dimanche 7 juin 2020

Encéphalite à tiques : première description d'un foyer de contamination d'origine alimentaire en France


L'Anses nous a informé le 18 mai 2020 de CiTIQUE : la nouvelle version de l’application est désormais disponible.

Pour améliorer la prévention des risques liés aux piqûres de tiques, l’INRAE et ses partenaires ont créé en 2017 l’application participative « Signalement Tique » dans le cadre du projet CiTIQUE auquel l’Anses participe. A partir d’aujourd’hui, une nouvelle version, plus pratique pour les utilisateurs et plus utile pour les chercheurs, est accessible à tous.

L’application gratuite « Signalement Tique » a vocation à améliorer la connaissance des tiques et des maladies associées. Impliquant citoyens et chercheurs, cette application permet de collecter des données sur la répartition géographique, le contexte des piqûres de tiques (date, zone du corps piquée, nombre de tiques implantées, type d’environnement, motif de la présence sur le lieu de piqûre, photo de la piqûre et/ou de la tique…) et les agents pathogènes qu’elles transportent.

Depuis 2007, plus de 23 500 piqûres ont déjà été recensées à l’échelle française et plus de 20 000 tiques ont été déposées dans la première et unique tiquothèque participative française. Grâce à ces données, les chercheurs savent désormais que :
  • les périodes les plus à risques sont le printemps et l’automne,
  • 15 % des tiques analysées sont porteuses de la bactérie à l’origine de la maladie de Lyme,
  • 1/3 des piqûres signalées ont lieu dans des jardins privés ou des parcs publics.
Mais c'est d'une autre information que j'aimerais partager avec vous, grâce à une internaute vétérinaire, il s'agit d'un article paru dans La Dépêche Vétérinaire le 4 juin 2020 par la Pr Jeanne Brugère-Picoux, « Encéphalite à tiques : première description d'un foyer de contamination d'origine alimentaire en France ».
Des fromages au lait cru de chèvre seraient à l'origine d'un foyer de cas d'encéphalite à tiques chez des habitants dans l'Ain, selon l'Agence régionale de santé Auvergne-Rhône-Alpes et la préfecture du département. C'est la première fois qu'un foyer d'encéphalite à tiques d'origine alimentaire est décrit en France. La transmission de cette maladie par des produits laitiers non pasteurisés semble augmenter ces dernières années en Europe.
L'annonce, le 28 mai, d'un foyer de cas d'encéphalite à tiques (EAT) confirmé (10 cas dont un décès qui ne semble pas être directement lié à cette virose) ou probable chez 26 habitants dans l'Ain, par l'Agence régionale de santé Auvergne-Rhône-Alpes et la préfecture de l'Ain, a surtout surpris par le caractère exceptionnel de l'origine de l'infection : des fromages au lait cru de chèvre d'une exploitation agricole du bassin d'Oyonnax (ces produits auraient été consommés par au moins 50% des personnes malades).
En effet, l'EAT est l'une des zoonoses virales les plus importantes transmises par la morsure d'une tique infectée. Elle est due à un flavivirus (Tick Borne Encephalitis virus ou TBEV).
Il existe trois sous-types principaux de TBEV (européen, sibérien et extrême-oriental), le sous-type européen étant transmis principalement par la tique Ixodes ricinus (Ixodes persulcatus transmettant les autres sous-types).
La transmission alimentaire par la consommation d'un lait ou d'un produit laitier non pasteurisé provenant d'un ruminant infecté, considérée comme rare, n'avait jamais été décrite en France jusqu'à cette suspicion récente.
Exceptionnellement, une contamination au laboratoire par piqûre ou par aérosols est également possible. 


Trente-deux cas de méningite lymphocytaire, encéphalites et syndromes infectieux, ont été recensés depuis le 14 avril 2020 dans une zone limitée de l'Ain chez des personnes habitant sur le bassin de la commune d’Oyonnax, dans un rayon de 30 km environ. Le pic épidémique des cas est survenu dans la semaine du 20 au 26 avril 2020. Parmi ces 32 cas, le diagnostic d'infection par le virus TBE (Tick-Borne Encephalitis) a été confirmé par le Centre National de référence des Arbovirus le 27 mai 2020 pour 14 cas. Ce virus est l’agent responsable de l’encéphalite à tiques. Les 18 autres cas sont en cours d’investigation et des tests biologiques sont réalisés pour confirmer ou infirmer le diagnostic d’encéphalite à tiques.

L’âge médian des cas est de 48 ans et 17 (53%) sont des femmes. Vingt-huit cas ont été hospitalisés ou ont consulté aux urgences, dont 2 ont été admis en unités de soins intensifs. Un cas possible présentant des comorbidités est décédé. Parmi les cas investigués, les signes les plus fréquemment rapportés sont : fièvre (78%), céphalées (52%), myalgies (35%), vertiges (30%), asthénie (21%), diarrhées (13%), vomissements (13%), troubles de la vigilance (9%) et tremblements (9%).

Trente et un des 32 cas (97%) rapportent avoir consommé du fromage ou de la faisselle de chèvre à base de lait cru en provenance du même producteur de fromages situé dans la zone de résidence des cas. La cause alimentaire de ces infections a été confirmée le 2 juin 2020 par le Centre National de référence des Arbovirus. En effet, la présence de génome du virus TBE a été identifiée dans un fromage de chèvre du producteur concerné. Un retrait-rappel des produits laitiers de ce producteur a été effectué avant même la connaissance de ce résultat. Des investigations vétérinaires sont en cours. Cet épisode de cas groupés d’encéphalite à tiques est le premier identifié en France lié à la consommation alimentaire. En revanche, la documentation de cas d’encéphalites à tiques n’est pas nouvelle en Auvergne Rhône-Alpes. Quelques rares cas sont décrits chaque année dans la région d’Annecy depuis 2003 et plus récemment dans le massif du Livradois-Forez avec la détection de 3 cas en Loire et Haute-Loire durant les étés 2017 et 2018.

L'encéphalite à tiques en augmentation constante en Europe
De 1990 à 1994, on a pu observer une augmentation des cas d'EAT dans les pays de l'espace économique européen, peut-être du fait d'une surveillance accrue, puis, de 1995 à 2009, une certaine stabilité, avec 2 000 à 4 000 cas déclarés par an.

En 2012, la maladie accompagnée de troubles nerveux est devenue à déclaration obligatoire dans l'Union européenne.

Une enquête concernant l'EAT a été réalisée sur la période de 2012 à 2016 en Europe : 23 pays de l'Union européenne ont déclaré 12 500 cas d'EAT (l'Irlande et l'Espagne ne déclarant aucun cas), dont 93% ont été confirmés (11 623) et 7% considérés comme probables (783).

Les Pays-Bas ont déclaré des cas à partir de 2016. Deux pays (République tchèque et Lituanie) ont représenté 38,6% de tous les cas signalés, malgré un effectif ne représentant que 2,7% de la population sous surveillance.

Le taux annuel de notification a fluctué entre 0,41 cas pour 100 000 habitants en 2015 et 0,65 en 2013, sans modification significative. La Lituanie, la Lettonie et l'Estonie avaient les taux de notification les plus élevés avec respectivement 15,6, 9,5 et 8,7 cas pour 100 000 habitants.

Au niveau infranational, six régions avaient des taux de notification annuels moyens supérieurs à 15 cas pour 100 000 habitants, dont cinq dans les pays baltes.

Augmentation des cas en France en 2016
Plusieurs pays avaient signalé l'augmentation des cas d'EAT sur leur territoire, notamment la Suisse qui, de 100 cas annuels déclarés ces 5 dernières années, a notifié 251 cas à la fin du mois d'octobre 20196.

En France, depuis 1968 avec la description du premier cas humain, on a surtout observé une dizaine de cas par an en région alsacienne puis, à partir de 2003, un ou deux cas en Haute-Savoie et, en 2006, un premier cas dans le Sud-Ouest (soit 1 cas pour 100 000 habitants).

Une augmentation marquée des cas d'EAT en France a été observée en 2016 : 54 cas dont 46 avec des troubles nerveux (9 malades ont gardé des séquelles pendant les 15 jours à 8 mois suivants) et une enquête sérologique montrant 5,89% de séropositifs sur 1 643 échantillons sanguins.

La région alsacienne est ainsi passée de 0,5 cas à 1,33 cas pour 100 000 habitants.

Selon l'évaluation de l'ECDC sur l'encéphalite à tiques (EAT),
L'EAT est présent dans de grandes régions d'Europe avec des taux de notification les plus élevés dans les pays d'Europe du Nord, centrale et orientale. L'EAT suit une tendance saisonnière, la plupart des cas étant généralement signalés entre juin et septembre. Le vecteur Ixodes ricinus est largement distribué en France et est présent dans la région Auvergne-Rhône-Alpes. Bien que la transmission d'origine alimentaire soit rare, elle peut survenir par la consommation de lait non pasteurisé et de produits laitiers provenant d'animaux infectés. Des investigations complémentaires sont nécessaires pour définir l'étendue de la circulation du virus dans la région.
Les personnes qui vivent ou voyagent dans des régions où l'encéphalite à tiques est endémique doivent être conscientes du risque d'exposition aux tiques, se protéger contre les piqûres de tiques et envisager la vaccination avant l'exposition, qui offre la protection la plus efficace.
La vaccination est recommandée pour les personnes qui vivent dans des zones à risque TBE ou qui visitent fréquemment les forêts et les prairies. Il a conseillé d'éviter la consommation de lait et de produits laitiers non pasteurisés dans les zones à risque à EAT.

NB : L'article s'est largement inspiré de celui de la Pr Jeanne Brugère-Picoux et je conseille vivement la lecture intégrale de l'article qui est en accès libre.

Sur le sujet on lira de l'Anses, Tiques et maladie de Lyme. Mieux connaître et combattre les agents pathogènes transmis par les tiques.

Mise à jour du 2 juillet 2020. On lira le volet encéphalite à tique dans le Bulletin de l'IHU de Marseille du 30 juin 2020, où il est rapporté,
En pratique : L’encéphalite est endémique, de mai à octobre, dans les zones rurales de plusieurs pays d’Europe Centrale et du NordL’encéphalite à tiques est rare en France, une vingtaine de cas sont diagnostiqués chaque année essentiellement en Alsace et en Haute Savoie. La transmission du virus se fait par piqure de tique infestée.de façon exceptionnelle une contamination peut se faire par consommation de lait cru de chèvre ou de brebis. Cette transmission n’avait jamais été décrite en France.
Il existe deux vaccins : Ticovac  et Encepur.

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