mercredi 19 août 2026

Un décès et plus de 200 personnes malades suite à une épidémie de salmonellose au Royaume-Uni liée à des œufs importés

« Un décès et plus de 200 personnes malades suite à une épidémie de salmonellose au Royaume-Uni », source BBC du 18 août 2026.

Une personne est décédée et des centaines d'autres ont été malades d'une intoxication alimentaire à la salmonelle lors d'une épidémie que les experts britanniques attribuent à la consommation d'aliments préparés avec des œufs importés.

L'UKHSA a ouvert une enquête sur les 207 cas recensés au cours de l'année écoulée, la plupart ayant été enregistrés ces dernières semaines.

Plus d'un tiers des personnes touchées, des nourrissons et des personnes âgées de 90 ans, ont nécessité une hospitalisation, deux d'entre elles ayant développé une septicémie grave. La plupart guérissent cependant spontanément.

Bien que les cas de salmonellose puissent survenir à tout moment, cette épidémie concerne une souche spécifique et identique.

Quels sont les symptômes ?

Les symptômes incluent des crampes d'estomac, de la diarrhée, des vomissements ou de la fièvre. Ils apparaissent généralement entre 12 et 72 heures après l'infection.

Toute personne inquiète doit contacter en premier lieu son médecin traitant ou le service de garde, indique l'UKHSA.

La plupart des cas, 199 sur 207, ont été recensés en Angleterre, dont 47 à Londres et 38 dans le Yorkshire et le Humber.

On dénombre six cas en Écosse, un au Pays de Galles et un autre en Irlande du Nord.

Hannah Charles, épidémiologiste en chef pour les infections gastro-intestinales à l'UKHSA, a déclaré : « Nous travaillons avec la Food Standards Agency et d'autres agences de santé publique pour enquêter sur une épidémie de salmonellose qui pourrait être liée à des œufs importés de l'extérieur du Royaume-Uni. »

Salmonella peut être présent dans de nombreux aliments, notamment la volaille ou la viande crues ou insuffisamment cuites et les œufs.

Bien préparer et cuire les aliments permet de prévenir les infections, tout comme se laver les mains après être allé aux toilettes et avant de manipuler des aliments.

Chaque année au Royaume-Uni, des milliers de cas d'intoxication alimentaire sont causés par de nombreuses souches différentes de salmonelles.

Il est plus inhabituel de voir une épidémie de ce type liée à une souche spécifique de la bactérie affectant plusieurs personnes simultanément.

Il s’agit d’une augmentation du nombre de cas de salmonellose due à une souche unique grâce au séquençage du génome entier. Salmonella enteritidis est le sérovar de Salmonella le plus fréquent en Angleterre et la principale cause de salmonellose chez l'homme. Cette épidémie à Salmonella enteritidis est phylogénétiquement liée (à 25 SNP près) à une épidémie précédente survenue en 2025, elle aussi liée à des œufs importés.

Les experts estiment qu'il est probable que d'autres cas surviennent et que certaines personnes aient pu être malades sans le signaler.

L'UKHSA indique que des enquêtes épidémiologiques et sur la chaîne alimentaire « approfondies » sont en cours pour identifier la source, mais que la consommation d'œufs reste la plus élevée à ce jour.

Une épidémie de salmonellose en Belgique atteint les 300 cas

« Une épidémie de salmonellose en Belgique atteint les 300 cas », source article de Joe Whitworth paru dans Food Safety News et adapté par mes soins -aa.

Lors de l'incident initial, Salmonella a été découvert dans un prélèvement de poussière prélevé dans un poulailler Laerco, et des analyses ultérieures ont révélé qu'il s'agissait du même type que celui détecté chez les patients.

L'Agence fédérale pour la sécurité de la chaîne alimentaire (AFSCA) a confirmé à Food Safety News que 300 personnes sont malades dans le cadre de l'épidémie à Salmonella enteritidis, contre 236 en mai.

Les patients sont âgés de moins d'un an à 96 ans, les femmes représentant 45 % des cas. Les symptômes incluent vomissements et diarrhée.

Les patients sont tombés malades entre le 19 février 2025 et le 25 juillet 2026. Il existe un délai de quelques semaines correspondant au temps nécessaire pour envoyer les échantillons au laboratoire et effectuer l'analyse de séquençage du génome entier, de sorte que des cas plus récents pourraient encore être signalés.

La société Laerco BV a procédé le 10 août à un deuxième retrait et rappel d'œufs portant certains codes en raison de la présence possible de salmonelles. Un premier rappel avait eu lieu le 11 mai 2026.

Les codes concernés sont « 2-BE-1073-01 », « 2-BE-1073-02 », « 2-BE-1073-03 » et « 2-BE-1073-04 ». Après la ponte, les œufs doivent être livrés au consommateur dans un délai de 28 jours ; la date limite concernée est donc le 4 septembre.

En mai, la contamination était circonscrite à un seul poulailler et les restrictions ne concernaient que cette unité. Récemment, Salmonella a été détecté dans un autre poulailler du même site ; les mesures ont donc été étendues à l’ensemble de l’établissement.

Lors de l'incident initial, Salmonella a été découvert dans un échantillon de poussière prélevé dans un poulailler Laerco, et des analyses ultérieures ont révélé qu'il s'agissait du même type que celui détecté chez les patients.

Selon une notification du système d'alerte rapide pour les denrées alimentaires et les aliments pour animaux (RASFF) du 18 mai 2026, les œufs ont également été distribués en France, au Luxembourg, en République tchèque, en Italie, en Pologne, au Portugal, en Espagne et aux Pays-Bas. La notification au RASFF notait alors la présence de 190 personnes affectées.

Des chercheurs de la FAO et de Wageningen examinent un large éventail d'applications de l'IA en matière de sécurité des aliments

« Des chercheurs de la FAO et de Wageningen examinent un large éventail d'applications de l'IA en matière de sécurité des aliments », source Food Safety Magazine.

À connaître

  • Les applications potentielles de l'IA en matière de sécurité des aliments comprennent la détection des pathogènes et des dangers chimiques, la lutte contre la fraude alimentaire et le contrôle de l'authenticité des aliments, la surveillance des épidémies, la prévision des risques et la prise de décisions réglementaires.
  • La détection des risques microbiologiques représentait le domaine de recherche le plus important, suivie par les risques chimiques.
  • Des obstacles à une adoption plus large persistent, tels que la quantité, la qualité et l'accessibilité des données ; la confidentialité ; et la transparence.

L’intelligence artificielle (IA) est de plus en plus appliquée dans le domaine de la sécurité des aliments, avec des utilisations potentielles allant de la détection des agents pathogènes et des dangers chimiques à l’identification des fraudes alimentaires, à la surveillance des épidémies, à la prévision des risques et à la prise de décision réglementaire, selon une nouvelle revue systématique réalisée par des chercheurs de Wageningen Food Safety Research (WFSR) et de l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO).

Publiée dans npj Science of Food, cette étude a analysé 161 publications évaluées par des pairs appliquant des méthodes d'intelligence artificielle à des questions de recherche liées à la sécurité des aliments, couvrant la littérature parue jusqu'au 1er avril 2024. Elle révèle une croissance rapide de la recherche en IA appliquée à la sécurité des aliments, le nombre de publications passant de une en 2012 à 46 en 2023. Bien que l'apprentissage automatique classique demeure la méthode la plus courante, la proportion d'études utilisant l'apprentissage profond a augmenté, passant de 22 % en 2019 à 43 % en 2023.

Applications de l'IA pour les risques microbiologiques et chimiques

Les risques microbiologiques Des chercheurs de la FAO et de Wageningen examinent un large éventail d'applications de l'IA en matière de sécurité des alimentsreprésentaient le principal domaine de recherche identifié par l'étude, avec 56 des 161 articles inclus, soit 35 %. Parmi ces études, 33 (59 %) ont appliqué l'IA pour améliorer la précision, la rapidité, le coût ou l'efficacité des analyses de laboratoire. Les applications incluaient la détection ou la quantification de pathogènes tels que Salmonella, Escherichia coli et Listeria à partir de données issues du séquençage du génome entier, de la microscopie, des méthodes moléculaires, du comptage des colonies et de la spectroscopie optique.

Onze autres études sur les risques microbiologiques ont examiné l'intelligence artificielle pour la prévision des risques futurs, tandis que douze autres ont étudié les facteurs de risque ou l'étiologie des pathogènes. Par exemple, une étude a utilisé l'apprentissage automatique et les séquences génomiques de Salmonella provenant de viande hachée de poulet pour prédire l'évolution de la maladie, tandis qu'une autre a montré que les données physico-chimiques sur la qualité de l'eau et les données météorologiques, combinées à des algorithmes de forêts aléatoires, pouvaient servir à prédire les niveaux de E. coli dans l'eau utilisée en agriculture.

Quarante études (25 %) ont abordé la question des risques chimiques. La moitié d'entre elles portaient sur l'amélioration des analyses en laboratoire, notamment pour les pesticides, les résidus de médicaments vétérinaires, les mycotoxines et les métaux lourds. Les chercheurs ont constaté une tendance à combiner l'apprentissage automatique avec des instruments non destructifs, peu coûteux et utilisables sur site, afin d'obtenir des résultats proches de ceux des méthodes d'analyse de laboratoire plus onéreuses et exigeantes en main-d'œuvre.

Fraude alimentaire, surveillance des épidémies et applications réglementaires

Au total, 27 études (17 %) ont examiné l'intelligence artificielle dans le cadre de la lutte contre la fraude alimentaire et de l'évaluation de l'authenticité des produits. La plupart ont utilisé des technologies analytiques telles que la spectroscopie proche infrarouge et de fluorescence, les nez électroniques et les langues électroniques. Certaines recherches ont également exploré des applications réglementaires, notamment un système d'alerte automatisé ayant analysé près de 100 millions de factures électroniques afin d'identifier les fabricants d'huiles alimentaires potentiellement problématiques.

Par ailleurs, neuf études ont porté sur les épidémies et la surveillance des maladies d'origine alimentaire. Celles-ci incluaient des applications utilisant des ensembles de données combinés pour identifier les facteurs de risque d'épidémie, prévoir les épidémies et améliorer la priorisation des inspections. Une étude a analysé des données anonymisées de recherche Internet et de géolocalisation de smartphones afin d'identifier en temps réel les sources potentielles de maladies d'origine alimentaire. Cette approche a permis d'améliorer de plus de trois fois l'identification des établissements potentiellement problématiques par rapport aux méthodes traditionnelles.

29 autres études ont porté sur des applications plus générales en matière de sécurité des aliments, notamment les systèmes d'alerte précoce, la détérioration des aliments, les rapports d'inspection, les rappels de produits et les inspections aux frontières. À titre d'exemple, un modèle d'inspection aux frontières basé sur l'apprentissage automatique a permis de repérer des cas d'importation d'aliments présentant des taux de non-conformité jusqu'à trois fois supérieurs à ceux identifiés par un échantillonnage aléatoire.

Qualité et transparence des données : des défis pour l'IA en matière de sécurité des aliments

Malgré la diversité des applications potentielles, les chercheurs ont identifié des obstacles importants à une utilisation plus large et plus fiable de l'IA dans le domaine de la sécurité des aliments.

Les bases de données sur la sécurité des aliments sont souvent incomplètes ou fortement déséquilibrées, car la plupart des échantillons analysés présentent de faibles niveaux de contamination, tandis que relativement peu dépassent les limites maximales. Ces déséquilibres peuvent engendrer des modèles capables d'identifier avec précision les cas à faible risque, mais peu performants pour reconnaître les cas à risque plus élevé, comparativement rares, pourtant essentiels à la prise de décision en matière de sécurité des aliments.

Les auteurs ont également souligné l'absence de métadonnées et l'accessibilité limitée des données comme autant d'obstacles. Des informations telles que l'origine, le lieu et les conditions de prélèvement des échantillons sont essentielles pour retracer la contamination, identifier les facteurs de risque et prévoir les dangers. Les chercheurs ont plaidé pour une collecte de données standardisée, conforme aux principes FAIR : les données doivent être faciles à trouver, accessibles, interopérables et réutilisables.

Parallèlement, les données relatives à la sécurité des aliments peuvent contenir des informations privées, commercialement sensibles ou réglementaires, ce qui rend leur partage ouvert difficile. Les chercheurs ont identifié l'apprentissage fédéré, dans lequel les modèles interagissent avec des ensembles de données décentralisés sans qu'il soit nécessaire de centraliser les informations sensibles sous-jacentes, comme une approche potentielle pour surmonter cet obstacle.

La transparence est une autre préoccupation, notamment pour les modèles d'apprentissage profond dont le processus décisionnel peut être difficile à interpréter. Les chercheurs ont souligné l'importance croissante de l'IA explicable ou XAI, qui vise à identifier les paramètres influençant les décisions générées par l'IA, pour détecter les biais et favoriser la transparence et la responsabilité dans les applications liées à la sécurité des aliments.

Données insuffisantes sur l'utilisation de l'IA par les producteurs alimentaires

L'étude a également mis en évidence une lacune importante dans la littérature scientifique : relativement peu d'études évaluées par des pairs ont examiné les applications de l'IA dans les secteurs de la production, de la transformation et de la fabrication alimentaires. Les auteurs suggèrent que cela pourrait s'expliquer en partie par le recours des entreprises aux livres blancs plutôt qu'aux revues scientifiques pour communiquer leurs résultats, ainsi que par des considérations commerciales et de propriété intellectuelle qui freinent la publication de travaux liés à l'IA.

Le manque de données sur l'utilisation de l'IA industrielle ne signifie pas pour autant que l'IA n'est pas appliquée dans ces domaines. Dans la rubrique « Perspectives sur la sécurité des aliments » du numéro de juin/juillet 2026 de Food Safety Magazine, une enquête sectorielle a révélé que l'IA s'est déjà intégrée aux programmes de sécurité des aliments, parfois discrètement, même lorsque les entreprises insistent sur le fait qu'elle ne doit pas être utilisée.

Besoins futurs et perspectives d'avenir

Les auteurs de l'étude concluent que l'IA recèle un potentiel considérable pour la sécurité sanitaire des aliments, mais que sa fiabilité et son utilité pratique dépendront de la résolution des problèmes liés à la qualité et à la disponibilité des données, à la protection de la vie privée, à la gouvernance et à l'interprétabilité des modèles. La FAO a également souligné par le passé l'importance d'une gouvernance solide et d'une adoption responsable de l'IA pour la sécurité des aliments.

Le WFSR a annoncé son intention d'organiser la première Food Safety Conference (AIFS) dédiée à l’IA pour la sécurité des aliments en 2027, réunissant des chercheurs internationaux spécialisés en IA et en sécurité des aliments, afin de créer un forum pour discuter des applications émergentes, de la recherche et des défis liés à cette technologie.

mardi 18 août 2026

Suisse : Une analyse de la présence de Listeria monocytognes de 2019 à 2024

Publiée dans Journal of Consumer Protection and Food Safety, voici une analyse récente sur six ans (2019-2024) réalisée par des scientifiques suisses, « Occurrence of Listeria monocytogenes in the Swiss food supply (2015–2024) ».

Cette étude révèle de multiples épidémies nationales et des cas sporadiques de listériose liés à des événements internationaux, soulignant le besoin crucial du séquençage du génome entier dans la surveillance de routine des agents pathogènes.

Résumé

La listériose, causée par Listeria monocytogenes (Lm), est une infection alimentaire grave qui touche principalement les groupes à risque et présente un taux de mortalité élevé. La Suisse a connu plusieurs épidémies, mais il n'existe pas de vue d'ensemble nationale des aliments incriminés. Nous avons examiné les cas de listériose d'origine alimentaire en Suisse, en étudiant la présence de Lm dans les aliments et les aliments liés aux épidémies. Les données épidémiologiques, les données d'échantillonnage officiel, les données de notification et les données relatives aux épidémies ont été recueillies auprès des organismes gouvernementaux et dans la littérature scientifique. Entre 2015 et 2024, 53 cas de listériose ont été signalés en moyenne chaque année (incidence de 0,61/100 000), les incidences les plus élevées étant observées chez les adultes de plus de 65 ans et les enfants de moins d'un an. Les prélèvements officiels ont révélé la présence de Lm le plus souvent dans de la viande et des produits carnés (38 % des échantillons positifs), les plats cuisinés (22 %) et le poisson et les produits de la pêche (7,9 %). Parmi les cantons disposant de données (13 sur 26), les sérogroupes et sérotypes les plus fréquents étaient le sérogroupe IIa (sérotypes 1/2a ou 3a ; 31 %), le sérotype 1/2a (20 %), le sérogroupe IVb (sérotypes 4b, 4d, 4e ; 19 %) et le sérotype 4b (14 %). On a dénombré 25 rappels de produits et 36 alertes publiques concernant la présence de Lm. Onze éclosions de listériose, avec un lien confirmé avec des aliments, ont été identifiées en Suisse depuis 1983. Le taux de létalité a atteint 29 %, et ces épidémies concernaient aussi bien des aliments prêts à consommer que des aliments transformés, d’origine animale et végétale. Les aliments transformés étaient probablement impliqués dans les éclosions par contamination croisée.

La législation nationale devrait être renforcée afin de mieux prendre en compte les risques de contamination croisée liés aux produits transformés. Un nouveau système national d'information génomique est prévu, qui permettra d'améliorer les enquêtes sur les épidémies et d'optimiser la prévention et le contrôle de la listériose.

Conclusion

Les éclosions de listériose en Suisse étaient souvent associées à une forte létalité et à un impact national ou international, et peuvent persister à long terme. De nombreux aliments étaient impliqués, et la contamination persistante des aliments contaminés par des toxines est préoccupante. Un programme de surveillance uniforme et systématique ainsi qu'une communication publique claire sont nécessaires pour renforcer la prévention. La contamination croisée par des aliments non prêts à consommer représente un risque, et les lois et pratiques nationales devraient être étendues pour y remédier. Une plateforme de gestion des données transparente et harmonisée est nécessaire, et le nouveau système national d'analyse génomique prévu comblera cette lacune, permettant un partage rapide des données entre les agences et améliorant les enquêtes et le contrôle des épidémies.

A noter que la plus récente éclosion, qui a duré de 2022 à 2024, a été liée à de la levure de boulangerie, un aliment non prêt à consommer. La souche responsable (ST 3141 cgMLST CT 18049) a été isolée dans divers aliments, et pas seulement dans la levure, ce qui suggère une contamination croisée. Les aliments non prêts à consommer peuvent donc présenter des risques importants, comme l'a également montré une épidémie survenue dans l'UE entre 2015 et 2018 et liée à des légumes surgelés blanchis (BIOHAZ et al., 2020).

De plus, cette épidémie devrait sensibiliser à l'importance du respect des mesures d'hygiène élémentaires pour prévenir la contamination croisée lors de la manipulation d'aliments non prêts à consommer.

NB : Merci à Joe Whitworth de Food Safety News d’avoir signalé cette information.

La FDA renforce le rappel d'œufs en raison des «conséquences graves pour la santé, voire mortelles»

La FDA renforce le rappel d'œufs en raison des « conséquences graves pour la santé, voire mortelles », source CIDRAP News du 17 août 2026.

La FDA a reclassé le rappel de 19 millions d'œufs, effectué en juillet en raison d'une contamination à Salmonella, en rappel de classe 1, soit le niveau de risque le plus élevé. Ce reclassement vise à indiquer « une situation dans laquelle il existe une probabilité raisonnable que l'utilisation d'un produit non conforme, ou l'exposition à celui-ci, entraîne des conséquences graves pour la santé, voire le décès ».

Le mois dernier, Midwest Poultry Services a procédé au rappel volontaire d'environ 19 millions d'œufs vendus dans des supermarchés de six États américains : Texas, Oklahoma, Arkansas, Louisiane, Mississippi et Nouveau-Mexique. Ces œufs étaient principalement vendus dans les supermarchés Kroger et Brookshire. 

Le Texas concentre la part du lion des cas

Les œufs ont été produits et distribués par des fermes du Texas entre le 6 juin 2026 et le 3 juillet 2026, avec des dates limites de vente ou de consommation optimale comprises entre le 20 juillet 2026 et le 17 août 2026. 

Au moment du rappel initial, la FDA a fait état de 26 hospitalisations et d'aucun décès parmi les 98 personnes infectées par la souche de Salmonella esponsable de l'épidémie et liée aux œufs. Des cas ont été signalés dans 17 États, mais la FDA n'a pas mis à jour le nombre de cas depuis ce premier rapport. Le Texas enregistre de loin le plus grand nombre de cas, avec 73 cas. La Louisiane arrive ensuite, avec cinq cas.

La FDA a indiqué que les consommateurs qui possèdent encore ces œufs doivent les jeter ou les rapporter au lieu d'achat. 

Le Royaume-Uni prévoit une baisse significative des infections à Cryptosporidium en 2025

« Le Royaume-Uni prévoit une baisse significative des infections à Cryptosporidium en 2025 », source Food Safety Magazine.

Le nombre de cas de cryptosporidiose signalés en laboratoire en Angleterre a diminué de plus d'un quart en 2025, revenant à des niveaux comparables à ceux observés avant la pandémie de COVID-19, selon de nouvelles données de UKHSA.

L'UKHSA a rapporté 4 149 cas à Cryptosporidium confirmés en laboratoire en Angleterre en 2025, contre 5 703 cas en 2024. La diminution de 1 554 cas (27,2 %) a inversé l'activité accrue enregistrée en 2023 et 2024.

À l'échelle régionale, les taux les plus élevés de déclarations de cas en laboratoire ont été enregistrés dans le Nord-Est (10,6 cas pour 100 000 habitants) et le Sud-Ouest (10,3 cas pour 100 000 habitants). Le Sud-Ouest a enregistré le plus grand nombre de foyers épidémiques, suivi du Nord-Est. Les enfants de 0 à 9 ans représentaient la plus grande proportion des déclarations de cas en laboratoire (26,2 %), suivis des adultes de 30 à 39 ans (22,5 %).

L'UKHSA a recensé 29 foyers de cryptosporidiose en 2025, un chiffre comparable aux 32 foyers signalés en 2024, malgré une diminution du nombre de cas associés à ces foyers. Les exploitations agricoles sont restées le principal lieu de transmission, représentant 18 des cas (62,1 %) signalés. Un foyer de faible ampleur a été lié à du lait pasteurisé vendu dans un distributeur automatique d'une ferme.

Cryptosporidium et sécurité des aliments

Bien que Cryptosporidium puisse se transmettre par d'autres voies que les aliments, ce parasite demeure un enjeu majeur pour la sécurité des aliments. Comme l'explique Larry Keener, dans Food Safety Magazine, Cryptosporidium spp. figure parmi les parasites d'origine alimentaire potentiellement importants qui ne font pas l'objet de contrôles systématiques. Les parasites peuvent contaminer les aliments à différents stades de la chaîne d'approvisionnement, notamment par l'eau d'irrigation contaminée et par contact avec des excréments animaux ou humains lors de la culture, de la récolte et de la manipulation. De plus, la détection, le diagnostic, la traçabilité et le contrôle des parasites d'origine alimentaire posent des défis importants. Pour Cryptosporidium et les autres parasites transmis par voie fécale, des méthodes de détection validées, des tests de survie et d'infectiosité, ainsi que des protocoles de typage moléculaire consensuels sont nécessaires pour étayer les évaluations quantitatives des risques et les mesures de contrôle efficaces.

La laitue entière est-elle plus sûre que la salade en sachet ?

Un article d’Eric Wilhelmsen, paru dans Food Safety Magazine, se pose la question dan le contexte de l’épidémie à Cyclospora liée à de la laitue iceberg, « La laitue entière est-elle plus sûre que la salade en sachet ? » 

Bigre, vaste question dont l’auteur tente de répondre et le court extrait ci-après donne la tonalité de l’article ...

Suite à des incidents liés à la sécurité des aliments concernant la laitue, les conseils prodigués recommandent parfois de choisir des laitues entières ou d'éviter les salades en sachet. Cependant, ces recommandations peuvent simplifier à l'excès les facteurs qui déterminent réellement le risque sanitaire. Les consommateurs ont besoin de davantage d'informations pour ne pas se laisser influencer par l'opinion publique et les rumeurs qui circulent sur Internet, où la désinformation prolifère. Si les « experts » donnent de mauvais conseils, leur crédibilité est compromise. Sans crédibilité, même les bons conseils seront ignorés.

La question posée est influencée par les émotions, les valeurs personnelles et la perception des risques liés à la sécurité alimentaire. Le conseil d'éviter les salades en sachet peut sembler séduisant, car préparer une laitue entière procure aux consommateurs un plus grand sentiment de maîtrise. Laver et préparer une salade peut être comparé à la conduite automobile en termes de sentiment de contrôle : dans les deux cas, avoir le contrôle peut rassurer, même si cela n'élimine pas le risque.

Lire l’article est utile mais il me semble que l’auteur ne répond pas la question simple, les laitues entières achetées dans le commerce ont-elles par le passé entraîné des éclosions de maladies infectieuses d’origine alimentaire ?

lundi 17 août 2026

Brève de vacances : Les tomates sans eau, quand France 2 remet le couvert !

« Tomates sans eau : France 2 remet le couvert ! » est une information publiée le 15 août 2026 par le blog d'André Heitz, Agriculture, alimentation, santé publique... soyons rationnels

Horresco referens ! Dans son journal de 13 heures du 13 août 2026, France 2 a produit à nouveau une séquence – un publireportage indécent – sur les tomates qui poussent sans eau (ou presque) et des plantes qui « ont appris à supporter la canicule directement », et sur les vertus miraculeuses des « semences paysannes ».

Apprendront-ils un jour ? Que fait l'ARCOM contre ce genre d'infox.

Le 13 août 2026, dans son journal de 13 heures, France 2 a produit une séquence de près de 2 minutes 30 que l'on retrouve sur Internet sous le titre : « Sécheresse : des tomates cultivées sans eau, ou presque ».

En chapô :

« 70 % du territoire est soumis à des restrictions d’usage de l’eau, un casse-tête pour les agriculteurs. Dans l’Hérault, une maraîchère a peut-être trouvé une solution : des tomates qui poussent presque sans eau. Ses légumes peuvent tenir un mois sans recevoir une goutte et la récolte est spectaculaire. »

Ce qui est spectaculaire, c'est que nos « reporters » aient pu croire qu'une maraîchère aurait trouvé une martingale, les autres producteurs devant être trop stupides pour ne pas l'avoir découverte eux aussi.

C'est un publireportage effarant. Lisez !

De la représentation de la sécurité des aliments au niveau du conseil d'administration

« De la représentation de la sécurité des aliments au niveau du conseil d'administration » (Food Safety Representation at the Board Level), source FSM.

Pour s'acquitter de leurs responsabilités en matière de gouvernance, les conseils d'administration ont besoin de rapports réguliers et de haute qualité qui traduisent les enjeux techniques liés à la sécurité des aliments en termes de risques commerciaux.

Compte tenu de l'ampleur de ce secteur et de son importance pour la santé publique, les défaillances en matière de sécurité des aliments peuvent avoir des conséquences considérables pour les consommateurs, les entreprises et les investisseurs.

Les sociétés cotées en bourse sont dirigées par un conseil d'administration chargé de gérer les risques et de protéger la valeur actionnariale à long terme. Le conseil approuve les décisions stratégiques majeures, supervise les risques, contrôle la performance du PDG et veille à ce que l'entreprise reste fidèle à son objectif de maximisation de la valeur à long terme. Si les conseils d'administration des entreprises alimentaires comptent souvent des experts en finance, stratégie, gestion de la réputation et tendances de consommation, il est relativement rare que leurs administrateurs possèdent une expertise approfondie en matière de sécurité des aliments. Ce constat est important car la sécurité des aliments demeure l'un des risques les plus importants auxquels sont confrontées les entreprises agroalimentaires, avec des conséquences potentielles pour les consommateurs, des perturbations opérationnelles, des atteintes à l'image de marque, des sanctions réglementaires et une érosion de la valeur actionnariale.

Plusieurs publications traitent du coût des rappels de produits alimentaires pour les entreprises. Éviter les conséquences négatives d'un rappel est un facteur déterminant qui justifie l'intégration de ce sujet aux discussions des conseils d'administration. Les rappels de grande ampleur, rendus publics ont un impact négatif sur la confiance des consommateurs, ce qui peut nuire à la réputation et à l'image de marque, et entraîner une perte de parts de marché. Ces pertes peuvent se traduire par une réduction des flux de trésorerie, un impact sur le chiffre d'affaires net et les bénéfices, ainsi qu'une diminution de la capacité d'investissement, dont il est souvent difficile de se remettre. Seo et al. ont démontré que les effets négatifs d'un incident de sécurité des aliments sur le cours de l'action d'une entreprise peuvent persister jusqu'à un an. Les publications négatives sur les réseaux sociaux peuvent également amplifier cet impact, car la diffusion massive d'informations peut être difficile à gérer.

La sécurité des aliments demeure un risque majeur pour les entreprises, exigeant une surveillance constante du conseil d'administration. Un article récent de Food Safety Magazine a recensé les dix risques les plus fréquents dans l'industrie agroalimentaire. Le premier risque était la « sécurité des aliments », suivi de la « qualité des produits et des rappels ». Compte tenu de la sensibilité accrue des consommateurs, de la vigilance réglementaire grandissante et de la surveillance médiatique renforcée, ce constat n'a rien d'étonnant. Face à la multiplication des risques graves qui exercent une pression croissante sur les conseils d'administration et leurs ressources, il est essentiel de maintenir l'attention sur la sécurité des aliments. Dans cet article, les risques, numéros 3 et 8, étaient respectivement les « risques liés à la chaîne d'approvisionnement » et les « risques opérationnels ». Ces risques concernent la complexité croissante des chaînes d'approvisionnement et la nécessité d'éviter toute rupture de ces dernières, tout en améliorant l'efficacité opérationnelle. Un incident de sécurité des aliments est susceptible d'entraîner des perturbations des opérations et de la chaîne d'approvisionnement, confirmant ainsi sa position de risque prioritaire.

L'ampleur du fardeau pour la santé publique illustre davantage pourquoi la sécurité des aliments doit être considérée comme un enjeu stratégique de gouvernance. Dans la communication des données, les maladies aiguës sont privilégiées car il est plus facile d'établir un lien entre une source de contamination aiguë et la maladie. Les données récemment mises à jour de l'OMS sur le fardeau des maladies d'origine alimentaire révèlent que jusqu'à 866 millions de personnes dans le monde ont été malades en 2021 après avoir consommé des aliments contaminés. Parmi elles, 1,52 million sont décédées, les enfants de moins de 5 ans étant touchés de manière disproportionnée. Les maladies diarrhéiques sont responsables de plus de la moitié du fardeau mondial des maladies d'origine alimentaire.

Exemple de cas : E. coli dans des germes de fenugrec, Allemagne, 2011

L’impact des incidents liés à la sécurité des aliments peut être difficile à contenir et s’étendre à d’autres acteurs d’un secteur, d’une industrie, voire d’un pays entier. À titre d’exemple, citons l’épidémie à E. coli survenue de mai à juillet 2011 et liée à des germes de fenugrec cultivés en Allemagne. Cette épidémie a entraîné 3 950 cas d’infections confirmées et 53 décès.

Dans un premier temps, les autorités allemandes ont identifié à tort des concombres et des tomates espagnols comme la source probable de l'épidémie. Cette erreur d'attribution aurait coûté à l'Espagne environ 200 millions $ de pertes à l'exportation, tandis que les ventes de concombres ont chuté sur tous les marchés, quel que soit leur pays d'origine. La situation a également exacerbé les tensions politiques au sein de l'UE. Les investigateurs ont par la suite déterminé que l'épidémie provenait de germes de fenugrec cultivés en Allemagne.

L'incident aurait engendré des coûts humains estimés à 2,8 milliards $, incluant les dépenses médicales et les pertes de productivité liées aux maladies. La confiance des consommateurs dans les produits frais a été fortement ébranlée, provoquant d'importantes répercussions économiques à travers l'Europe. Les producteurs auraient perdu environ 330 millions $ par semaine en raison de la chute de la demande, et les effets se sont fait sentir tout au long de la chaîne d'approvisionnement des produits frais.

Bien que la plupart des maladies d'origine alimentaire soient de courte durée et d'origine microbiologique, provoquant des symptômes tels que nausées, vomissements et diarrhée, elles peuvent également entraîner des maladies à long terme comme le cancer, l'insuffisance rénale ou hépatique, et des troubles cérébraux et neurologiques. Ces maladies peuvent être plus graves chez les enfants, les femmes enceintes et les personnes âgées ou immunodéprimées. À mesure que les connaissances scientifiques progressent, il apparaît de plus en plus clairement que les formes aiguës ne représentent qu'une partie du fardeau associé aux maladies d'origine alimentaire. Les conséquences à long terme sur la santé sont tout aussi importantes, et nombre d'entre elles restent mal comprises et difficiles à quantifier. Parallèlement, les maladies d'origine alimentaire deviennent de plus en plus complexes et continueront d'évoluer à mesure que les systèmes de sécurité des aliments devront relever de nouveaux défis, notamment les allergènes alimentaires, les effets chroniques sur la santé et les besoins d'une population vieillissante.

La sécurité des aliments, autrefois considérée comme relevant principalement des équipes techniques et de production, doit désormais être perçue comme un impératif stratégique global pour l'ensemble de l'entreprise. Face à la complexification croissante des risques liés à la sécurité des aliments et à l'aggravation de leurs conséquences potentielles, ces risques constituent une menace grandissante pour les entreprises agroalimentaires. Par conséquent, la sécurité des aliments et la gestion des risques associés doivent être intégrées aux enjeux fondamentaux de gouvernance et faire l'objet d'un suivi régulier par le conseil d'administration.

Gestion des risques liés à la sécurité des aliments au niveau du conseil d'administration

La publication de 2025 du gouvernement néo-zélandais, « Guide de bonne gouvernance en matière de sécurité des aliments à l’intention des administrateurs », décrit clairement les rôles et les responsabilités du conseil d’administration en matière de sécurité des aliments. Ces rôles et responsabilités sont les suivants :
  • Créer un environnement dans lequel la sécurité des aliments peut fonctionner avec succès
  • Responsabiliser la direction quant à la mise en œuvre du système de sécurité des aliments.

Ces rôles ont été élargis dans un modèle de gouvernance de la sécurité des aliments en quatre étapes :

  • Étape 1 : S'engager en faveur de la gouvernance de la sécurité des aliments
  • Étape 2 : Promouvoir une culture de la sécurité des aliments où la sécurité des aliments est clairement énoncée comme une valeur fondamentale
  • Étape 3 : S'assurer que les risques liés à la sécurité des aliments sont identifiés, évalués et gérés
  • Étape 4 : Surveiller la conception du système de sécurité des aliments et les performances de l'entreprise.

Les quatre étapes décrites ci-dessus sont en réalité interdépendantes. La gestion des risques liés à la sécurité des aliments vise à protéger à la fois l'entreprise et les consommateurs en identifiant puis en gérant le risque. Un risque pour la sécurité des aliments est présent lorsqu'un danger d'origine alimentaire (biologique, chimique, physique ou allergène non déclaré) est associé à une exposition à ce danger, généralement par la consommation d'aliments contaminés.

La législation en vigueur dans de nombreuses juridictions et les meilleures pratiques du secteur exigent l'élaboration et le renforcement de mesures fondées sur les risques afin de garantir la sécurité et la conformité des aliments à leur usage. Par conséquent, les entreprises doivent suivre une démarche structurée pour évaluer les risques liés à la sécurité des aliments, élaborer des contrôles, les mettre en œuvre et tenir des registres. Elles doivent également vérifier l'efficacité du système et rendre compte de ses performances.

L’évaluation des risques et l’identification des contrôles appropriés représentent un défi de taille dans l’industrie agroalimentaire. Les matières premières, souvent issues de l’agriculture, peuvent présenter des variations importantes d’une année à l’autre, voire d’un lot à l’autre. Parallèlement, les entreprises doivent concilier des priorités concurrentes, telles que les objectifs de développement durable, les contraintes de coûts, les attentes des consommateurs et, parfois, des exigences réglementaires contradictoires.

La performance en matière de sécurité des aliments dépend fortement des employés de première ligne, dont les actions quotidiennes jouent un rôle crucial dans la gestion des risques. Par conséquent, la sécurité des aliments est influencée par une interaction complexe de facteurs techniques, humains, sociaux et environnementaux. Ces facteurs étant en constante évolution, les risques liés à la sécurité des aliments évoluent continuellement, ce qui oblige les organisations à revoir et à mettre à jour régulièrement leurs systèmes et contrôles de sécurité des aliments.

Il est donc essentiel de gérer ces risques au moyen d'un plan de management des risques (PMR) complet. Un PMR efficace adopte une vision globale du risque à l'échelle de l'entreprise, s'étendant au-delà des opérations de fabrication et des activités de la chaîne d'approvisionnement pour inclure les fonctions de soutien telles que le marketing, la recherche et le développement, les ressources humaines et la finance. Les décisions prises dans chacun de ces domaines peuvent avoir des répercussions importantes sur la sécurité des aliments.

Cette approche holistique s'inscrit dans les principes de la gestion des risques d'entreprise (GRE), que les organisations de premier plan utilisent pour identifier, évaluer et gérer les risques susceptibles de compromettre la réalisation de leurs objectifs commerciaux. La GRE fournit un cadre d'analyse des risques à l'échelle de l'entreprise, couvrant les domaines financier, opérationnel, stratégique et lié aux risques naturels.

Le processus de gestion des risques d'entreprise (GRE) comprend généralement cinq éléments clés : la définition de la stratégie et des objectifs, l'identification des risques, l'évaluation des risques, la gestion des risques et la communication et le suivi continus. Pour les entreprises alimentaires, ce processus identifie presque systématiquement la sécurité des aliments comme un risque critique. L'objectif est de déterminer quels risques, malgré la prise en compte des contrôles existants, demeurent à un niveau inacceptable ou présentent un risque d'aggravation, nécessitant ainsi une attention et une surveillance accrues de la part de la direction.

Bien que de nombreuses organisations aient mis en place des processus de gestion des risques d'entreprise, les informations présentées au conseil d'administration n'offrent pas toujours la perspective stratégique nécessaire à une supervision efficace. Les rapports du conseil se concentrent souvent sur la documentation et la résolution des risques individuels, plutôt que sur l'examen des défis actuels de l'organisation, des menaces émergentes et de l'efficacité de sa stratégie de gestion des risques à long terme. C'est pourquoi le processus de GRE devrait être complété par une discussion stratégique structurée sur les risques liés à la sécurité des aliments, animée par un professionnel qualifié en sécurité des aliments ou un comité consultatif indépendant. Cela permet aux administrateurs d'interpréter les tendances des risques, de remettre en question les hypothèses et d'évaluer si l'approche de gestion des risques de l'organisation demeure pertinente.

Le conseil d'administration joue un rôle crucial dans la définition des priorités et de la tolérance au risque de l'organisation. L'absence de la sécurité des aliments lors des discussions au niveau du conseil peut laisser entendre, au sein de l'organisation, qu'elle n'est pas considérée comme un risque stratégique. Toutefois, compte tenu de l'étendue des responsabilités qui incombent aux administrateurs, il est illusoire d'attendre de l'ensemble du conseil qu'il dispose du temps ou de l'expertise technique nécessaires pour superviser en détail tous les aspects des risques liés à la sécurité des aliments. C'est pourquoi, souvent, il est préférable de traiter ces risques par le biais du comité du conseil chargé de la supervision des risques, généralement le comité d'audit et des risques. L'examen stratégique des risques liés à la sécurité des aliments décrit précédemment correspond parfaitement aux responsabilités de ce comité et peut apporter l'expertise spécialisée nécessaire à une supervision efficace.

Quel que soit le niveau de supervision détaillé, la sécurité des aliments doit rester une priorité pour l'ensemble du conseil d'administration. À tout le moins, les administrateurs doivent recevoir un rapport annuel sur les performances en matière de sécurité des aliments et les risques émergents. Ces rapports doivent inclure des indicateurs avancés, tels que les taux de clôture des actions correctives, les conclusions d'audit et la conformité des formations, ainsi que des indicateurs retardés, tels que les réclamations des consommateurs, les retraits de produits et les rappels. Ensemble, ces indicateurs offrent une vision plus complète des performances et du profil de risque de l'organisation en matière de sécurité des aliments.

Lorsqu'ils communiquent avec la direction et le conseil d'administration, les professionnels de la sécurité des aliments doivent dépasser le jargon technique et exprimer les risques en termes commerciaux. Les responsables techniques doivent être prêts à aborder les conséquences financières, opérationnelles et réputationnelles des manquements à la sécurité des aliments. Présenter la sécurité des aliments sous l'angle des pertes potentielles, de l'atteinte à l'image de marque, des conséquences réglementaires et des risques pour la continuité des activités permet de garantir que ce problème reçoive l'attention qu'il mérite au plus haut niveau de l'organisation.

Meilleures pratiques pour les systèmes de maîtrise de la sécurité des aliments

L’efficacité du contrôle exercé par le conseil d’administration repose en définitive sur la confiance dans la mise en place et le bon fonctionnement des dispositifs de sécurité des aliments appropriés. L’industrie a consacré de nombreuses années à identifier les meilleures pratiques en matière de systèmes de contrôle de la sécurité des aliments. Les processus structurés comprennent : 
  • Bonnes pratiques opérationnelles du secteur alimentaire
  • Bonnes pratiques agricoles
  • Bonnes pratiques de fabrication et bonnes pratiques d'hygiène
  • Analyse des dangers - points critiques pour leur maîtrise ou HACCP
  • Vérification (c’est-à-dire comment vérifier si les commandes fonctionnent). 

Il est essentiel que les entreprises comprennent non seulement leurs performances, mais aussi les facteurs qui limitent leur capacité à mener à bien leurs programmes clés. La plupart des organisations s'appuient sur des audits et des tests pour vérifier les performances de leurs fournisseurs et évaluer leurs propres opérations. Cependant, ces outils n'offrent qu'une visibilité partielle sur les risques et les performances. Les conseils d'administration doivent reconnaître que les audits et les analyses ou tests présentent d'importantes limites et que multiplier les audits ou les prélèvements d'échantillons n'améliore pas nécessairement la gestion des risques. Les nouvelles approches fondées sur les données, notamment les indicateurs de risque prédictifs et les systèmes intégrés de suivi des performances, peuvent contribuer à pallier certaines de ces limites.

Cela a des implications importantes pour les informations communiquées aux conseils d'administration. Les organisations se concentrent souvent sur des indicateurs rétrospectifs faciles à mesurer, qui reflètent les problèmes une fois qu'ils sont survenus, tels que les rappels de produits, le nombre d'audits réalisés ou les scores d'audit globaux. Bien que ces indicateurs aient leur utilité, ils n'offrent qu'une vision limitée des risques émergents. Les rapports destinés aux conseils d'administration devraient privilégier les indicateurs avancés qui signalent un affaiblissement des contrôles avant même que des défaillances ne se produisent. Il s'agit notamment de mesures telles que le taux de rotation du personnel d'entretien, le taux de rotation des responsables qualité et le respect des formations du personnel de première ligne. Une surveillance efficace devrait également s'étendre au-delà des opérations internes pour inclure les principaux facteurs de risque externes, notamment la disponibilité de l'eau, l'instabilité géopolitique et l'imbrication croissante entre la sécurité des aliments et les initiatives de développement durable.

Conclusion

La sécurité des aliments représente un risque existentiel pour toute entreprise alimentaire. Comme les systèmes efficaces de sécurité des aliments permettent souvent de prévenir les problèmes avant même qu'ils ne soient visibles, les conseils d'administration ont parfois tendance à accorder peu d'attention à ce sujet. Cela pose un problème de gouvernance : bien que les conseils d'administration soient responsables en dernier ressort de la supervision des risques importants pour l'entreprise, la plupart des administrateurs ne possèdent pas d'expertise technique approfondie en matière de sécurité des aliments, et les outils utilisés pour leur rendre compte (par exemple, la gestion des risques d'entreprise) se limitent généralement à une vue d'ensemble trop générale, ce qui ne permet pas de communiquer efficacement les risques.

Il ne faut pas attendre des conseils d'administration qu'ils gèrent les aspects techniques des systèmes de sécurité des aliments. Leur rôle est d'établir une gouvernance solide, de promouvoir une culture où la sécurité des aliments est reconnue comme une valeur fondamentale de l'entreprise et de veiller à l'existence de processus robustes pour identifier, évaluer, gérer et surveiller les risques liés à la sécurité des aliments. Ils doivent également être en mesure de questionner efficacement la direction et d'évaluer la pertinence des stratégies de sécurité des aliments de l'organisation ainsi que le bon fonctionnement des systèmes. La responsabilité de la supervision détaillée est souvent mieux déléguée par le biais de la structure de gouvernance des risques du conseil d'administration, appuyée par une expertise interne et externe appropriée.

Pour assumer ces responsabilités, les conseils d'administration exigent des rapports réguliers et de qualité qui traduisent les enjeux techniques liés à la sécurité des aliments en termes de risques commerciaux. Ces rapports doivent offrir une visibilité sur les facteurs de risque internes et externes, communiquer clairement l'évolution de l'exposition au risque au fil du temps et inclure des indicateurs avancés et retardés pertinents. Plus important encore, les discussions du conseil d'administration doivent porter sur la question de savoir si la direction agit dans les limites de l'appétit pour le risque défini par l'organisation et si des contrôles suffisants sont en place pour prévenir tout dommage. En définitive, une gouvernance efficace de la sécurité des aliments ne vise pas seulement à protéger la valeur de l'entreprise, mais aussi à remplir la responsabilité fondamentale du secteur envers la protection des consommateurs.

samedi 15 août 2026

Thriller de l'été aux États-Unis : La FDA entame enfin une inspection chez Taylor Farms au Mexique ; le nombre officiel de cas à Cyclospora approche les 10 000 ; où l'on découvre les liens troubles entre Taylor Farms et le président Trump

Bonne fête du 15 août 2026

L’article ci-après met non seulement à jour le nombre de cas provisoire à Cyclospora aux États-Unis, mais aussi les relations pour le moins troubles entre Taylor Farms et l’entourage du président Trump. Un vrai scénario de thriller et la suite vaudra prochainement son pesant de cacahuètes

« La FDA entame une inspection chez Taylor Farms Mexico alors que le nombre officiel de cas d'épidémie à Cyclospora approche les 10 000 », source article de Bailee Henderson dans Food Safety Magazine du 14 août 2026.

Résumé

  • La FDA a entamé des inspections sur place et des prélèvements chez Taylor Farms au Mexique, où la laitue iceberg à l'origine de l'épidémie a été cultivée, alors que le nombre officiel de cas atteint 9 481 dans 17 États, dont deux décès.
  • Au-delà de cette épidémie, le CDC signale 13 895 cas de transmission locale confirmés en laboratoire et a connaissance de milliers d'autres cas nécessitant une analyse, tandis que la FDA enquête sur six autres épidémies dont les vecteurs alimentaires sont inconnus.
  • Des législateurs et des acteurs de la sécurité des aliments s'interrogent sur la réponse de Taylor Farms et demandent instamment la fin du retard pris dans l'application de la règle de la FDA sur la traçabilité des aliments , ainsi que des financements et des effectifs adéquats pour la surveillance.

Le 13 août 2026, la FDA des États-Unis a annoncé qu'elle avait commencé des inspections et des prélèvements sur place chez Taylor Farms au Mexique, où était cultivée la laitue iceberg impliquée dans l'épidémie de cyclosporose en cours dans plusieurs États, en coordination avec les autorités mexicaines.

L'agence a également mis à jour le nombre officiel de cas de l'épidémie pour inclure 9 481 cas de maladie rapportés dans 17 États : Arkansas, Iowa, Illinois, Indiana, Kansas, Kentucky, Massachusetts, Maine, Michigan, Missouri, Nebraska, New Hampshire, Caroline du Nord, Ohio, Oklahoma, Pennsylvanie et Virginie-Occidentale.

De plus, deux décès dus à une déshydratation induite par la cyclosporose chez des patients présentant des problèmes de santé sous-jacents ont été associés à cette épidémie.

La distribution du produit rappelé a été confirmée dans 31 États : Alabama, Arkansas, Connecticut, Floride, Géorgie, Iowa, Illinois, Indiana, Kansas, Kentucky, Louisiane, Massachusetts, Maryland, Maine, Michigan, Missouri, Mississippi, Caroline du Nord, Nebraska, New Hampshire, New Jersey, New York, Ohio, Oklahoma, Pennsylvanie, Caroline du Sud, Tennessee, Texas, Virginie, Wisconsin et Virginie-Occidentale.

La FDA a également dit qu'elle était « convaincue que toute la laitue iceberg rappelée en lien avec cette épidémie spécifique de Cyclospora a été retirée du marché ».

Autres cas et épidémies de cyclosporose à l'échelle nationale

Parallèlement, le nombre d'infections à Cyclospora rapportées par le CDC et les États, y compris celles associées à l'épidémie de laitue de chez Taylor Farms et les cas sporadiques ou ceux liés à d'autres épidémies, est beaucoup plus élevé.

D'après une mise à jour du 11 août, le CDC a reçu des signalements de 13 895 cas de cyclosporose contractés aux États-Unis et confirmés en laboratoire depuis le 1er mai de cette année. L'agence a également eu connaissance d'au moins 10 455 cas supplémentaires d'infection à Cyclospora nécessitant des investigations et des analyses complémentaires.

Au Michigan seulement, où le plus grand nombre de cas a été signalé, le ministère de la Santé a connaissance de 13 909 infections à Cyclospora  , ayant entraîné 314 hospitalisations et deux décès (vraisemblablement les deux mêmes décès qui font partie de l'épidémie de laitue de Taylor Farms).

Dans l'Ohio, un autre État fortement touché, un total de 3 299 cas de cyclosporose a été signalé rien que dans les comtés du nord-ouest de l'État.

Outre l'épidémie survenue chez Taylor Farms, la FDA enquête actuellement sur six autres foyers de cyclosporose, responsables respectivement de deux, huit, 11, 18, 25 et 112 cas. Aucun aliment vecteur de la maladie n'a encore été identifié pour aucun de ces six foyers.

Taylor Farms critiquée pour sa gestion de l'épidémie ; les parties prenantes demandent l'application des règles de traçabilité.

Les législateurs et le public s'interrogent sur la réaction de Taylor Farms face à l'épidémie de cyclosporose.

Le 27 juillet, le représentant américain Robert Garcia, démocrate, membre du comité de surveillance et de la réforme gouvernementale de la Chambre des représentants des États-Unis, a exigé des réponses de Taylor Farms concernant sa réponse à l'épidémie, citant des rapports sur les tentatives présumées de Taylor Farms d'influencer la Maison Blanche et la FDA, ainsi que les déclarations publiques « contradictoires et confuses » de l'entreprise.

La lettre soulevait notamment des questions quant aux dons de Taylor Farms au président Donald Trump et à ses activités de lobbying liées à la législation sur la sécurité des aliments, en précisant qu'un don d'un million de dollars à un Trump super PAC* avait eu lieu une semaine avant que l'administration ne reporte l'entrée en vigueur du règlement de la FDA sur la traçabilité des aliments au 20 juillet 2028. Sans ce report, la règle serait entrée en vigueur en janvier 2026, facilitant ainsi la traçabilité des aliments contaminés impliqués dans des épidémies d'intoxication alimentaire et permettant leur retrait plus rapide du marché.

Faisant écho à cela, le 12 août, la Safe Food Coalition a adressé une lettre aux dirigeants du Congrès, les exhortant à abroger un amendement budgétaire qui empêche la FDA d'utiliser des fonds fédéraux pou administrer ou appliquer sa Food Traceability Rule avant le 20 juillet 2028. Cette disposition enjoignait également la FDA à identifier d'éventuelles flexibilités supplémentaires pour satisfaire aux exigences de suivi au niveau des lots, ce qui, selon la Safe Food Coalition, « incite la FDA à abandonner la pierre angulaire de son cadre de traçabilité et à revoir sa copie ».

La Safe Food Coalition s'est également jointe à des experts, des législateurs et au public pour demander le rétablissement de financements et des personnels adéquats au sein du CDC et des États pour la surveillance des maladies d'origine alimentaire et la réponse aux épidémies.

Par ailleurs, suite à l'annonce de l'ouverture d'une enquête sur place par la FDA chez Taylor Farms au Mexique, Consumer Reports, membre de la Safe Food Coalition, a déclaré : « Il est alarmant que la FDA ait mis autant de temps à se rendre sur place et à identifier les facteurs potentiels ayant pu contribuer à cette épidémie. Elle aurait dû dépêcher des enquêteurs immédiatement après l'établissement du premier lien entre Taylor Farms et l’épidémie. Une présence sur le terrain permet aux enquêteurs d'observer de près les opérations, ce que les tests seuls ne peuvent reproduire, et d'identifier les conditions susceptibles d'avoir contribué à cette épidémie. Les enquêteurs peuvent également en tirer des enseignements importants qui pourraient contribuer à prévenir de futures épidémies. »

* Trump Super PAC désigne un comité d'action politique ndépendant autorisé à collecter et dépenser des sommes d'argent illimitées auprès de donateurs riches ou d'entreprises pour soutenir Donald Trump.

MàJ du 16 août 2026. La date limite de consommation des laitues iceberg rappelées suite à l'importante épidémie à Cyclospora est dépassée, selon une mise à jour publiée le 13 août 2026 par la FDA. Par conséquent, les laitues de Taylor Farms contaminées par Cyclospora ne devraient plus être disponibles dans les commerces et les restaurants. Source CIDRAP News.