dimanche 18 octobre 2026

France : un bilan 2024 toujours trop élevé des toxi-infections alimentaires collectives et toujours pas d'objectif pour la sécurité des aliments

Voici 'enfin' le bilan 2024 des toxi-infections alimentaires collectives en France, selon Santé publique France.

'Enfin' est une façon de voir, j’aurais pu aussi écrire déjà ?

Qu’on en juge :

le bilan 2024 est paru le 16 octobre 2026, celui de 2023, le 26 mars 2026 (puis soi disant mis à jour le 1er septembre 2026 ?), pas facile à suivre Santé publique France, tandis que le bilan de 2022 est paru … le 21 février 2024. Il devait y avoir certainement une urgence à publier ces bilans, d’autant les données de 2024 était connu depuis presque un an grâce à l’EFSA. Dans sa précipitation, le site de Santé publique France met en ligne le bilan 2024 et celui de 2022 ; exit 2023, étonnant, non ?

Voici ci-dessous la courbe d'évolution du nombre de TIAC en reprenant les données fournies par Santé publique France.
Quelques extraits
« Le nombre de TIAC notifiés en 2022 est le plus élevé depuis la mise en place de la déclaration obligatoire en 1987 et cela s’est donc poursuivi en 2023 (avec un nouveau record) puis une légère baisse en 2024, mais toujours avec un nombre de TIAC élevés. »

« Les années 2023 et 2024 ont confirmé la tendance à l’augmentation du nombre de TIAC signalées, avec respectivement 2 231 et 2 096 signalements, prolongeant ainsi la progression déjà observée en 2022. », selon le document diffusé par Santé publique France.

« Le nombre de malades liés aux TIAC signalées en 2024 était de 20 045. Bien que ce nombre reste légèrement inférieur à celui de 2023, la tendance globale à la hausse du nombre de malades liés aux TIAC signalées reste valable (22 282 en 2023 vs 16 763 en 2022). »

L’effort sans précédent du nombre d’inspections de la police sanitaire unique trouve sans doute sa justification avec ce qui suit, « Globalement, les données de 2024 confirment la place prépondérante de la restauration commerciale parmi les lieux de survenue des TIAC signalées, avec près d’une TIAC sur deux déclarée dans ce secteur (48 %). »

Points clés*

  • En 2024, 2 096 toxi-infections alimentaires collectives (TIAC) ont été signalées en France (2 231 en 2023 et 1 924 en 2022), affectant 20 045 personnes (22 282 en 2023 et 16 763 en 2022), dont 630 (3 %) se sont présentées à l’hôpital (hospitalisation ou passage aux urgences) et 6 (0,03 %) sont décédées. Ces TIAC signalées étaient liées majoritairement à des repas dans des restaurants commerciaux (48 %).
  • En 2024, le nombre total de signalements de TIAC, reste à un niveau élevé, malgré la légère baisse par rapport à l’année précédente (2 231 en 2023), les années 2022-2024 enregistrant ainsi les niveaux les plus élevés depuis le début de la surveillance en 1987.
  • Comme les années précédentes, Salmonella demeurait l’agent pathogène le plus fréquemment confirmé représentant 43 % des TIAC à agent confirmé (31 % en 2023, 42 % en 2022 et ). Les agents pathogènes les plus couramment suspectés sur la base des informations épidémiologiques et cliniques, mais sans avoir été confirmés par des analyses microbiologiques, étaient les agents toxiniques Bacillus cereus, Staphylococcus aureus et Clostridium perfringens, correspondant à 71 % des TIAC pour lesquelles un agent a été suspecté (70 % en 2023 et 73 % en 2022 et 67 % en 2021). Pour 11 % des TIAC signalées, aucun agent n’a pu être ni confirmé, ni suspecté sur la base des informations épidémiologiques et cliniques disponibles (12 % en 2023 et 15 % en 2022).
  • En 2024, des mesures correctives ont été rapportées (information/formation du personnel, désinfection d’établissement, mise en demeure et avertissement, rappels réglementaires et saisie de denrées) pour 402 TIAC (versus 595 en 2023 et 591 en 2022) en restauration commerciale et 160 TIAC en collectivités , soit 41 % de l’ensemble des TIAC survenues en ces lieux versus (45 % en 2023 et 46 % en 2022).

* complétés par mes soins -aa.

Augmentation du nombre de TIAC

« Cette hausse significative s’expliquerait en partie, et plus précisément pour la restauration commerciale, par l’impact de la plateforme de signalement en ligne accessible au grand public « SignalConso », mis en service depuis 2021, qui facilite la déclaration directe et simple des suspicions de TIAC par les consommateurs à la DDecPP. »

« en partie » est sans doute vrai, mais quelle est l’autre partie ? Nous le saurons pas !

Cela étant, cette justification reste à relativiser quand on sait que « les TIAC demeurent historiquement sous-déclarées, avec des disparités selon les secteurs d’activité ». En effet, «la restauration commerciale est moins bien représentée dans les statistiques et les données épidémiologiques, en raison d’une déclaration moins structurée, souvent liée à la méconnaissance des procédures ou à la crainte des conséquences pour les professionnels. »

Décès liés aux TIAC

En 2024, six décès ont été déclarés survenus, pour quatre décès, dans des instituts médico-sociaux (4 TIAC). Dans ces contextes, notamment en EHPAD, où les populations sont plus vulnérables, il est particulièrement important d’appliquer rigoureusement les bonnes pratiques d’hygiène, de refroidir rapidement les plats après cuisson et de les réchauffer convenablement avant leur consommation.
En 2023, 19 décès à la suite de TIAC, dont 13 décès survenus dans des instituts médico-sociaux.
Le niveau des décès est l’unisson du nombre de TIAC rapportées ...

Les TIAC et l’iceberg

« Les TIAC ne représentent qu’une fraction des infections d’origine alimentaire survenant en France, mais constituent un indicateur essentiel de leur surveillance. Depuis la mise en place de leur déclaration obligatoire en 1987, la surveillance des TIAC s’inscrit comme un dispositif de veille sanitaire complémentaire des autres systèmes de surveillance des infections d’origine alimentaire. Elle contribue à la détection des épisodes, à l’identification des aliments et agents pathogènes en cause, à la mise en œuvre de mesures de gestion adaptées et au renforcement des actions de prévention. »

Moi qui pensait que les TIAC était un indicateur de l'état de la sécurité des aliments en France !

Par ailleurs, notons que selon Santé publique France, les cas annuels de salmonellose sont de 198 000 dont 183 000 par transmission alimentaire.

Rappelons enfin que le fardeau global des maladies infectieuses d’origine alimentaire a été estimé en 2018 entre 1,28 et 2,23 millions de personnes affectées chaque année sur la période 2008-2013 [1].

Conclusion

Il reste donc vraiment beaucoup à faire pour améliorer la sécurité des aliments en France, mais malheureusement, aucun objectif n’a été fixé par nos service publiques, DGAL en tête, que ce soit au niveau des TIAC, des maladies infectieuses d’origine alimentaires ou des rappels qui plafonnent désormais à plus de 2 000 depuis quelques années. Ce sera vraisemblablement le rôle de la nouvelle directrice de la DGAL, en tout état de cause, c’est à espérer ...

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