mercredi 28 octobre 2026

Biocides et antibiotiques : des mécanismes de résistance en commun ?

L’Anses publie le 20 octobre 2026 un article, « Biocides et antibiotiques : des mécanismes de résistance en commun ».

Le nettoyage fréquent des surfaces avec certains désinfectants pourrait contribuer, dans certaines conditions, à sélectionner des bactéries résistantes aux antibiotiques.

La résistance aux antibiotiques est un problème majeur de santé publique. Au-delà du mésusage des antibiotiques, d’autres facteurs peuvent contribuer à la sélection de bactéries résistantes. C’est notamment le cas lors de l’exposition répétée des bactéries à des produits biocides. L'adaptation aux biocides des communautés bactériennes peut entrainer concomitamment un accroissement de leur résistance aux antibiotiques.

Effectivement, ce que rapporte l’Anses n’est en fait pas nouveau, et il est donc bon de se pencher sur la mémoire du blog en la matière …

En août 2020, l’Anses publiait un avis et un rapport l’évaluation de la résistance des biocides antimicrobiens.

Un exemple d’arbre décisionnel pour une mise en œuvre pratique était proposé illustrant le protocole d’évaluation de résistance d’un produit désinfectant pour les surfaces.

De manière générale, afin de prévenir l’apparition de résistance, il convient de limiter les mésusages pouvant notamment conduire à l’exposition des bactéries cibles à des concentrations sub-létales favorisant leur adaptation.

Le blog avait alors indiqué « Si cet avis pouvait faire évoluer les comportements vis-à-vis des désinfectants utilisés dans l’agro-alimentaire …, ce serait une excellente action ... ».

En 2023, le blog relatait : « Des experts préviennent que l'utilisation généralisée de produits antibactériens pourrait favoriser la résistance aux antibiotiques et d'autres menaces pour la santé. »

« Notre examen de la science suggère que la désinfection avec ces produits chimiques dans de nombreux cas est inutile ou même dangereuse », a dit le co-auteur de l'étude Courtney Carignan de la Michigan State University, dans un communiqué de presse du Green Science Policy Institute. « Nous recommandons un nettoyage régulier avec de l'eau et un détergentn et une désinfection uniquement au besoin avec des produits plus sûrs. »

L’Anses dans son communiqué d’octobre 2026 rapporte que « Des scientifiques du Laboratoire de l’Anses Fougères ont exploré les mécanismes en jeu au sein des biofilms de bactéries. »

Des études avaient déjà montré que l’exposition répétée de bactéries à des produits désinfectants pouvaient les rendre plus résistantes à certains antibiotiques. Cependant, peu d’études sur cette question ont été effectuées dans des conditions proches des situations réelles. Or, lorsqu’elles sont sur une surface, les bactéries s’organisent souvent sous forme de biofilms. Il s’agit d'une communauté de microorganismes constituée de plusieurs couches de bactéries. Les bactéries secrètent un mucus, qui les relie entre elles et les protège de l’extérieur. Ces structures sont connues pour être plus résistantes aux produits de nettoyage que les bactéries isolées.

Dans une étude, des biofilms de Escherichia coli ont été soumis à quatre substances actives de produits de désinfection couramment utilisés dans les ateliers industriels de transformation des aliments. Les bactéries ont été exposées quotidiennement pendant un mois. Les chercheurs ont ensuite testé la résistance des bactéries survivantes à un antibiotique, la rifampicine, souvent utilisé comme modèle pour évaluer la résistance aux antibiotiques.

Les résultats de cette étude ont été publiés dans la revue NPJ Antimicrobials and Resistance en mai 2026. Les bactéries qui avaient été exposées à deux des biocides ont été plus nombreuses à résister à l’antibiotique que celles qui avaient seulement été exposées à de l’eau. Ceci est particulièrement vrai pour les bactéries qui avaient été confrontées au N-(3-aminopropyl)-N-dodecylpropane-1,3-diamine (TMN), biocide largement utilisé pour désinfecter les surfaces.

Les auteurs ont indiqué que « Ces connaissances sont essentielles pour comprendre comment les bactéries s'adaptent aux biocides et fournissent des marqueurs potentiels pour la surveillance des résistances croisées dans la chaîne alimentaire. »

Dans une autre étude, parue dans Frontiers in Cellular and Infection Microbiology en 2023, les mêmes scientifiques avaient montré que l’exposition répétée au polyhexaméthylène biguanide, un autre biocide largement utilisé dans les industries agro-alimentaires, entraînait une augmentation de la résistance à un autre antibiotique, la gentamicine. Cependant dans ce cas il ne semblait pas y avoir de sélection génétique : les bactéries cessaient de résister après la fin de l’exposition au biocide.

Selon Arnaud Bridier, de l’unité Antibiotiques, biocides, résidus et résistances au Laboratoire de l’Anses Fougères, « Le risque d’apparition de résistance est potentiellement important dans l’industrie agroalimentaire et le milieu hospitalier, où le nettoyage et la désinfection des surfaces sont très fréquents. »

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