Le
projet de loi d'urgence pour la protection et la souveraineté
agricoles a été définitivement adopté par le Parlement le 21
juillet 2026.
J'assiste depuis des années, et même
durant mon mandat, à l'hystérisation des débats dès que l'on
parle agriculture.
Les débats autour de cette loi n'ont
pas échappé à cette tendance : « Acetamiprid is the new
glyphosate ».
Ces molécules deviennent des symboles
pour les idéologues de tout poil pour se livrer de façon totalement
irrationnelle scientifiquement à une critique d'une agriculture
qu'on caricature à l'infini en ne connaissant rien de ses réalités.
Je suis bien placé pour parler de
cela, pour avoir été rapporteur de la loi egalim où j'ai du
consentir pour empêcher l'interdiction par la loi du glyphosate qui
aurait eu des conséquences dramatiques sur l'ensemble de
l'agriculture, de passer un compromis avec les écolos de mon camp ou
des autres, en interdisant la flupyradifurone. Je savais que cela
aurait des conséquences sur certaines productions, mais je les
pensais moins problématiques que l'interdiction du glyphosate.
Je regrette cette décision et je
salue le fait que le texte laisse à l'ANSES la possibilité de
déroger à l'interdiction.
Ces décisions n'ont rien à faire
dans la main des politiques. Elles doivent être uniquement prises en
fonction des faits scientifiques démontrés. Sinon le politique se
vautre dans la démagogie, instrumentalisé par des idéologies qui
ne conduiront qu'à la ruine de notre agriculture.
J'entends les inquiétudes sur la
dangerosité de certaines molécules ou certaines pratiques
agricoles. Mais c'est la science qui doit rassurer nos concitoyens et
la peur ne doit pas être instrumentalisée par le politique.
Nous sommes en train de faire avec
l'agriculture ce que nous avons fait avec le nucléaire.
La pensée unique du moment c'est que
notre modèle agricole doit changer, que tout le monde devrait passer
en bio.
On assiste aux mêmes caricatures que
quand on expliquait que le nucléaire était le mal absolu. À
l'époque, les ONG, le grand public et quasiment toute la classe
politique voulaient la fin du nucléaire à tel point que certains
pays l'ont fait, comme l Allemagne.
Or la tendance s'est inversée
aujourd'hui devant la peur de voir des pénuries d'énergie ou le
prix de l'énergie flamber, ce qui affecterait notre mode de vie. Et
on voit combien cette vision de l'époque va nous coûter cher pour
remettre à niveau ce secteur.
Ainsi faut-il attendre que nos rayons
de supermarché ou de commerce soient vide de toute aliment français
pour que nos concitoyens se rendent compte que notre agriculture est
menacée de mort ?
Et qu'on ne mette pas cette mort
programmée sur le compte de la concurrence internationale. Ce ne
sont que des fadaises pour gogos susceptibles de gober les âneries
et autre idéologie mortifère des extrêmes.
Elle va crever car nous sommes au
comble de l'hypocrisie. Nous voulons que notre agriculture produise
sans aucun produit, sans aucun intrant, mais nous refusons de payer
ses produits au juste prix et nous achetons abondamment des produits
issues d'une agriculture que nous ne voulons pas.
Et pitié, pas de couplet sur « on
part les premiers, les autres suivront ». Ils ne suivent
jamais, car ils voient bien que ce que nous faisons est une impasse
totale.
L'agriculture française a vocation à
produire de l'alimentation saine et durable. Elle n'aura jamais pour
vocation unique d'entretenir les espaces car les agriculteurs
deviendraient des fonctionnaires et c'est absolument incompatible
avec la nature profonde de l'agriculteur faite de passions, de prises
de risques. L'agriculteur est un entrepreneur par essence, qui vit
dans le réel et n'a d'autre choix que de s'adapter au réel :
au climat, aux demandes du consommateur.
oo0oo
Le mythe d'une agriculture vivrière
refermée sur nos frontières n'est qu'un mythe. Tous ceux qui ont
essayé ont tué leur agriculture. On peut toujours rêver d'un monde
où il en fut autrement, mais ce monde n'a jamais existé à travers
l'histoire et n'existera jamais. L'agriculture a besoin d échanges
pour permettre aux agriculteurs de vivre .
C'est une réalité intangible
économique et scientifique. Et on ne peut pas obliger nos
agriculteurs à courir avec des boulets au pied. Bien sûr, il ne
s'agit pas de faire n'importe quoi pour produire, mais ce n'est déjà
absolument pas le cas.
Si nous voulons avoir encore des
agriculteurs demain en France, il va falloir renouer le contact,
arrêter de les juger sur la base de croyances. Et du côté des
agriculteurs, les manifestations ne suffiront pas à faire comprendre
les nécessités de ce métier. Bien aimer les agriculteurs, c'est
bien ; le leur prouver, c'est mieux. Et on ne le leur prouve pas
en leur expliquant comment ils devraient exercer un métier, dont au
final on ne connaît rien.
* Ancien député (2017-2022). Paysan
de la Creuse à jamais. Consultant indépendant et libre.
NB:
Je remercie André Heitz d’avoir signalé ce texte paru sur son
blog ici.