchir, poser des questions et agir. Dans les cultures axées sur la conformité, les écarts sont dissimulés et les décisions sont prises dans une optique défensive. Dans les cultures matures, les problèmes sont mis en évidence rapidement et considérés comme des opportunités d'apprentissage.

La maturité de la culture de la sécurité des aliments reflète, en fin de compte, la capacité d'une organisation à favoriser de bonnes décisions, plutôt que la rigueur avec laquelle elle impose des règles.

Étude de cas : La prise de décision en pratique

Un cabinet de conseil australien a aidé un client confronté à des difficultés concernant la durée de conservation de poissons prêts à cuire. Le produit avait été validé deux ans auparavant et n'avait posé aucun problème jusqu'aux douze derniers mois, période durant laquelle on a observé une augmentation de la flore totale et des taux d'entérobactéries hors normes.

L'examen des opérations n'a révélé aucune défaillance liée aux matières premières ou aux équipements. Le nettoyage était conforme aux normes visuelles et microbiologiques. Toutefois, l'observation des employés a mis en évidence un lavage des mains inadéquat, une manipulation excessive des produits et une utilisation prolongée des gants ; autant de conséquences d'une formation axée sur les procédures plutôt que sur la prise de décision.

Les causes profondes résidaient dans une formation insuffisante et axée sur la conformité, aggravée au fil du temps par le roulement du personnel et une érosion progressive des compétences. Une culture du « statu quo ».

La réponse apportée, un programme global de trois mois, s'est concentrée sur :
  • La formation de la direction
  • L'observation des décisions en situation de travail
  • L'accompagnement (coaching) sur les pratiques d'hygiène et de manipulation
  • La priorisation des comportements ayant le plus d'impact sur la sécurité des aliments
  • Le retour d'information entre pairs et la responsabilité partagée
  • Le renforcement quotidien.

Les consultants ont recommandé au client de revoir l'ensemble de ses formations en sécurité des aliments afin d'évoluer vers une formation fondée sur les compétences plutôt que sur une simple conformité administrative (« cocher des cases »). Les résultats du programme de trois mois et de la refonte de la formation ont inclus : une sécurité des aliments accrue, le rétablissement de la durée de conservation, une réduction du roulement du personnel, une amélioration de la santé et de la sécurité des employés, un changement de comportement durable, une culture d'entreprise améliorée et des économies annuelles estimées à 230 000 dollars australiens, l'assurance qualité passant du rôle d'auditeur à celui de partenaire stratégique.

Ce que cela implique pour la chaîne alimentaire

Si nos précédents articles mettaient en lumière le problème, celui-ci explicite la solution. La sécurité des aliments ne repose pas uniquement sur les audits. Elle est assurée par des personnes compétentes prenant de bonnes décisions au sein de systèmes et d'environnements de travail favorables. Cela nécessite :
  • Une formation axée sur la prise de décision
  • Une priorisation fondée sur les risques
  • Une assurance qualité agissant comme un partenaire stratégique
  • Un leadership encourageant l'esprit critique, et pas seulement la conformité
  • Une culture favorisant l'apprentissage et la responsabilité.

La responsabilité des décisions dans un monde assisté par l'IA

À mesure que les organisations adoptent des outils numériques, l'automatisation et des analyses fondées sur l'intelligence artificielle (IA), le risque de confondre information et jugement s'accroît. La technologie peut identifier des modèles et des anomalies ainsi qu'étayer l'analyse, mais elle ne saurait se substituer à la responsabilité des décisions prises.

Des affaires récentes et très médiatisées, survenues en dehors du secteur alimentaire, illustrent ce risque. En Australie, plusieurs avocats de renom ont dû justifier devant la Cour fédérale pourquoi leurs conclusions contenaient des citations erronées générées par l'IA. Le jugement a clairement établi que le recours à l'IA, en l'absence de supervision professionnelle adéquate, avait conduit directement à la présentation d'éléments probants inexacts.

Un risque similaire existe en matière de sécurité des aliments. Si l'IA peut éclairer les évaluations des risques, elle manque de contexte pour déceler les changements de comportement ou remettre en question les hypothèses établies. L'évaluation des risques n'est pas une tâche purement informatique. Les systèmes de sécurité des aliments hautement fiables ne se définissent pas par leur sophistication technologique, mais par la qualité de la formation et du soutien apportés aux équipes, ainsi que par l'aptitude attendue de ces dernières à faire preuve d'esprit critique.

L'IA peut favoriser une meilleure prise de décision en fournissant des données et des informations précieuses, mais elle ne remplace pas le jugement humain. En fin de compte, la responsabilité des résultats en matière de sécurité des aliments incombe à ceux qui sont chargés de la garantir.

Conclusion : de la conformité à la capacité d'action

Les systèmes conçus pour faciliter les audits peuvent engendrer un faux sentiment de maîtrise. La conformité en soi ne rend pas les aliments plus sûrs ; ce sont des décisions mieux éclairées qui y parviennent. Lorsque les organisations recentrent leur attention sur la prise de décision plutôt que sur les règles, sur la capacité d'action plutôt que sur la simple conformité, et qu'elles font évoluer le rôle de l'assurance qualité, de simple vérificateur à partenaire stratégique, la performance en matière de sécurité des aliments s'améliore, et ces progrès perdurent.

Pour les dirigeants, la question n'est plus de savoir si le personnel connaît les règles, mais si le système lui donne les moyens de prendre les bonnes décisions aux moments cruciaux. La sécurité des aliments ne résulte pas d'une conformité parfaite, mais de la capacité à prendre les bonnes décisions, systématiquement.

mercredi 26 août 2026

De la préparation de l'audit à la sécurité des aliments : prendre de meilleures décisions tout au long de la chaîne alimentaire

Le blog vous propose cet article utile en deux parties. 

Voici la partie 1 de cet article intitulé, « De la préparation de l'audit à la sécurité des aliments : prendre de meilleures décisions tout au long de la chaîne alimentaire », source article d’Andrew Thomson et de Matthew Wilson paru dans FSM.

Comment les professionnels de l'assurance qualité et les responsables de terrain peuvent renforcer les capacités de prise de décision tout au long de la chaîne d'approvisionnement alimentaire ?

Les résultats en matière de sécurité des aliments dépendent de la qualité des décisions prises au quotidien, tant au niveau stratégique qu'au niveau opérationnel (production, entreposage et activités en cuisine). Sur le plan opérationnel, nombre de ces décisions interviennent lors de la production, du stockage, de la distribution, du service et du nettoyage, souvent dans un contexte d'évolution des conditions et d'informations incomplètes.

Cela soulève une question importante : les systèmes de sécurité des aliments accordent-ils suffisamment d'importance à la manière dont les décisions sont prises ? Si beaucoup de ces systèmes reposent largement sur la documentation, les audits et, de plus en plus, sur des outils numériques et des informations générées par l'IA, ils nécessitent néanmoins un encadrement professionnel ainsi qu'un jugement et une réflexion solides fondés sur l'analyse des risques. Ce point a été souligné lors d'un webinaire organisé en décembre 2025 par la FAO« Food Safety Foresight: Approaches to Identify Future Food Safety Issues », avec le soutien de l’UE, et relayé par Food Safety Magazine.

En pratique, les décisions prises dans le secteur alimentaire résultent d'une combinaison de facteurs :

- informations disponibles
- risque perçu
- jugement fondé sur l'expérience (c.-à-d. l'intuition ou le « flair »)
- signaux organisationnels indiquant ce qui compte vraiment : rapidité, coût, conformité ou sécurité sanitaire. 

Lorsque les systèmes de sécurité des aliments privilégient la préparation aux audits et le respect des règles au détriment du jugement, les responsables et les employés de production ont tendance à se fier à leurs habitudes et à des suppositions. Or, ces habitudes s'adaptent souvent trop lentement lorsque les conditions changent.

Cela peut expliquer pourquoi des incidents liés à la sécurité des aliments continuent de se produire malgré des formations de base approfondies, des plans HACCP détaillés et des systèmes numériques de plus en plus sophistiqués. Le problème sous-jacent réside dans la capacité de décision : l'aptitude à identifier et interpréter les risques, à remettre en question les suppositions et à agir de manière appropriée au moment où le risque se présente.

Dans un article de 2023 consacré à la prise de décision, McKinsey & Company définit la capacité de décision comme un processus de choix entre différentes options ; une tâche qui se complexifie au sein des organisations où entrent en jeu les rôles, le contexte et des priorités concurrentes. Selon McKinsey & Company, les décisions pertinentes ne découlent pas uniquement de données ou de règles, mais aussi d'une définition claire des décideurs, de l'autonomisation des personnes les plus proches du terrain et de la capacité à effectuer des choix adaptés au contexte.

Cet article fait avancer la réflexion sur ce sujet. Plutôt que de revenir sur les raisons pour lesquelles les audits et les formations traditionnelles à la conformité sont insuffisants, l'accent est mis sur ce qui améliore réellement les résultats en matière de sécurité des aliments : la manière dont les professionnels de l'assurance qualité et les responsables de terrain peuvent renforcer les capacités de prise de décision tout au long de la chaîne d'approvisionnement alimentaire.

Ces idées s'inscrivent dans la lignée des travaux de W. Edwards Deming, qui soulignait que la qualité ne s'obtient pas uniquement par l'inspection, mais aussi grâce à des systèmes et des pratiques de leadership permettant aux individus de prendre les bonnes décisions. Dans le domaine de la sécurité des aliments, cela implique de concevoir des processus, des formations et une culture d'entreprise favorisant un jugement avisé là où cela compte le plus.

Au cœur de cette évolution, l'assurance qualité (AQ) doit passer d'un rôle axé sur l'audit à celui de partenaire stratégique de l'entreprise, soutenu par la haute direction, les responsables de terrain et une culture qui privilégie une approche fondée sur les risques plutôt qu'une simple mentalité de conformité.

La taxonomie numérique de Bloom revisitée : des connaissances à la capacité de décision

La taxonomie numérique (ou digitale) de Bloom est largement utilisée pour adapter les objectifs pédagogiques au public visé. Dans cet article, elle n'est pas présentée comme une théorie éducative abstraite, mais comme un cadre permettant de comprendre comment les connaissances se traduisent en actions concrètes sur le lieu de travail.

Appliquée à la sécurité des aliments, cette taxonomie décrit une progression allant de la simple mémorisation des procédures à la prise de décisions éclairées au moment et à l'endroit où le risque se présente. Chaque niveau de formation renforce la capacité de décision : comprendre l'importance des procédures, les appliquer dans leur contexte, analyser les écarts, évaluer les risques et, enfin, mettre en œuvre des améliorations pour prévenir les incidents.

Cela offre une feuille de route claire pour amener les employés à passer de la simple compréhension des règles à la prise systématique de décisions appropriées en situation de travail.

Ainsi envisagée, la taxonomie décrit une progression allant des connaissances de base jusqu'à la capacité de décision au point d'exposition au risque (Tableau 1).

La plupart des formations restent centrées sur les processus cognitifs de niveau inférieur, mémorisation et compréhension, laissant les employés capables de réciter des règles, sans plus.

Être prêt pour un audit ne signifie pas garantir la sécurité des aliments

Dans les événements du secteur et les réseaux professionnels, être prêt pour un audit est souvent considéré comme l'objectif ultime. Les équipes s'efforcent de maintenir la documentation à jour, de compléter les enregistrements et de clôturer les non-conformités.

Les audits confirment l'existence d'un système, mais pas nécessairement son efficacité lorsque les conditions changent. Ils valident la documentation (numérique ou papier), mais ne permettent pas d'évaluer la qualité des décisions prises.

Angles morts dans les investigations sur la sécurité des aliments

Des lacunes similaires sont observables dans la manière dont sont menées les investigations sur les incidents liés à la sécurité des aliments. John Guzewich, un retraité de la FDA, a publié un message sur LinkedIn, « The Blind Spot in Food Safety Investigations: Incomplete Root Cause Analysis ».

Développer la capacité de décision sur le terrain

La prise de décision n'est pas un trait de personnalité. C'est une compétence qui peut être développée délibérément ou, au contraire, involontairement affaiblie par la conception des systèmes, la formation et le leadership.

Les meilleures décisions s'acquièrent sur le terrain, et non en salle de classe ou avec de simples modules en ligne. Bien que ces derniers puissent constituer une base essentielle, ils ne sont pas conçus pour fournir la compréhension situationnelle requise. Les responsables de première ligne et l'équipe d'assurance qualité jouent un rôle crucial pour rendre la prise de décision pratique, visible et cohérente au quotidien.

Utiliser un langage clair, ouvert et inclusif est important. Lorsque les conversations sur la sécurité des aliments sont simples et sans jugement, les gens sont plus enclins à s'exprimer, à expliquer leurs actions et à poser des questions. Cette confiance est essentielle pour prendre de bonnes décisions.

Utiliser des exemples concrets

On apprend à prendre de meilleures décisions en discutant des problèmes rencontrés au travail, et non en se basant sur des scénarios abstraits du type what if ». Ceci s'applique à toutes les tâches, qu'il s'agisse de transformation, d'emballage, de nettoyage, de cuisson, de transport ou servir des aliments.

Des discussions brèves et concrètes sont les plus efficaces :

  • Quelle était la tâche et quels étaient les risques pour la sécurité des aliments ?
  • Quelles décisions avez-vous dû prendre à ce moment-là ?
  • Qu'est-ce qui importait le plus pour la sécurité des aliments dans ce job ?

Ces échanges aident les employés opérationnels à relier les procédures à la réalité de leur travail, là où les décisions sont prises.

Une évolution de la formation est nécessaire

La formation traditionnelle se concentre sur les procédures. Une formation axée sur la prise de décision aide les individus à :
  • Reconnaître les changements de situation
  • Détecter les signaux faibles
  • Comprendre les conséquences
  • Choisir entre des priorités concurrentes.

C'est là que les niveaux supérieurs de la taxonomie de Bloom deviennent pertinents pour analyser les situations, évaluer les options et tirer des leçons des résultats, et non pas simplement se souvenir des règles.

Créer un environnement propice à l'exercice du jugement

Le jugement ne se développe pas lors d'audits ou de modules d'apprentissage en ligne. Il se développe au cours d'un travail supervisé, grâce au coaching et en discutant des décisions prises. Les responsables de première ligne jouent un rôle essentiel dans ce processus. Ils doivent poser des questions et écouter, plutôt que de simplement corriger les comportements. Des questions simples font toute la différence :
  • Quels facteurs ont influencé votre décision ?
  • Qu’est-ce qui a rendu cette tâche plus facile ou plus difficile à réaliser en toute sécurité aujourd’hui ?
  • De quelles informations ou de quel soutien auriez-vous eu besoin ?

Ces questions encouragent la réflexion sans culpabilisation, permettent de mettre en lumière les contraintes du système et aident les employés à affiner leur jugement en situation réelle.

Rendre les risques visibles et en parler quotidiennement

Une approche fondée sur les risques n’est efficace que si elle est comprise et appliquée dans son contexte. De courtes discussions ciblées, organisées autour d’outils de gestion des risques, développent davantage les compétences décisionnelles qu’une formation de recyclage annuelle. Ces discussions peuvent aborder les questions suivantes :
  • Quels sont les risques les plus élevés pour la sécurité des aliments liés aux tâches d’aujourd’hui ?
  • Qu’est-ce qui est différent ou inhabituel par rapport à une journée normale ?
  • Où les choses risquent-elles le plus de mal tourner en cas de changement de situation ?
  • Quels signes avant-coureurs indiqueraient une augmentation du risque ?

Ces brèves discussions axées sur les tâches aident les employés et les équipes à anticiper les problèmes, à prioriser leurs actions et à ajuster leurs décisions avant que les difficultés ne s’aggravent, développant ainsi davantage les compétences décisionnelles qu’une formation de recyclage périodique.

Maturité de l'assurance qualité : De l'audit au partenariat stratégique

La capacité de l'assurance qualité influence fortement la qualité des décisions sur un site. Un modèle de maturité simple permet de l'illustrer :

Niveau 1 : Réactif/Conformité uniquement

L'assurance qualité a pour mission de satisfaire aux exigences des certifications externes et de la législation alimentaire. Son activité est réactive et déclenchée par des incidents, des réclamations ou l'attention des autorités réglementaires. L'accent est mis sur le respect des exigences minimales de conformité, la gestion des défaillances et, souvent, la résolution des problèmes à leurs causes. L'autorité et l'influence de l'assurance qualité sont limitées, et la sécurité des aliments est perçue comme sa seule responsabilité plutôt que comme une responsabilité opérationnelle partagée.

Niveau 2 : Axé sur l'audit

L'assurance qualité se concentre sur la documentation, la vérification et la résolution des non-conformités. Les problèmes sont souvent identifiés après leur apparition.

Niveau 3 : Axé sur le système

L'assurance qualité gère les processus et les données, mais son influence sur les décisions quotidiennes est limitée.

Niveau 4 : Développement des compétences

L'assurance qualité accompagne les équipes, anticipe les problèmes et contribue à une meilleure prise de décision sur le terrain.

Niveau 5 : Partenaire stratégique

L’assurance qualité est intégrée aux décisions opérationnelles et de leadership, façonnant les systèmes, les comportements et la culture.

De nombreuses entreprises stagnent au niveau 2. La solution ne réside pas dans la multiplication des audits, mais plutôt dans le renforcement du rôle de l’assurance qualité afin qu’elle améliore activement la capacité de prise de décision à tous les niveaux de l’organisation.

À des niveaux de maturité plus élevés, l’assurance qualité soutient la prise de décision au lieu de se contenter de vérifier la conformité. Elle aide les équipes à interpréter les signaux, à tester les hypothèses et à tirer des enseignements des incidents évités de justesse. C’est le passage d’une l’assurance qualité en tant qu’auditeur (niveau 2) à une l’assurance qualité en tant que partenaire stratégique (niveau 5).

L'importance de l'approche fondée sur les risques

Même pour prendre des décisions de qualité supérieure, il faut une orientation claire. C'est ici qu'intervient l'approche fondée sur les risques.

Dans le secteur alimentaire, toutes les anomalies n'entraînent pas les mêmes conséquences. Une mauvaise pratique qui, une fois, ne cause aucun problème peut, dans d'autres circonstances, avoir des répercussions graves. L'approche fondée sur les risques permet aux équipes d'assurance qualité, aux superviseurs de terrain et aux employés de concentrer leur attention et leurs ressources sur les enjeux ayant le plus d'impact sur la sécurité des aliments.

Associée à une solide capacité de prise de décision, cette approche leur permet de :

  • Identifier précocément les dangers émergents
  • Faire la distinction entre les problèmes mineurs et les défaillances critiques
  • Agir de manière proportionnée et efficace
  • Prévenir toute escalade

C'est cette combinaison, capacité de décision et approche fondée sur les risques, qui transforme la formation en résultats concrets en matière de sécurité sanitaire.

La suite dès jeudi 27 août 2026 ....

mardi 11 août 2026

De la la présence de Enterococcus multirésistants et producteurs de biofilms dans la viande vendue au détail, chez les salariés et les consommateurs

Une étude révèle la présence de Enterococcus multirésistants et producteurs de biofilms dans la viande vendue au détail, chez les salariés et les consommateurs « Study Finds Multidrug-Resistant, Biofilm-Forming Enterococcus Across Retail Meat, Workers, Consumers », source Food Safety Magazine Editorial Team.

Une nouvelle étude publiée dans la revue Nature a examiné les bactéries du genre Enterococcus à l'interface entre l'aliment et l'homme ; elle a mis en évidence une prévalence élevée de multirésistance aux antibiotiques (MRA), une résistance aux antimicrobiens (RAM) et dex gènes de virulence. Elle a également révélé une capacité importante à former des biofilms chez les isolats provenant de viandes vendues au détail, chez les salariés du secteur de la distribution et chez les consommateurs. Les similitudes génétiques entre les isolats issus de différentes sources suggèrent que la chaîne alimentaire constitue une interface potentielle pour la transmission d'espèces de Enterococcus résistantes aux antimicrobiens.

Plus précisément, l'étude s'est penchée sur Enterococcus faecalis et Enterococcus faecium, des bactéries largement répandues dans divers environnements : tractus gastro-intestinal de l'homme et des animaux d'élevage (volaille, bovins), sols, eaux et produits alimentaires. E. faecalis et E. faecium peuvent également servir de réservoirs pathogènes pour la RAM transmise par la chaîne alimentaire.

Des chercheurs de l'université de Zagazig et de l'Institut de recherche sur la santé animale (Animal Health Research Institute) en Égypte ont mené une analyse intégrée selon l'approche Une seule santé (One Health). Cette étude a établi un lien entre la contamination des aliments, l'exposition professionnelle et la colonisation humaine, en s'appuyant sur des isolats de Enterococcus prélevés sur la viande vendue au détail, chez des salariés des marchés et chez des consommateurs.

Les chercheurs ont recueilli 250 prélèvements entre avril et juin 2025, dont 150 échantillons de viande vendue au détail (répartis équitablement entre du poulet, du bœuf et de la viande de chameau) et 100 prélèvements de selles humaines provenant de 50 salariés du secteur de la distribution au détail et de 50 consommateurs.

Au total, 50 isolats de Enterococcus ont été obtenus, ce qui représente 20 % des échantillons. La viande bovine présentait la prévalence la plus élevée (30 %), suivie du poulet (26 %) et de la viande de chameau (14 %). Parmi les prélèvements humains, la présence de Enterococcus a été détectée chez 16 % des travailleurs du secteur de la distribution et chez 14 % des consommateurs. Seul E. faecalis a été isolée chez les salariés du secteur de la distribution (16 %), tandis que E. faecium était le plus fréquent chez les consommateurs (12 %).

Détection de taux élevés de multirésistance aux antibiotiques

Les chercheurs ont évalué 27 isolats de E. faecalis et 23 isolats de E. faecium face à 14 antibiotiques représentant neuf classes de médicaments différentes.

Une multirésistance a été observée chez 88 % des isolats. La résistance la plus élevée concernait la rifampicine (94 % des isolats), suivie de l'érythromycine et de la tétracycline (88 % pour chacune). Une résistance au triméthoprime/sulfaméthoxazole a été signalée chez 54 % des isolats. Une résistance modérée a été observée pour plusieurs fluoroquinolones, notamment la ciprofloxacine (34 %), la norfloxacine (32 %) et la lévofloxacine (24 %).

En revanche, une résistance à la vancomycine n'a été détectée que chez 8 % des isolats, tandis qu'une résistance à la pénicilline et à la gatifloxacine a été observée chez respectivement 16 % et 12 % d'entre eux. Au total, 44 des 50 isolats ont été classés comme multirésistants (MDR) et un isolat présentait une résistance étendue aux antibiotiques.

La majorité des isolats de Enterococcus formaient des biofilms

La formation de biofilms a été observée chez 68 % des isolats de E. faecalis et de E. faecium. Les isolats formant des biofilms de manière modérée représentaient 38 % du total, tandis que 22 % étaient de faibles producteurs et 8 % de forts producteurs. Les 32 % restants ne formaient pas de biofilms.

Les chercheurs ont noté que la formation de biofilms pouvait contribuer à la persistance de Enterococcus spp. dans les environnements de transformation alimentaire. Les biofilms peuvent favoriser la survie bactérienne dans des conditions défavorables et faciliter le transfert horizontal de gènes de résistance aux antimicrobiens (RAM) et de virulence.

La parenté génétique suggère une interface potentielle entre les aliments et l'homme

À l'aide de la technique RAPD-PCR, les chercheurs ont évalué la parenté génétique entre les isolats provenant de la viande, des employés et des consommateurs. Cinq groupes principaux et cinq profils RAPD distincts ont été identifiés. Les isolats provenant de la viande, du personnel de vente et des consommateurs étaient répartis au sein des mêmes clusters et profils ; selon les chercheurs, cela indiquait une parenté génétique entre les isolats de différentes origines et suggérait une possible transmission croisée à l'interface entre l'aliment et l'humain.

Toutefois, les auteurs ont souligné que ces résultats ne permettaient pas d'établir une transmission directe. L'étude reposait sur un échantillonnage de convenance, portait sur un nombre relativement restreint d'isolats et suivait un plan d'étude transversal. Les chercheurs ont indiqué que des approches offrant une meilleure résolution, telles que le séquençage du génome entier (WGS), seraient nécessaires pour confirmer la dynamique de transmission dans de futures études.

Ils ont conclu que la coexistence de la multirésistance aux antibiotiques, de déterminants de virulence, de la formation de biofilms et d'une parenté génétique entre les isolats d'origine alimentaire et humaine justifie l'importance d'une surveillance de Enterococcus spp. dans une optique Une seule santé (One Health). Ils ont préconisé une amélioration de l'hygiène lors de la manipulation de la viande, en particulier l'hygiène des mains du personnel, ainsi qu'une surveillance systématique de l'antibiorésistance chez les animaux destinés à la production alimentaire et dans la viande vendue au détail.

samedi 11 juillet 2026

Une lecture du rapport d'activités 2025 de l'Anses

J’ai parcouru le rapport d'activité 2025 de l’Anses, Protéger les santés, et voici ce qu'on trouve à dire sur la sécurité sanitaire des aliments :

« En sécurité sanitaire des aliments, les toxi-infections alimentaires collectives demeurent un sujet de vigilance. En 2023, leur nombre a atteint un niveau inédit depuis le début de la surveillance, avec plus de 2 200 cas groupés d’infection de même origine alimentaire déclarés en France. »

Santé publique France parle de « record » mais pudiquement l’Anses parle « niveau inédit », on ne serait pas en plein déni par hasard …

Et pourtant, l’Anses indique « Depuis 2010, l’Anses apporte les repères scientifiques nécessaires pour protéger notre santé contre les risques liés à l’alimentation, .. ».

Dès lors pourquoi ce « niveau inédit » dans les les toxi-infections alimentaires collectives ?

« L’ANSES se dit, L’Agence de toutes les santés », une curiosité à surtout ne pas prendre au pied de la lettre, car que deviennent Santé publique France et les ARS ?

On peut aussi lire dans un langage creux, une série de mots-clés :

« Une seule santé », une réponse collective, des systèmes alimentaires durables : soutenir une transition agricole associant agroécologie, sécurité sanitaire et nutrition. » 
Ouf ! 

A noter, le terme « sécurité alimentaire » n’est utilisé qu’une seule fois et le terme « sécurité sanitaire des aliments » n’est utilisée que trois fois, notamment pour indiquer que c’est un des 8 axes scientifiques transversaux.

Rien de bien nouveau dans une agence qui trop embrasse mal étreint ...

jeudi 25 juin 2026

Allemagne : Augmentation des cas groupés d'intoxication alimentaire liés aux aliments d'origine végétale, selon une étude

« Une analyse sur dix ans des cas groupés d'intoxication alimentaire en Allemagne révèle une augmentation des cas liés aux aliments d'origine végétale », source Food Safety Magazine.

Dans une nouvelle étude, des chercheurs de l'Office fédéral allemand de la protection des consommateurs et de la sécurité des aliments (BVL) ont analysé une décennie d'éclosions nationales de maladies d'origine alimentaire, identifiant Campylobacter et Salmonella comme les principales causes d'éclosions et soulignant une augmentation des éclosions liées aux aliments d'origine végétale ces dernières années.

Plus de 3 000 éclosions en neuf ans

L’ensemble de données comprenait 3 021 éclosions de maladies d’origine alimentaire étudiées par le BVL, en collaboration avec l’Institut Robert Koch, entre 2015 et 2024.

Les enquêtes concernant seulement 9,9 % des éclosions (297) ont été résolues avec des preuves solides, ce qui signifie que les enquêteurs ont pu identifier un véhicule alimentaire probable avec une certitude suffisante pour analyser les facteurs contributifs, les contextes d’exposition et les sources de contamination.

Les aliments d'origine végétale, vecteurs de maladies en hausse

Parmi les éclosions avérées, les aliments d'origine animale représentaient 56,6 % des cas, tandis que les aliments d'origine végétale étaient impliqués dans 19,5 % des cas. Cependant, les chercheurs ont observé une augmentation des éclosions associées aux aliments d'origine végétale. En 2023, ces derniers étaient impliqués dans 53 % des éclosions avérées, dépassant ainsi les aliments d'origine animale pour cette année-là. Toutefois, en 2024, la répartition est revenue à la tendance observée précédemment, les aliments d'origine animale étant liés à une proportion plus élevée d'éclosions (47 %) que les aliments d'origine végétale (33 %).

Impact de la COVID-19 sur le signalement des éclosions

Le nombre de signalements d'éclosions a fortement diminué pendant la pandémie de COVID-19, passant d'environ 400 éclosions par an avant 2020 à environ 200 éclosions par an entre 2020 et 2023. Bien que le nombre d'éclosions ait diminué, le nombre de cas de maladie par éclosion a augmenté en 2023 et 2024. Les hospitalisations ont atteint un pic de 451 en 2024, dépassant les moyennes pré-pandémiques.

Associations pathogène-produit

L'analyse des combinaisons aliment-pathogène a révélé que :
  • Les éclosions de Campylobacter étaient fréquemment associées au lait cru et aux produits de volaille.
  • Les éclosions à Salmonella étaient le plus souvent liées à la consommation de porc et d'œufs.
  • Les éclosions à norovirus étaient souvent liées aux fruits, aux baies et aux produits de boulangerie
  • Les éclosions liées à la présence d'histamine étaient principalement associées aux produits de la mer et du poisson.
  • Les éclosions à Bacillus cereus étaient le plus souvent liées à la consommation d'aliments à base de céréales.

Facteurs contribuant aux éclosions

L'étude a également examiné les facteurs contributifs aux éclosions pour lesquelles des preuves suffisantes étaient disponibles. Un traitement thermique inadéquat était fréquemment associé aux éclosions à Campylobacter, les manipulateurs d'aliments infectés étaient couramment liés aux éclosions de norovirus et la contamination croisée était un facteur prépondérant dans les éclosions à Salmonella.

Les restaurants, les traiteurs et les établissements de vente à emporter étaient associés à environ deux tiers des manquements aux règles d'hygiène alimentaire recensés.

Réussites et besoins en matière de sécurité des aliments

Les chercheurs ont relevé plusieurs succès manifestes dans la gestion des risques liés à la sécurité des aliments en Allemagne au cours de la période étudiée. Les éclosions associées au lait cru et aux œufs ont considérablement diminué, ce que les auteurs attribuent à des programmes de contrôle ciblés, à l'amélioration des mesures d'hygiène et aux efforts de communication sur les risques.

Dans le même temps, l'augmentation des éclosions liées aux aliments d'origine végétale a mis en évidence la nécessité de mesures préventives et de stratégies de surveillance supplémentaires.

Les auteurs ont conclu que l'analyse à long terme des données relatives aux éclosions peut aider à identifier à la fois les interventions efficaces et les risques émergents, fournissant ainsi des informations précieuses aux organismes de réglementation, aux entreprises alimentaires et aux consommateurs qui cherchent à prévenir de futures éclosions de maladies d'origine alimentaire.

mercredi 17 juin 2026

Sécurité des aliments dans l’UE : Comment fonctionne le réseau d’alerte? rapide, peu rapide ou pas rapide du tout ? C’est la question qui est posée !

En date du 22 avril 2026, la médiatrice de l’UE va ouvrir une enquête sur la manière dont la Commission garantit la fiabilité du système d’alerte de l’UE en matière de sécurité des aliments ou pour dire les choses plus précisément Comment la Commission européenne assure la protection des consommateurs contre les dangers liés aux denrées alimentaires au moyen du système d’alerte rapide pour les denrées alimentaires et les aliments pour animaux (RASFF).

Le blog a souvent qualifié, depuis plusieurs années, le RASFF de réseau d’alerte dit rapide … Le blog a publié de très nombreux articles sur les retards des rappels tant au niveau du RASFF de l’UE que de RappelConso en France, ici.

La Médiatrice européenne Teresa Anjinho a ouvert une enquête d’initiative sur la manière dont la Commission européenne assure la protection des consommateurs contre les dangers liés aux denrées alimentaires grâce au système d’alerte rapide pour les denrées alimentaires et les aliments pour animaux (RASFF).

La Médiatrice a décidé d’ouvrir l’enquête après qu’un certain nombre de parties prenantes ont fait part de leurs préoccupations quant au fonctionnement du système d’alerte. Ces préoccupations concernent d'éventuels retards dans la transmission de certaines alertes concernant un problème de sécurité des aliments ainsi que la transparence et la qualité des données mises à la disposition des citoyens.

En ouvrant l'enquête, Mme Anjinho attire l'attention sur les récents retards dans l'information des autorités nationales et européennes sur le lait infantile contaminé. Elle note également qu’un système d’alerte fiable et efficace en matière de sécurité des aliments est nécessaire pour protéger plusieurs droits au titre de la charte des droits fondamentaux de l’Union européenne, y compris le droit à la santé et à la protection des consommateurs.

La Médiatrice a posé une série de questions à la Commission pour obtenir un aperçu détaillé du fonctionnement du système. Il s’agit notamment de savoir combien de temps il faut en moyenne pour que les alertes soient diffusées aux membres du RASFF après qu’un risque a été identifié et combien de temps en moyenne il faut aux points de contact nationaux – généralement les autorités chargées de la sécurité des aliments – pour soumettre les notifications.

La Médiatrice a également demandé à la Commission si elle avait elle-même déjà identifié des risques avant qu’ils ne soient signalés par une autorité nationale et si elle envisageait d’introduire des mesures pour garantir que les notifications couvrent efficacement le commerce électronique.

Parallèlement, les médiateurs nationaux de toute l’Europe ont été invités à enquêter sur le fonctionnement du RASFF avec leurs autorités nationales, étant donné qu’un lien étroit entre les actions de la Commission et les autorités nationales concernant le système d’alerte est essentiel pour garantir son efficacité. En tant que coordinatrice du réseau européen des médiateurs, Mme Anjinho partagera ensuite ses conclusions avec la Commission.

Un certain nombre de questions à la Commission figurent à l'annexe de la présente lettre. Je vous saurais gré de bien vouloir recevoir la réponse de la Commission pour le 20 juillet 2026 au plus tard. Si la production d’informations concernant l’un des éléments nécessite une charge disproportionnée, j’invite la Commission à en informer l’équipe d’enquête dès que possible.

Liste des questions à la Commission

A) Lorsqu'un membre du réseau RASFF dispose d'informations relatives à l'existence d'un risque grave direct ou indirect découlant de denrées alimentaires et d'aliments pour animaux, il doit en informer immédiatement la Commission qui, après vérification des informations, les communique aux autres membres du RASFF. La Commission est invitée à fournir des informations sur les points suivants:
  • i. la manière dont il vérifie les informations reçues;
  • ii. Au cours des deux dernières années, combien de temps a été nécessaire en moyenne pour que les notifications d'alerte soient diffusées aux membres du RASFF après qu'un risque a été identifié; et si les délais de 48 heures et de 24 heures pour, respectivement, la soumission par les points de contact et la vérification/transmission par la Commission ont jamais été dépassés;
  • iii. dans le même délai, quel est le délai moyen pris par les points de contact pour soumettre les notifications et pour que la Commission les vérifie et les transmette dans le cas des informations, des nouvelles et des notifications de reclassement ;
  • iv. Enfin, quel est le temps moyen pris par les membres du réseau pour diffuser les notifications de rejet aux frontières, que la Commission ne vérifie qu’a posteriori ?

Pour les questions ii) à iv), la Commission est invitée à fournir l'aperçu statistique correspondant.

B) Comment la Commission procède-t-elle si elle identifie, à elle seule, un risque grave qui n'a pas (encore) été signalé par un membre du RASFF? Est-ce que cela s'est déjà produit, et si oui, comment cela a-t-il été géré ?

C) La Commission est responsable de la gestion du réseau RASFF. En outre, la Commission est également chargée d'assurer le fonctionnement, la maintenance, le support, la mise à jour ou le développement des logiciels et de l'infrastructure informatique sous-jacents à iRASFF. À la lumière de ce qui précède, la Commission est invitée à fournir des informations au Médiateur en ce qui concerne:

  • i. toutes les mesures qu’elle a prises pour garantir la qualité et la cohérence (modalités de notification, actualité) des notifications des points de contact, qu’il s’agisse de notifications d’alerte ou d’autres types de notifications;
  • ii. si elle envisage des mesures visant à garantir que les notifications tiennent mieux compte du contrôle de la sécurité des aliments par le secteur privé et couvrent efficacement le commerce électronique;
  • iii. En ce qui concerne iRASSF, la manière dont il garantit que le système repose sur la technologie la plus récente. En réponse à cette question, la Médiatrice souhaiterait que la Commission fournisse davantage d’informations sur TraceMap, y compris sur la manière dont il est concrètement utilisé dans le cadre du RASFF et sur la manière dont le contrôle humain et le respect de la législation sur l’IA sont assurés.

D) En ce qui concerne la fenêtre RASFF (y compris le portail des consommateurs), la Commission pourrait-elle expliquer si elle entend améliorer sa transparence, en particulier l’identification du nom du produit rappelé, et l’accessibilité du portail pour les citoyens vulnérables tels que les personnes âgées ou les personnes handicapées? Si la Commission n’a pas l’intention de mettre à disposition le nom des produits rappelés, pourrait-elle expliquer pourquoi son approche est différente de celle de Safety Gate pour les produits non alimentaires?

Commentaire

Je pense que la patate chaude va circuler au sein des différentes directions afin de savoir qui et comment répondre à ces interrogations, et il semble désormais évident, que le RASFF a été lié à de nombreux dysfonctionnements sur le dos des consommateurs …

Même s’il existe quelques exemples de rapidité, voir ici tout récemment, en France, RappelConso n’est pas exempt de tout reproche ...

L’évolution du rôle de l’assurance qualité dans la sécurité des aliments

Bien entendu, de nombreux éléments de l’article ci-après sont connus, sus et appliqués, et il semble bien révolu ce temps où un jeune responsable qualité, à qui je posais quelques questions sur l’hygiène et la sécurité des aliments dans son entreprise, m’avait répondu, « on fait de l’hygiène, sauf pendant les promos. »

Par ailleurs cet article est américain et il ne reflète pas totalement la situation chez nous, néanmoins, à mes yeux, il constitue une bonne piqûre de rappel, au cas où ?

Voici donc The Evolving Role of the Quality Assurance Professional in Food Safety (L’évolution du rôle du professionnel de l’assurance qualité dans la sécurité des aliments) par Andrew Thomson et Matthew Wilson.

Le rôle des professionnels de l'assurance qualité (AQ) dans l'industrie agroalimentaire connaît une transformation majeure. Autrefois perçus principalement comme des garants de la conformité, les équipes de l’AQ sont désormais appelées à devenir des partenaires stratégiques, façonnant la culture de la sécurité des aliments, stimulant le développement des compétences et exploitant l'analyse des risques et des données pour permettre une amélioration continue.

Au-delà de la seule conformité

Le respect des normes de conformité et de certification n'est qu'un prérequis. Pour réussir pleinement, les entreprises alimentaires doivent intégrer la sécurité des aliments au cœur de leurs activités, allant au-delà des exigences réglementaires pour améliorer leur efficacité, renforcer la confiance des consommateurs et assurer une croissance durable.

Trop longtemps, les entreprises ont considéré l'AQ comme une simple fonction de conformité, ce qui est une erreur. De nombreux concepts fondamentaux du management de la qualité ont vu le jour aux États-Unis, grâce à des statisticiens et des pionniers de la qualité tels que Walter Shewhart, W. Edwards Deming et Joseph Juran. Le Japon a adopté, développé, intégré et popularisé ces méthodes plus efficacement que de nombreuses entreprises occidentales après la Seconde Guerre mondiale. Cette volonté d'améliorer la qualité et la compétitivité des produits a transformé la perception des produits et technologies japonais, passant d'une image « bon marché et variable » à celle d'une référence mondiale d'excellence. Ce même changement de mentalité est essentiel pour l'industrie alimentaire.

Les professionnels de l'assurance qualité doivent aller au-delà de la simple conformité et devenir des leaders capables de mobiliser les employés, d'influencer les priorités de l'entreprise et de favoriser l'amélioration continue de la sécurité et de la qualité des aliments. En passant d'une approche répressive à une approche pédagogique et collaborative, les équipes d'assurance qualité peuvent instaurer un changement de comportement significatif et durable.

Compétences-clés pour réussir en assurance qualité

Communication et influence
Les professionnels de l'assurance qualité efficaces doivent communiquer clairement et avec conviction, en obtenant l'adhésion des employés en première ligne et des dirigeants. Au lieu de se contenter de signaler les non-conformités, ils doivent expliquer le « pourquoi » des protocoles de sécurité des aliments, en s'appuyant sur des exemples concrets et des données probantes pour renforcer les messages clés.

Les futurs responsables de l'assurance qualité devront également posséder d'excellentes compétences en présentation pour mobiliser la direction et garantir que la sécurité des aliments demeure une priorité absolue dans la prise de décision. De plus, ils doivent tenir la direction informée de la législation alimentaire et des normes de certification, afin de garantir la clarté des obligations réglementaires et des risques pour l'entreprise.

Leadership et collaboration

La sécurité des aliments est une responsabilité partagée. Les professionnels de l'assurance qualité doivent collaborer entre les différents services (production, achats et direction) afin d'intégrer la sécurité des aliments à la culture de l'entreprise. Les meilleurs responsables qualité encouragent une approche proactive, en accompagnant et en formant leurs équipes pour promouvoir les meilleures pratiques plutôt que de se contenter d'identifier les problèmes.

Approche fondée sur l’analyse des risques

Une approche fondée sur l’analyse des risques permet aux équipes d'assurance qualité de prioriser les actions en matière de sécurité des aliments en fonction des dangers et des vulnérabilités, au lieu de se fier uniquement à des check-lists. Comprendre et appliquer correctement les évaluations des risques, et les intégrer aux opérations quotidiennes, aide les entreprises à prévenir les problèmes avant qu'ils ne surviennent.

Formation et développement des compétences

Les formations traditionnelles en sécurité des aliments peinent souvent à induire un changement de comportement durable. Notre article « Développer des effectifs qualifiés et compétents dans l'industrie alimentaire » aborde ces questions plus en détail. Les professionnels de l'assurance qualité devraient participer activement à des stratégies d'apprentissage en milieu professionnel qui privilégient l'expérience pratique, le microlearning, les études de cas concrets et les mises en situation. Ces méthodes préparent mieux les employés aux défis liés à la sécurité des aliments qu'ils rencontrent au travail.

Prise de décision fondée sur les données

Les indicateurs de sécurité des aliments et les indicateurs clés de performance ne doivent pas se limiter à des critères de conformité ; ils doivent également être des outils d’amélioration continue. Les professionnels de l’assurance qualité doivent apprendre à interpréter les données, à identifier les tendances et à présenter des analyses pertinentes pour une prise de décision éclairée à tous les niveaux de l’organisation. L’analyse approfondie des données permet de cibler les problèmes, les risques, les défis et les opportunités sous-jacents, garantissant ainsi des interventions ciblées pour améliorer la performance en matière de sécurité des aliments.

Le rôle des universités et des écoles techniques dans la conduite du changement

Les établissements d’enseignement supérieur jouent un rôle essentiel dans la formation des futurs professionnels de l’assurance qualité. Les universités doivent dépasser le cadre des cours théoriques et intégrer des expériences pratiques, des études de cas et des approches fondées sur les risques dans leurs programmes d’enseignement. Le renforcement de la collaboration entre le monde universitaire et l’industrie permettra aux diplômés d’intégrer le marché du travail en tant que praticiens de l’assurance qualité polyvalents et stratégiques.

Pour relever les défis changeants du secteur, les universités doivent adapter leurs programmes aux besoins modernes de l’assurance qualité, en intégrant la technologie, l’analyse prédictive et la collaboration interfonctionnelle. Les stages et les projets industriels contribueront à combler le fossé entre l’apprentissage théorique et l’application pratique.

Développement professionnel continu

Les professionnels de l'assurance qualité doivent s'engager dans une formation continue pour rester performants dans un secteur alimentaire en constante évolution. Le développement professionnel continu devrait comprendre :
  • Formation continue en analyse de données et évaluation des risques
  • Mises à jour régulières de la réglementation et des meilleures pratiques en matière de sécurité des aliments à l'échelle mondiale
  • Développement du leadership pour renforcer l'influence au sein des l’organisation
  • Participation à des conférences, ateliers et forums sectoriels.

En participant activement à la formation continue, les professionnels de l'assurance qualité peuvent anticiper les risques émergents, les évolutions réglementaires et les nouvelles technologies, et ainsi apporter une expertise et un leadership précieux.

Impact des changements réglementaires et des normes internationales

La réglementation et le cadre de la certification en matière de sécurité des aliments sont de plus en plus complexes. Les professionnels de l'assurance qualité doivent :
  • Se tenir informés des normes locales et internationales en matière de sécurité des aliments
  • S'adapter à l'évolution des exigences de conformité et mettre en œuvre proactivement les meilleures pratiques
  • Collaborer avec les organismes de réglementation et de certification pour garantir la conformité de leur organisation aux obligations légales.

Le rôle de la technologie et de l'automatisation dans l'assurance qualité

La transformation numérique de l'industrie alimentaire redéfinit les pratiques d'assurance qualité. Les équipes d'assurance qualité visionnaires devraient adopter des technologies telles que :
  • L'IA et l'analyse prédictive pour identifier les risques avant qu'ils ne s'aggravent
  • La blockchain pour une traçabilité et une transparence accrues de la chaîne d'approvisionnement
  • Des capteurs connectés pour surveiller en temps réel les conditions de stockage et de transformation des aliments.

L'utilisation de ces outils permet aux professionnels de l'assurance qualité d'obtenir des informations plus approfondies, d'améliorer l'efficacité et de renforcer la conformité aux normes de sécurité des aliments.

Collaboration interfonctionnelle : L'assurance qualité comme partenaire stratégique

Les professionnels de l'assurance qualité doivent collaborer activement avec les autres services (achats, opérations et marketing) afin d'intégrer la sécurité des aliments à tous les niveaux de l'entreprise. Une collaboration efficace garantit que :

  • Les fournisseurs respectent des normes de sécurité des aliments rigoureuses, réduisant ainsi les risques liés à la chaîne d'approvisionnement
  • Les équipes opérationnelles maintiennent la sécurité des aliments sans sacrifier l'efficacité
  • Les équipes marketing tirent parti des messages relatifs à la sécurité des aliments en s'appuyant sur la réputation de la marque et la confiance des consommateurs.

L'intérêt commercial de l'assurance qualité comme partenaire stratégique

Les entreprises qui font de l'assurance qualité un véritable partenaire stratégique, au-delà du simple rôle de responsable de la conformité, constateront des avantages concrets, notamment :
  • Moins d'incidents liés à la sécurité des aliments : une gestion proactive des risques réduit les rappels de produits et les cas de contamination.
  • Une image de marque renforcée : un engagement fort en matière de sécurité des aliments fidélise la clientèle.
  • Des gains d'efficacité opérationnelle : un personnel bien formé réduit le gaspillage, améliore la productivité et diminue les coûts de conformité.

Une meilleure préparation aux audits et à la conformité réglementaire : une culture de sécurité des aliments solide réduit le stress et les perturbations liés aux audits.

Ce que l'assurance qualité doit faire

Pour pleinement assumer leur rôle de partenaires stratégiques, les professionnels de l'assurance qualité doivent mobiliser la direction afin d'intégrer la sécurité des aliments aux objectifs généraux de l'entreprise et mettre en œuvre des approches fondées sur les risques pour prioriser les initiatives en la matière. Ils doivent promouvoir une culture d'apprentissage continu grâce à des formations pratiques et adaptées au site, et utiliser l'analyse de données pour mesurer et améliorer la performance en matière de sécurité des aliments. Les professionnels de la sécurité des aliments pourraient également envisager de perfectionner leurs compétences en présentation afin d'obtenir l'adhésion de la direction. Enfin, ils devraient renforcer les partenariats entre l'industrie et le monde universitaire pour améliorer la formation en sécurité des aliments.

Points-clés

Le rôle des professionnels de l'assurance qualité en matière de sécurité des aliments ne se limite plus à l'application des normes ; il s'agit désormais d'inspirer le changement, de favoriser la collaboration et de stimuler l'amélioration continue. En renforçant la communication, le leadership et une approche fondée sur les risques, les équipes d'assurance qualité peuvent devenir des partenaires stratégiques indispensables au sein de leur organisation.

Il est temps pour les entreprises alimentaires de reconnaître et d'investir dans ce rôle en constante évolution, afin que la sécurité des aliments ne soit pas seulement une obligation de conformité, mais aussi une valeur fondamentale de l'entreprise.


Questions-clés à se poser par les entreprises alimentaires :
  • La sécurité des aliments est-elle une priorité absolue pour la direction ?
  • Quelles mesures proactives sont mises en place pour préparer les salariés aux nouveaux risques en matière de sécurité des aliments ?
  • L'entreprise dispose-t-elle d'un système d'amélioration continue pour la formation et les méthodes spécifiques à chaque site ?
  • Comment l'entreprise intègre-t-elle une culture de la sécurité des aliments qui va au-delà de la simple conformité ?