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mercredi 14 octobre 2026

La confiance dans la science ‘sous pression’, selon une enquête mondiale

« La confiance dans la science ‘sous pression’, selon une enquête mondiale », source article de Chris Dall paru dans CIDRAP News.

Les résultats d'une vaste enquête mondiale révèlent que la confiance dans la science a globalement diminué depuis 2020, tout en variant d'un pays à l'autre et au sein même des pays.

Parmi les plus de 140 000 adultes de 140 pays ayant répondu à l'enquête Wellcome Global Monitor 2026, 72 % ont déclaré avoir « un certain niveau » (45 %) ou « beaucoup » (27 %) confiance dans la science, en baisse avec les 80 % de l'enquête de 2020 et 77 % en 2018. La proportion de personnes affirmant avoir « beaucoup » confiance dans la science a reculé dans 14 régions du monde entre 2020 et 2025. Environ un répondant sur cinq (19 %) a indiqué n'avoir « pas beaucoup » ou « pas du tout » confiance dans la science, un chiffre en hausse par rapport aux 13 % enregistrés en 2018 et 2020.

Les résultats sont similaires concernant la confiance envers les scientifiques ; bien que les répondants aient accordé davantage de confiance à ces professionnels qu'aux membres du gouvernement ou aux journalistes, on observe une baisse significative par rapport à 2020. Seuls 32 % des répondants ont déclaré avoir « beaucoup » confiance dans les scientifiques, contre 43 % en 2020.

Une carte thermique des résultats montre que les niveaux de confiance dans la science les plus élevés se trouvent aux États-Unis, Canada et Europe, tandis que les plus faibles sont observés en Afrique subsaharienne et en Asie de l'Est.

Ces comparaisons reposent sur les réponses de personnes issues des 108 pays ayant participé aux trois enquêtes. Outre les questions sur le niveau de confiance dans la science, les participants ont répondu à des questions spécifiques sur les vaccins, le changement climatique et l'intelligence artificielle.

Dans l'avant-propos du rapport, John-Arne Rottingen, directeur général de Wellcome, souligne que ces résultats suggèrent que la confiance dans la science est « sous pression » et qu'il est crucial de comprendre les raisons de ce phénomène pour une organisation qui aspire à bâtir un avenir plus sain. « Lorsque la confiance est solide, la science peut aider les gens à prendre des décisions éclairées, à recourir à des solutions fondées sur des données scientifiques et à soutenir l’action collective », a-t-il écrit. « Lorsque la confiance est mise à mal, même des preuves solidement établies peinent à s’imposer. »

La confiance est moindre chez les personnes ayant du mal à joindre les deux bouts

L’enquête a également révélé que la situation personnelle et le vécu des individus, ainsi que leur sentiment quant à l’efficacité du système à leur égard, peuvent façonner leur niveau de confiance envers la science et les scientifiques.

Par exemple, parmi les personnes déclarant avoir du mal à vivre avec leurs revenus actuels, la proportion de celles qui font « beaucoup » confiance dans la science a chuté de 8 points de pourcentage entre les enquêtes de 2018 et de 2025. En revanche, chez les personnes satisfaites de leur niveau de revenu actuel, la confiance envers la science est restée stable (40 %).

Par ailleurs, les personnes ayant moins confiance dans les institutions nationales et le gouvernement, ou percevant un niveau de corruption plus élevé, étaient moins enclines à faire confiance en la science. Si 26 % de l’ensemble des répondants ont déclaré faire « beaucoup » confiance à la science, ce chiffre atteignait 43 % chez ceux qui avaient confiance dans les services de santé de leur pays.

Ces résultats, a souligné M. Rottingen, « devraient nous inciter à ne pas réduire le manque de confiance à une simple méconnaissance ou incompréhension du sujet ».

L’enquête a également révélé que, bien que 81 % des personnes estiment que la science leur profite personnellement, la proportion de celles qui pensent que la science profite à la « majorité » de la population de leur pays est passée de 42 % en 2018 à 37 % en 2025. Les personnes accordant une plus grande confiance à la science étaient nettement plus nombreuses (avec un écart de 23 points de pourcentage) à considérer celle-ci comme bénéfique.

Il est à noter que les répondants américains font figure d’exception sur ce point : la proportion d’Américains estimant que la science profite à la majorité de la population de leur pays est passée de 48 % en 2018 à 57 % en 2025.

« Alors que les attitudes positives à l’égard de la science ont reculé à l’échelle mondiale depuis 2018, les États-Unis ont évolué dans le sens inverse », a relevé l’enquête.

Malgré un certain effritement, la confiance envers la science demeure élevée

Tim Weninger, docteur et professeur d'ingénierie et d'informatique à l'université de Notre Dame, spécialiste de la désinformation, estime que si le recul de la confiance envers la science est préoccupant, il convient de le relativiser. Il le décrit davantage comme un « effritement » de la confiance que comme une crise de confiance.

« Une baisse de 8 points de pourcentage de la confiance est significative, mais le fait que 72 % des personnes continuent de faire confiance à la science est également encourageant », a déclaré M. Weninger dans un courriel adressé à CIDRAP News.

Bien qu'il n'ait pas participé à cette enquête-ci, M. Weninger a été l'un des 241 contributeurs à une étude sur la confiance mondiale envers la science, publiée l'année dernière dans la revue Nature Human Behaviour. Cette étude, menée dans 68 pays, a révélé que la plupart des répondants accordaient un niveau de confiance relativement élevé aux scientifiques, 3,62 sur une échelle allant de « très faible » (1) à « très élevé » (5), et ils souhaitaient voir les scientifiques s'impliquer davantage dans la société et l'élaboration des politiques publiques.

Selon M. Weninger, ces résultats, qui l'ont surpris, ainsi que ceux de l'enquête Wellcome, suggèrent que la confiance envers la science reste assez élevée, « alors même que le discours public laisse souvent entendre qu'il existe une crise de confiance bien plus généralisée ».

M. Weninger a également souligné que l'enquête Wellcome de 2020, réalisée en pleine pandémie de COVID-19, avait révélé une hausse de la confiance par rapport à 2018.

« En 2020, les scientifiques étaient très présents dans l'espace public, et la population se tournait vers l'expertise scientifique pour obtenir des réponses à une situation immédiate « ...une menace mondiale immédiate », a-t-il déclaré. « Le recul qui a suivi pourrait donc refléter, en partie, un retour à la normale après une période de confiance inhabituellement élevée. »

Commentaire

vendredi 9 octobre 2026

Les avantages de la vaccination vont au-delà de la protection contre l'infection

« Les avantages de la vaccination vont au-delà de la protection contre l'infection », source EurekAlert!.

Une étude menée sur des souris par des chercheurs de l'université Pompeu Fabra montre que la vaccination peut prévenir les conséquences immunitaires à long terme d'une infection virale aiguë.

La vaccination prévient non seulement les maladies causées par une infection aiguë, mais protège également contre les séquelles immunitaires à long terme pouvant survenir après une infection virale aiguë. C’est la principale conclusion d’une étude menée par le Laboratoire de biologie des infections de l’Université Pompeu Fabra. Cette étude, réalisée sur des souris, montre qu’après une infection virale aiguë, les animaux subissent une période prolongée d’affaiblissement de leur réponse immunitaire, compromettant ainsi la capacité de leur système immunitaire à répondre efficacement à de futures agressions. La vaccination préalable a permis de prévenir ces conséquences néfastes, préservant la fonction immunitaire et contribuant ainsi à une meilleure compréhension des bienfaits de la vaccination.  

On considère souvent les infections virales aiguës, comme le rhume ou une gastro-entérite, comme une simple succession d'événements : le virus se multiplie et provoque des symptômes, puis il est maîtrisé et, finalement, la personne guérit. Ce processus global génère également une immunité spécifique au virus, qui contribue à la protéger contre de futures infections par le même pathogène. Mais que se passerait-il si la guérison d'une infection aiguë impliquait bien plus que cela ? 

Une étude menée par des chercheurs du Laboratoire de biologie des infections de l'Université Pompeu Fabra, publiée dans la revue Cell Death & Disease, montre que la guérison d'une infection virale aiguë peut entraîner des séquelles à long terme pour le système immunitaire. À l'aide d'un modèle murin d'infection aiguë, les chercheurs ont constaté que, même si les animaux parvenaient à contrôler le virus et à surmonter la phase aiguë de l'infection, leur système immunitaire restait altéré bien plus longtemps. 

Selon Andreas Meyerhans, professeur de recherche ICREA à l'UPF et responsable de l'étude, « on a généralement l'impression qu'une infection virale aiguë est un événement relativement mineur et transitoire : une fois le virus maîtrisé et les symptômes disparus, l'organisme est pleinement rétabli et retrouve son fonctionnement normal. Mais cette vision risque de sous-estimer des conséquences qui ne sont pas immédiatement visibles et qui peuvent persister longtemps après la guérison de l'infection elle-même. »

En tant qu'effet collatéral de la réponse immunitaire générée pour contrôler et éliminer le virus, les chercheurs ont observé une perturbation importante de l'architecture de la rate chez les souris guéries. Le tissu s'est fibrosé, tandis que l'organisation et la localisation des cellules immunitaires ont été profondément altérées. Ces modifications ont perturbé les interactions cellulaires nécessaires à l'activation des lymphocytes T, acteurs clés de l'immunité adaptative qui reconnaissent et éliminent les cellules infectées. Par conséquent, après la guérison de l'infection aiguë, les souris ont présenté une altération prolongée de leur capacité à déclencher de nouvelles réponses immunitaires lors d'infections ultérieures.

« L’infection peut être maîtrisée, mais cela ne signifie pas nécessairement que l’hôte est complètement rétabli », explique la Dre Paula Cebollada Rica, première auteure de l’étude. « Nos résultats montrent que les conséquences immunitaires d’une infection virale aiguë peuvent persister au-delà de la période où le virus est détectable, laissant les animaux dans un état d’immunodéficience. »

La vaccination a permis d'éviter les conséquences à long terme de l'infection

La question suivante était de savoir s'il existait un moyen de prévenir ces conséquences à long terme. La vaccination apparaissait comme une solution naturelle. Dans ce modèle murin, les animaux préalablement vaccinés ne présentaient aucune des altérations observées après la guérison de l'infection aiguë : leur architecture splénique restait intacte et la fonctionnalité de leurs lymphocytes T était comparable à celle des souris naïves. 

« Après avoir guéri d’une infection virale aiguë, les animaux vaccinés n’ont présenté ni dysfonctionnement des lymphocytes T ni altérations de la rate. Cela signifie que la vaccination a non seulement prévenu la maladie consécutive à l’infection aiguë, mais a également préservé la capacité du système immunitaire à faire face à de nouvelles agressions », explique Cebollada Rica. 

Implications pour la santé publique

Ces résultats interviennent à un moment où les décisions relatives à la vaccination et à la prévention des maladies infectieuses sont de plus en plus influencées par les politiques publiques. Les données scientifiques sur les conséquences des infections et les bienfaits de la vaccination sont particulièrement importantes à l'heure où les décisions politiques peuvent compromettre les efforts concertés de prévention des maladies. Ces résultats suggèrent que la vaccination pourrait avoir des avantages qui vont au-delà de la simple prévention de la maladie causée par une infection.

« Les bienfaits de la vaccination mis en évidence par cette recherche sont importants non seulement pour les soins de santé, mais aussi pour la manière dont nous communiquons l'importance de la vaccination à l'ensemble de la population », déclare Meyerhans. « Il est essentiel que les gens soient conscients de la protection plus large qu'offre la vaccination et qu'ils continuent de faire confiance aux vaccins, considérés comme l'un des outils les plus efficaces pour prévenir les maladies. En clair, les vaccins offrent des avantages considérables pour la santé à un coût relativement faible pour la société. »

dimanche 4 octobre 2026

L’UE publiera des avis scientifiques et éthiques relatifs aux aliments ultra-transformés d’ici début 2027

« L’UE publiera des avis scientifiques et éthiques relatifs aux aliments ultra-transformés d’ici début 2027 », source Food Safety Magazine.

La Commission européenne a publié un document de cadrage sur l’évaluation scientifique et éthique de la consommation d’aliments ultra-transformés et les recommandations politiques qui en découlent au sein de l’UE. Bien que ce document ne tire pas de conclusions officielles, il jette les bases des avis que le Groupe des conseillers scientifiques en chef de la Commission (GCSA pour Group of Chief Scientific Advisors) et le Groupe européen d’éthique des sciences et des nouvelles technologies (EGE pour European Group on Ethics in Science and New Technologies) rendront début 2027.

Ces évaluations scientifiques et éthiques à venir pourraient éclairer les futures actions de l’UE concernant les aliments ultra-transformés.

Des experts chargés d’évaluer les fondements des politiques relatives aux aliments ultra-transformés

Plus précisément, le GCSA a été chargé de déterminer les considérations scientifiques qui devraient sous-tendre les politiques de l’UE visant à promouvoir des régimes alimentaires plus sains, en se basant sur les connaissances actuelles concernant la consommation d’aliments ultra-transformés et leurs effets sur la santé. Il a été demandé aux conseillers d'examiner :
- Les principales définitions et systèmes de classification des aliments ultra-transformés (AUTs) et leur pertinence pour l'élaboration des politiques
- Les données scientifiques actuelles concernant leurs effets sur la santé
- Les habitudes de consommation d'AUTs dans l'UE
- Les critères ou indicateurs possibles d'évaluation des effets sur la santé.

Parmi les critères potentiels identifiés figurent le degré et le type de transformation, la densité énergétique, la composition nutritionnelle, les ingrédients tels que les additifs alimentaires et les arômes, la taille des portions, la fréquence de consommation et la contribution de chaque aliment aux apports nutritionnels essentiels et aux recommandations diététiques.

Il est important de noter que le document souligne que la sécurité sanitaire des substances individuelles fait déjà l'objet d'une évaluation des risques par l'Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA) dans le cadre du système d'autorisation de mise sur le marché de l'UE.

Parallèlement, le groupe EGE a été chargé d'examiner les considérations éthiques liées aux AUT tout au long de la chaîne alimentaire. Ses travaux porteront sur la protection de la santé, l'accès à une alimentation adéquate et nutritive, la protection et l'autonomie des consommateurs, la justice sociale, la responsabilité des entreprises, le bien-être animal et les impacts environnementaux. L’étude examinera également les inégalités socio-économiques, le prix, la concentration du marché, le travail, la propriété des données et les externalités environnementales liées à la production et à la consommation d’aliments ultra-transformés (AUTs).

Les deux groupes ont été chargés d’identifier les données probantes crédibles, limitées ou manquantes et de mettre en évidence les lacunes de la recherche. Leurs avis scientifiques et éthiques respectifs sont attendus au premier trimestre 2027.

Définitions floues des AUTs et évolution des données sur leurs effets sur la santé

Préparant le terrain pour que le GCSA et l’EGE puissent formuler leurs avis, le document de cadrage a mis en lumière à la fois les preuves croissantes associant la consommation d’AUTs à des effets néfastes sur la santé et les questions persistantes quant à la définition des AUTs à des fins de recherche et d’élaboration de politiques.

Le terme « aliment ultra-transformé » est le plus souvent associé au système de classification des aliments Nova, qui divise les aliments et les boissons en quatre catégories, les AUT regroupant les produits contenant peu ou pas d’aliments entiers. Le document a souligné les critiques fréquentes formulées à l’encontre des critères Nova, qui manquent de la spécificité requise pour classer les aliments de manière cohérente et sans interprétation subjective.

Des études observationnelles ont établi un lien entre les régimes alimentaires riches en aliments ultra-transmissibles et les maladies non transmissibles, l'obésité et des problèmes de santé mentale, notamment l'anxiété et la dépression. Cependant, la Commission a qualifié ce domaine scientifique d'évolutif et a indiqué que les effets environnementaux et sociaux des AUTs semblent encore mal compris.

Importance fonctionnelle de la transformation des aliments

Le document souligne également que la transformation des aliments remplit des fonctions importantes. Elle permet d'améliorer la sécurité microbiologique, d'éliminer les toxines, de prolonger la durée de conservation, d'accroître la biodisponibilité des nutriments, de faciliter l'enrichissement des aliments et de réduire le gaspillage alimentaire et la charge de travail domestique. Parallèlement, les nouvelles technologies de transformation permettent de créer des formulations à haute stabilité et de modifier les caractéristiques sensorielles, ce qui soulève des questions quant à leurs effets potentiels sur la santé humaine, animale et planétaire.

La consommation d'AUTs varie au sein de l'UE

Selon les données citées par la Commission, le pourcentage de l'apport énergétique total provenant des AUTs définis par la classification Nova varie considérablement en Europe. Les aliments ultra-transformés représentent moins de 25 % de l'apport énergétique dans certains pays d'Europe du Sud, notamment l'Italie, Chypre, la Grèce et le Portugal, mais dépassent 35 % aux Pays-Bas et en Allemagne et atteignent environ 40 % en Suède.

La Commission a également souligné les disparités socio-économiques liées à la consommation d'AUTs. Des recherches citées dans le document ont établi un lien entre une consommation plus élevée d'AUTs et un statut socio-économique et un niveau d'instruction parental plus faibles, tandis que d'autres études ont associé l'insécurité alimentaire à une plus grande probabilité de répondre aux critères de ce que les chercheurs ont appelé la « dépendance aux AUTs ».

Règles existantes de sécurité des aliments dans l'UE et politique potentielle relative aux AUTs

Le document présente les AUTs comme un problème qui dépasse le cadre de la nutrition et de la santé publique. Les pistes politiques potentielles sont les suivantes :

Les domaines identifiés par la Commission comprenaient la sécurité des aliments, l'agriculture, l'industrie et le commerce, la protection et l'autonomie des consommateurs, la justice sociale, la durabilité environnementale, le bien-être animal, la biodiversité, les emballages et le gaspillage alimentaire.

Bien que l'UE ne réglemente pas spécifiquement les aliments ultra-transformés (AUTs) en tant que catégorie distincte, la législation en vigueur régit déjà de nombreux aspects des aliments susceptibles d'entrer dans cette classification. Par exemple, la législation alimentaire générale de l'UE établit le cadre juridique global en matière de sécurité des aliments et prévoit des mesures de management des risques allant de l'information des consommateurs à l'interdiction et au retrait de produits. Des réglementations spécifiques régissent les additifs alimentaires, les arômes, les contaminants et les matériaux entrant en contact avec les aliments.

Le plan pour un cœur en bonne santé (ou Safe Hearts Plan) de la Commission pourrait ouvrir une voie plus directe pour l'élaboration de politiques relatives aux AUTs. Une initiative préconise l'élaboration d'un « système complet d'évaluation de la transformation des aliments », destiné à fournir aux consommateurs des informations fondées sur des données scientifiques concernant les procédés de transformation alimentaire. Une autre initiative vise à examiner les outils potentiels, y compris des mesures financières, pour soutenir la prévention des maladies, la reformulation des produits alimentaires et des choix de consommation plus sains. Cette dernière initiative a explicitement pour vocation de s'appuyer sur des avis scientifiques et éthiques attendus prochainement.

Commentaire

Qu’il y ait des considérations scientifiques sur les aliments ultra-transformés, je crois que tout le monde sera d’accord, mais qu’il y ait des considérations éthiques, je ne suis pas d’accord, car cela ouvrirait la boite de pandore. La consommation de viande pourrait, demain, générer des avis "éthiques" ...

Selon l’Assurance Maladie,

Les aliments ultratransformés sont des produits emballés, fabriqués à partir d’ingrédients traditionnels ayant subi d’importants procédés de transformation industrielle (chimique, physique, biologique), et auxquels on ajoute des arômes et des additifs. 
Les aliments ultratransformés représentent environ 35 % de nos apports caloriques en France (et jusqu’à 60 % aux États-Unis).
En France, environ 80 % des produits disponibles en supermarché sont des aliments ultratransformés.

A noter que selon le Synabio, 50 % des produits emballés des magasins spécialisés bio sont ultratransformés.

vendredi 18 septembre 2026

Brève de vacances : Sapiens et les microbes

« Sapiens et les microbes » est un ouvrage de Renaud Piarroux. Il se présente en deux tomes.

Le premier tome de Sapiens et les microbes, sous-titré « Les épidémies d’autrefois », couvre la période allant jusqu’à la grippe espagnole de 1918. CNRS éditions, 2025, 400 pages, 26 euros.

Le site de l’Afis a fait une note de lecture sur cet ouvrage, un entretien avec l’auteur et un petit extrait du livre (avec l’aimable autorisation de l’auteur et de l’éditeur).

Le second tome de Sapiens et les microbes, sous-titré « Les épidémies contemporaines » couvre toute la période qui a suivi la grippe espagnole de 1918, jusqu’à la pandémie de Covid apparue en 2019. 

- le site de l’Afis vous propose une note de lecture de Jean-Paul Krivine,
- un entretien avec l’auteur
- un extrait de l’ouvrage (avec l’aimable autorisation de l’auteur et de l’éditeur).

Un ouvrage à lire

Ce second tome de Sapiens et les microbes, tout comme le premier, se lit comme un roman. Mais ce n’est pas un roman même si, parfois, l’histoire elle-même est digne d’une véritable enquête policière (recherche de l’origine d’une épidémie, explication des raisons de sa propagation, etc. ). C’est un récit précis qui s’appuie sur de très nombreuses sources et références.

S’il y avait une leçon à retenir, en refermant cet ouvrage, c’est celle que l’auteur suggère lui-même : aucune nouvelle maladie infectieuse ne peut être comprise sous un seul angle. « Il faut considérer à la fois l’agent pathogène, avec sa plasticité génétique et sa capacité à franchir les barrières d’espèce, et les sociétés humaines, avec leurs pratiques en évolution constante, leurs structures et leurs failles. C’est de la rencontre entre ces deux forces – la biologie du virus et l’organisation du monde humain – que dépend le destin de toute épidémie naissante. » C’est magistralement expliqué avec les principales maladies infectieuses qui ont jalonné et façonné l’histoire humaine.

On lira aussi avec intérêt la postface de l’ouvrage rédigée par le chercheur Etienne Decroly.

Voir les précédentes brèves de vacances :

mercredi 16 septembre 2026

BfR : Des BD en français pour dire « Que dit la science? »

Mais non, ce n’est pas une brève de vacances ou un 1er avril, le BfR, l’institut fédéral allemand pour l’évaluation des risques, se lance dans la BD, et qui plus est, le rêve devient réalité avec plusieurs BD scientifiques en français !

Des tubes à essai qui parlent et des microscopes qui ont le virus de la vérification : la science rencontre la bande dessinée dans « Que dit la science? », la BD scientifique du BfR, avec, dans le rôle principal, la professeure Berta Freund. Biochimiste, la professeure Freund a réuni dans son laboratoire une équipe avec laquelle on ne risque pas de s’ennuyer. Sa devise: « Il n’y a pas de questions stupides, il n'y a que des mauvaises réponses. » Ayant sa personnalité bien à elle, chacun des membres contribue de façon unique à la recherche et à l’évaluation des risques. Avec eux, savoir expert et imagination font bon ménage, et les questions scientifiques les plus complexes sont expliquées avec clarté pour le plus grand bonheur de tous.

Liste des BD proposées en français par le BfR

dimanche 6 septembre 2026

Les clostridia sporulés, des bactéries pathogènes souvent négligés dans la réutilisation des eaux usées

« Les clostridia sporulés : des déterminants souvent négligés du risque microbien dans les systèmes de réutilisation des eaux usées », source article paru dans Applied and Environmental Microbiology.

Résumé

L'utilisation d'eaux usées municipales traitées pour l'irrigation des cultures constitue une stratégie clé pour lutter contre la pénurie d'eau induite par la sécheresse. Toutefois, les normes actuelles de valorisation des eaux usées sous-estiment systématiquement les risques liés aux pathogènes sporulés. Comme le souligne une récente mini-synthèse publiée par A. Mrozinski, C. Le Maréchal et E. Topp dans la revue Applied and Environmental Microbiology (92:e00173-26, 2026) Clostridioides difficile et Clostridium perfringens survivent aux procédés de désinfection conventionnels, persistent indéfiniment dans les sols agricoles et sont porteurs de gènes critiques de résistance aux antibiotiques. Afin de garantir la sécurité des aliments et de protéger la santé publique, les cadres réglementaires doivent évoluer : ils ne doivent plus se fonder uniquement sur les indicateurs bactériens végétatifs classiques, mais inclure la surveillance des pathogènes sporulés résistants.

La récente mini-synthèse de Mrozinski et al. aborde spécifiquement cette question et résume de manière concise un corpus croissant de travaux démontrant que les pathogènes sporulés persistants, tels que Clostridioides difficile et Clostridium perfringens, représentent une menace importante et sous-estimée, que les pratiques actuelles de traitement des eaux usées ne parviennent pas à éliminer efficacement. En raison de différences biologiques fondamentales par rapport aux micro-organismes indicateurs actuels, ces pathogènes sporulés, aisément isolables à partir des eaux usées brutes (et traitées), présentent un avantage considérable pour survivre aux procédés de traitement et de désinfection en vigueur, lesquels réduisent pourtant efficacement d'autres indicateurs courants tels que les coliformes fécaux, Escherichia coli et Salmonella. Suite à la réutilisation des eaux usées traitées pour l'agriculture (irrigation), les spores de C. difficile et de C. perfringens persistent et peuvent s'accumuler dans les sols lors d'épandages répétés, tout en étant susceptibles d'être transportées vers les environnements voisins. Certaines cultures se développant près du sol ou dans le sol, comme les légumes-feuilles ou les légumes-racines, présentent un risque de contamination particulièrement élevé : les spores survivent au lavage initial lors de la transformation alimentaire, contaminent les chaînes de production et finissent par exposer et infecter les humains ou d'autres animaux.

Solutions proposées : appel à l’action destiné aux communautés scientifiques et réglementaires

Mrozinski et al. fournit une base solide pour repenser la manière dont les pathogènes sporulés sont évalués et pris en compte dans les systèmes de réutilisation des eaux usées. Clostridioides difficile et Clostridium perfringens sont persistants, mobiles et adaptables, un risque que les cadres de surveillance actuels ne saisissent pas de manière adéquate. À l'avenir, la communauté scientifique devra impérativement développer des outils de surveillance spécifiques aux Clostridia pathogènes toxinogènes, affiner les modèles d'évaluation des risques et produire les données mécanistes nécessaires pour étayer des politiques fondées sur des preuves. Les autorités réglementaires et les gestionnaires de ressources en eau, tant en Europe que dans le reste du monde, ont besoin de ces informations pour renforcer les directives relatives à la réutilisation des eaux et intégrer la surveillance des pathogènes sporulés aux contrôles de routine. En agissant sur ces priorités, les chercheurs et les décideurs peuvent contribuer à garantir que la réutilisation des eaux usées favorise le développement agricole sans compromettre la sécurité des aliments, ni la santé humaine et animale.

vendredi 28 août 2026

La science et la communication comme fondements de la sécurité des aliments, selon la FAO

Voici un article écrit par des scientifiques de la FAO, en accès libre, à paraître dans Journal of Food Protection, et intitulé, « La science et la communication comme fondements de la sécurité des aliments ».

Faits saillants

  • Les décisions en matière de sécurité des aliments reposent sur une science rigoureuse, transparente et responsable.
  • Les cadres institutionnels doivent favoriser l'intégrité dans la production et le partage de données probantes.
  • La confiance dans la sécurité des aliments dépend de données probantes solides ainsi que d'une communication claire et cohérente.
  • Une communication scientifique précise relève de la responsabilité partagée de toutes les parties prenantes.
  • Les nouveaux outils, y compris l'IA, doivent faire l'objet d'une évaluation rigoureuse avant d'être utilisés dans le domaine de la sécurité des aliments.

Résumé

La fiabilité des informations scientifiques et la pertinence de leur communication entre les parties prenantes sont essentielles à l'efficacité des systèmes de maîtrise des denrées alimentaires. Une science fiable étaye l'évaluation des risques, éclaire la prise de décision et l'élaboration de politiques fondées sur des données probantes, et constitue le fondement de la mise en œuvre de contrôles efficaces tout au long de la chaîne d'approvisionnement alimentaire mondiale. Toutefois, les données scientifiques peuvent comporter des limites ou des incertitudes qui doivent être soigneusement évaluées et prises en compte lorsqu'elles servent de base au management de la sécurité des aliments et aux décisions réglementaires. Le présent document souligne la nécessité d'une science solide ainsi que d'une communication claire et fiable à l'intention de toutes les parties prenantes afin de soutenir et de faire progresser la sécurité des aliments. Il s'articule autour de quatre objectifs : premièrement, il décrit le rôle de la science dans la garantie de la sécurité des aliments et clarifie certains concepts pertinents. Deuxièmement, il encourage les scientifiques en quête de nouvelles orientations de recherche à envisager de produire des données répondant aux besoins réglementaires, une démarche illustrée par une étude de cas. Troisièmement, il aborde la responsabilité partagée des parties prenantes dès les premières étapes du processus scientifique, afin de garantir la production de données de haute qualité ainsi qu'une communication précise et sans ambiguïté des résultats scientifiques. Enfin, il traite brièvement des défis scientifiques et communicationnels liés à la sécurité des aliments. Cet article s'adresse aux scientifiques, aux décideurs et aux professionnels qui s'intéressent à la sécurité des aliments, ainsi qu'au renforcement des approches fondées sur la science et d'une communication efficace sur les risques au sein du système alimentaire.

Commentaire
Comme souvent, des vœux pieux ...

dimanche 9 août 2026

Le tatouage altère-t-il la réponse immunitaire à la vaccination ?

À lire sur l'excellent site de l'Afis, Association française pour l'information scientifique, cet article, coordonné par Kévin Moris, « Le tatouage altère la réponse immunitaire à la vaccination », et publié en ligne le 25 juillet 2026. 


Extraits.
Pratique marginale il y a encore quarante ans, le tatouage s’est largement démocratisé. En 2023, près d’un Français sur cinq est tatoué, un taux qui place le pays dans la moyenne européenne. À l’échelle mondiale, on retrouve une valeur similaire, les États-Unis présentant la proportion la plus élevée avec plus de 30 % de personnes tatouées. Lors du tatouage, la pénétration répétée d’aiguilles dans le derme introduit une ou plusieurs encres selon un dessin précis. La permanence des tatouages est obtenue grâce à l’utilisation d’encres contenant des pigments peu solubles dans les fluides corporels, et un mélange complexe de liants, de solvants et d’additifs. Si le noir de carbone est le principal pigment utilisé pour les tatouages noirs, les autres contiennent généralement des pigments organiques initialement destinés aux plastiques, aux vernis ou aux peintures. 
(...)
Des travaux européens montrent que lors d’une vaccination, l’encre de tatouage au site d’injection module les réponses immunitaires de manière spécifique au vaccin, avec une réponse réduite au vaccin contre la Covid-19 (diminution du taux d’immunoglobulines) et une réponse accrue au vaccin antigrippal inactivé par UV. Ces résultats obtenus chez la souris ont été confirmés in vitro dans des cultures de macrophages humains. Ils reflètent des différences dans les mécanismes d’action entre ces classes de vaccins.

Il faut bien évidemment considérer ces conclusions avec précaution car les travaux, réalisés avec des modèles animaux et cellulaires, devront être confirmés par des études cliniques humaines. Cependant, compte tenu de la popularité croissante du tatouage, ils sont importants pour informer les décideurs politiques et le grand public du risque potentiel lié à une altération de la réponse immunitaire associée à la pratique du tatouage. Il convient toutefois de préciser que ces résultats ne remettent pas en cause l’intérêt et les bénéfices de la vaccination, même chez les personnes tatouées.

NB : L'article est disponible en intégralité et gratuitement.

Les articles du blog sur le tatouage sont ici.

jeudi 30 juillet 2026

Nouvelles règles de l'UE relatives aux techniques de génomique végétale

Le 20 juin 2026 est paru un article de Catherine Regnault Roger le 20 juin 2026 dans European Scientist intitué « Réglementation européenne sur les NGT : enfin un brin d’innovation ? »

Il y a 7 ans commençait la procédure de révision de la réglementation européenne pour les NGT (selon l’acronyme anglais New Genomic Technics proposé par la Commission européenne en 2021). Un laborieux processus qui vient de se conclure par le vote positif du Parlement européen le 17 juin 2026.

Des obstacles ont été dressés tout au long du processus évoqué, notamment des tentatives d’obstructions parlementaires comme des « irrégularités » informatiques suspectes, heureusement rectifiées, mais aussi des pluies d’amendements pour retarder les votes des instances parlementaires : une guérilla menée par les opposants traditionnels aux biotechnologies végétales, hier anti-OGM, aujourd’hui anti-NGT qui comptent des eurodéputés influents dans leurs rangs et de plusieurs lobbys bien introduits à Bruxelles. 

L’Union européenne vient de publier ce communiqué sur les « Nouvelles règles de l'UE relatives aux techniques de génomique végétale ».

De nouvelles règles de l'Union européenne (UE) ont été adoptées concernant la commercialisation des cultures produites à l'aide de certaines nouvelles techniques génomiques (NGT) qui modifient le matériel génétique des plantes (Commission européenne 2025). Les nouvelles règles classent les NGT en deux catégories :

  • Les plantes NGT de la catégorie 1 - qui peuvent être produites naturellement ou par sélection conventionnelle - ne seront pas considérées comme des organismes génétiquement modifiés (OGM). Elles devront uniquement faire l'objet d'une procédure de vérification et n'auront pas besoin d'être soumises à une évaluation des risques et à une autorisation.

  • Les plantes de la catégorie 2 des NGT - dont les modifications ne peuvent pas se produire naturellement ou par sélection conventionnelle - devront se conformer aux règles relatives aux OGM, y compris en ce qui concerne l'évaluation des risques et l'autorisation.

Le Conseil de l'UE et le Parlement européen ont donné leur accord provisoire à cette mesure, qui devra être formellement approuvée.

Selon l’article précité de European Scientist,

On sait maintenant que l’édition génomique permet d’obtenir, avec des modifications génétiques minimes, des changements épigénétiques marqués. Et c’est sans doute là-dessus que parie le secteur semencier européen pour saluer l’avancée réglementaire obtenue. Mais celle-ci sera-telle suffisante pour que l’Union européenne, qui s’est illustrée par un refus de fait des cultures transgéniques au XXè siècle, se donne les moyens d’adopter pleinement la révolution biotechnologique du XXIè siècle, les NGT ? Sera-t-elle armée avec ce nouveau règlement pour affronter les bouleversements géopolitiques en cours et la nouvelle donne économique mondiale ?

(…)
Ont été écartés de la nouvelle réglementation, à ce jour, les micro-organismes et les animaux : une exclusion qui ne serait que partie remise, murmure-t-on dans les couloirs ministériels, mais surprenante quand même ! Faut-il rappeler le rôle historique joué des micro-organismes transgéniques pour la biosynthèse de l’insuline humaine qui révolutionna le traitement des diabètes humains ? Ou encore les recherches menées aux Etats-Unis et en Chine avec des techniques NGT qui permettent d’améliorer le bien-être et la santé des animaux, évitant par exemple la castration chimique ou chirurgicale des porcs (travaux de la société Acceligen dans le Minnesota) ou diminuant la sensibilité des porcelets au froid et leur mortalité en hiver (travaux de l’Académie des sciences de Chine à Beijing) ?. L’Union européenne peut-elle se priver de l’outil technologique de l’édition génomique dans ces deux domaines ?

Concernant les végétaux, l’ISF (International Seed Federation), par la voix de son Secrétaire général, Michael Keller, a récemment plaidé pour que le « patchwork des réglementations conflictuelles » laisse la place à une réglementation universelle des NGT basée sur la science qui s’alignerait sur celle des semences conventionnelles et lèverait ainsi les obstacles au commerce mondial des semences ! Il est clair qu’alors le progrès génétique serait à même de donner une réponse à la hauteur des enjeux planétaires de développement et de durabilité de l’agriculture ! Puisse ce souhait devenir réalité !

mercredi 29 juillet 2026

PFAS, microplastiques et retardeurs de flamme bromés et leurs effets sur l'exposition alimentaire

PFAS

Les experts surveillent de près les PFAS et les microplastiques. L'OMS a récemment mené une étude pour appuyer l'élaboration de valeurs sanitaires pour les « polluants éternels », identifiant 18 PFAS prioritaires et six catégories d'effets sur la santé (cancer, effets sur le développement, effets hépatiques, effets sur le système immunitaire, effets métaboliques et effets sur la reproduction.) en fonction de l'exposition alimentaire. Voir la suite ici.

Microplastiques

Aux États-Unis, le Government Accountability Office (GAO) des États-Unis (le GAO est l’équivalent américain à notre cour des comptes) a publié un rapport sur la présence croissante de microplastiques dans l'environnement et le corps humain, soulignant l'incertitude scientifique persistante quant à leurs effets sur la santé et présentant les efforts fédéraux récents déployés pour mieux comprendre et réduire l'exposition. Voir la suite ici.

Retardeurs de flamme bromés

L'EFSA a mis à jour son évaluation des risques liés aux retardateurs de flamme bromés (RFB) émergents dans les aliments. Le manque de données a empêché une évaluation complète des risques pour la plupart des 27 substances chimiques évaluées. Les RFB sont des substances chimiques de synthèse utilisées dans les plastiques, les textiles, l'électronique et d'autres produits pour réduire leur inflammabilité. On les détecte le plus souvent dans les aliments d'origine animale. Voir la suite ici.

samedi 25 juillet 2026

Loi d'urgence agricole : le point de vue de M. Jean-Baptiste Moreau*

Le projet de loi d'urgence pour la protection et la souveraineté agricoles a été définitivement adopté par le Parlement le 21 juillet 2026.

J'assiste depuis des années, et même durant mon mandat, à l'hystérisation des débats dès que l'on parle agriculture.

Les débats autour de cette loi n'ont pas échappé à cette tendance : « Acetamiprid is the new glyphosate ».

Ces molécules deviennent des symboles pour les idéologues de tout poil pour se livrer de façon totalement irrationnelle scientifiquement à une critique d'une agriculture qu'on caricature à l'infini en ne connaissant rien de ses réalités.

Je suis bien placé pour parler de cela, pour avoir été rapporteur de la loi egalim où j'ai du consentir pour empêcher l'interdiction par la loi du glyphosate qui aurait eu des conséquences dramatiques sur l'ensemble de l'agriculture, de passer un compromis avec les écolos de mon camp ou des autres, en interdisant la flupyradifurone. Je savais que cela aurait des conséquences sur certaines productions, mais je les pensais moins problématiques que l'interdiction du glyphosate.

Je regrette cette décision et je salue le fait que le texte laisse à l'ANSES la possibilité de déroger à l'interdiction.

Ces décisions n'ont rien à faire dans la main des politiques. Elles doivent être uniquement prises en fonction des faits scientifiques démontrés. Sinon le politique se vautre dans la démagogie, instrumentalisé par des idéologies qui ne conduiront qu'à la ruine de notre agriculture.

J'entends les inquiétudes sur la dangerosité de certaines molécules ou certaines pratiques agricoles. Mais c'est la science qui doit rassurer nos concitoyens et la peur ne doit pas être instrumentalisée par le politique.

Nous sommes en train de faire avec l'agriculture ce que nous avons fait avec le nucléaire.

La pensée unique du moment c'est que notre modèle agricole doit changer, que tout le monde devrait passer en bio.

On assiste aux mêmes caricatures que quand on expliquait que le nucléaire était le mal absolu. À l'époque, les ONG, le grand public et quasiment toute la classe politique voulaient la fin du nucléaire à tel point que certains pays l'ont fait, comme l Allemagne.

Or la tendance s'est inversée aujourd'hui devant la peur de voir des pénuries d'énergie ou le prix de l'énergie flamber, ce qui affecterait notre mode de vie. Et on voit combien cette vision de l'époque va nous coûter cher pour remettre à niveau ce secteur.

Ainsi faut-il attendre que nos rayons de supermarché ou de commerce soient vide de toute aliment français pour que nos concitoyens se rendent compte que notre agriculture est menacée de mort ?

Et qu'on ne mette pas cette mort programmée sur le compte de la concurrence internationale. Ce ne sont que des fadaises pour gogos susceptibles de gober les âneries et autre idéologie mortifère des extrêmes.

Elle va crever car nous sommes au comble de l'hypocrisie. Nous voulons que notre agriculture produise sans aucun produit, sans aucun intrant, mais nous refusons de payer ses produits au juste prix et nous achetons abondamment des produits issues d'une agriculture que nous ne voulons pas.

Et pitié, pas de couplet sur « on part les premiers, les autres suivront ». Ils ne suivent jamais, car ils voient bien que ce que nous faisons est une impasse totale.

L'agriculture française a vocation à produire de l'alimentation saine et durable. Elle n'aura jamais pour vocation unique d'entretenir les espaces car les agriculteurs deviendraient des fonctionnaires et c'est absolument incompatible avec la nature profonde de l'agriculteur faite de passions, de prises de risques. L'agriculteur est un entrepreneur par essence, qui vit dans le réel et n'a d'autre choix que de s'adapter au réel : au climat, aux demandes du consommateur.

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Le mythe d'une agriculture vivrière refermée sur nos frontières n'est qu'un mythe. Tous ceux qui ont essayé ont tué leur agriculture. On peut toujours rêver d'un monde où il en fut autrement, mais ce monde n'a jamais existé à travers l'histoire et n'existera jamais. L'agriculture a besoin d échanges pour permettre aux agriculteurs de vivre .

C'est une réalité intangible économique et scientifique. Et on ne peut pas obliger nos agriculteurs à courir avec des boulets au pied. Bien sûr, il ne s'agit pas de faire n'importe quoi pour produire, mais ce n'est déjà absolument pas le cas.

Si nous voulons avoir encore des agriculteurs demain en France, il va falloir renouer le contact, arrêter de les juger sur la base de croyances. Et du côté des agriculteurs, les manifestations ne suffiront pas à faire comprendre les nécessités de ce métier. Bien aimer les agriculteurs, c'est bien ; le leur prouver, c'est mieux. Et on ne le leur prouve pas en leur expliquant comment ils devraient exercer un métier, dont au final on ne connaît rien.

* Ancien député (2017-2022). Paysan de la Creuse à jamais. Consultant indépendant et libre.

Références, 1 et 2.

NB: Je remercie André Heitz d’avoir signalé ce texte paru sur son blog ici.


mardi 7 juillet 2026

PFAS : Un défi permanent

C'est par ces mots forts du Dr Tewes Tralau, vice-président du BfR, que commence le nouveau dossier de l’Institut fédéral allemand d’évaluation des risques (BfR) sur les PFAS dans le nouveau numéro du magazine scientifique du BfR, Bf2GO.

« Il n’y a rien dehors et rien dedans, car elle est à l’envers dehors et dehors dedans », dit le poème « Épirhème » de Goethe, consacré à la contemplation de la nature. Au sens figuré, cela s’applique également à de nombreuses substances que l’Institut fédéral allemand d’évaluation des risques (BfR) considère comme dangereuses.Prenons l'exemple des PFAS, ces « polluants éternels » qui pénètrent dans le corps humain par l'environnement, c'est-à-dire de l'extérieur vers l'intérieur. Il peut s'écouler un long moment avant qu'ils ne soient de nouveau éliminés. Ce n'est toutefois pas une éternité, comme vous pouvez le lire dans notre article sur les PFAS.

L'ingestion de PFAS par l'homme provient principalement des produits alimentaires d'origine animale, tels que le poisson, la viande, le lait et les œufs. En raison de la longue durée de séjour de certains PFAS dans l'organisme, des concentrations peuvent s'accumuler et avoir des effets néfastes sur la santé. Parmi ces effets, on note une augmentation du taux de lipides sanguins (un facteur de risque de maladies cardiovasculaires), une augmentation d'une enzyme hépatique dans le sérum sanguin (indiquant un trouble du foie) et une diminution du poids de naissance. Grâce à des études de transfert, le Dr Robert Pieper et son équipe du BfR étudient comment les PFAS pénètrent dans l'alimentation via les aliments pour animaux, l'eau potable et les sols. Il explique précisément ce mécanisme dans l'interview de BfR2GO.

A lire, cet article « Un défi sans fin », ici.

MàJ du 1er juillet 2026. Substances per- et polyfluoroalkylées (PFAS) : substances préoccupantes dans les emballages alimentaires.

De nouvelles limites de PFAS dans les emballages alimentaires s’appliqueront à partir d’août 2026. La conformité devra être attestée par une déclaration de conformité transmise à l’importateur de l’UE. Ce guide explique les nouvelles règles et la manière dont les opérateurs de la chaîne d’approvisionnement agroalimentaire peuvent s’y préparer.