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jeudi 24 septembre 2026

La FAO expose les risques de la pollution plastique pour la sécurité des aliments et préconise une approche Une seule santé

« La FAO expose les risques de la pollution plastique pour la sécurité des aliments et préconise une approche « Une seule santé » (One Health) », source Food Safety Magazine.

Ce qu'il faut retenir

La pollution plastique peut se propager au sein des systèmes agroalimentaires, engendrant des risques interconnectés pour la sécurité des aliments. Les microplastiques et nanoplastiques (MNPs) ainsi que les substances chimiques associées aux plastiques peuvent contaminer les sols, les cultures, les animaux et les denrées alimentaires ; par ailleurs, les particules de plastique peuvent favoriser la colonisation microbienne, la formation de biofilms et la propagation d'agents pathogènes ainsi que de gènes de résistance aux antimicrobiens (RAM).

L'exposition humaine peut survenir par le biais de l'alimentation et des matériaux en contact avec les aliments, mais d'importantes incertitudes subsistent. Plus de 16 000 substances chimiques ont été identifiées dans les plastiques ; un quart d'entre elles sont considérées comme dangereuses et 66 % ne font l'objet d'aucune classification officielle de dangerosité. Parallèlement, les conséquences pour la santé de l'exposition actuelle aux MNPs via l'alimentation restent mal connues.

La FAO a appelé à l'adoption d'une approche « Une seule santé » prenant en compte les plastiques tout au long de leur cycle de vie. Les experts ont souligné la nécessité de renforcer la surveillance et la coordination intersectorielles, de prévenir et réduire la pollution plastique, et d'évaluer rigoureusement la sécurité des solutions de remplacement, notamment les plastiques biosourcés et biodégradables.

L'Organisation des Nations Unies pour l'alimentation et l'agriculture (FAO) a publié une note technique examinant la manière dont la pollution plastique circule dans les systèmes agroalimentaires et crée des risques interconnectés pour la sécurité sanitaire des aliments ainsi que pour la santé humaine, animale, végétale et environnementale.

La publication intitulée, Plastic Pollution in Agrifood Systems and One Health: Impact Pathways and Policy Implications (La pollution plastique dans les systèmes agroalimentaires et l'approche « Une seule santé » : voies d'impact et implications politiques), applique le concept Une seule santé pour illustrer comment les plastiques et les polluants associés peuvent circuler entre les sols, les cultures, les animaux, les aliments, les populations humaines et l'environnement. Ce document a été élaboré à la suite d'un atelier organisé en novembre 2025 par la FAO.

Des millions de tonnes de plastiques utilisés dans les systèmes agroalimentaires

La FAO a relevé que les plastiques sont utilisés tout au long des chaînes de valeur agroalimentaires, notamment pour les films agricoles, les paillis, les bâches de serres, les engrais enrobés, les films d'enrubannage pour l'ensilage, les conteneurs de stockage, les équipements de transformation et les emballages alimentaires. On estime que 13,4 millions de tonnes de plastiques agricoles sont utilisées chaque année, auxquelles s'ajoutent 37,3 millions de tonnes pour les emballages alimentaires. L'utilisation de plastiques agricoles devrait atteindre 19 millions de tonnes d'ici 2040, tandis que la demande en emballages devrait augmenter de 38 % sur la même période.

Parallèlement, les systèmes agroalimentaires peuvent être contaminés par une pollution plastique provenant de l'extérieur du système alimentaire via les eaux usées, le ruissellement, les dépôts atmosphériques, l'eau d'irrigation contaminée et les amendements du sol.

Microplastiques et substances chimiques : des préoccupations pour la sécurité des aliments (formation de biofilms, résistance aux antimicrobiens)

La note d'information a décrit quatre voies illustrant comment la pollution plastique peut entraîner des effets en cascade selon l'approche Une seule santé :
1. Impacts via les sols
2. Risques pour les animaux dans les environnements terrestres et aquatiques
3. Exposition humaine et rétroactions du système
4. Pressions sur le climat et la nature.

Dans les sols agricoles, les microplastiques et nanoplastiques (MNPs) peuvent affecter la structure du sol, le microbiote ainsi que les cycles des nutriments et du carbone. La publication a cité des données montrant que les plantes peuvent absorber des MNPs et des substances chimiques associées aux plastiques (par exemple, les substances per- et polyfluoroalkylées [PFAS], les bisphénols, les phtalates, les retardateurs de flamme, etc.) par leurs racines, y compris dans les tissus comestibles destinés à la consommation humaine et animale.

De plus, des microplastiques ont été détectés chez plus de 1 300 espèces animales, et des produits d'origine animale terrestre se sont révélés en contenir à la suite de l'exposition du bétail. La FAO a indiqué que ces voies d'exposition ont des implications potentielles pour la contamination de la chaîne alimentaire, la sécurité des aliments et la propagation de la résistance aux antimicrobiens (RAM).

De nouvelles données montrent que la pollution plastique peut aggraver les risques microbiologiques liés à la sécurité sanitaire des aliments. Les MNPs peuvent offrir des surfaces propices à la colonisation microbienne et à la formation de biofilms, facilitant potentiellement le transfert horizontal de gènes ainsi que la persistance et la propagation d'agents pathogènes et de gènes de résistance aux antimicrobiens.

Exposition humaine à des milliers de substances chimiques encore mal connues

L'exposition humaine peut survenir par le biais d'aliments contaminés, de la migration de substances depuis des matériaux en contact avec les aliments, de l'inhalation, du contact cutané et d'expositions professionnelles. Plus de 16 000 substances chimiques ont été identifiées dans les plastiques, dont un quart est considéré comme dangereux en raison de leur persistance, de leur bioaccumulation, de leur mobilité et/ou de leur toxicité. Parmi les substances chimiques connues, 66 % ne font l'objet d'aucune classification officielle de danger de la part des organismes de réglementation ou de l'industrie.

La publication a également noté que des MNPs ont été identifiés dans plusieurs groupes d'aliments et dans des tissus humains. De nouvelles données suggèrent des liens possibles avec des altérations du microbiome, des réponses inflammatoires et immunitaires, des lésions tissulaires et une toxicité pour la reproduction. Toutefois, la FAO a souligné qu'il subsiste des incertitudes quant aux conséquences pour la santé et la sécurité sanitaire des aliments des niveaux actuels d'exposition alimentaire, en partie parce que les études expérimentales pourraient ne pas refléter fidèlement l'exposition o particules de plastique (micro- et nanoplastiques) altérées par les conditions environnementales.

La FAO appelle à une approche Une seule santé (One Health) face à la pollution plastique

Pour traduire les données probantes en politiques, les auteurs ont identifié quatre axes d'action :
1. Établir une base de données probantes commune à tous les secteurs
2. Co-concevoir des solutions avec les communautés concernées
3. Coordonner les actions entre les politiques et les accords internationaux
4. Réviser continuellement les politiques à mesure que les connaissances scientifiques évoluent.

La note d'orientation suggérait notamment que les plateformes nationales Une seule santé pourraient intégrer la surveillance des aspects environnementaux, de la sécurité des aliments, de la santé vétérinaire et de la santé publique. Ces plateformes pourraient également renforcer les normes relatives aux microplastiques et aux substances chimiques associées aux plastiques dans les aliments, tout en améliorant la surveillance de la contamination plastique des sols et des eaux.

Les alternatives biosourcées ne sont pas nécessairement plus sûres que les plastiques conventionnels

La FAO a également mis en garde contre l'idée reçue selon laquelle les plastiques biosourcés ou biodégradables constitueraient intrinsèquement des alternatives plus sûres. Les données disponibles n'ont pas encore démontré que ces matériaux sont nécessairement meilleurs pour l'environnement en termes de toxicité et de dégradation ; par ailleurs, les matériaux de substitution peuvent contenir des substances chimiques dangereuses. Les auteurs ont appelé à réaliser des évaluations toxicologiques et environnementales rigoureuses de ces matériaux de remplacement et ont souligné la nécessité d'intégrer des garanties de sécurité sanitaire des aliments dans les démarches d'économie circulaire, afin d'éviter que des contaminants ne soient réintroduits dans des applications en contact avec les aliments.

En conclusion, les auteurs estiment que la gestion des déchets plastiques en fin de cycle ne suffira pas à résoudre le problème. La publication préconise plutôt de prévenir et de réduire la pollution plastique tout au long du cycle de vie des plastiques, en s'appuyant sur une surveillance renforcée, une coordination intersectorielle et une évaluation des alternatives, afin d'éviter de déplacer les risques vers d'autres maillons du système alimentaire.

vendredi 18 septembre 2026

Italie : un nouveau cadre structuré fondé sur des données probantes pour la gestion des risques liés au virus de l’hépatite A

Déjà en 1996, une investigation épidémiologique réalisée montrait une forte association entre les cas d’hépatite A et la consommation de fruits de mer crus ; le stockage des fruits de mer dans de l'eau de mer sur le lieu de vente était également associé à une augmentation du risque d'infection.

En avril 2026, selon cette information, le virus se propage rapidement en Campanie, région italienne qui comprend Naples, la côte amalfitaine et l'île de Capri. Selon le bulletin du système de surveillance Seieva, coordonné par l'Istituto Superiore di Sanità, on observe une nette augmentation par rapport à 2025. Entre janvier et mars 2026, 65 cas d'infection ont été recensés dans la zone et selon Rai News, 70 personnes étaient hospitalisées fin mars.

D'après les autorités, la propagation de l'hépatite A semble liée à la consommation de fruits de mer crus. Selon toute vraisemblance, les moules auraient d'abord été infectés, puis le virus se serait propagé de la Campanie à différentes régions italiennes, dont Rome.

Selon l'Istituto Superiore di Sanità, 262 cas ont été enregistrés au cours des trois premiers mois de 2026, dont 160 pour le seul mois de mars. Une grande partie a été recensée en Campanie. La consommation de fruits de mer contaminés est considérée comme une cause possible. C'est pourquoi il est désormais interdit de servir des fruits de mer crus à Naples, toute infraction étant passible d'une amende pouvant aller jusqu'à 20 000 euros. Il est également déconseillé d'en consommer à titre privé.

Une conférence a été publiée dans Italian Journal of Food Safety, Regional Management of Hepatitis A Outbreak and Risk-Based Control of Bivalve Molluscs in Campania (Italy), dans le cadre de la XXXV National Conference of the Italian Association of Veterinary Food Hygienists, qui s’est tenue du 9 au 11 septembre 2026.

Objectif

Au début de l'année 2026, la région de Campanie a connu une augmentation significative des cas signalés d'hépatite A, en particulier dans la zone métropolitaine de Naples. Les enquêtes épidémiologiques ont rapidement mis en évidence un lien potentiel entre l'épidémie et la consommation de coquillages, rejoignant ainsi les conclusions de l'épidémie régionale d'hépatite A survenue en 2015. Cette étude visait à décrire la réponse de santé publique face à l'épidémie de virus de l'hépatite A (VHA) dans la région de Campanie.

Méthodes

La réponse régionale a combiné surveillance épidémiologique, enquêtes de traçabilité, surveillance environnementale et analyses virologiques approfondies : en février 2026, un programme régional de surveillance exceptionnel a été lancé, ciblant toutes les zones de production de coquillages classées de la région ainsi que les lots provenant d'autres régions italiennes et de pays de l'Union européenne. Parallèlement, des contrôles officiels et des enquêtes épidémiologiques ciblées ont permis de détecter le VHA dans des coquillages destinés à la vente au détail, puis dans des centres d'expédition. La détection du VHA dans les coquillages a entraîné l'interdiction immédiate de la récolte dans les zones de production concernées et le déclenchement de notifications via le Système d'alerte rapide pour les denrées alimentaires et les aliments pour animaux (RASFF). Bien que la majorité des zones de production surveillées soient restées négatives au VHA, la détection répétée du virus dans certaines zones et dans des lots de coquillages a étayé l'hypothèse selon laquelle les moules jouaient un rôle majeur dans le maintien de la circulation virale. Les enquêtes de traçabilité ont permis de relier plusieurs lots contaminés à la zone de production du lac Fusaro, un site largement utilisé pour l'engraissement des moules.

Résultats

Des analyses virologiques intensives portant sur 57 lots de moules présents dans le lac Fusaro ont permis d'identifier sept lots positifs au VHA, incluant des lots provenant tant de zones de production italiennes que d'autres zones de l'UE. Un défi majeur en matière de gestion est apparu lorsqu'environ 300 tonnes de moules sont restés soumis à des restrictions de déplacement au sein du lac Fusaro. Les conditions environnementales saisonnières, telles que l'augmentation de la température de l'eau, la baisse du taux d'oxygène dissous et la limitation des échanges d'eau, faisaient peser un risque important de mortalité massive des coquillages, avec des conséquences environnementales et économiques potentiellement graves. Pour atténuer ces risques, les autorités régionales ont mis en œuvre une mesure de gestion des risques ad hoc autorisant le transfert, sous contrôle vétérinaire officiel, des moules du lac Fusaro vers la zone de récolte de Punta Cavallo, déjà soumise à des restrictions. Cette intervention s'est appuyée sur des systèmes de traçabilité renforcés, une séparation stricte des lots, des plans de surveillance spécifiques et le maintien des interdictions de récolte. L'expérience acquise lors de l'épidémie de 2026 a conduit à une révision complète de la procédure régionale de gestion du VHA. Le protocole actualisé introduit un cadre de gestion par étapes fondé sur des données virologiques, une évaluation des risques environnementaux, une modélisation prédictive et des mesures de contrôle graduées. Il établit des critères pour les restrictions de récolte, le suivi et la gestion des zones de production, la levée des interdictions de récolte et l'autorisation des transferts de coquillages.

Conclusion

L'épidémie d'hépatite A de 2026 en Campanie a mis en évidence l'importance d'intégrer la surveillance épidémiologique, le suivi virologique, les contrôles de traçabilité et l'évaluation environnementale afin de permettre l'identification rapide des lots de coquillages contaminés, la mise en œuvre opportune de restrictions de récolte ciblées et l'élaboration de stratégies de gestion des mouvements de coquillages. La procédure régionale révisée offre un cadre structuré, fondé sur des données probantes et basé sur le principe de précaution, pour la gestion des risques liés au VHA et peut servir de modèle précieux pour d'autres régions confrontées à des épidémies virales similaires.

NB : Merci à Joe Whitworth de Food Safety News d‘avoir signalé cette information.

mercredi 16 septembre 2026

BfR : Des BD en français pour dire « Que dit la science? »

Mais non, ce n’est pas une brève de vacances ou un 1er avril, le BfR, l’institut fédéral allemand pour l’évaluation des risques, se lance dans la BD, et qui plus est, le rêve devient réalité avec plusieurs BD scientifiques en français !

Des tubes à essai qui parlent et des microscopes qui ont le virus de la vérification : la science rencontre la bande dessinée dans « Que dit la science? », la BD scientifique du BfR, avec, dans le rôle principal, la professeure Berta Freund. Biochimiste, la professeure Freund a réuni dans son laboratoire une équipe avec laquelle on ne risque pas de s’ennuyer. Sa devise: « Il n’y a pas de questions stupides, il n'y a que des mauvaises réponses. » Ayant sa personnalité bien à elle, chacun des membres contribue de façon unique à la recherche et à l’évaluation des risques. Avec eux, savoir expert et imagination font bon ménage, et les questions scientifiques les plus complexes sont expliquées avec clarté pour le plus grand bonheur de tous.

Liste des BD proposées en français par le BfR

mardi 15 septembre 2026

L'UE propose des conditions de stockage plus flexibles pour certaines viandes fraîches avant congélation

« L'UE propose des conditions de stockage plus flexibles pour certaines viandes fraîches avant congélation », source Food Safety Magazine.

La Commission européenne a proposé des modifications aux réglementations de l'UE sur l'hygiène des denrées alimentaires. Ces changements offriraient aux opérateurs alimentaires une plus grande flexibilité concernant le stockage de la viande fraîche d'ongulés domestiques (bovins, ovins, porcins) avant sa congélation, en s'appuyant sur un avis scientifique récent de l'EFSA.

Le projet de règlement délégué modifierait l'annexe III du règlement (CE) n° 853/2004, qui fixe des règles d'hygiène spécifiques pour les denrées alimentaires d'origine animale. La proposition est ouverte aux commentaires du public jusqu'au 5 octobre 2026.

Selon les exigences actuelles, la viande d'ongulés domestiques destinée à être congelée doit l'être « sans retard excessif », tout en tenant compte, si nécessaire, d'une période de stabilisation de plusieurs jours pour atteindre un pH et une température à cœur stables.

Les modifications proposées rendraient les exigences plus précises tout en autorisant des approches alternatives pour le stockage avant congélation, notamment différentes combinaisons de durée et de température. Les opérateurs alimentaires pourraient également fournir des preuves microbiologiques, jugées satisfaisantes par les autorités compétentes, démontrant la sécurité de la viande fraîche avant congélation et après décongélation.

Lors de l'élaboration de la réglementation, la Commission européenne a consulté un groupe d'experts représentant les autorités compétentes de tous les États membres de l'UE et a obtenu le soutien de ce groupe. Des organisations privées représentant les parties prenantes ont également été consultées.

S'il est adopté, le règlement entrera en vigueur 20 jours après sa publication et s'appliquera six mois après celle-ci.

L'EFSA a examiné la croissance microbienne sur la viande de bovins, d'ovins et de porcins

Ces changements s'appuient sur un avis scientifique de l'EFSA concernant la sécurité microbiologique de la viande d'ongulés destinée à être congelée puis décongelée, adopté par l'agence en décembre 2025. L'EFSA a comparé la croissance de micro-organismes pertinents (pathogènes, d'altération et indicateurs) selon cinq scénarios de réfrigération, de stockage et de décongélation pour la viande de bovins, d'ovins et de porcins. L'évaluation a utilisé des modèles de microbiologie prédictive prenant en compte la température et, dans la mesure du possible, le pH et l'activité de l'eau.

Les conclusions de l'EFSA ont fourni une base scientifique pour préciser l'exigence actuelle de congélation « sans retard excessif » figurant dans la réglementation de l'UE et pour autoriser des combinaisons alternatives de durée et de température, ou le recours à des preuves microbiologiques, afin de démontrer la sécurité sanitaire de la viande.

L'EFSA n'a pas été en mesure d'évaluer la viande d'ongulés sauvages, ni d'extrapoler les résultats obtenus pour les ongulés domestiques aux ongulés sauvages en raison de données insuffisantes.

MàJ du 22 septembre 2026. On lira ce document de l’UE sur les règles d'hygiène applicables à la viande fraîche issue de mammifères domestiques.

Résumé

L'Union européenne (UE) a notifié au Comité des mesures sanitaires et phytosanitaires (SPS) de l'Organisation mondiale du commerce (OMC) un nouveau projet de règles d'hygiène relatives aux conditions de stockage de la viande fraîche provenant de mammifères domestiques (non sauvages), notamment les vaches, les porcs, les moutons, les chèvres et les chevaux (G/SPS/N/EU/965).

Les règles actuelles exigent que la viande destinée à la congélation soit congelée sans retard injustifié. La Commission européenne propose désormais des règles plus précises concernant le nombre de jours suivant l'abattage et les températures de congélation de la viande fraîche issue de mammifères domestiques. (Les règles applicables à la viande de gibier d'élevage resteront inchangées.)

Évaluation des risques liés aux substances non intentionnellement ajoutées dans les matériaux au contact des aliments, selon le BfR

« Les autorités allemandes publient des lignes directrices de l'évaluation des risques liés aux substances non intentionnellement ajoutées (NIAS) dans les matériaux au contact des aliments », source Food Safety Magazine.

L'Institut fédéral allemand d'évaluation des risques (BfR) a publié des lignes directrices exposant son approche de l'évaluation des risques liés aux substances non-intentionnellement ajoutées (NIAS pour non-intentionally added substances) dans les matériaux au contact des aliments (MCAs), incluant des exigences analytiques et toxicologiques fondées sur les niveaux de migration.

Ces lignes directrices visent principalement à étayer les dossiers relatifs aux nouvelles substances soumises en vue de leur inclusion dans les recommandations du BfR pour les MCAs (BfR Recommendations for FCMs) ou dans l'annexe 14 de l'Ordonnance allemande sur les biens de consommation. Elles ne sont pas destinées aux essais de conformité, bien que le BfR ait indiqué que certains aspects de cette approche pourraient servir de base à d'autres évaluations des risques liés aux NIAS.

Conformément aux exigences de l'UE, les substances intentionnellement ajoutées (IAS pour intentionally added substances) et les NIAS doivent satisfaire aux mêmes exigences de sécurité sanitaire pour les MCAs. Les NIAS peuvent inclure des impuretés et des sous-produits associés aux substances utilisées pour fabriquer les MCAs, ainsi que des produits de réaction et de dégradation formés au cours de la production. Le BfR considère généralement que les NIAS dont la masse moléculaire est inférieure à 1 000 daltons (Da) doivent être évaluées ; les substances dépassant 1 000 Da doivent également être prises en compte si elles sont susceptibles de se dégrader dans le tractus gastro-intestinal.

Le BfR a élaboré ces lignes directrices avec la contribution de sa Commission pour les produits de consommation, des parties prenantes du secteur des MCAs et des membres du réseau de l'EFSA consacré aux MCAs.

Exigences analytiques et toxicologiques pour les NIAS

Pour les NIAS non prévisibles, le BfR préconise un dépistage effectué sur le produit commercial et sur un extrait du MCA fini. Ce dépistage doit généralement faire appel, au minimum, à la chromatographie en phase gazeuse couplée à la spectrométrie de masse (GC-MS) et à la chromatographie en phase liquide couplée à la spectrométrie de masse (LC-MS), ou à des méthodes équivalentes, sauf si des dérogations sont scientifiquement justifiées.

Une tentative d'élucidation de la structure doit être effectuée lorsque l'on prévoit une migration supérieure à 0,15 microgramme par kilogramme (µg/kg) d'aliment. À un niveau égal ou inférieur à 0,15 µg/kg, le BfR indique qu'aucune donnée toxicologique n'est requise, que la structure de la NIAS ait été identifiée ou non.

Les NIAS identifiées migrant à des niveaux compris entre 0,15 et 50 µg/kg d'aliment doivent faire l'objet d'une évaluation de leur potentiel génotoxique. En l'absence de données expérimentales, le BfR accepte diverses approches, notamment la consultation de bases de données, le recours justifié à la méthode du « read-across » (extrapolation par analogie) et, dans certaines circonstances, les prédictions in silico. La mise en évidence d'un potentiel génotoxique nécessiterait la réalisation d'essais expérimentaux.

Lorsqu'une substance non intentionnellement ajoutée (NIAS) ne peut être identifiée malgré des efforts analytiques suffisants, le BfR considère qu'une évaluation formelle des risques est impossible, mais qu'une migration allant jusqu'à 10 µg/kg d'aliment peut être tolérée. Pour les NIAS non identifiées migrant à des niveaux compris entre 10 et 50 µg/kg, une évaluation au cas par cas par des experts est requise.

Pour les NIAS migrant à des niveaux compris entre 50 et 5 000 µg/kg d'aliment, il convient également d'évaluer la toxicité subchronique et le potentiel d'accumulation chez l'homme. Au-delà de 5 000 µg/kg, les exigences incluent en outre l'évaluation de la toxicité chronique et de la cancérogénicité, de la toxicité pour la reproduction, ainsi que des paramètres d'absorption, de distribution, de métabolisme et d'excrétion.

vendredi 11 septembre 2026

Glycérol dans les aliments : la valeur guide sanitaire s’applique non seulement à la glace pilée, mais aussi aux aliments solides, selon le BfR

« Selon des responsables allemands de la sécurité des aliments, les limites d'exposition au glycérol pour les boissons devraient également s'appliquer aux aliments solides », source Food Safety Magazine Editorial Team.

L'Institut fédéral allemand d'évaluation des risques (BfR) a conclu que les valeurs sanitaires établies pour l'exposition aiguë au glycérol issu de boissons devraient également s'appliquer aux aliments solides contenant cet additif. Cette position vient enrichir les discussions menées par les autorités de l'UE et du Royaume-Uni concernant les risques d'intoxication au glycérol chez les jeunes enfants et les niveaux d'exposition sans danger.

Le glycérol (ou glycérine), autorisé dans l'UE sous le code E 422, est utilisé aussi bien dans des boissons comme les granités que dans des aliments solides tels que les produits de boulangerie fine. Aucune teneur maximale n'a été fixée pour le glycérol ; il est autorisé selon le principe du quantum satis, ce qui signifie qu'il peut être utilisé en quantité nécessaire pour obtenir l'effet recherché.

Le dernier avis de 2025 du BfR visait à déterminer si les conclusions antérieures concernant les effets potentiels du glycérol sur la santé dans les boissons s'appliquaient également aux aliments solides. En se fondant sur les études disponibles chez l'homme et en l'absence de données expérimentales humaines pour des matrices alimentaires spécifiques, le BfR a jugé justifié de supposer que le glycérol provenant d'aliments solides n'est pas absorbé plus lentement que celui provenant de boissons.

Par conséquent, le BfR a indiqué que la dose aiguë de référence (ArfD pour acute reference dose) de 125 milligrammes par kilogramme (mg/kg) de poids corporel (pc), établie par l'EFSA, ainsi que la dose minimale thérapeutiquement efficace de 250 mg/kg pc précédemment identifiée par le BfR, peuvent également être appliquées à l'évaluation du glycérol dans les aliments solides, notamment les produits de boulangerie fine.

L'intoxication au glycérol chez les jeunes enfants suscite l'attention des autorités réglementaires européennes

Cette conclusion s'appuie sur l'évaluation récente, par les autorités européennes, de l'exposition au glycérol, en particulier chez les jeunes enfants consommant des granités. L'EFSA a fixé la dose aiguë de référence à 125 mg/kg de poids corporel en mars 2026, après avoir conclu que les enfants et les adultes pouvaient dépasser ce seuil en consommant une seule portion de certaines boissons contenant du glycérol. L'EFSA a également recommandé à la Commission européenne d'envisager l'établissement de teneurs maximales pour le glycérol dans les boissons.

Par ailleurs, en 2025, le BfR a constaté que même une petite portion de granité contenant des concentrations moyennes mesurées de glycérol pouvait exposer les jeunes enfants à des niveaux susceptibles d'entraîner des effets sur la pression intracrânienne. Des inquiétudes concernant le glycérol ont commencé à émerger en 2023, lorsque la Food Standards Agency a recommandé de ne pas vendre de granités contenant du glycérol aux enfants âgés de quatre ans ou moins, à la suite de cas d'intoxication au glycérol ayant entraîné des hospitalisations. En cas d'exposition à des niveaux très élevés, généralement lorsque plusieurs portions sont consommées par un enfant sur une courte période, l'intoxication au glycérol peut provoquer un état de choc, une hypoglycémie et une perte de connaissance.

samedi 5 septembre 2026

Eau de coco fraîche : comment éviter les risques ?

« Eau de coco fraîche : comment éviter les risques ? », source portail de la sécurité alimentaire du Luxembourg.

La consommation d’eau de coco provenant d’une noix fraîche et intacte est généralement sans risque. Toutefois, comme tout produit alimentaire d’origine végétale, une noix de coco peut se détériorer si elle est conservée trop longtemps ou dans de mauvaises conditions.

Dans de rares cas, des moisissures peuvent se développer à l’intérieur de la noix et produire des substances toxiques appelées mycotoxines. Celles-ci peuvent contaminer l’eau de coco ainsi que la chair et présenter un risque pour la santé.

Plusieurs cas d’intoxication liés à la consommation d’eau de coco provenant de noix altérées ont été signalés en Europe. Un cas mortel a notamment été rapporté au Danemark après la consommation d’eau de coco issue d’une noix conservée pendant environ un mois à température ambiante. Des analyses ont révélé la présence d’une moisissure productrice de toxines.

Avant toute consommation, il est recommandé de vérifier l’état de la noix de coco et de ne pas la consommer en cas d’odeur, d’aspect ou de goût inhabituels.

Plus d’informations et conseils aux consommateurs dans la fiche informative « Conseils aux consommateurs : Consommation d’eau de coco directement à partir de la noix ».

jeudi 27 août 2026

De la préparation de l'audit à la sécurité des aliments : prendre de meilleures décisions tout au long de la chaîne alimentaire (Partie2)

Voici la partie 2 de cet article intitulé, « De la préparation de l'audit à la sécurité des aliments : prendre de meilleures décisions tout au long de la chaîne alimentaire », source article d’Andrew Thomson et de Matthew Wilson paru dans FSM. La partie 1 est ici.

Leadership et superviseurs de terrain

L'assurance qualité ne peut y parvenir seul. La direction détermine si la capacité de prise de décision est encouragée ou étouffée.

Les dirigeants qui se contentent de demander « Sommes-nous conformes ? » renforcent involontairement une mentalité de simple « case de cocher ». Ils devraient plutôt demander : « Quelles décisions ont été prises aujourd'hui pour garantir la sécurité des aliments et éviter le gaspillage, les reprises ou les pertes de produits ? » Cette seconde question crée un environnement propice à l'apprentissage et à une prise de décision éclairée, protégeant ainsi la rentabilité.

Les superviseurs de terrain jouent un rôle crucial. Ils traduisent les attentes en comportements quotidiens grâce à :

  • Des échanges informels sur la sécurité axées sur les risques du jour
  • Un soutien aux employés quand ils prennent des décisions
  • La valorisation des bonnes décisions, et pas seulement le signalement des erreurs
  • L'encouragement à s'exprimer ouvertement.

Des attentes claires aident les équipes à se concentrer sur des décisions de qualité. Une approche pratique consiste à définir des comportements situés « au-dessus de la ligne » et « en dessous de la ligne ». Les comportements « au-dessus de la ligne » sont ceux qui préservent la sécurité des aliments et favorisent de bonnes décisions : s'exprimer rapidement, interrompre ou ralentir une tâche lorsque le risque augmente, faire remonter les préoccupations, poser des questions et opter pour la prudence en cas d'incertitude.

Les comportements « en dessous de la ligne » accroissent les risques et sont inacceptables, même en l'absence d'incident : contourner les contrôles, passer sous silence des anomalies, se fonder sur des suppositions, privilégier la rapidité au détriment de la sécurité ou poursuivre le travail alors que les conditions ont changé.

Expliciter ces comportements et les replacer dans le contexte spécifique du système de production alimentaire aide chacun à comprendre ce que sont de bonnes décisions dans la pratique, renforçant ainsi une culture où les décisions sûres et fondées sur une conscience des risques deviennent la norme.

La culture détermine si les individus se sentent en sécurité pour réfléchir, poser des questions et agir. Dans les cultures axées sur la conformité, les écarts sont dissimulés et les décisions sont prises dans une optique défensive. Dans les cultures matures, les problèmes sont mis en évidence rapidement et considérés comme des opportunités d'apprentissage.

La maturité de la culture de la sécurité des aliments reflète, en fin de compte, la capacité d'une organisation à favoriser de bonnes décisions, plutôt que la rigueur avec laquelle elle impose des règles.

Étude de cas : La prise de décision en pratique

Un cabinet de conseil australien a aidé un client confronté à des difficultés concernant la durée de conservation de poissons prêts à cuire. Le produit avait été validé deux ans auparavant et n'avait posé aucun problème jusqu'aux douze derniers mois, période durant laquelle on a observé une augmentation de la flore totale et des taux d'entérobactéries hors normes.

L'examen des opérations n'a révélé aucune défaillance liée aux matières premières ou aux équipements. Le nettoyage était conforme aux normes visuelles et microbiologiques. Toutefois, l'observation des employés a mis en évidence un lavage des mains inadéquat, une manipulation excessive des produits et une utilisation prolongée des gants ; autant de conséquences d'une formation axée sur les procédures plutôt que sur la prise de décision.

Les causes profondes résidaient dans une formation insuffisante et axée sur la conformité, aggravée au fil du temps par le roulement du personnel et une érosion progressive des compétences. Une culture du « statu quo ».

La réponse apportée, un programme global de trois mois, s'est concentrée sur :
  • La formation de la direction
  • L'observation des décisions en situation de travail
  • L'accompagnement (coaching) sur les pratiques d'hygiène et de manipulation
  • La priorisation des comportements ayant le plus d'impact sur la sécurité des aliments
  • Le retour d'information entre pairs et la responsabilité partagée
  • Le renforcement quotidien.

Les consultants ont recommandé au client de revoir l'ensemble de ses formations en sécurité des aliments afin d'évoluer vers une formation fondée sur les compétences plutôt que sur une simple conformité administrative (« cocher des cases »). Les résultats du programme de trois mois et de la refonte de la formation ont inclus : une sécurité des aliments accrue, le rétablissement de la durée de conservation, une réduction du roulement du personnel, une amélioration de la santé et de la sécurité des employés, un changement de comportement durable, une culture d'entreprise améliorée et des économies annuelles estimées à 230 000 dollars australiens, l'assurance qualité passant du rôle d'auditeur à celui de partenaire stratégique.

Ce que cela implique pour la chaîne alimentaire

Si nos précédents articles mettaient en lumière le problème, celui-ci explicite la solution. La sécurité des aliments ne repose pas uniquement sur les audits. Elle est assurée par des personnes compétentes prenant de bonnes décisions au sein de systèmes et d'environnements de travail favorables. Cela nécessite :
  • Une formation axée sur la prise de décision
  • Une priorisation fondée sur les risques
  • Une assurance qualité agissant comme un partenaire stratégique
  • Un leadership encourageant l'esprit critique, et pas seulement la conformité
  • Une culture favorisant l'apprentissage et la responsabilité.

La responsabilité des décisions dans un monde assisté par l'IA

À mesure que les organisations adoptent des outils numériques, l'automatisation et des analyses fondées sur l'intelligence artificielle (IA), le risque de confondre information et jugement s'accroît. La technologie peut identifier des modèles et des anomalies ainsi qu'étayer l'analyse, mais elle ne saurait se substituer à la responsabilité des décisions prises.

Des affaires récentes et très médiatisées, survenues en dehors du secteur alimentaire, illustrent ce risque. En Australie, plusieurs avocats de renom ont dû justifier devant la Cour fédérale pourquoi leurs conclusions contenaient des citations erronées générées par l'IA. Le jugement a clairement établi que le recours à l'IA, en l'absence de supervision professionnelle adéquate, avait conduit directement à la présentation d'éléments probants inexacts.

Un risque similaire existe en matière de sécurité des aliments. Si l'IA peut éclairer les évaluations des risques, elle manque de contexte pour déceler les changements de comportement ou remettre en question les hypothèses établies. L'évaluation des risques n'est pas une tâche purement informatique. Les systèmes de sécurité des aliments hautement fiables ne se définissent pas par leur sophistication technologique, mais par la qualité de la formation et du soutien apportés aux équipes, ainsi que par l'aptitude attendue de ces dernières à faire preuve d'esprit critique.

L'IA peut favoriser une meilleure prise de décision en fournissant des données et des informations précieuses, mais elle ne remplace pas le jugement humain. En fin de compte, la responsabilité des résultats en matière de sécurité des aliments incombe à ceux qui sont chargés de la garantir.

Conclusion : de la conformité à la capacité d'action

Les systèmes conçus pour faciliter les audits peuvent engendrer un faux sentiment de maîtrise. La conformité en soi ne rend pas les aliments plus sûrs ; ce sont des décisions mieux éclairées qui y parviennent. Lorsque les organisations recentrent leur attention sur la prise de décision plutôt que sur les règles, sur la capacité d'action plutôt que sur la simple conformité, et qu'elles font évoluer le rôle de l'assurance qualité, de simple vérificateur à partenaire stratégique, la performance en matière de sécurité des aliments s'améliore, et ces progrès perdurent.

Pour les dirigeants, la question n'est plus de savoir si le personnel connaît les règles, mais si le système lui donne les moyens de prendre les bonnes décisions aux moments cruciaux. La sécurité des aliments ne résulte pas d'une conformité parfaite, mais de la capacité à prendre les bonnes décisions, systématiquement.

mercredi 26 août 2026

De la préparation de l'audit à la sécurité des aliments : prendre de meilleures décisions tout au long de la chaîne alimentaire

Le blog vous propose cet article utile en deux parties. 

Voici la partie 1 de cet article intitulé, « De la préparation de l'audit à la sécurité des aliments : prendre de meilleures décisions tout au long de la chaîne alimentaire », source article d’Andrew Thomson et de Matthew Wilson paru dans FSM.

Comment les professionnels de l'assurance qualité et les responsables de terrain peuvent renforcer les capacités de prise de décision tout au long de la chaîne d'approvisionnement alimentaire ?

Les résultats en matière de sécurité des aliments dépendent de la qualité des décisions prises au quotidien, tant au niveau stratégique qu'au niveau opérationnel (production, entreposage et activités en cuisine). Sur le plan opérationnel, nombre de ces décisions interviennent lors de la production, du stockage, de la distribution, du service et du nettoyage, souvent dans un contexte d'évolution des conditions et d'informations incomplètes.

Cela soulève une question importante : les systèmes de sécurité des aliments accordent-ils suffisamment d'importance à la manière dont les décisions sont prises ? Si beaucoup de ces systèmes reposent largement sur la documentation, les audits et, de plus en plus, sur des outils numériques et des informations générées par l'IA, ils nécessitent néanmoins un encadrement professionnel ainsi qu'un jugement et une réflexion solides fondés sur l'analyse des risques. Ce point a été souligné lors d'un webinaire organisé en décembre 2025 par la FAO« Food Safety Foresight: Approaches to Identify Future Food Safety Issues », avec le soutien de l’UE, et relayé par Food Safety Magazine.

En pratique, les décisions prises dans le secteur alimentaire résultent d'une combinaison de facteurs :

- informations disponibles
- risque perçu
- jugement fondé sur l'expérience (c.-à-d. l'intuition ou le « flair »)
- signaux organisationnels indiquant ce qui compte vraiment : rapidité, coût, conformité ou sécurité sanitaire. 

Lorsque les systèmes de sécurité des aliments privilégient la préparation aux audits et le respect des règles au détriment du jugement, les responsables et les employés de production ont tendance à se fier à leurs habitudes et à des suppositions. Or, ces habitudes s'adaptent souvent trop lentement lorsque les conditions changent.

Cela peut expliquer pourquoi des incidents liés à la sécurité des aliments continuent de se produire malgré des formations de base approfondies, des plans HACCP détaillés et des systèmes numériques de plus en plus sophistiqués. Le problème sous-jacent réside dans la capacité de décision : l'aptitude à identifier et interpréter les risques, à remettre en question les suppositions et à agir de manière appropriée au moment où le risque se présente.

Dans un article de 2023 consacré à la prise de décision, McKinsey & Company définit la capacité de décision comme un processus de choix entre différentes options ; une tâche qui se complexifie au sein des organisations où entrent en jeu les rôles, le contexte et des priorités concurrentes. Selon McKinsey & Company, les décisions pertinentes ne découlent pas uniquement de données ou de règles, mais aussi d'une définition claire des décideurs, de l'autonomisation des personnes les plus proches du terrain et de la capacité à effectuer des choix adaptés au contexte.

Cet article fait avancer la réflexion sur ce sujet. Plutôt que de revenir sur les raisons pour lesquelles les audits et les formations traditionnelles à la conformité sont insuffisants, l'accent est mis sur ce qui améliore réellement les résultats en matière de sécurité des aliments : la manière dont les professionnels de l'assurance qualité et les responsables de terrain peuvent renforcer les capacités de prise de décision tout au long de la chaîne d'approvisionnement alimentaire.

Ces idées s'inscrivent dans la lignée des travaux de W. Edwards Deming, qui soulignait que la qualité ne s'obtient pas uniquement par l'inspection, mais aussi grâce à des systèmes et des pratiques de leadership permettant aux individus de prendre les bonnes décisions. Dans le domaine de la sécurité des aliments, cela implique de concevoir des processus, des formations et une culture d'entreprise favorisant un jugement avisé là où cela compte le plus.

Au cœur de cette évolution, l'assurance qualité (AQ) doit passer d'un rôle axé sur l'audit à celui de partenaire stratégique de l'entreprise, soutenu par la haute direction, les responsables de terrain et une culture qui privilégie une approche fondée sur les risques plutôt qu'une simple mentalité de conformité.

La taxonomie numérique de Bloom revisitée : des connaissances à la capacité de décision

La taxonomie numérique (ou digitale) de Bloom est largement utilisée pour adapter les objectifs pédagogiques au public visé. Dans cet article, elle n'est pas présentée comme une théorie éducative abstraite, mais comme un cadre permettant de comprendre comment les connaissances se traduisent en actions concrètes sur le lieu de travail.

Appliquée à la sécurité des aliments, cette taxonomie décrit une progression allant de la simple mémorisation des procédures à la prise de décisions éclairées au moment et à l'endroit où le risque se présente. Chaque niveau de formation renforce la capacité de décision : comprendre l'importance des procédures, les appliquer dans leur contexte, analyser les écarts, évaluer les risques et, enfin, mettre en œuvre des améliorations pour prévenir les incidents.

Cela offre une feuille de route claire pour amener les employés à passer de la simple compréhension des règles à la prise systématique de décisions appropriées en situation de travail.

Ainsi envisagée, la taxonomie décrit une progression allant des connaissances de base jusqu'à la capacité de décision au point d'exposition au risque (Tableau 1).

La plupart des formations restent centrées sur les processus cognitifs de niveau inférieur, mémorisation et compréhension, laissant les employés capables de réciter des règles, sans plus.

Être prêt pour un audit ne signifie pas garantir la sécurité des aliments

Dans les événements du secteur et les réseaux professionnels, être prêt pour un audit est souvent considéré comme l'objectif ultime. Les équipes s'efforcent de maintenir la documentation à jour, de compléter les enregistrements et de clôturer les non-conformités.

Les audits confirment l'existence d'un système, mais pas nécessairement son efficacité lorsque les conditions changent. Ils valident la documentation (numérique ou papier), mais ne permettent pas d'évaluer la qualité des décisions prises.

Angles morts dans les investigations sur la sécurité des aliments

Des lacunes similaires sont observables dans la manière dont sont menées les investigations sur les incidents liés à la sécurité des aliments. John Guzewich, un retraité de la FDA, a publié un message sur LinkedIn, « The Blind Spot in Food Safety Investigations: Incomplete Root Cause Analysis ».

Développer la capacité de décision sur le terrain

La prise de décision n'est pas un trait de personnalité. C'est une compétence qui peut être développée délibérément ou, au contraire, involontairement affaiblie par la conception des systèmes, la formation et le leadership.

Les meilleures décisions s'acquièrent sur le terrain, et non en salle de classe ou avec de simples modules en ligne. Bien que ces derniers puissent constituer une base essentielle, ils ne sont pas conçus pour fournir la compréhension situationnelle requise. Les responsables de première ligne et l'équipe d'assurance qualité jouent un rôle crucial pour rendre la prise de décision pratique, visible et cohérente au quotidien.

Utiliser un langage clair, ouvert et inclusif est important. Lorsque les conversations sur la sécurité des aliments sont simples et sans jugement, les gens sont plus enclins à s'exprimer, à expliquer leurs actions et à poser des questions. Cette confiance est essentielle pour prendre de bonnes décisions.

Utiliser des exemples concrets

On apprend à prendre de meilleures décisions en discutant des problèmes rencontrés au travail, et non en se basant sur des scénarios abstraits du type what if ». Ceci s'applique à toutes les tâches, qu'il s'agisse de transformation, d'emballage, de nettoyage, de cuisson, de transport ou servir des aliments.

Des discussions brèves et concrètes sont les plus efficaces :

  • Quelle était la tâche et quels étaient les risques pour la sécurité des aliments ?
  • Quelles décisions avez-vous dû prendre à ce moment-là ?
  • Qu'est-ce qui importait le plus pour la sécurité des aliments dans ce job ?

Ces échanges aident les employés opérationnels à relier les procédures à la réalité de leur travail, là où les décisions sont prises.

Une évolution de la formation est nécessaire

La formation traditionnelle se concentre sur les procédures. Une formation axée sur la prise de décision aide les individus à :
  • Reconnaître les changements de situation
  • Détecter les signaux faibles
  • Comprendre les conséquences
  • Choisir entre des priorités concurrentes.

C'est là que les niveaux supérieurs de la taxonomie de Bloom deviennent pertinents pour analyser les situations, évaluer les options et tirer des leçons des résultats, et non pas simplement se souvenir des règles.

Créer un environnement propice à l'exercice du jugement

Le jugement ne se développe pas lors d'audits ou de modules d'apprentissage en ligne. Il se développe au cours d'un travail supervisé, grâce au coaching et en discutant des décisions prises. Les responsables de première ligne jouent un rôle essentiel dans ce processus. Ils doivent poser des questions et écouter, plutôt que de simplement corriger les comportements. Des questions simples font toute la différence :
  • Quels facteurs ont influencé votre décision ?
  • Qu’est-ce qui a rendu cette tâche plus facile ou plus difficile à réaliser en toute sécurité aujourd’hui ?
  • De quelles informations ou de quel soutien auriez-vous eu besoin ?

Ces questions encouragent la réflexion sans culpabilisation, permettent de mettre en lumière les contraintes du système et aident les employés à affiner leur jugement en situation réelle.

Rendre les risques visibles et en parler quotidiennement

Une approche fondée sur les risques n’est efficace que si elle est comprise et appliquée dans son contexte. De courtes discussions ciblées, organisées autour d’outils de gestion des risques, développent davantage les compétences décisionnelles qu’une formation de recyclage annuelle. Ces discussions peuvent aborder les questions suivantes :
  • Quels sont les risques les plus élevés pour la sécurité des aliments liés aux tâches d’aujourd’hui ?
  • Qu’est-ce qui est différent ou inhabituel par rapport à une journée normale ?
  • Où les choses risquent-elles le plus de mal tourner en cas de changement de situation ?
  • Quels signes avant-coureurs indiqueraient une augmentation du risque ?

Ces brèves discussions axées sur les tâches aident les employés et les équipes à anticiper les problèmes, à prioriser leurs actions et à ajuster leurs décisions avant que les difficultés ne s’aggravent, développant ainsi davantage les compétences décisionnelles qu’une formation de recyclage périodique.

Maturité de l'assurance qualité : De l'audit au partenariat stratégique

La capacité de l'assurance qualité influence fortement la qualité des décisions sur un site. Un modèle de maturité simple permet de l'illustrer :

Niveau 1 : Réactif/Conformité uniquement

L'assurance qualité a pour mission de satisfaire aux exigences des certifications externes et de la législation alimentaire. Son activité est réactive et déclenchée par des incidents, des réclamations ou l'attention des autorités réglementaires. L'accent est mis sur le respect des exigences minimales de conformité, la gestion des défaillances et, souvent, la résolution des problèmes à leurs causes. L'autorité et l'influence de l'assurance qualité sont limitées, et la sécurité des aliments est perçue comme sa seule responsabilité plutôt que comme une responsabilité opérationnelle partagée.

Niveau 2 : Axé sur l'audit

L'assurance qualité se concentre sur la documentation, la vérification et la résolution des non-conformités. Les problèmes sont souvent identifiés après leur apparition.

Niveau 3 : Axé sur le système

L'assurance qualité gère les processus et les données, mais son influence sur les décisions quotidiennes est limitée.

Niveau 4 : Développement des compétences

L'assurance qualité accompagne les équipes, anticipe les problèmes et contribue à une meilleure prise de décision sur le terrain.

Niveau 5 : Partenaire stratégique

L’assurance qualité est intégrée aux décisions opérationnelles et de leadership, façonnant les systèmes, les comportements et la culture.

De nombreuses entreprises stagnent au niveau 2. La solution ne réside pas dans la multiplication des audits, mais plutôt dans le renforcement du rôle de l’assurance qualité afin qu’elle améliore activement la capacité de prise de décision à tous les niveaux de l’organisation.

À des niveaux de maturité plus élevés, l’assurance qualité soutient la prise de décision au lieu de se contenter de vérifier la conformité. Elle aide les équipes à interpréter les signaux, à tester les hypothèses et à tirer des enseignements des incidents évités de justesse. C’est le passage d’une l’assurance qualité en tant qu’auditeur (niveau 2) à une l’assurance qualité en tant que partenaire stratégique (niveau 5).

L'importance de l'approche fondée sur les risques

Même pour prendre des décisions de qualité supérieure, il faut une orientation claire. C'est ici qu'intervient l'approche fondée sur les risques.

Dans le secteur alimentaire, toutes les anomalies n'entraînent pas les mêmes conséquences. Une mauvaise pratique qui, une fois, ne cause aucun problème peut, dans d'autres circonstances, avoir des répercussions graves. L'approche fondée sur les risques permet aux équipes d'assurance qualité, aux superviseurs de terrain et aux employés de concentrer leur attention et leurs ressources sur les enjeux ayant le plus d'impact sur la sécurité des aliments.

Associée à une solide capacité de prise de décision, cette approche leur permet de :

  • Identifier précocément les dangers émergents
  • Faire la distinction entre les problèmes mineurs et les défaillances critiques
  • Agir de manière proportionnée et efficace
  • Prévenir toute escalade

C'est cette combinaison, capacité de décision et approche fondée sur les risques, qui transforme la formation en résultats concrets en matière de sécurité sanitaire.

La suite dès jeudi 27 août 2026 ....