Je relaie bien volontiers l’article
d’André Heitz paru sur son blog Agriculture,
alimentation, santé publique... soyons rationnels ,
« Décision de la Cour
Suprême des États-Unis d'Amérique sur le glyphosate et
« information » selon l'AFP ».
Ce
jeudi 25 juin 2026, la Cour Suprême des États-Unis d'Amérique a
rendu un verdict attendu par les uns, redouté par les autres.
Prenons
cet article du Monde qui a repris une dépêche de l'AFP : « Roundup
: la Cour suprême des Etats-Unis donne raison à Bayer face aux
milliers de plaintes pour risque de cancer ».
« Le
géant allemand s’est félicité de la décision en faveur de son
herbicide, à base de glyphosate, accusé d’être cancérigène et
à l’origine de procès coûtant plus de 10 milliards de
dollars au groupe. »
La
décision a été prise par sept juges sur neuf. Il faudra voir ce
qu'elle dit dans le détail. L'AFP écrit :
« La
Cour suprême a cassé les décisions des juridictions inférieures.
La loi fédérale prévoit que les avertissements sanitaires apposés
sur les pesticides soient uniformes sur le territoire américain. »
Sous-entendu
: les États fédérés ne peuvent pas imposer un étiquetage
différent – à voir de plus près compte tenu notamment des
exigences californiennes relatives aux produits « connus pour
causer le cancer » – et, en tout cas, il ne saurait être
reproché à un fabricant de produits phytosanitaires de ne pas avoir
apposé un avertissement de danger non prévu par le système
d'homologation fédéral.
L'AFP
écrit :
« Or
l’Agence fédérale de protection de l’environnement (EPA)
n’impose pas d’avertissement en matière de cancer pour le
Roundup, dans la mesure où elle ne considère pas le glyphosate
comme cancérogène. La molécule reste très contestée. Elle est
classée "cancérogène probable" par le Centre
international de recherche sur le cancer de l’Organisation mondiale
de la santé (OMS). »
Il
y a une première subtilité dans le choix du verbe et de la position
de la forme négative :
« [L'EPA]
ne considère pas le glyphosate comme cancérogène »
n'est pas la même chose que « l'EPA a établi que le
glyphosate n'est pas cancérogène ».
La
deuxième formule est plus exacte, mais il faut ajouter un bémol car
« absence de preuve [de cancérogénicité] ne vaut pas
preuve de l'absence [de cancérogénicité]. Cela se traduit par une
formule souvent utilisée et difficile... à traduire.
Ainsi,
« L'EPA a conclu que
l'utilisation du glyphosate, conformément aux instructions figurant
sur son étiquette actuelle, ne présente aucun risque préoccupant
pour la santé humaine. L'EPA a également conclu qu'il était peu
probable que le glyphosate soit cancérigène pour l'homme. »
Y
a-t-il eu travail approximatif ou choix délibéré à l'AFP ? En
tout cas, cela s'accorde parfaitement avec la « chute » :
« La molécule reste très contestée. Elle est classée
"cancérogène probable" par le Centre international de
recherche sur le cancer de l’Organisation mondiale de la santé
(OMS). »
Quel
intérêt y avait-il à remettre une pièce dans le bastringue de la
contestation et du dénigrement du glyphosate ?
Entretenir
cette contestation et ce dénigrement, pardi !
Le
Parisien (repris par MSN)
a en quelque sorte succombé à la tentation avec un intertitre,
« Une molécule très
contestée ».
On
ne fera pas l'injure à l'auteur de la dépêche (quoique...)
d'affirmer qu'il ne sait pas que la décision du CIRC est, dans les
faits, contestée par toutes les agences d'évaluation et
d'homologation qui se sont prononcées sur le glyphosate, ainsi que,
du reste, par l'OMS.
On
ne sort décidément pas d'un écosystème médiatique qui pratique
le matraquage médiatique.
Post
scriptum
La
décision de la Cour Suprême est ici
(53 pages).
Voici
la conclusion de la majorité :
« En
ce qui concerne l’étiquetage des pesticides, la loi FIFRA [loi
fédérale sur les insecticides, fongicides et rodenticides] exige
"[l’]uniformité" et prévaut expressément sur les
exigences d’étiquetage des États qui s’ajoutent aux exigences
fédérales ou qui en diffèrent. § 136v(b). L’action
intentée par M. Durnell au titre de la loi de l’État pour défaut
d’avertissement impliquerait l’apposition d’un avertissement
concernant le cancer sur l’étiquette du Roundup – une exigence
"s’ajoutant à" et "différente de"
l’étiquetage requis par l’EPA en vertu de la loi FIFRA. La loi
FIFRA prévaut donc expressément sur l’action de M. Durnell. Nous
annulons l’arrêt de la Cour d’Appel du Missouri et renvoyons
l’affaire pour qu’elle fasse l’objet d’une nouvelle procédure
qui ne soit pas incompatible avec le présent avis.
Il
en est ainsi ordonné. »
Dans
un autre article,
« Monsanto remporte le procès sur l’étiquetage », il
est rapporté ce qui suit :
« La
Cour suprême a statué que les étiquettes exigées par l'Agence de
protection de l'environnement du gouvernement fédéral sont
suffisantes. »
Les
étiquettes de l'EPA n'exigent aucune mention du risque de cancer.
La
National Wheat Growers Association (Association nationale des
producteurs de blé) a salué cette décision.
«
Cette décision est une victoire pour les agriculteurs et l’ensemble
de la communauté agricole », a déclaré Sam Kieffer, directeur
général de la National Wheat Growers Association.
«
Les
agriculteurs comptent sur une réglementation claire, prévisible et
fondée sur des données scientifiques, ainsi que sur un accès
continu à des outils efficaces de protection des cultures. La
décision d'aujourd'hui confirme que l'étiquette de l'EPA, basée
sur un processus rigoureux d'examen scientifique, fait foi. La NAWG
continue de soutenir un système réglementaire fondé sur des
données scientifiques solides, la transparence et la cohérence.
»
Un
troisième article
rapporte que « La Cour suprême statue que les
réglementations de l'EPA prévalent sur les lois des États
concernant les avertissements sanitaires relatifs aux pesticides. »
Enfin, pour Food
Safety News, « La Cour suprême donne raison au fabricant
de Roundup ».
La
Cour suprême des États-Unis a tranché en faveur du fabricant de
pesticides Bayer dans l'affaire Monsanto Company c. Durnell, statuant
que la législation fédérale prévaut sur les poursuites engagées
par des patients atteints de cancer qui imputent leur maladie au
Roundup.
Le
site donne la parole à l'organisation Food
and Water Watch, « La Cour suprême accorde aux
fabricants de pesticides une immunité contre les poursuites liées
au cancer. »
A
suivre ...