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lundi 26 octobre 2026

La petite tomate cerise de Sicile et Salmonella en europe, ça dure depuis trois ans !

L’alerte des tomates cerises continue de se propager au-delà des frontières siciliennes, tandis qu’à Piana di Gela (plaine de Gela en Sicile), les contrôles s’intensifient pour identifier la source possible de la contamination à la salmonelle d’un lot de tomates cerises produites par une entreprise locale et retirées du marché à la demande du ministère de la Santé. Source.

Depuis le début de l'affaire il y a un mois, elle a pris une dimension nationale. En Émilie-Romagne , le président de la région a signé un arrêté interdisant la consommation de tomates datterini et de tomates cerises crues dans les cantines scolaires et les hôpitaux . Cette précaution est également motivée par des cas de salmonellose liés à la consommation de tomates recensés dans cette région ces deux dernières années. Parallèlement, dans la région de Gela, les investigations se poursuivent sur plusieurs fronts afin de reconstituer la chaîne de contamination et de vérifier l'état de l'environnement des zones touchées.

Une épidémie récurrente à Salmonella Strathcona, liée à des tomates, se poursuit en Europe avec plus de 160 cas signalés en 2026. Source.

Au 9 octobre 2026, dix pays de l'UE/EEE avaient rapporté plus de 160 nouveaux cas liés à cette épidémie à Salmonella Strathcona ST2559 en 2026. Les pays concernés sont l'Autriche, le Danemark, la France, l'Allemagne, l'Irlande, l'Italie, le Luxembourg, les Pays-Bas, la Norvège et la Suède. Pour la plupart des cas, l'apparition des symptômes ou le prélèvement des échantillons ont eu lieu entre juillet et septembre 2026. Environ 100 cas supplémentaires étaient en attente de séquençage afin de déterminer s'ils appartenaient bien à ce foyer épidémique.

L'ampleur du phénomène dépasse le cadre d'une seule saison : l'épidémie de Salmonella Strathcona s'étend désormais sur trois ans. Environ 670 cas confirmés ayant été recensés entre 2023 et 2025, il s'agit d'une épidémie prolongée touchant plusieurs pays. Les enquêteurs ont identifié des petites tomates siciliennes comme source probable. L'Allemagne a signalé huit cas et le Luxembourg trois ; dans ces deux pays, toutes les personnes interrogées ayant contracté l'infection avaient consommé des tomates cerises.

Ce problème n'est pas nouveau. La souche a été associée pour la première fois à une importante épidémie au Danemark en 2011, impliquant des tomates de type datterino originaires de Sicile ; elle a resurgi à maintes reprises depuis. Une évaluation conjointe, menée en 2025 par l‘ECDC et l'EFSA, avait recensé des cas dans plus d'une douzaine de pays, l'Italie, l'Allemagne, l'Autriche, le Royaume-Uni et la France figurant parmi les plus touchés. Ce rapport préconisait également des investigations pour déterminer comment la bactérie pénètre dans la chaîne d'approvisionnement, notamment par des contrôles de l'eau d'irrigation et de l'environnement de culture.

Cette question relève autant de l'agriculture que de la santé publique. Les produits frais transitent rapidement des producteurs siciliens vers les grossistes, puis vers les supermarchés et les cuisines professionnelles à travers tout le continent. Un lot contaminé peut atteindre plusieurs pays en quelques jours ; au moment où les premiers cas sont identifiés, le produit a souvent déjà été consommé. L'épidémie à Salmonella Strathcona met donc à l'épreuve les systèmes de traçabilité qui relient les exploitations agricoles aux assiettes des consommateurs.

Pour les producteurs, les enjeux sont à la fois sanitaires et liés à leur réputation. Des producteurs respectant les bonnes pratiques peuvent se retrouver impliqués dans une alerte liée à une épidémie à Salmonella Strathcona ; par le passé, le secteur de la tomate a d’ailleurs remis en question ce lien. Disposer de preuves claires quant au point d’entrée de la contamination permettrait de protéger les producteurs consciencieux et de cibler les contrôles réglementaires là où ils sont réellement nécessaires.

Plusieurs outils sont disponibles. Les États membres peuvent intensifier l’échantillonnage des tomates et de l’eau d’irrigation, partager les données de séquençage du génome entier via le système européen, et exiger des contrôles d’hygiène plus rigoureux sur les sites de conditionnement. La Commission peut, quant à elle, coordonner les alertes rapides afin que les distributeurs retirent promptement les lots concernés.

Rien de tout cela n’est nouveau, mais les chiffres montrent que la réponse actuelle n’a pas permis de mettre fin à l’épidémie à Salmonella Strathcona. Tant que les enquêteurs n’auront pas identifié l’origine de la contamination, cette épidémie restera un test grandeur nature de l’efficacité des contrôles tout au long de la chaîne alimentaire européenne.

L'ECDC a fait état de plus de 800 cas confirmés associés à cette épidémie récurrente entre janvier 2023 et septembre 2026. Des isolats génétiquement très proches ont été identifiés dans le cadre d’épidémies européennes depuis 2011. Des enquêtes antérieures ont, à plusieurs reprises, mis en cause des tomates de petit calibre en provenance de Sicile (Italie).

Les preuves microbiologiques incluent la détection de la souche épidémique dans l’eau d’irrigation sur un site de production de tomates en Sicile, confirmée par la suite par séquençage sur des tomates cerises expédiées d’Italie vers l’Autriche. Les investigations concernant les cas survenus en 2026 sont toujours en cours. Tous les patients interrogés en Allemagne et au Luxembourg, respectivement huit et trois personnes, ont déclaré avoir consommé des tomates cerises ; une consommation de tomates a également été rapportée parmi les cas identifiés en Italie.

L’enquête menée en Allemagne pour la période 2025-2026 a recensé 116 cas, dont 100 confirmés et 16 probables, avec une apparition des symptômes entre juin 2025 et mars 2026. Ces cas ont été signalés dans 13 Länder, principalement entre août et décembre 2025, avec un pic observé entre le 20 et le 26 octobre 2025. L’âge médian des personnes touchées était de 39 ans, avec une fourchette allant de moins d’un an à 87 ans. Sur les 91 patients pour lesquels des informations sur une éventuelle hospitalisation étaient disponibles, 24 (soit 26 %) ont été hospitalisés en raison de salmonellose. Parmi les cas recensés en Allemagne au cours de cette saison, des informations sur le pays d’exposition étaient disponibles pour 80 patients. Sur ce nombre, 48 ont été exposés en Allemagne et 32 à l’étranger, dont 27 en Italie. Par ailleurs, l’Institut Robert Koch (RKI) a fait état de 39 cas associés à la résurgence de l’épidémie depuis juin 2026, au 16 septembre 2026.

Analyse épidémiologique et impact sur la santé publique

La grande proximité génétique des isolats observés au fil des saisons, associée à la détection de la souche épidémique dans des tomates et dans l’eau d’irrigation, suggère l’existence d’une source de contamination persistante ou récurrente liée à l’environnement de production. Ces résultats désignent l’eau d’irrigation comme une voie de contamination possible, bien que la source initiale et les mécanismes à l’origine de cette récurrence ne soient pas encore totalement élucidés.

La survenue de cas liés à des voyages, ainsi que de cas sans antécédent de voyage, concorde avec une exposition tant en Italie que par le biais de produits contaminés distribués dans d'autres pays. Des investigations épidémiologiques et des travaux de traçabilité supplémentaires sont nécessaires pour déterminer si les petites tomates sont à l'origine des nouvelles infections signalées dans tous les pays touchés et si d'autres denrées alimentaires sont impliquées.

Les résultats concernant la consommation alimentaire étayent l'enquête, mais doivent être interprétés à la lumière des preuves microbiologiques et des données de traçabilité. Dans le cadre de l'investigation menée en Allemagne pour la période 2025-2026, seuls 30 des 116 patients ont été interrogés sur leur consommation alimentaire. Le taux de participation limité, le risque de biais de mémorisation et la fréquence élevée de la consommation de tomates au sein de la population générale restreignent la portée des conclusions fondées uniquement sur ces entretiens.

Les hospitalisations signalées en lien avec la salmonellose témoignent de la sévérité clinique de la maladie chez les patients touchés. Le taux d'hospitalisation concerne les cas allemands pour lesquels des informations étaient disponibles durant la saison 2025-2026 ; il ne saurait être généralisé à l'ensemble de l’épidémie dans plusieurs pays, ni aux cas survenus en 2026.

Analyse comparative et perspectives

Le précédent rapport BEACON, daté du 7 septembre 2026, décrivait l’épidémie dans plusieurs pays en cours et son lien avec des petites tomates provenant de Sicile (Italie). Des investigations ultérieures ont renforcé ce lien grâce à la détection de la souche responsable de l’épidémie dans des tomates cerises expédiées d'Italie vers l'Autriche. Les cas signalés en 2026 confirment la persistance de cette maladie liée à la flambée sur une nouvelle saison.

Le caractère saisonnier récurrent suggère une exposition qui varie au fil de l'année, bien que les données disponibles ne permettent pas de préciser la part respective de la récolte, des volumes d'exportation, de la consommation ou des températures. Le pic observé plus tardivement en Allemagne, en octobre 2025, ainsi que les cas sporadiques survenus début 2026, indiquent par ailleurs que la transmission ne se limite pas à la période estivale.

L'ECDC estime que de nouvelles infections restent possibles tant que des produits contaminés continuent d'être distribués, et que de futures éclosions saisonnières sont probables tant que la source de contamination n'aura pas été identifiée et que des mesures de maîtrise n'auront pas été mises en œuvre. Le partage coordonné d'informations épidémiologiques et de données de séquençage du génome entier via la plateforme EpiPulse, complété par des enquêtes sur les denrées alimentaires et l'environnement, ainsi que par des notifications transmises par le biais du RASFF, demeure essentiel pour identifier les cas liés entre eux et orienter les mesures de maîtrise.

mardi 13 octobre 2026

ECDC : Point sur l'épidémie transfrontalière à Salmonella Strathcona de 2023-2026 en Europe

L’ECDC fait un point le 9 octobre 2026 sur l’épidémie transfrontalière à Salmonella Strathcona, UE/EEE de 2023-2026.

Aperçu

L'épidémie transfrontalière prolongée de Salmonella Strathcona ST2559 se poursuit dans l'Union européenne et l'Espace économique européen (UE/EEE). La souche épidémique circule dans l'UE/EEE depuis 2011, date à laquelle une première épidémie a été signalée au Danemark ; des tomates ‘datterino’ (petites tomates allongées) commercialisées depuis la Sicile (Italie) avaient alors été identifiées comme la source des infections. Entre 2023 et 2025, environ 670 cas confirmés de S. Strathcona ST2559 ont été recensés dans l'UE/EEE. Par ailleurs, des cas ont été signalés au Royaume-Uni (73), au Canada (10), aux États-Unis (24) et en Serbie (2). En 2025, les enquêtes épidémiologiques, microbiologiques et de traçabilité menées en Autriche ont identifié des petites tomates commercialisées depuis la Sicile (Italie) comme source des infections, tout comme lors de l'épidémie survenue en Autriche en 2023 et de celle survenue en Italie en 2024. La même conclusion avait été établie pour une épidémie de S. Strathcona ST2559 au Danemark en 2011. Cette hypothèse a été renforcée par des prélèvements officiels effectués en novembre 2024 chez un producteur primaire en Italie, où la souche épidémique a été détectée dans un échantillon d'eau d'irrigation provenant d'un puits. Une enquête de suivi menée en Autriche après la publication de l'évaluation rapide de l'épidémie en 2025 a confirmé la présence de la souche épidémique dans des tomates cerises commercialisées depuis l'Italie, grâce au séquençage (RASFF 2025.9937). Des enquêtes épidémiologiques menées en Suède en décembre 2025 ont également mis en cause un lot de tomates.

Au 9 octobre 2026, dix pays de l'UE/EEE au total (Autriche, Danemark, France, Allemagne, Irlande, Italie, Luxembourg, Pays-Bas, Norvège et Suède) avaient signalé plus de 160 nouveaux cas liés à l'épidémie répertoriée sous la référence EpiPulse 2023-FWD-00090 (ce lien est réservé -aa). Pour la grande majorité d'entre eux, la date d'apparition des symptômes ou de prélèvement se situait entre juillet et septembre 2026.

Le séquençage est en attente pour environ 100 cas supplémentaires. Plusieurs pays ont signalé des cas impliquant des personnes résidant en Italie ou y ayant séjourné avant l'apparition des symptômes, ce qui suggère une exposition commune en Italie. Toutefois, l'exposition ne se limite pas à l'Italie ; des cas autochtones continuent d'être signalés dans d'autres pays. Les enquêtes épidémiologiques concernant les cas signalés en 2026 sont en cours. À ce jour, l'Allemagne et le Luxembourg ont indiqué que tous les cas interrogés en 2026 (respectivement huit et trois) avaient consommé des tomates cerises. L'Italie a également fait état d'une consommation de tomates parmi les cas recensés.

Dans l'ensemble, il s'agit d'une épidémie saisonnière récurrente, avec plus de 800 cas confirmés signalés entre janvier 2023 et septembre 2026. La plupart des cas sont survenus à la fin de l'été, en particulier entre juin et octobre, chaque année. Le nombre de cas atteint systématiquement un pic entre juillet et septembre dans les pays touchés, une tendance saisonnière observée sur plusieurs années.

La réapparition de cas en 2026, y compris chez des personnes n'ayant pas voyagé, suggère une transmission continue et la distribution de produits contaminés aussi bien en Italie qu'au-delà de ses frontières. Des investigations supplémentaires doivent être menées pour vérifier si les petites tomates provenant d'Italie sont bien le vecteur des infections récemment signalées dans tous les pays concernés, d'autres aliments pouvant également être, ou devenir, impliqués dans la transmission.

Évaluation de l'ECDC

Le risque de nouvelles infections persiste tant que se poursuit la distribution saisonnière de produits contaminés. De nouvelles flambées épidémiques sont susceptibles de survenir lors des prochaines saisons tant que la cause première de la contamination n'aura pas été identifiée et que des mesures de contrôle n'auront pas été mises en œuvre.

Actions

Deux évaluations conjointes et rapides de l'épidémie ont été réalisées par l'ECDC et l'EFSA concernant cet événement : en novembre 2024 et en octobre 2025.

L'ECDC suit l'événement via EpiPulse et assure la liaison avec FWD-Net et l'EFSA pour surveiller et coordonner les efforts de réponse.

L'EFSA poursuit sa collaboration avec les autorités compétentes, facilitant l'échange d'informations et restant très attentive à l'évolution de la situation. Des mises à jour épidémiologiques sur le nombre de cas signalés ont également été publiées dans le cadre de la notification RASFF 2024.0384 en août et septembre 2026 ; des préoccupations concernant la réapparition de cette épidémie touchant plusieurs pays ont été communiquées aux gestionnaires des risques aux niveaux européen et national en septembre 2026. L'EFSA continue de suivre les mesures de gestion de l'épidémie telles qu'elles sont communiquées via la plateforme RASFF.

Les pays sont encouragés à continuer d'actualiser EpiPulse avec des informations sur les nouveaux cas, qu'il s'agisse de données épidémiologiques ou du partage de données de séquençage du génome entier (WGS). Cela revêt une importance particulière dans le cadre de cette épidémie afin de permettre l'étude du foyer épidémique par une analyse centralisée au niveau européen, la souche en cause semblant présenter de légères variations génétiques, potentiellement liées à une origine environnementale. Se limiter à la comparaison avec un seul isolat représentatif de l'épidémie au niveau national pourrait restreindre la compréhension de la dynamique du foyer épidémique.

samedi 29 août 2026

L'EFSA explique les nouvelles exigences de l'UE en matière de partage de données de séquençage du génome entier pour les foyers de maladies d'origine alimentaire

Un vent de communication souffle sur l’EFSA, cela nous change avec ce qui se passe en France …

« Questions-réponses : L'EFSA explique les nouvelles exigences de l'UE en matière de partage de données de séquençage du génome entier (WGS) pour les foyers de maladies d'origine alimentaire », par Bailee Henderson dans Food Safety Magazine.

Ce qu'il faut savoir

  • Le règlement (UE) 2025/179, entré en vigueur le 23 août, impose aux États membres de l'UE de réaliser un séquençage du génome entier (WGS) sur cinq agents pathogènes clés lors des investigations sur les foyers de maladies d'origine alimentaire.

  • Un partage plus rapide et plus complet des données WGS via le système conjoint EFSA-ECDC « One Health WGS » peut révéler des liens transfrontaliers entre foyers épidémiques et faciliter des interventions rapides.

  • Les entreprises alimentaire doivent coopérer avec les autorités compétentes en fournissant, sur demande, les isolats de pathogènes et les données WGS lors des investigations sur les foyers épidémiques.

  • Le Dr Frank Verdonck, chef de l'unité des dangers biologiques (BIOHAZ) de l'EFSA, explique l'importance du règlement (UE) 2025/179, ses modalités d'application concrètes et la manière dont les acteurs du système alimentaire doivent s'y préparer.

  • La conférence de l'EFSA intitulée Science Meets Polic (La science rencontre la réglementation), qui se tiendra les 2 et 3 septembre à Rome, abordera les défis de mise en œuvre, les préoccupations et idées reçues du secteur, la collaboration public-privé ainsi que l'utilisation des données WGS dans le cadre du nouveau règlement.

Le 23 août 2026, le règlement (UE) 2025/179 est entré en vigueur, imposant aux États membres de l'UE de réaliser un séquençage du génome entier (WGS) sur les isolats de cinq pathogènes importants lors des investigations sur les foyers de maladies d'origine alimentaire. Les résultats du WGS seront transmis au système conjoint « One Health WGS » de l'EFSA et de l’ECDC, permettant ainsi à l'EFSA de comparer les données WGS issues d'isolats alimentaires et d'isolats cliniques humains. Ce nouveau règlement vise à faciliter les investigations sur les foyers de maladies d'origine alimentaire et à permettre une détection rapide des sources et des causes de ces foyers.

Frank Verdonck, chef de l'unité « Dangers biologiques et santé et bien-être des animaux » (BIOHAZ) de l'EFSA, s'est entretenu avec Food Safety Magazine au sujet des exigences du nouveau règlement, des informations clés pour le secteur, des idées reçues, des progrès en matière de partage des données, des défis de la mise en œuvre et de la troisième conférence « Science Meets Policy ». Cette conférence se tiendra les 2 et 3 septembre 2026 à Rome (Italie) avec le thème : « De la réglementation à la pratique : transformer le séquençage du génome entier (WGS) en actions concrètes pour l'investigation des foyers de maladies d'origine alimentaire ».

Le règlement (UE) 2025/179 est entré en vigueur le 23 août. Quel problème ce règlement visait-il à résoudre et quels changements fondamentaux apportera-t-il à la manière dont les données de séquençage du génome entier (WGS) sont générées, partagées et utilisées lors des investigations sur les foyers de maladies d'origine alimentaire dans l'UE ?

Les foyers de maladies d'origine alimentaire impliquent de plus en plus de cas qui, au départ, semblent sporadiques et sans lien entre eux, et concernent souvent des produits distribués dans plusieurs pays. Dans ces situations, pour déterminer si des cas signalés dans des lieux différents proviennent de la même source, il est nécessaire de comparer en détail les pathogènes isolés à partir d'aliments, d'animaux, d'environnements de production et de personnes infectées. Le WGS offre ce niveau de résolution en générant l'empreinte génétique d'un micro-organisme, ce qui permet aux scientifiques de déterminer si les isolats sont étroitement apparentés et pourraient appartenir au même foyer épidémique.

Le règlement (UE) 2025/179 comble trois lacunes pratiques dans l'utilisation du WGS lors des investigations sur les foyers de maladies d'origine alimentaire dans l'UE :

1. Premièrement, concernant la génération de données : le WGS est déjà utilisé dans de nombreux pays, mais sa mise en œuvre reste inégale au sein de l'UE en raison de disparités en matière de capacités, de coûts, d'expertise et d'infrastructures. En imposant la fourniture de données WGS pour les isolats pertinents liés à des foyers épidémiques, le règlement agit comme un levier important pour accélérer la mise en œuvre au niveau national et favoriser une utilisation plus harmonisée du WGS dans les investigations.

2. Deuxièmement, concernant le partage des données : le règlement établit un cadre juridique plus clair précisant quelles informations doivent être partagées au niveau de l'UE et à quel moment. Cela aide les autorités compétentes à prendre des décisions plus cohérentes en matière de partage de données, en clarifiant les raisons pour lesquelles certaines données sont essentielles à l'évaluation des foyers épidémiques à l'échelle de l'Union. Le champ d’application reste limité aux données relatives aux foyers épidémiques, mais il constitue un point de départ important pour un partage de données plus large et plus systématique à l’avenir.

3. Troisièmement, concernant l’utilisation des données : les données de séquençage du génome entier (WGS) doivent toujours être interprétées conjointement avec des informations épidémiologiques et des données relatives à la chaîne alimentaire. Le règlement devrait améliorer l’exhaustivité et la rapidité de disponibilité des données au niveau de l’UE, favorisant ainsi des comparaisons plus robustes à l’échelle européenne et améliorant la détection et l’investigation des foyers épidémiques transfrontaliers.

Le règlement impose aux autorités compétentes de collecter des isolats de Salmonella enterica, Listeria monocytogenes, Escherichia coli, Campylobacter jejuni et Campylobacter coli lorsqu’ils sont associés ou suspectés de l’être à un foyer épidémique, et de transmettre les résultats du séquençage du génome entier « sans retard injustifié ».

Concrètement, à quoi correspondent une collecte et un partage de données effectués dans des délais appropriés, et comment cela peut-il aider les investigateurs ?

Les avantages du séquençage du génome entier ne se concrétisent que lorsque les données génomiques sont rendues disponibles pour le partage, permettant ainsi des comparaisons entre différents secteurs et au-delà des frontières. En pratique, l’expression « sans retard injustifié » signifie que les autorités compétentes doivent collecter les isolats pertinents, générer des données de séquençage du génome entier (WGS) et partager les résultats dès qu'ils sont disponibles, suffisamment rapidement pour appuyer les investigations pendant le déroulement d'une épidémie. L'objectif est d'éviter que les données soient générées et utilisées au niveau national, mais partagées au niveau de l'UE beaucoup plus tard, lorsque leur utilité pour détecter des liens plus larges est réduite.

Un partage de données plus rapide et plus complet peut contribuer à révéler des liens qui pourraient autrement passer inaperçus, aidant ainsi à identifier des liens transfrontaliers que les pays individuels ne peuvent pas détecter individuellement.

Il n'existe pas de délai fixe unique, car celui-ci dépend de l'investigation et de la disponibilité des isolats et des résultats de séquençage.

Le système One Health WGS de l'EFSA et de l'ECDC permet de comparer les isolats provenant d'aliments, d'aliments pour animaux, d'animaux et de l'environnement avec les isolats provenant de cas humains. Comment la mise en commun de ces différents flux d'informations génomiques peut-elle améliorer les investigations multinationales sur les épidémies ?

>Le principal avantage du partage de données génomiques au niveau de l'UE est qu'il offre une vision plus large que celle qu'un seul pays peut avoir individuellement. Ceci est particulièrement pertinent dans un marché ouvert, où des produits contaminés peuvent être fabriqués dans un pays, distribués dans d'autres et provoquer des cas transfrontaliers.

En centralisant ces différentes sources d'information, le système One Health WGS permet aux investigateurs de comparer les empreintes génétiques des pathogènes provenant de sources multiples dans un cadre commun. Cela peut contribuer à identifier des liens qui pourraient ne pas apparaître lorsque les données sont analysées séparément au niveau national ou sectoriel, facilitant ainsi la détection précoce des signaux dans les populations humaines et la chaîne alimentaire avant qu'ils ne se transforment en épidémies de plus grande ampleur.

Le WGS peut établir que les isolats sont génétiquement apparentés, mais les informations épidémiologiques et de traçabilité restent nécessaires pour comprendre la signification de cette relation. Comment intégrer les données génomiques, épidémiologiques et de traçabilité pour passer de la détection d'un foyer à l'identification de sa source et à la mise en œuvre de mesures ?

Au niveau des États membres, les autorités compétentes sont responsables au premier chef des investigations et du contrôle des épidémies, conformément à la directive européenne sur les zoonoses. Microbiologistes, épidémiologistes, experts de la chaîne alimentaire, évaluateurs et gestionnaires des risques apportent tous des éléments de preuve différents, nécessaires à la compréhension de l'événement et à la décision des mesures appropriées. Lorsqu'une épidémie peut être multinationale, le rôle de l'EFSA, de l'ECDC et de la Commission européenne devient essentiel. Leur collaboration permet de rassembler les informations des secteurs alimentaire et de la santé publique, de coordonner les États membres concernés et de favoriser une compréhension commune rapide de l'épidémie et des mesures de gestion des risques nécessaires.

Des articles précédents dans Food Safety Magazine rédigés par des auteurs de l'EFSA ont mis en lumière les différences entre les plateformes de séquençage, les chaînes de traitement bioinformatiques, les infrastructures et les capacités nationales, autant d'obstacles à la mise en œuvre du WGS et à l'harmonisation des données. Quels progrès ont été réalisés et quels défis pratiques ou d'interopérabilité subsistent ?

Des progrès significatifs ont été accomplis ces dernières années dans la mise en place des fondements techniques et organisationnels nécessaires à une utilisation plus large du WGS dans les investigations sur les foyers d'origine alimentaire. De nombreux États membres ont renforcé leurs capacités de séquençage et appliquent le WGS de manière systématique. La collaboration intersectorielle s'est intensifiée et le système One Health WGS de l’EFSA-ECDC fournit désormais un cadre commun pour la collecte et l'analyse des données relatives aux épidémies au niveau de l'UE. Les flux de travail bioinformatiques s'harmonisent de plus en plus, et celui de l'EFSA pour le secteur alimentaire, interopérable avec le système de l'ECDC, est de plus en plus utilisé comme référence au niveau national. Les laboratoires de référence de l'UE ont également joué un rôle important en soutenant la formation, le transfert de connaissances et une mise en œuvre plus cohérente entre les pays.

Les défis restants portent moins sur la possibilité d'utiliser le WGS que sur la manière de garantir que les données soient utilisées de façon comparable, opportune et interprétable. De nouvelles technologies de séquençage continueront d'émerger, rendant essentiel le maintien de la comparabilité entre les plateformes de séquençage et les flux de travail bioinformatiques. L'interprétation des cas groupés (clusters) par WGS demeure complexe et nécessite l'intégration de données épidémiologiques, de traçabilité et contextuelles, ainsi qu'une compréhension partagée de la dynamique et de l'évolution des populations bactériennes.

Avec l'entrée en vigueur de la nouvelle réglementation, l'attention se porte de plus en plus sur la garantie d'une mise en œuvre cohérente entre les pays et les secteurs. Des efforts continus seront nécessaires pour soutenir la qualité des données, l'interopérabilité, le partage rapide des informations et l'utilisation efficace du WGS dans les investigations sur les épidémies. La conférence Science Meets Policy de septembre sera l'occasion d'aborder ces défis pratiques et de favoriser les échanges d'expériences entre les parties prenantes.

En vertu du règlement (UE) 2025/179, les entreprises alimentaires et d'alimentation animale peuvent être tenus de fournir des isolats disponibles de pathogènes et des données relatives à ces isolats isues des résultats du WGS lors de suspicions d'épidémies. Que doivent comprendre les entreprises concernant cette obligation, et comment les entreprises, notamment les plus petites disposant de ressources plus limitées, peuvent-elles s'y préparer ?

Ce sera l'un des thèmes centraux de la conférence Science Meets Policy. Les entreprises alimentaire sont légalement tenus de coopérer avec les autorités compétentes lors des investigations sur les épidémies d'origine alimentaire. L'article 15 du règlement (UE) 2017/625 stipule clairement que les exploitants doivent assister et coopérer avec les autorités compétentes lors des contrôles officiels et autres activités officielles, y compris les investigations sur les épidémies. Cette coopération est également dans leur propre intérêt : en aidant à identifier la source de contamination et les lots concernés, les entreprises peuvent contribuer à limiter l'impact d'une épidémie sur la santé publique et à réduire les conséquences pour leurs propres activités.

Bien que la coopération avec les autorités compétentes fasse déjà partie du cadre juridique de l'UE, le règlement (UE) 2025/179 précise le rôle spécifique des exploitants en matière de WGS. Il n'oblige pas les exploitants à réaliser systématiquement un WGS, ni à partager systématiquement les données génomiques. En revanche, à la demande des autorités compétentes lors d'une investigation épidémiologique, les opérateurs doivent fournir les isolats pathogènes, s'ils sont disponibles, et partager les résultats du WGS qu'ils ont produits ou commandés de leur propre initiative.

ar conséquent, on attend principalement des entreprises, et notamment des PME, non pas qu'elles investissent directement dans la mise en œuvre de capacités de WGS, mais plutôt qu'elles soient prêtes à coopérer activement avec les autorités compétentes lors des investigations épidémiologiques, à comprendre ce qu'est le WGS et comment il est utilisé par les autorités, et à envisager de consacrer du temps à la formation du personnel concerné afin qu'il puisse répondre efficacement aux demandes d'isolats ou de résultats de WGS existants.

Quels aspects de la mise en œuvre du règlement (UE) 2025/179 pourraient encore limiter son efficacité, et comment surmonter ces difficultés ?

Les principaux obstacles se situent probablement au niveau des États membres, notamment en ce qui concerne la capacité à collecter et à organiser toutes les informations nécessaires à la soumission. Le règlement exige le partage non seulement des résultats de WGS, mais aussi des métadonnées contextuelles nécessaires à leur interprétation. Cela nécessite une coordination entre les laboratoires, les épidémiologistes, les autorités chargées de la sécurité des aliments et les gestionnaires des risques, afin que les informations pertinentes soient collectées, structurées et partagées avec l'EFSA en temps opportun. Dans certains États membres, il pourrait être nécessaire d'adapter les procédures d'investigation épidémiologique existantes afin de garantir la disponibilité simultanée des données génomiques et contextuelles au moment opportun.

Pour certains pays, la mise en œuvre pratique du WGS constituera un autre défi. Lorsque les capacités de WGS ne sont pas encore pleinement établies, un délai supplémentaire pourrait être nécessaire avant que le système ne soit pleinement opérationnel. La formation continue, le transfert de connaissances et le soutien de l'EFSA et des laboratoires de référence de l'UE seront essentiels pour combler ces lacunes et garantir une mise en œuvre plus cohérente dans toute l'UE.

L'EFSA restera disponible pour fournir un soutien technique et opérationnel supplémentaire si nécessaire.

La conférence Science Meets Policy, qui se tiendra à Rome les 2 et 3 septembre, interviendra quelques jours seulement après l'entrée en vigueur du règlement. Quels sont les malentendus ou les incertitudes concernant les nouvelles exigences que vous rencontrez le plus fréquemment de la part des exploitants du secteur alimentaire ? Qu'espérez-vous que la conférence permettra d'éclaircir ?

Nous espérons que cette conférence permettra tout d'abord de mieux comprendre les possibilités et les limites du WGS. Certaines préoccupations des exploitants du secteur alimentaire sont liées à des questions concrètes de mise en œuvre, tandis que d'autres sont alimentées par des idées fausses sur l'interprétation des résultats du WGS. C'est pourquoi la conférence inaugurale portera sur la valeur scientifique et les limites du WGS, notamment sur les conclusions que l'on peut et ne peut pas tirer des seules données génomiques.

L'une des préoccupations récurrentes qui sera abordée lors de la conférence est le risque que les données du WGS restent dans les bases de données après l'évaluation d'une épidémie et soient utilisées ultérieurement pour justifier des mesures réglementaires, du simple fait de la détection d'un cluster génomique. En réalité, la nécessité scientifique de comprendre la dynamique des populations de pathogènes et celle d'identifier les sources d'une épidémie sont complémentaires, et non contradictoires. Lors des investigations épidémiologiques, l'attribution de la source ne peut reposer uniquement sur le WGS ; elle exige une évaluation combinée des données génomiques, épidémiologiques et de traçabilité.

Un autre point d'incertitude concerne l'utilisation et le partage des données de WGS par les autorités compétentes. La conférence présentera des exemples d'États membres illustrant leur préparation à la nouvelle réglementation, l'intégration du WGS dans les systèmes nationaux et les interactions entre les autorités et les entreprises alimentaires. Nous avons également invité des intervenants américains à présenter les interactions entre les agences et les opérateurs aux États-Unis, offrant ainsi un point de comparaison utile pour les acteurs européens.

>Enfin, le programme abordera la question de la valeur pratique du WGS pour l'industrie. Certains opérateurs s'interrogent sur l'utilité du séquençage dans un contexte commercial, au-delà des exigences réglementaires. Des sessions réunissant des opérateurs alimentaires (notamment des multinationales) et des représentants de filières telles que la viande, les produits réfrigérés et les abattoirs montreront comment le WGS peut appuyer les investigations internes, la prévention et la participation au partage de données à l'échelle de l'UE et au niveau mondial. La discussion finale, animée par un modérateur, fera le point sur ces questions et se concentrera sur les principaux défis restant à relever, tant au niveau des États membres que de celui des opérateurs.

La conférence abordera également des exemples de collaboration entre les autorités compétentes et l'industrie. À quoi ressemblerait un partenariat public-privé réussi en matière de partage de données WGS ?

Pour les opérateurs du secteur alimentaire, l'élément le plus important est une bonne coopération avec les autorités compétentes. Cette collaboration s'amorce au niveau national : le premier échange a lieu entre les opérateurs du secteur alimentaire et l'autorité nationale compétente. Tout partage de données à l'échelle de l'UE s'effectue par l'intermédiaire de l'autorité nationale compétente, qui demeure responsable du traitement des données et en garantit la traçabilité (chaîne de contrôle). Un partenariat public-privé réussi autour du WGS repose sur une répartition claire des rôles, une communication rapide et une compréhension mutuelle : le partage de données et d'isolats via l'autorité compétente peut aider à identifier plus rapidement les sources de contamination et à réduire l'impact d'une épidémie.

Si la mise en œuvre se déroule comme prévu, à quoi ressemblera, selon vous, une investigation sur une épidémie de maladie d'origine alimentaire en Europe dans quelques années, par rapport à une investigation menée avant le règlement (UE) 2025/179 ?

>Si la mise en œuvre est efficace, le changement principal ne sera pas seulement technique, mais aussi culturel. Le règlement (UE) 2025/179 a le potentiel de favoriser une prise de conscience plus large : le partage rapide de données à l'échelle de l'UE est essentiel pour gérer efficacement les épidémies.

Par rapport au passé, les investigations seront davantage interconnectées. Les données génomiques et contextuelles seront disponibles plus rapidement pour être comparées à l'échelle de l'UE, ce qui permettra aux autorités d'évaluer plus tôt si un signal est limité à un seul pays ou s'il s'inscrit dans un événement plus vaste impliquant plusieurs pays.

À plus long terme, cela pourrait favoriser un système plus proactif. Lorsque les données relatives à la sécurité des aliments et à la santé publique sont partagées et comparées en temps utile, certains signaux d'épidémie peuvent être détectés dès le stade du secteur alimentaire ; cela permet aux autorités et aux opérateurs d'agir plus tôt et de prévenir que des épisodes de contamination ne dégénèrent en épidémies à part entière.

lundi 24 août 2026

ECDC : Vue d'ensemble de l'épisode dans plusieurs pays à Salmonella Enteritidis ST11

On connaissait, d’après l’EFSA, le foyer épidémique multinational d'infections à Salmonella Stanley liée à des produits à base de nouilles aromatisées ainsi que les foyers épidémiques dans plusieurs pays de salmonellose liés à des graines de luzerne germées, voici désormais une suite de l’épisode dans plusieurs pays à Salmonella Enteritidis ST11 (2025-2026).

Dans la communication de l’ECDC, il est question d’œufs importés, mais le blog vous avait indiqué le 12 août 2026 que « Des œufs de Pologne sont à l'origine de quatre foyers de cas d'intoxication alimentaire à Salmonella en France ». Il s’agissait de Salmonella Enteritidis ST11.

Dans le Communicable disease threats report, 15 - 21 August 2026, week 34 de l’ECDC, il est question d’une « Vue d'ensemble de l'épisode dans plusieurs pays à Salmonella Enteritidis ST11 (2025-2026) » :

Un foyer dans plusieurs pays à  Salmonella Enteritidis ST11 a été identifié dans sept pays européens. Entre mai 2025 et août 2026, 341 cas confirmés ont été signalés, avec une augmentation notable des notifications depuis mai 2026.

Des cas ont été recensés en Autriche (2), en Belgique (15), au Danemark (1), en France (4), en Allemagne (6), aux Pays-Bas (106) et au Royaume-Uni (207).

Sur le nombre total de cas liés à l'épidémie, 152 (45 %) ont été signalés depuis mai 2026. À l'exception de sept cas, tous ont été signalés aux Pays-Bas et au Royaume-Uni. L'âge des cas varie de 0 à 90 ans (médiane : 31 ans).

Au moins 34 cas ont nécessité une hospitalisation.

Les enquêtes épidémiologiques menées au Royaume-Uni désignent des œufs importés comme source suspectée de l'infection. Les Pays-Bas ont observé un pic en août-septembre 2025. L'enquête réalisée aux Pays-Bas en 2026 a orienté les soupçons vers la viande de poulet, bien que cette conclusion repose sur un nombre limité d'entretiens avec des patients.

Au 20 août, huit isolats présents dans la base de données WGS (séquençage du génome entier) de l'ECDC présentaient une distance allélique inférieure ou égale à 5 (méthode de liaison simple) par rapport à la séquence représentative de l'épidémie (identifiant d'accès SRR38967854).

Ces isolats datent de 2025-2026 et proviennent de quatre pays européens. La souche épidémique a été impliquée dans un foyer précédent signalé par les Pays-Bas à l'ECDC (référence 2025-FWD-00071). À l'époque, les œufs ou la volaille étaient suspectés d'être à l'origine de l'infection. Aucun isolat correspondant (distance allélique inférieure ou égale à 10) n'a été identifié dans la base de données WGS de l'EFSA.

Évaluation de l'ECDC

L'épidémie dans plusieurs pays à Salmonella Enteritidis ST11 se poursuit, avec une augmentation du nombre de cas depuis mai 2026, en particulier aux Pays-Bas et au Royaume-Uni. Les investigations épidémiologiques sont en cours et désignent les œufs et les produits de poulet comme des sources potentielles d'infection. D'autres cas sont à prévoir tant que des mesures de maîtrise appropriées ne seront pas mises en œuvre à la source.

vendredi 31 juillet 2026

Les vagues de chaleur prolongées accroissent le risque de maladies infectieuses en Europe

« Alors que les vagues de chaleur prolongées accroissent le risque de maladies infectieuses en Europe, l’ECDC intensifie son action et appelle à la coopération », source ECDC du 29 juillet 2026.

Le risque de contracter certaines maladies infectieuses augmente à mesure que les étés s'allongent et se réchauffent en Europe ; une coopération étroite entre les pays et les secteurs est donc vitale pour prédire, prévenir et réagir efficacement, a déclaré aujourd'hui le Centre européen de prévention et de contrôle des maladies (ECDC). L’ECDC évalue régulièrement l’état de préparation et la résilience des pays face aux menaces pour la santé publique ; les données récentes indiquent qu’environ la moitié des États membres de l’UE disposent d’un plan national d’adaptation au changement climatique.

Si les vagues de chaleur actuelles font la une de l’actualité, ce sont les températures constamment plus élevées et de plus longue durée qui créent les conditions propices à la propagation de nombreuses infections. Cet été, la surveillance et la collecte de données menées par l’ECDC mettent en lumière quatre domaines d’une importance particulière :

Maladies infectieuses d’origine alimentaire : elles figurent parmi les maladies estivales les plus fréquentes, les températures plus élevées favorisant la prolifération bactérienne dans les aliments.

  • Veiller à une bonne hygiène, laver les fruits et légumes avant de les consommer et cuire soigneusement les aliments (en particulier la viande) peut aider à prévenir les infections.
Vibriose : les eaux côtières chaudes et à faible salinité, comme celles de la mer Baltique ou des estuaires, offrent des conditions optimales au développement des bactéries comme Vibrio, responsable de la vibriose. L’ECDC a récemment lancé un outil interactif de visualisation des données, mis à jour, qui permet de prédire les zones où le risque d’infection est potentiellement plus élevé.
  • Éviter de se baigner en présence de plaies ouvertes, d’égratignures ou de piercings récents, et s’assurer que les coquillages et crustacés de mer provenant de ces zones sont bien cuits, permet de réduire la probabilité d’infection.
Maladies transmises par les moustiques : l’allongement des saisons chaudes et humides favorise la prolifération de moustiques envahissants dans des régions où ils étaient auparavant rares, voire absents. Les maladies transmises par les moustiques, telles que la dengue, le chikungunya et le virus du Nil occidental, constituent une préoccupation croissante pour la santé publique en Europe.
  • L’utilisation de répulsifs, le port de vêtements couvrants et les mesures de protection à l’intérieur (moustiquaires aux fenêtres, climatisation ou moustiquaires de lit) offrent une protection efficace. Il est également important d’éviter de laisser de l’eau stagnante à proximité des habitations et des jardins, car il s’agit d’un lieu de reproduction idéal pour les moustiques.
Maladies transmises par les tiques : les tiques sont présentes dans toute l’Europe et leur période d’activité s’allonge à mesure que le printemps et l’automne deviennent plus doux dans de nombreuses régions. Les tiques infectées peuvent transmettre la maladie de Lyme et l’encéphalite à tiques, deux affections susceptibles d’entraîner de graves complications à long terme.
  • Le port de manches longues et de pantalons longs lors de randonnées ou de sorties dans les parcs peut aider à prévenir les piqûres de tiques ; il est également recommandé de s’examiner pour détecter la présence éventuelle de tiques et de les retirer après avoir passé du temps en extérieur. Il existe un vaccin efficace contre l’encéphalite à tiques.

L’ECDC a élaboré des informations pratiques sur ces questions de santé — ainsi que sur d’autres, qui revêtent une importance particulière durant les mois d’été, contribuant ainsi à protéger les individus comme la collectivité dans son ensemble.

Parallèlement, alors que le changement climatique multiplie les menaces pour la santé publique, il devient de plus en plus nécessaire d’instaurer une collaboration et une coopération stratégiques à long terme entre les secteurs de la santé humaine, de l’environnement et de la santé animale. L’approche « Une seule santé » (One Health) de l’UE concrétise cet engagement commun en faveur d’un travail interdisciplinaire, en soulignant la nécessité d’une coopération pour garantir la santé des personnes, des animaux, des plantes et de notre environnement commun.

L’ECDC évalue régulièrement la mise en œuvre de l’approche « Une seule santé » au sein de l’UE, aidant ainsi les États membres à renforcer leur état de préparation et leur résilience face aux vagues de chaleur et autres phénomènes météorologiques extrêmes. Les évaluations les plus récentes révèlent que plus de la moitié des États membres de l’UE disposent d’un plan national d’adaptation au changement climatique ; toutefois, des efforts restent nécessaires pour garantir la mise en place de mesures spécifiques visant à traiter, de manière transversale, les répercussions des phénomènes météorologiques extrêmes sur la santé publique.

jeudi 2 juillet 2026

Plus de 100 personnes malades lors d'une grave épidémie à Salmonella liée à des nouilles aromatisées qui touche plusieurs pays

Des nouilles aromatisées constituent la source la plus probable d'une épidémie en cours dans plusieurs pays à Salmonella Stanley ; des éléments de preuve établissent un lien entre les cas et des produits de la même marque, selon une évaluation rapide de l’épidémie réalisée par l’EFSA et l’ECDC. 

Entre novembre 2025 et juin 2026, 106 cas confirmés (au 01/07/26) ont été signalés dans 13 pays de l'Union européenne et de l'Espace économique européen (UE/EEE) ainsi qu'au Royaume-Uni. Cette épidémie a principalement touché des enfants et des jeunes adultes, et au moins 49 personnes ont dû être hospitalisées.

Des cas ont été signalés en Autriche, Tchéquie, Danemark, Estonie, France, Allemagne, Hongrie, Lettonie, Lituanie, Pays-Bas, Norvège, Pologne, Suède et Royaume-Uni.  

Les éléments de preuve désignent des produits à base de nouilles aromatisées

Les investigations épidémiologiques ont révélé que les personnes concernées au Danemark, en Estonie, en Allemagne et en Lituanie avaient consommé des produits à base de nouilles aromatisées de la même marque.  

Des preuves microbiologiques viennent étayer ce lien, la souche responsable de l’épidémie ayant été détectée en Allemagne et en Lituanie dans des nouilles aromatisées au poulet et au poulet épicé. Les enquêtes ont établi un lien entre ces produits, qui ont été distribués dans plusieurs pays, et un même fabricant en Ukraine. Cela suggère l’existence d’une source commune de contamination au niveau de l’usine de production, bien que des investigations supplémentaires soient nécessaires.

D’autres souches de Salmonella ont été détectées dans des produits de la même marque, ce qui laisse supposer que plusieurs sources de contamination pourraient être en cause.  

Mesures de maîtrise et risques

Les autorités chargées de la sécurité des aliments dans les pays concernés ont mis en œuvre des mesures de contrôle, notamment le retrait et le rappel des produits impliqués, ce qui réduira le risque de nouvelles infections liées à cette épidémie.  

A ma connaissance, aucun rappel n’a été signalé en France.

Toutefois, la cause première et le ou les points de contamination n’ont pas encore été établis. Il est donc probable que d’autres cas puissent survenir, d’autant plus que ces produits ont une longue durée de conservation et peuvent rester stockés dans les cuisines des ménages pendant de longues périodes.  

Conseils aux consommateurs

Les consommateurs ne doivent pas consommer les produits faisant l’objet d’un rappel et doivent les rapporter au point de vente ou les jeter.

Les consommateurs doivent respecter scrupuleusement les instructions figurant sur l’étiquetage des produits nécessitant une préparation supplémentaire avant consommation. Il est également important de respecter les règles d’hygiène alimentaire lors de la préparation.

NB : Image de l'EFSA.

jeudi 25 juin 2026

Epidémie à Salmonella dans plusieurs pays liée à des graines germées de luzerne

Ah les graines germées !

Rien de bien neuf, les graines germées sont des aliments à haut risque. L’ECDC nous en parle en ce 25 juin 2026 avec cette épidémie à Salmonella dans plusieurs pays qui serait liéeà des graines germées de luzerne. Le rapport est ici.

Les graines germées de luzerne ont été identifiées comme la source probable d'un foyer dans plusieurs pays d'infections à Salmonella Bovismorbificans, selon une évaluation rapide des épidémies publiée par l'EFSA et l'ECDC.

Entre janvier et mai 2026, 109 cas confirmés ont été signalés dans 10 pays de l’Union européenne/de l’Espace économique européen (UE/EEE) et au Royaume-Uni. Les pays concernés sont l’Allemagne, l’Autriche, la Belgique, le Danemark, l’Espagne, la Finlande, l’Irlande, le Luxembourg, les Pays-Bas, le Royaume-Uni et la Tchéquie. La plupart des cas sont survenus chez les adultes, la majorité chez les femmes. Dix-huit personnes ont dû être hospitalisées et un décès a été signalé parmi les cas confirmés. 

Les preuves indiquent des graines germées 

Des études épidémiologiques et microbiologiques indiquent que les graines germées de luzerne sont la principale source d'infection. Cela est corroboré par des liens identifiés lors d’entretiens de cas dans plusieurs pays, par la détection de la souche épidémique dans l’eau utilisée pour la production de graines germées aux Pays-Bas et au Royaume-Uni (Irlande du Nord) et par des liens épidémiologiques avec un producteur en Finlande.

La traçabilité suggère une source de contamination en dehors de l'UE 

Les enquêtes ont permis d'identifier un fournisseur de semences commun, les graines de luzerne impliquées ayant été importées d'Inde et largement distribuées dans toute l'Europe.

Les preuves suggèrent que les graines peuvent avoir été contaminées avant d'entrer en Europe, avant la distribution et la germination dans les différents pays européens.

Mesures de maîtrise et risques actuels 

Les autorités des pays touchés ont mis en œuvre des mesures de maîtrise, notamment: 
  • retrait des lots de semences concernés 
  • rappels de produits à base de graines germées 
  • destruction des produits suspectés 

Depuis que ces mesures ont été mises en œuvre, le nombre de cas a diminué. Cependant, d'autres cas d’infections ne peuvent être exclues tant que la source de contamination n'a pas été entièrement identifiée et contrôlée. 

Sur la base des preuves actuelles et étant donné qu'aucun nouveau cas n'a été signalé à ce jour en juin, le risque pour les personnes qui consomment fréquemment des graines germées est évalué comme faible à modéré. 

Les autorités responsables de la santé publique et de la sécurité des aliments sont encouragées à continuer d'enquêter sur de nouveaux cas et de partager des données, et à veiller à ce que des mesures de prévention et de contrôle appropriées restent en place. 

Les consommateurs sont encouragés à suivre les bonnes pratiques d’hygiène à la maison, y compris le rinçage des produits frais et le respect des instructions du fabricant lors de la manipulation et de la consommation de graines germées. 


jeudi 11 juin 2026

Cas groupés d'infection à Salmonella dans des nouilles instantanées et dans des graines germées dans l'UE

Éclosion dans plusieurs pays à Salmonella Stanley ST2045, source ECDC.

Des cas d'infection dans plusieurs pays à Salmonella Stanley ST2045 signalés dans le rapport sur les menaces de maladies transmissibles du 28 mai 2026 sont toujours en cours. Cela touche principalement les enfants et les jeunes adultes, avec au moins 20 cas hospitalisés, ce qui indique un impact significatif sur la santé publique. Au 5 juin 2026, 83 cas confirmés ont été signalés, les symptômes étant apparus entre décembre 2025 et mi-mai 2026. Par ailleurs, 24 autres cas de Salmonella Stanley identifiés en 2026 n’ont pas encore été séquencés et pourraient être liés à l’éclosion précédente. De nouveaux cas continuent d’être identifiés, ce qui suggère une exposition continue.

En Angleterre, 21 patients sont concernés par cette éclosion. Ils ont présenté des symptômes entre fin janvier et mi-avril. Huit patients sont des enfants et six personnes ont été hospitalisées. L'Autriche est également touchée avec six cas.

En Allemagne, des investigationss épidémiologiques suggèrent un lien avec des nouilles instantanées aromatisées au poulet et/ou les produits à base de poulet transformés. Certains patients ont déclaré avoir consommé des nouilles instantanées sans préparation, uniquement avec l'assaisonnement fourni.

Plusieurs personnes malades ont consommé des nouilles instantanées de la même marque. Cependant, ce produit n'explique pas tous les cas.

La bactérie Salmonella Stanley a été détectée dans un plat de nouilles instantanées en provenance d'Ukraine via la Pologne.

En Allemagne, des nouilles instantanées Reeva saveur poulet (60 grammes) ont fait l'objet d'un rappel. Le lot concerné porte la référence L0126 et sa date de péremption est le 5 avril 2027.

Selon les informations fournies par SLCO GmbH & Co. KG, une enquête menée par les autorités de Saxe a permis de détecter la présence de Salmonella Stanley dans le produit.

Le Centre européen de prévention et de contrôle des maladies (ECDC) a indiqué que le risque d'infection est très faible pour la population générale et faible pour les enfants et les jeunes adultes, à condition que les instructions de cuisson soient respectées.

« Les consommateurs doivent suivre les instructions du fabricant lors de la préparation et de la consommation des nouilles instantanées et du mélange d'épices associé, qui ne sont pas des aliments prêts à consommer. »

On dénombre actuellement 19 isolats humains de Salmonella Stanley regroupés dans l'outil de typage moléculaire du Centre européen de prévention et de contrôle des maladies (ECDC). Ces isolats datent tous de 2026 et proviennent de trois des pays européens.

Le Danemark a initialement détecté l’éclosion et a publié une notification dans EpiPulse le 23 mars 2026. Les cas appartiennent à un cluster (cas groupés) génétique étroit et ont été identifiés en Autriche, en République tchèque, au Danemark, en Estonie, en France, en Allemagne, en Lituanie, aux Pays-Bas et au Royaume-Uni.

L'identification d'un cluster (cas groupés) génétique étroit de S almonella  Stanley ST2045 impliquant plusieurs pays, combinée à la répartition temporelle des cas, suggère une source commune à l'origine de l'éclosion. La prédominance des jeunes pourrait indiquer un mode d'exposition, une préférence alimentaire ou des habitudes de consommation spécifiques.

D’après les connaissances actuelles, le risque global d’infection à Salmonella Stanley est considéré comme très faible pour la population générale et faible pour les enfants et les jeunes adultes, à condition de respecter les instructions de cuisson. Les consommateurs doivent suivre les instructions du fabricant lors de la préparation et de la consommation de nouilles instantanées et du mélange d’épices associé, qui ne sont pas des aliments prêts à consommer. La poursuite des investigations coordonnées est essentielle pour identifier la ou les sources et prévenir toute transmission ultérieure.

Le Centre européen de prévention et de contrôle des maladies (ECDC) et l’Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA) coordonneront une évaluation rapide conjointe de l’éclosion afin d’en déterminer plus précisément l’origine.

Par ailleurs, l’ECDC et l’EFSA élaborent également un document sur l’éclosion dans plusieurs pays à Salmonella bovismorbificans liée à la consommation de graines germées. Sa publication est prévue pour fin juin.

L’Irlande, la Finlande et le Royaume-Uni ont signalé 50 patients infectés par des isolats bactériens de Salmonella bovismorbificans génétiquement très proches entre janvier et avril 2026.

Les investigations menées dans les trois pays font état de la consommation de graines germées de différentes sortes. Au moins cinq personnes ont été hospitalisées. Les personnes infectées étaient des adultes, dont 71% étaient des femmes. La Finlande a indiqué une émergence inhabituelle de ce sérotype. Les investigations épidémiologiques menées dans ces trois pays indiquent que des graines germées de différentes variétés seraient le facteur alimentaire commun.

Selon une notification d’alerte du réseau dit d'alerte rapide pour les aliments pour animaux (RASFF), les sources suspectées sont des graines de luzerne, de trèfle, de brocoli et de radis provenant d'Italie.