« Agriculture : quand l’audiovisuel public cautionne le semis de plantes invasives » par Jean-Paul Pelras*
A la suite d’André Heitz du blog Agriculture, alimentation, santé publique... soyons rationnels, je me permets l'« emprunt » d'une chronique publiée dans Le Point. En ces temps de convergence des luttes, il y a aussi des convergences d'indignations.
Chronique. Sur France Inter une chroniqueuse encourage à cultiver une mauvaise herbe, dont la prolifération est pourtant redoutée par l’Anses et le monde agricole.
L’actualité étant de toute évidence consacrée à la convergence des luttes, évoquons l’émission intitulée La Terre au carré diffusée du lundi au vendredi sur France Inter. Une émission dédiée à l’écologie où, le 14 octobre dernier, Ophélie Damblé, youtubeuse connue sous le pseudonyme de Ta Mère Nature, était invitée au micro de Mathieu Vidard pour y lire sa chronique, sans être dérangée par le moindre contradicteur.
La vidéaste aux 200.000 abonnés sur Instagram commença son propos en vantant les atouts de l’amarante, plante résistant au glyphosate [elle n'est pas résistante partout], dont certaines variétés, grâce à la sélection naturelle, pourraient être consommées comme céréales. Une information qui aurait mérité l’avis de ceux qui ne peuvent se contenter d’expériences lunaires pour nourrir, trois fois par jour et 365 jours par an, 68 millions de Français.
L’amarante pas si marrante
Présente dans les pays transfrontaliers, l’amarante pourrait rapidement coloniser champs, vignes et vergers avec, toujours selon l’Anses, une probabilité « très élevée » d’introduction en France. La même agence, dans son rapport de décembre 2025, recommande de classer l’amarante de Palmer comme organisme nuisible, sachant que, si aux États-Unis elle impacte les secteurs céréaliers, viticoles et maraîchers, en Espagne et en Italie c’est la luzerne qui est concernée. D’où les réserves émises sur le soja et le maïs importés ainsi que sur les aliments pour bétail.
Et la chroniqueuse de poursuivre en évoquant ladite « résistance » de certaines plantes qui serait, selon elle, devenue « un symbole politique ». D’où, non sans une certaine satisfaction, l’énumération d’actions menées par des activistes : « En avril dernier, dans le Finistère, des militants ont semé des graines dans un champ de tulipes industrielles accusées de polluer les sols et l’eau avec des pesticides. En juillet 2024, dans les Deux-Sèvres, des militants ont fait voler des cerfs-volants au-dessus d’une mégabassine pour larguer des lentilles d’eau. Petites plantes aquatiques qui se développent rapidement et peuvent boucher pompes et tuyaux mettant ainsi l’ouvrage hors d’état de nuire. »
La réalité des champs
Et voilà comment nous retrouvons la convergence des luttes entre ceux qui n’ont pas encore quitté l’école et ceux qui veulent les initier à l’écologie avec, offert en prime aux saboteurs en herbe, le tutoriel du petit semis contestataire. Qui dans le studio, ce jour-là, pour donner la mesure de ce que pourrait provoquer la prolifération d’une plante invasive, avec un impact sur le prix des denrées alimentaires en période de pénurie ? Et comment ne pas s’interroger sur la responsabilité du service audiovisuel public, qui maintient la diffusion de ce genre d’émission sans avis agronomique ou scientifique étayé.
Car il faut aussi se mettre à la place de celui qui écoute la radio sur son tracteur, dans son étable ou dans son champ, alors que depuis Paris, installés derrière un micro, des intervenants parlent de son activité sans jamais être interrompus, sans savoir forcément ce qu’il en coûte de cultiver, de nourrir et de protéger, de produire suffisamment pour rembourser ses prêts et rémunérer ses salariés, entre autres charges rarement évoquées par ceux qui se contentent d’idéaliser.
C’est ainsi que le rouleau compresseur des environnementalistes avance sur notre agriculture, jour après jour, émission après émission, pour affaiblir tout un secteur d’activité et, de facto, concéder des pans entiers de nos marchés traditionnels aux marchandises importées.
* Jean-Paul Pelras est écrivain, ancien syndicaliste agricole et journaliste. Lauréat du prix Méditerranée Roussillon pour « Un meurtre pour mémoire » et du prix Alfred-Sauvy pour « Le Vieux Garçon », il est l’auteur de 23 ouvrages dont « Le sacrifice paysan » paru aux éditions Erick Bonnier.
Source Agriculture : quand l’audiovisuel public cautionne le semis de plantes invasives.
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